Littérature égyptienne

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La littérature égyptienne est l'une des plus riches du monde arabe. Elle bénéficie du rayonnement culturel du Caire dans tout le monde arabe. Elle s’enrichit aussi de l’Histoire millénaire du pays. Son plus célèbre représentant est le récipiendaire du Prix Nobel de littérature en 1988 Naguib Mahfouz.

L'Antiquité[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Littérature de l'Égypte antique.

Au XIXe siècle : la littérature de l'Égypte indépendante[modifier | modifier le code]

On peut tracer les débuts d'une littérature égyptienne indépendante d'une littérature arabe plus vaste à l'indépendance de l'Égypte libérée de la tutelle de l'Empire ottoman en 1805. L'expédition militaire de Napoléon Bonaparte en Égypte quelques années plus tôt, accompagné de savants, a contribué à ouvrir les yeux de plusieurs au retard culturel et technique pris par l'Égypte au cours des siècles précédents. Il faudra toutefois attendre la toute fin du XIXe siècle pour que les premiers écrivains inspirés des modèles occidentaux émergent en Égypte. Parmi ceux-ci, on peut citer Ahmed Chawqi (1868-1932), surnommé le Prince des poètes. Envoyé par le khédive pour étudier en France, il prend pour modèles Pierre Corneille et Jean Racine et écrit plusieurs pièces de théâtre en vers inspirés par l'histoire égyptienne et les légendes arabes, dont La mort de Cléôpatre et Le fou de Leyla.

Quelques années plus tard, Muhammad Husayn Haykal (1888-1956) écrit le premier roman moderne en langue arabe, Zaynab (1914), une histoire d'amour située dans un cadre rural. Son contemporain Taha Hussein (1889-1973) est un des grands noms du mouvement moderniste dans le monde arabe. Aveugle très jeune, il reçoit une éducation religieuse traditionnelle à la mosquée Al-Azhar du Caire, qu'il évoque dans son autobiographie romancée Le livre des jours (Al-Ayyam, 1929-1932). Il s'interroge également sur d'autres aspects de la culture arabe, étudiant la poésie anté-islamique avec un appareil critique moderne ou se penchant sur l'avenir de la culture égyptienne, qu'il cherche à rapprocher d'autres traditions culturelles méditerranéenes, dont celles de la Grèce, de la France ou de l'Italie.

Tawfiq al-Hakim (1898-1987) est le créateur du théâtre égyptien moderne, qui était jusque-là dominé par la farce et la comédie légère. Il écrit des pièces à idées inspirées comme Chawqi du patrimoine arabe ou occidental: Shéhérazade (1934), Œdipe Roi (1939), Pygmalion (1942), ou encore de thèmes sociaux comme Le secret de la suicidée (1937) ou Une balle en plein cœur (1944). Il s'attaque même à une pièce sur le prophète de l'islam Mahomet (1936), destinée à la lecture et non à être représentée.

La révolution réaliste[modifier | modifier le code]

Ces premiers écrivains étaient issus d'une élite intellectuelle et s'adressaient en grande partie à celle-ci. Les choses vont changer au milieu du XXe siècle avec le développement de l'alphabétisation et de la presse écrite en Égypte. Plusieurs écrivains partagent leurs efforts entre l'écriture journalistique et la littérature. Le besoin de rejoindre un public plus large et moins cultivé favorise le développement d'une langue plus directe et proche de la langue parlée, ainsi que le traitement de thèmes tirés de la réalité quotidienne. Plusieurs de ces écrivains se donnent une mission d'éducateur, de défenseur des humbles et des opprimés, et de combattant des superstitions qui entravent le développement économique et social du pays.

Parmi cette génération, on peut citer le nouvelliste, Yahya Haqqi (1905-1990), Abd al-Rahman al-Charqawi (1920-1987), journaliste et romancier réaliste avec La Terre (Al-Ard, 1954) qui décrit la situation difficile des paysans, ou Youssouf Idris (1927-1991) auteur de nouvelles à caractère social comme Des nuits à bon marché (1954) ou La République de Farhat (1957).

