Lise de Baissac

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Lise Baissac (1905-2004) fut, pendant la Seconde Guerre mondiale, un agent secret mauricien du Special Operations Executive (SOE). Elle fut l’un des quatorze Mauriciens engagés par le SOE, en raison notamment de leur connaissance des deux langues, l’anglais et le français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Avant la guerre[modifier | modifier le code]

1905. Naissance de Lise Baissac le 11 mai à Curepipe (Maurice).

1920. Elle part pour la France, et habite Paris jusqu’en 1940.

Pendant la guerre[modifier | modifier le code]

1940. Pour regagner l’Angleterre, elle engage un long périple (Marseille, Lisbonne, Barcelone, Gibraltar…)

1941. Elle arrive à Glasgow, avec son frère Claude, sur le bateau polonais Batory. Dans un premier temps, elle est refusée au SOE. Grâce à ses liens avec Lord et Lady Kemsley, elle travaille quelque temps au Daily Sketch.

1942. Le SOE change d'avis et la recrute. Elle rejoint d’abord le First Aid Nursing Yeomanry (FANY). Puis elle suit l’entraînement (chiffre, services secrets, parachutage). Sa mission étant urgente, elle ne suit pas les cours de sabotage.

Première mission en France
Définition de la mission : former, organiser et conduire un réseau, ARTIST, en s’installant à Poitiers. Son nom de guerre est « Odile ».
  • Septembre. Dans la nuit du 23 au 24, première tentative de parachutage d'Andrée Borrel « Denise » et de Lise de Baissac « Odile », mais le pilote du bombardier Whitley n'autorise pas le parachutage car les lampes au sol sont mal placées. Dans la nuit suivante, du 24 au 25 septembre, « Denise » puis Lise de Baissac « Odile » sautent enfin, et deviennent ainsi les deux premières femmes parachutées en France par le SOE. Elles se trouvent au lieu-dit Boisrenard, près de la Loire, au nord-est de Chambord, en face de la ville de Mer (Loir-et-Cher). Le comité de réception, qui comprend Pierre Culioli et ses deux beaux-frères Jean et Guy Dutems, les aide à enterrer leurs parachutes et les cache dans une grange, située non loin de là. Le lendemain, elles sont transférées à Avaray, où une famille les héberge pendant deux jours en les faisant passer auprès des voisins pour des cousines éloignées. Le 27, leurs routes se séparent : Lise ne reverra jamais « Denise », qui part vers Paris pour y devenir le courrier du réseau Prosper-PHYSICIAN, et qui finira exécutée au camp de Struthof-Natzweiler. Lise part pour Poitiers.
  • À Poitiers, elle s’organise, aidée par M. et Mme Gateau, résistants de longue date. Elle choisit un appartement dans une rue animée, non loin du quartier général de la Gestapo, dans un rez-de-chaussée sans concierge. Elle fait même la connaissance du chef de la Gestapo, le détesté Grabowski. Elle se fait des amis, les recevant dans son appartement, de sorte qu’en lui rendant visite, les agents qui utilisent son appartement comme maison sûre n’attirent pas spécialement l’attention. En même temps qu’elle accueille de nouveaux agents, elle repère des zones de parachutage et d’atterrissage et elle organise des parachutages d’armes. Mais comme elle n’a pas de courrier ni d’opérateur radio attitrés, elle doit voyager beaucoup pour envoyer et recevoir des messages, et joue ainsi un rôle d’agent de liaison entre trois réseaux : le réseau SCIENTIST de son frère Claude, basé à Bordeaux ; le réseau Prosper-PHYSICIAN de Francis Suttill « Prosper », basé à Paris ; et le réseau BRICKLAYER de France Antelme.

1943.

  • Février-mars. Elle organise avec succès cinq parachutages d'armes dans les régions de Poitiers, Vouillé et Ruffec. Le 17 mars, elle organise un pick-up pour deux Lysander, sur le territoire de Marnay, près du lieu-dit Médelle.
  • Juin. Le réseau Prosper s’effondre. Les arrestations sont nombreuses. Et par les relations entre Prosper-PHYSICIAN et SCIENTIST, de lourdes menaces pèsent aussi sur SCIENTIST et sur ARTIST.
  • Juillet. Elle quitte Poitiers.
  • Août. Dans la nuit du 16 au 17, elle réussit à rentrer en Angleterre par Lysander, avec son frère Claude de Baissac et le major Nicholas Bodington.
Fin de mission

Lise de Baissac est envoyée à Ringway, où elle est « conducting officer » de deux nouveaux agents féminins, Yvonne Baseden et Violette Szabo.

1944.

  • Au cours d'exercices de parachutages à Ringway, elle se casse la jambe[1].
Deuxième mission en France
  • Avril. Dans la nuit du 9 au 10, un Lysander la dépose près de Villers-les-Ormes. Sous le nouveau nom de guerre « Marguerite », elle vient travailler pour le réseau PIMENTO, dont le chef est Tony Brooks.
  • Cependant, elle entre en conflit avec le groupe, pensant que ce sont des socialistes militants qui ont des visées politiques. Elle rejoint son frère Claude de Baissac, qui a été parachuté en février et agit en Normandie en ayant formé un nouveau réseau SCIENTIST. Il s'agit principalement de reconnaître de grands terrains d’atterrissage qui pourraient être tenus pendant 48 heures pendant que des troupes aéroportées s’y établiraient. Lise y joue le rôle de courrier. Elle fait du vélo, de jour comme de nuit, transportant des instructions et des ordres aux maquis et rapportant sur leurs activités[2]. Entre mai et le débarquement, elle organise trente-cinq parachutage d'armes[3] et récupère douze agents SOE, des officiers SAS et des équipes Jedburgh.
Fin de mission

Après la guerre[modifier | modifier le code]

Quelques mois plus tard, elle est de retour en Angleterre. Elle a deux entrevues intéressantes, l'une avec la Reine Elizabeth au palais de Buckingham, et l'autre avec la vieille reine Mary, dans son salon particulier.

