Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme
Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme
| Forme juridique | Association loi de 1901 |
|---|---|
| But | Lutter contre le racisme et l'antisémitisme. |
| Zone d’influence | France, International |
| Fondation | 1928 |
|---|---|
| Fondateur | Bernard Lecache |
| Origine | Ligue Internationale Contre l'Antisémitisme (LICA) |
| Siège | Paris |
|---|---|
| Président | Alain Jakubowicz |
| Vice-présidents | Lydia Natiez, Caroline Daigueperse-Vaultier, Philippe Schmidt, Carine Bloch, Gérard Unger, Pierre Fournel, Annette Bloch, Martine Benayoun |
| Secrétaire général | Roger Benguigui |
| Publication | Le Droit de Vivre |
| Site web | http://www.licra.org |
La Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (ou LICRA) est une association internationale, luttant contre le racisme et l'antisémitisme en France, mais également sur le plan international.
Sommaire |
Histoire [modifier]
La LICRA trouve son origine dans un assassinat : le 25 mai 1926 Samuel Schwartzbard abat de sang-froid à Paris, au Quartier Latin, Simon Petlioura que Samuel Schwartzbard juge responsable des pogroms organisés en Ukraine.
En 1927 Bernard Lecache est un jeune journaliste chargé de suivre le procès de Samuel Schwartzbard. Pour tenter de sauver Samuel Schwartzbard, il se lance dans une campagne médiatique et fonde un groupement, la Ligue contre les pogroms. Après l'acquittement de l'accusé, le groupement s'organise en une association, la Ligue internationale contre l'antisémitisme (LICA) voit le jour en février 1928, à laquelle adhérent des personnalités influentes dont certaines sont marquées à droite: Victor Basch, Léon Blum, Albert Einstein, Edmond Fleg, Maxime Gorki, Paul Langevin, la Comtesse de Noailles,Pierre Bonardi,Georges Pioch, Georges Zérapha, Séverine, André Spire. Une de ses premières tâches est de cartographier des pogroms en Europe. Dès 1932, le nom change en Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme mais ce n'est qu'en 1979 que le sigle correspondant a été adopté par Jean Pierre-Bloch, président de l'époque.
Dès 1931 la ligue compte 10 000 adhérents répartis en sections d'arrondissements et de villes et en Fédérations départementales à travers toute la France et constitue une force incontournable dans la bataille des ligues en février 1934. Juste avant la seconde guerre mondiale, elle compte près de 100 000 adhérents[1].
En septembre 1939 quand la deuxième guerre mondiale éclate, de nombreux militants de la LICA sont mobilisés, beaucoup partent volontaires pour la durée des hostilités. En France occupée, la LICA est dissoute par les autorités de Vichy[2], se reconstitue dans la clandestinité pour venir en aide aux victimes des lois anti-juives, en leur trouvant des caches en province, en leur fournissant des faux papiers d’identité, en créant des réseaux d’évasion vers la Suisse, l’Espagne et l’Angleterre. Néanmoins nombreux sont les anciens membres de la LICA à participer au régime de Vichy (lire à ce sujet Les Dreyfusards sous l'Occupation et Un paradoxe français de Simon Epstein), le fondateur Bernard Lecache ayant voulu occulter ce fait[1].
Après 1945, la LICA prend la forme d'une association de solidarité envers les rescapés des camps de concentration, et de fidélité à la mémoire des victimes de l'holocauste[2]. Certains adhérents, proches du parti communiste, n'acceptant pas que la LICA dénonce l'antisémitisme stalinien, se spécialisent dans le racisme anti-maghrébin et partent fonder le MRAP, la LICA considérant que la défense d'autres minorités était une sorte de faire-valoir du combat contre l'antisémitisme[1].
La loi antiraciste du date 1er juillet 1972 permet à la LICA de se porter partie civile dans les procès relatifs à des actes racistes et de protester contre les crimes racistes.
Lors de son 33e congrès national en 1979, la LICA devient la LICRA. En mettant en harmonie son sigle et son intitulé, la Ligue rappelle ainsi sa volonté, toujours affirmée, de lutter contre toutes les formes de racisme direct ou voilé, individuel ou collectif et sa détermination à dénoncer la discrimination raciale partant du principe fondamental qu’aucune raison politique, économique, sociale ou biologique ne peut expliquer ou justifier le racisme.
La lutte de la LICRA contre le néonazisme et les thèses négationnistes s'est manifestée notamment par le soutien au couple Klarsfeld dans sa traque des anciens nazis, et dans le cadre du procès Barbie en 1987. À la fin des années 1980, la LICRA craint d'être supplantée par SOS Racisme proche du Parti socialiste mais poursuit son combat en gardant son indépendance politique[1].
Depuis quelques années, la LICRA a intensifié son action internationale et œuvré pour une présence effective dans de nombreux pays. C’est ainsi qu’elle est désormais implantée en Suisse, en Belgique, au Luxembourg, en Allemagne. Une section a vu le jour au Portugal le 11 avril 1991, une autre au Québec, le 26 juin de la même année. En février 2001, la Ligue a pris pied au Congo-Brazzaville, puis en mars en Autriche[réf. souhaitée].
Depuis 1999, et sous l’impulsion de Patrick Gaubert, la LICRA élargit son champ d’action. Aux thèmes traditionnels antiracistes, s’en ajoutent désormais d’autres, pour tenter de répondre aux préoccupations de la société nouvelle : la discrimination au travail, la citoyenneté, les jeunes des milieux défavorisés etc. C’est ainsi que, les 22 et 23 janvier 2000, la convention nationale de la LICRA, à Bordeaux, a consacré ses travaux au thème de la citoyenneté.
