Ligue islamique mondiale

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La Ligue islamique mondiale (LIM) (arabe : رابطة العالم الإسلامي, Al Rabita al-alam el-islami ou Al Rabita ; anglais : World Muslim League ou WML) est une ONG musulmane fondée en 1962 à La Mecque par le prince Fayçal d'Arabie saoudite avec le concours de représentants de 22 pays pour promouvoir le panislamisme en opposition au panarabisme nassérien[1].

Objectifs[modifier | modifier le code]

Ses objectifs sont, selon le site principal[2] et le site de la mosquée de Genève[3] : propager l’islam, élucider les incertitudes concernant la religion, lutter contre les fausses allégations visant à détruire l’unité des musulmans ou à jeter le doute dans leur esprit, convaincre [les musulmans] de la nécessité d’obéir à Dieu tout en les aidant à résoudre les problèmes rencontrés dans cette entreprise, entreprendre des projets en matière de propagande islamique, d’éducation et de culture.

Selon un document remis à la presse à l’occasion de la rencontre en 2002 de son secrétaire général avec Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur : bras religieux de l'islam dit authentique, la LIM s’efforce de faire connaître la charia et de répandre l'enseignement islamique à travers la construction d'écoles et d'instituts musulmans, avec appuis et apports.

Statut[modifier | modifier le code]

La ligue a statut d’observateur (catégorie A) à l’ONU et statut consultatif auprès de l’ECOSOC. Elle est accréditée par l’UNICEF. Elle a statut d’observateur à toutes les conférences de l’OCI. Elle est membre fondateur de l’International Supreme Council for Dawah and Relief. Elle est considérée par les gouvernements européens comme une 'ONG gouvernementale'[4].

Relations avec l’État saoudien[modifier | modifier le code]

La LIM est basée à La Mecque. Le secrétaire général doit être saoudien. Le titulaire du poste est en 2007 Abdallah ben Abd Al Muhsin Atturki (Abdallah Turki), ancien ministre des Affaires religieuses et prince du sang. Bien qu’elle ait toujours affirmé être indépendante de l’État, selon une audition de la Commission judiciaire du Sénat américain, on peut déduire sans aucun doute des sources saoudiennes que la LIM est contrôlée étroitement par le gouvernement, de même que l'IIRO en dépend. Par ailleurs, depuis 1993, une loi dispose que tous les fonds humanitaires musulmans doivent être placés sous le contrôle d’un prince[5].

Prédication islamique[modifier | modifier le code]

La prédication islamique et l’éclaircissement des doutes en matière doctrinale sont les deux premières missions citées dans la liste des objectifs de la Ligue. James Woolsey, ancien directeur de la CIA, estime que les Saoudiens ont depuis le milieu des années 1970 dépensé près de 90 milliards de USD pour exporter l’idéologie islamique dans le monde[6]. Le royaume des Saoud tient particulièrement à ce que l’islam mondial conserve sa « pureté non entachée d’innovations »[7].

Par ailleurs, le contenu arabophone du site de la WML semble indiquer que l’Europe occupe une place de plus en plus importante dans les efforts prosélytes de l’organisation[8]. Avant la création en 1978 de la mosquée de Genève, premier établissement européen officiellement fondé par la LIM, cette dernière aurait soutenu financièrement d’autres groupes d’esprit panislamiste, comme le Centre islamique de Genève fondé et dirigé par Saïd Ramadan, Frère musulman[9]. L’engagement saoudien direct aurait débuté avec le règne du roi Khaled. Selon la presse française, beaucoup d’argent est offert pour la construction de mosquées ou de centres d’activités avec l’espoir que les assistés embrassent l'islam[10]. Selon Michel Renard, converti et ancien directeur de la revue Islam de France, la Ligue islamique mondiale « ..est persuadée que, dans cent ans, elle aura converti une grande partie de la population française. ». La Ligue a été à l’origine de la tentative de légalisation de tribunaux islamiques au Canada[11].

Branches et affiliations[modifier | modifier le code]

À la Ligue islamique mondiale sont rattachées l’Académie du droit musulman (al-Majma‘ al-fiqhî al-islâmî) et l’IIRO, ONG humanitaire. La LIM et L’IIRO font partie du Saudi Joint Relief Committee avec al-Haramain (désormais personna non grata auprès des organisations internationales), le Croissant rouge saoudien et la WAMY (Assemblée mondiale des jeunes musulmans).

Dans chaque pays où la Ligue est présente est créé un Bureau de l’Organisation de la ligue Islamique mondiale (BOLIM, en arabe Rabitat), habilité à financer des projets de construction de mosquées et des centres islamiques, dont les Centres islamiques saoudiens de Rome, Vienne, Madrid, Bruxelles, Londres, Sarajévo, Lyon et Genève.