1945. Elle est désignée pour marcher dans le défilé de la victoire à Londres. Après sa démobilisation, elle travaille à la MBC, à Bush House, comme speakerine, assistante aux programmes et traductrice.

1950. Elle épouse Gustave Villameur, artiste décorateur d’intérieur vivant à Marseille.

2004. Elle meurt le 28 mars à Marseille, à l’âge de 98 ans.

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Déclarations[modifier | modifier le code]

  • Un officier britannique déclara : « Le rôle qu’elle a joué en aidant le maquis et la résistance en France ne sera jamais trop loué et a fait beaucoup pour faciliter les préparations du maquis et la résistance avant la percée américaine en Mayenne. »
  • Dans son dossier SOE, on lit : « Elle fut l’inspiratrice de groupes dans l’Orne, et par ses initiatives, elle a infligé de lourdes pertes aux Allemands grâce à des dispositifs qui faisaient exploser les pneus sur les routes près de Saint-Aubin-du-Désert, Saint-Mars-du-Désert (Mayenne), et aussi loin que Laval, Le Mans et Rennes. Elle a aussi pris part à des attaques armées sur des colonnes ennemies. »

Identités[modifier | modifier le code]

  • État civil : Lise Marie Jeannette de Baissac, épouse Villameur
  • Comme agent du SOE, section F :
    • Nom de guerre (field name) : « Odile » (première mission) ; « Marguerite » (deuxième mission)
    • Nom de code opérationnel : ARTIST (en français ARTISTE)
    • Faux papiers :
      • première mission : Irène Brisse, veuve domiciliée à Paris, archéologue amateur cherchant des spécimens de pierres[4].
      • deuxième mission (CI du 6 juillet 1943, Bordeaux) : Jeannette Bouville, née le 11 mai 1907 à Nice ; dom. 175 rue de la Trésorerie, Bordeaux ; taille : 1,67 m. ; cheveux : blonds ; yeux : gris vert ; nez : droit.
    • Autre pseudo : Adèle[5]

Parcours militaire :

  • FANY
  • SOE, section F

Pour accéder à une photographie de Lise de Baissac, voir le paragraphe Sources et liens externes en fin d'article.

Famille[modifier | modifier le code]

  • Son père : Marie Louis Marc de Boucherville Baissac (1878-1945).
  • Sa mère : Marie Louise Jeannette Dupont.
  • Son frère cadet : Claude de Baissac fut également agent du SOE.
  • Son second frère : Jean Baissac, major de l'infanterie britannique.
  • Son mari : Gustave Villameur, architecte, peintre et décorateur. Mariage en 1950.
  • Son grand-père, Louis Édouard Baissac (1841-1907), était le frère de Charles Baissac, qui a décrit le créole mauricien et collecté les contes traditionnels de l'île.

Film[modifier | modifier le code]

Lors de la promotion du film français Les Femmes de l'ombre (2008), de Jean-Paul Salomé, l'engagement de Lise de Baissac et de son frère dans la résistance a été mentionné comme source d'inspiration pour construire le scénario, même si, comme l'a précisé le réalisateur, « le film n'est en aucun cas leur biographie »[6].

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cela lui évitera de reprendre contact avec ses anciens réseaux infiltrés par les Allemands, contrairement à ce que fit France Antelme, et lui sauvera ainsi probablement la vie. (Source : Paturau, p. 49).
  2. Propos de Lise de Baissac rapportés dans Paturau, p. 49
  3. Dans la région de Fougerolles (Haute-Saône), selon Paturau, p. 49. Lieu à vérifier (éloignement !)
  4. Siedentopf, p. 10.
  5. Site 64 Baker Street.
  6. http://www.tfmdistribution.com/lesfemmesdelombre/

Sources et liens externes[modifier | modifier le code]

  • Fiche Lise de Baissac, avec photographie : voir le site Special Forces Roll of Honour
  • Michael Richard Daniell Foot, Des Anglais dans la Résistance. Le Service Secret Britannique d'Action (SOE) en France 1940-1944, annot. Jean-Louis Crémieux Brilhac, Tallandier, 2008, ISBN 978-2-84734-329-8. Traduction en français par Rachel Bouyssou de (en) SOE in France. An account of the Work of the British Special Operations Executive in France, 1940-1944, London, Her Majesty's Stationery Office, 1966, 1968 ; Whitehall History Publishing, in association with Frank Cass, 2004. Ce livre présente la version officielle britannique de l’histoire du SOE en France.
  • Biographies sur internet : (en) Spartacus, 64 Baker Street.
  • Monika Siedentopf, Parachutées en terre ennemie, préface d'Olivier Wieviorka, Perrin, traduit de l'allemand par Amélie de Maupeou, Perrin, 2008, (ISBN 978-2-262-02784-1).
  • J. Maurice Paturau, Agents secrets mauriciens en France 1940-1945, s.d. (1994 ou 1995).