Lion des cavernes européen

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Le lion des cavernes européen (Panthera leo spelaea) est un grand félin aujourd’hui éteint peuplant l’Eurasie durant la seconde moitié du Pléistocène. Son extinction a été provoquée par le réchauffement brutal du climat, entraînant la perte de ses proies.

Apparence et mensurations[modifier | modifier le code]

Le squelette du lion des cavernes vu par W. Bölsche, 1896
Lions des cavernes, selon une réplique des peintures de la grotte Chauvet, au musée Anthropos de Brno. On les décrit parfois comme « lionnes des cavernes », du fait de l'absence de crinière.
Panthera leo spelaea - Muséum de Toulouse.

Le lion des cavernes fut probablement l’un des plus gros félins de tous les temps. Certaines sources pensent, sur la base de l'examen de la forme du crâne, que cet animal était plutôt apparenté au tigre, et que, mieux que Panthera leo spelaea, il conviendrait donc de l'appeler Panthera tigris spelaea[1]. À l'opposé, des analyses génétiques récentes ont montré que, de tous les félidés actuels, c'est du lion moderne qu'il est en fait le plus proche[2]. Au bout du compte cependant, on ne sait pas s'il faut le considérer comme une sous-espèce du lion, ou comme une espèce distincte bien qu'étroitement apparentée.

Tous les indices montrant l’apparence des lions des cavernes sont gravés, peints ou sculptés par nos ancêtres, les hommes préhistoriques.

  • Une sculpture provenant de la grotte de Vogelherd (Allemagne) montre une tête de lion (d’environ 3 cm) possédant des oreilles rondes et de profondes entailles interprétées comme une crinière.
  • Des gravures de lions en pleine course provenant de la grotte de La Vache (Ariège) ne possèdent pas de crinière (probablement des femelles) et montre clairement une queue touffue et un museau moustachu.
  • Une gravure de la grotte des Combarelles (Dordogne) et une figurine sculptée dans de l’ivoire de mammouth montrant un homme portant une fourrure rayée d’un grand félin (trouvée à Mal’ta, en Russie), laissent penser que les lions des cavernes étaient rayés, d’ailleurs, serait-ce un tigre ?
  • Les sublimes peintures de la grotte Chauvet (Ardèche) montrent des lions à queues touffues, de pelage unis fauve et à vibrisses. Aucun fauve n’est représenté orné d’une crinière, ce qui laisse déduire que soit ce sont toutes des lionnes, soit que les mâles ne possédaient pas des crinières ; pourtant, certaines représentations montrent probablement des mâles, la forme de leur cou est plus épais, ce qui laisse penser que les crinières sont simplement représentées par un cou plus épais.

Les scientifiques se font donc une assez bonne idée de l’apparence de ce gros félin ; ces indices, et bien d’autres, montrent donc un gros félin à queue touffue, à pelage faiblement rayé et, pour les mâles, une courte crinière.

Les mensurations des lions des cavernes sont uniquement basées sur les fossiles. Il était bien plus grand que les lions actuels, les plus gros mâles pouvant mesurer jusqu’à 3,5 mètres de long (soit environ 25 % de plus que les lions actuels). La plupart devaient avoir une taille plus modeste, un crâne trouvé près de Vence (Alpes-Maritimes) mesurant 36 cm (30 à 40 cm chez les lions actuels). Le plus grand crâne de lion des cavernes provient d’Angleterre et mesure 43 cm. Cependant, les lions des cavernes possédaient un crâne plus court que ceux des lions actuels, ce qui laisse penser, par déduction, qu’ils étaient plus grands. Les mâles pesaient entre 250 et 320 kg (chez les lions modernes, le poids varie entre 140 et 215 kg), et les femelles, plus petites, près de 175 kg (contre 110 à 170 kg pour une lionne moderne).

Répartition et environnement[modifier | modifier le code]

Le lion des cavernes a vécu entre - 300 000 et - 10 000 ans, succédant à Panthera leo fossilis, plus grand et adapté à un climat plus chaud.

Il était le plus gros prédateur des deux dernières périodes glaciaires. Son aire de répartition s’étendait de la Sibérie (où il cohabitait avec Panthera leo vereshchagini, un autre lion) jusqu’à l’Europe du Sud. Même si les lions des cavernes préféraient les périodes plus clémentes, ils fréquentaient également l’Eurasie lors des périodes les plus froides.

Ses principaux fossiles proviennent d’Angleterre (exemple du gisement de Trafalgar Square), d’Allemagne (notamment en Bavière, grotte de Siegsdorf), d’Europe de l’Est et de Russie, également en France ; proportionnellement aux autres animaux, les fossiles de lions sont rares, ce qui ne veut pas dire qu’il n’était pas présent.

L’habitat du lion des cavernes était la grande steppe de carex, de pâturin, de brome et d’autres graminées de l’époque glaciaire. Contrairement à l’idée que l’on se fait de lui, il ne vivait pas sous un épais manteau neigeux, même si les températures les plus élevées de la steppe n’était que d’environ -10°C. Les seuls arbres que l’on trouvait étaient des pins, des épicéas, des aulnes ou des saules, accompagnés d’arbustes à baies (genévriers, myrtilles…) et rhododendrons.

Le lion des cavernes vivait dans un environnement peuplé de gros mammifères : ours des cavernes (Ursus speleaus), mammouths (Mammuthus primigienus), rennes (Rangifer tarandus), bœufs musqués (Ovibos moschatus), mégacéros (Megaloceros giganteus), antilopes saïga (Saiga tatarica) ou bisons (Bison priscus); ce dernier devait être sa proie principale. Il est également contemporain des premiers humains modernes (Homo sapiens).