Présence dans les zones francophones[modifier | modifier le code]

Belgique[modifier | modifier le code]

En 1968, le Gouvernement belge offre le Pavillon oriental du Parc du Cinquantenaire à Bruxelles au roi Fayçal. Lorsque l'État belge reconnait l’islam en 1974, il est converti en un Centre Culturel islamique sous le contrôle direct de la Ligue islamique mondiale. En mai 1978, le roi Khaled se rend en Belgique pour, entre autres, promouvoir l’importance du centre qui obtient cette même année par le biais du“ Pacte scolaire ” des subventions lui permettant de rémunérer six cents enseignants religieux dans le primaire et le secondaire. En 1989 est inauguré un Institut de formation d’imams, dont le directeur est habilité par le ministère belge de l’Education nationale à désigner les enseignants des cours de religion islamique et d’arabe dans les écoles publiques[12].

Suisse[modifier | modifier le code]

Dans les années 1970, le besoin se fait sentir pour les Saoudiens de plus en plus présents sur les bords du Léman d’avoir un lieu de culte qui leur convienne réellement. La seule institution musulmane notable, soutenue financièrement par la LIM, était alors le Centre islamique de Genève du Suisse Saïd Ramadan. C’est en 1978 que fut inaugurées la Mosquée de Genève (par le roi Khaled et le Président de la Confédération suisse) et l’Association culturelle islamique de Genève (par le Prince Fahd), toutes deux financées par la LIM.

France[modifier | modifier le code]

Le BOLIM de France, tout d’abord dirigé par Daniel-Youssof Leclercq[13], puis par le saoudien Abdulaziz Sarhan, est installé dans les locaux attenants à la mosquée Ibn Abdelaziz de Mantes-la-Jolie. Construite en 1981 grâce à des dons libyens, elle se rapproche officiellement des Saoudiens en 1997 lorsque le Prince Abdelaziz vient inaugurer le centre culturel islamique attenant. Le 30 septembre 2000, la Ligue islamique mondiale rachète l'ensemble pour une somme symbolique et y prend ses quartiers.

La mosquée d'Evry a été construite grâce à une collaboration entre la LIM (environ 9 millions d’euros) et la Fondation Hassan II (décoration intérieure). La LIM payait (2002) les taxes. En 2002 un conflit, toujours non résolu en 2007, s’est élevé entre la Fondation Hassan II et la LIM pour le contrôle de la mosquée[14].

La grande mosquée de Lyon, inaugurée en 1994, a été financée par un don personnel du roi Fahd (~4 millions d'euros) et la Ligue islamique mondiale[15].

La Ligue est généralement considérée comme l’un des principaux bailleurs de fonds pour les mosquées, écoles et centres culturels. En 2002, son représentant à Paris déclarait avoir reçu en deux ans plus de 30 demandes de financement de mosquées ou d'écoles coraniques émanant de toute la France. Néanmoins, certains considèrent qu’elle n’exerce pas sur ces établissements une influence idéologique aussi importante que ses investissements financiers le laisserait supposer, du fait de la résistance des autres participants au projet, comme le montre l’exemple de la mosquée d’Evry[16].

La ligue serait proche de l’UOIE et serait le principal mécène de l’UOIF. Elle est également liée à la FNMF, cofondée en 1985 par Youssouf Leclerc, directeur du BOLIM de France, qui en est devenu président.[réf. nécessaire]

La Ligue islamique mondiale s’associe en général aux plaintes déposées par les organisations musulmanes pour atteinte à l'islam, comme lors des procès contre Michel Houellebecq (2002) et Charlie Hebdo (Affaire des caricatures de Mahomet - 2007).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Saudi Arabia Information Resource Website
  2. MWL anglais
  3. Mosquée de Genève
  4. Visite du secrétaire général au ministère de l'Intérieur
  5. Commission judiciaire du Sénat américain
  6. Intervention au American Enterprise Institute: Saudi Government Propaganda in the United States: Avowed Ally or Secret Enemy? 16.2.2005.
  7. Dr. Salakh Ramadan et Dr. Mohammed Mansur, enseignants d’Al-Azhar
  8. The World Muslim League: Agent of Wahhabi Propagation in Europe
  9. historique du CIG
  10. Abdel-Rahman Ghandour, spécialiste des ONG islamiques, cité dans l’Express, 21-11-2002, L'Argent de l’islam par Besma Lahouri et Boris Thiolay
  11. Travaux parlementaires p.3
  12. L'Arabie Saoudite ou le premier État islamiste
  13. blog de Daniel-Youssof Leclercq
  14. l’Express, 21-11-2002, L'Argent de l’islam par Besma Lahouri et Boris Thiolay
  15. Lyonmag.com 4.10.2002
  16. Karim Douichi - La Vie Economique 26-1-2005

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Reinhard Schultze Islamischer Internationalismus im 20. Jahrhundert. Untersuchung zur Geschichte der islamischen Weltliga, Leiden, New York, Copenhague, Cologne : E.J. Brill, 1990