Cependant, le plus grand nom issu de cette école est Naguib Mahfouz (1912-2006), dont l'œuvre dépassera ce premier cadre un peu contraignant pour déboucher sur une série de romans foisonnants décrivant en détail la vie au Caire et ses différents milieux sociaux. On l'a comparé à Balzac pour la richesse de son inspiration et le caractère exhaustif de la vaste fresque qu'il met en scène, touchant toutes les classes sociales et la totalité du XXe siècle. Il est récompensé par le Prix Nobel de littérature en 1988, le seul écrivain de langue arabe à avoir reçu cette distinction.

Le temps des idéologies[modifier | modifier le code]

Avec la chute de la monarchie suite au putsch militaire de 1952, l'Égypte va connaître plusieurs décennies turbulentes où différentes idéologies s'affrontent, le pan-arabisme, le socialisme arabe, le libéralisme, et l'islamisme politique. Plusieurs écrivains s'engagent dans ces luttes idéologiques, dont Nawal el Saadawi (née en 1931), médecin et auteur féministe, qui plaide la cause des femmes dans ses essais à caractère autobiographique. Elle s'attaque également aux aspects étouffants du pouvoir religieux, ce qui restreint la diffusion de ses romans, bannis par la censure.

Sonallah Ibrahim (né en 1937) représente la tendance gauchiste. Opposé au néo-impérialisme américain, il s'élève également contre l'État bureaucratique et les scandales financiers à répétition qui caractérisent l'Égypte des années 1970 et 1980. Son roman Les années de Zeth (1992) est un portrait décapant de la société égyptienne dominée par des escrocs et des profiteurs en tous genres, alors que les gens ordinaires sont confrontés à une bureaucratie pharaonique qui empêche le moindre progrès.

Le courant moderniste[modifier | modifier le code]

À côté des écrivains engagés, on retrouve des écrivains dont les préoccupations sont plus littéraires. Edouard al-Kharrat (né en 1926) s'inspire des romanciers français contemporains pour décrire sa ville natale d'Alexandrie dans des œuvres où le style recherché, la psychologie et l'évocation des lieux priment sur l'intrigue ou les idées. Gamal Ghitany (né en 1945) renoue avec la tradition du roman de vaste envergure de Mahfouz, tout en incorporant des techniques d'écriture modernes, comme la multiplication des points de vue et l'introduction de fragments textuels. On retrouve également certains échos du réalisme magique latino-américain dans un roman comme La mystérieuse affaire de l'impasse Zaafrâni (1976) où une anecdote non réaliste - un sort jeté sur l'ensemble des hommes d'une ruelle du Caire - permet de soulever le voile sur les relations intimes des habitants du quartier et leurs relations avec le pouvoir.

Cette veine se poursuit à l'heure actuelle avec Alaa al-Aswany (né en 1957) dont le roman L'Immeuble Yacoubian (2002) s'impose déjà comme le premier classique du XXIe siècle égyptien, décrivant l'enchevêtrement humain du Caire, mais abordant également des thèmes nouveaux comme l'homosexualité et l'influence grandissante des islamistes sur la vie quotidienne.

La littérature non-arabophone[modifier | modifier le code]

L'Égypte a longtemps été une terre cosmopolite, en particulier la ville d'Alexandrie dont la population était d'origines multiples. De nombreux écrivains majeurs ont ainsi adopté des langues autres que l'arabe pour leurs œuvres, qui font néanmoins partie du corpus littéraire égyptien. On peut citer, entre autres, Edmond Jabès, Albert Cossery et Andrée Chedid en français, Stratis Tsirkas et Constantin Cavafy en grec, et Ahdaf Soueif en anglais. De plus, de nombreux écrivains expatriés ont fait de l'Égypte le site de leurs écrits, le plus célèbre étant l'anglais Lawrence Durrell, auteur du Quatuor d'Alexandrie.

Lien interne[modifier | modifier le code]

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