Malgré son nom, le lion des cavernes n’habitait probablement pas les abris souterrains, excepté l’hiver pour se protéger du froid.

Taxinomie[modifier | modifier le code]

La classification du lion des cavernes est toujours controversée, tantôt classé comme une sous-espèce de lion (Panthera leo spelaea), tantôt comme une espèce à part entière (Panthera spelaea).

L’histoire commence en 1810 quand G. A. Goldfuss décrivit cette espèce comme Felis spelaea, en le rapprochant du lion (à l’époque Felis leo), puis, lorsque le léopard, le tigre, le lion et le jaguar furent classés dans le genre Panthera, le lion des cavernes y fut aussi (Panthera spelaea). En 1996, Groiss le classa parmi les tigres (Panthera tigris spelaea). Les dernières études d’ADN prélevé sur quatre ossements provenant du Sud de l’Allemagne et un autre provenant d’Autriche montrent qu’il s’agissait en fait d’une sous-espèce de lion (Panthera leo spelaea) ; toutefois, il semble plus qu'il s'agisse d'une espèce distincte.

Art préhistorique[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Art préhistorique et Lion dans l'art.
Diverticule des félins dans la grotte de Lascaux.

Les félins sont assez peu représentés dans l'art pariétal paléolithique. Chaque grotte ornée ne compte qu'une ou deux figurations de félin. La grotte de Lascaux en Dordogne présente onze félins peints ou gravés et la grotte Chauvet en Ardèche en présente 75. En règle générale, ils sont présents dans des parties de la grotte reculées et difficile d'accès et sont de plus d'une qualité graphique bien inférieure à celle observée sur les chevaux ou les bisons par exemple. La grotte Chauvet-Pont-d’Arc fait office d'exception[3]. Les félins peuvent être peints, gravés sur la roche ou sur l'os ou modelés dans l'argile. Quant à l'espèce de félin représentée, la grotte des Trois-Frères permet de clairement identifier le lion des cavernes plutôt que le tigre en raison de la présence d'un toupet de poil au bout de la queue[Note 1],[4].

La grotte Chauvet (Aurignacien) montre surtout la chasse ou le comportement des lions, une magnifique fresque où sont représentées plusieurs espèces telles que le bison (Bison priscus), le rhinocéros laineux (Coelodonta antiquitatis), un jeune mammouth (Mammuthus primigienus) et des chevaux (Equus ferus) accompagnés d’une quinzaine de lionnes. Dans la grotte de Lascaux (Magdalénien ou Solutréen), les lions figurés semblent évoquer la chasse : une paroi montre des lions couverts de traits évoquant des lances, saignant et crachant. Comme l’ours des cavernes, le bison et le rhinocéros, le lion des cavernes a pu jouer un rôle important dans les croyances des hommes préhistoriques.

Le lion est représenté la face tournée vers l'observateur et non de profil dans l'art préhistorique africain. En effet, des légendes lui attribuent des pouvoirs magiques liés à son regard. De telles représentations du Paléolithique supérieur se retrouvent à In Habeter dans le Fezzan, à Jacou dans l'Atlas saharien, mais également dans la grotte des Trois-Frères, en France[5].

L'homme lion, sculpture d'ivoire de mammouth du Paléolithique supérieur (Aurignacien) de près de trente centimètres de haut, représente le corps d'un homme surmonté d'une tête de lion des cavernes et compte parmi les œuvres d'art les plus impressionnantes de cette époque, mais également parmi les plus anciennes de toute l'histoire de l'humanité. Elle incarnait peut-être une divinité[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Des représentations de lynx et de léopard existent également.

Références[modifier | modifier le code]

  1. J. Th. Groiss, Der Höhlentiger Panthera tigris spelaea (Goldfuss). Neues Jahrb. Geol. Paläont. Mh., 1996, Vol.7, p.399–414.
  2. Joachim Burger, « Molecular phylogeny of the extinct cave lion Panthera leo spelaea », Mol. Phylogenet. Evol., vol. 30, no 3,‎ mars 2004, p. 841–849 (PMID 15012963, DOI 10.1016/j.ympev.2003.07.020, lire en ligne)
  3. a et b (fr) « Grotte de Lascaux, visite virtuelle », sur http://www.lascaux.culture.fr/, Ministère de la Culture (consulté le 4 décembre 2009)
  4. (fr) Henri Begouën, « Les bases magiques de l'art préhistorique », sur http://www.hominides.com, Hominidés.com,‎ 1939 (consulté le 4 décembre 2009)
  5. (fr) Marcel Brion, Les animaux, un grand thème de l'Art, Paris, Horizons de France,‎ 27 octobre 1955
  6. (fr) (en) (de) « L’homme-lion », sur http://www.loewenmensch.de, Ulmer Museum (consulté le 5 décembre 2009)
  7. (fr) Henri Laville, Michèle Crémades, « Le félin gravé de Laugerie-Basse : à propos du mouvement dans l'art paléolithique », Paléo, Revue d'Archéologie Préhistorique, vol. 7, no 7,‎ 1995, p. 259-265 (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Burger, Joachim et al. (2004): Molecular phylogeny of the extinct cave lion Panthera leo spelaea. Molecular Phylogenetics and Evolution|Mol. Phylogenet. Evol. Vol.30, p.841-849. PDF fulltext (en anglais).
  • Arndt, H. Hemmer, W. Rosendahl, T. Eriksson (2004): Genetic variation in Southern German cave lions.
  • Baryshnikov, G.F., Boeskorov, G., 2001. The Pleistocene cave lion, Panthera spelaea (Carnivora, Felidae) from Yakutia, Russia. Cranium 18, 7–24.
  • Jean Clottes et Marc Azéma. Les félins de la Grotte Chauvet. Editions Seuil (2005).