Alain Jakubowicz a été élu à la présidence de la LICRA le 31 janvier 2010 pour un mandat de trois ans[3].
Dans l'affaire judiciaire LICRA contre Yahoo!, la LICRA tente de faire condamner l'entreprise Yahoo! pour son secteur de vente en ligne, en ce qui concerne des objets en relation avec l'antisémitisme.
Commissions [modifier]
- La commission de soutien psychologique aux personnes victimes de racisme et d'antisémitisme a pour rôle d'apporter une aide aux personnes déstabilisées par des agressions racistes ou antisémites.
- La commission juridique examine et décide, le cas échéant de poursuivre devant les tribunaux les paroles et/ou écrits racistes et/ou antisémites en application de la loi 1881 sur la presse. Elle envisage éventuellement d’accompagner en justice les personnes victimes de discriminations particulièrement graves.
- La commission Jeunes a été réactivée à la suite du premier tour de la présidentielle du 21 avril 2002, afin de toucher le public jeune qui fait habituellement défaut à la LICRA, au travers d’actions spécifiques au niveau local et national.
Cette commission réunit des militants âgés de 16 à 30 ans. - La commission Mémoire, Histoire et Droits de l'Homme, créée en 1986, est une instance d'information et de formation ouverte à tous les membres de la LICRA. Son action préventive comporte trois axes principaux :
- l’information et la formation historique des adhérents ;
- l’expertise d’ouvrages, films, vidéos relatives au racisme et l’antisémitisme ;
- la diffusion des connaissances historiques à l’intention des enseignants, des élèves et de différents publics concernés.
- La commission Sport veille à ce que le sport reste un vecteur d'intégration et non d'exclusion. Elle mène un travail de prévention quotidien face aux problèmes de racisme et de violence par et dans le sport. Elle organise régulièrement des colloques pour sensibiliser et former les différents acteurs du sport, de l’enseignement et de la sécurité. Elle lutte contre l’utilisation par les extrémistes du vecteur sport comme moyen d’infiltration et de recrutement et reste vigilante face aux dangers du communautarisme. En Europe, la LICRA est l’association nationale française déléguée de Football Against Racism in Europe (FARE), le réseau d’associations anti-racistes partenaire de l’UEFA.
- La commission Éducation dirigée par Jean-Paul Grasset, mène des actions de sensibilisation des jeunes aux valeurs républicaines, et de formation des militants.
Présidents [modifier]
- Bernard Lecache : 1927 - 1968
- Jean Pierre-Bloch : 1968 - 1993
- Pierre Aïdenbaum : 1993 - 1999
- Patrick Gaubert : 1999 - 2010
- Alain Jakubowicz : 2010
Membres d'honneur [modifier]
Joséphine Baker, Alain Bauer, François Bayrou, Harry Belafonte, Edouard Beneš, André Bergeron, Jean Pierre-Bloch, Léon Blum, Charles-Auguste Bontemps, Tamara Borten, Jean-Denis Bredin, Jacques Chaban-Delmas, Georges Charpak, Jacques Chirac, Comtesse de Noailles, Costa-Gavras, Bertrand Delanoë, Jacques Delors, Albert Einstein, Monseigneur Etchegaray, Laurent Fabius, Roger Fauroux, Jean Ferniot, Alain Finkielkraut, François de Fontette, René Frydman, Pierre-Gilles de Gennes, Marek Halter, Édouard Herriot, François Jacob, Lionel Jospin, Léon Jouhaux, Alain Juppé, Axel Kahn, Joseph Kessel, Beate Klarsfeld, Serge Klarsfeld, Bernard Kouchner, Jack Lang, Bernard Lecache, Joël Le Tac, François Léotard, Bernard-Henri Lévy, Léon Lévy, Enrico Macias, André Malraux, Tomas G. Masaryk, Albert Memmi, Gaston Monnerville, Abbé René de Naurois, Pierre Perret, Louis Edmond Pettiti, Gilberte Brossolette, Samuel Pisar, Maurice Plantier, Alain Poher, Bertrand Poirot-Delpech, Henri Ravouna, Leny Rimbert, Romain Rolland, André et Simone Schwarz-Bart, Philippe Séguin, Séverine, Bernard Stasi, Fodé Sylla, Bertrand Tavernier, Rita Thalmann, Gilbert Trigano, Étienne Trocmé, Simone Veil, Maurice Weinberg, Elie Wiesel, Étienne Wolff, Fred Zeller.
Ses objectifs [modifier]
La LICRA a pour objectif d'être vigilante sur les discriminations. Elle combat tout d'abord le racisme au quotidien et la banalisation des actes xénophobes, en apportant une aide juridique aux victimes, souvent mal informées de leurs droits. Elle est très attentive aux propos racistes ou antisémites tenus dans la presse, à la télévision et à la radio. Elle dit ne pas vouloir entraver la liberté de la presse, mais traquer et corriger publiquement les incitations à la haine et à la discrimination. Elle veille aussi à attaquer systématiquement toutes les publications négationnistes, en réclamant le retrait de l'ouvrage. De plus, elle poursuit les sites ayant des contenus racistes ou antisémites, et incite les hébergeurs à plus de responsabilité et de vigilance. Finalement, elle veille à attaquer les propos xénophobes contenus dans certains discours politiques. Les condamnations qu'elle a déjà obtenues sont la preuve que de telles déclarations ne sont pas des opinions mais des délits.
La LICRA agit sur le terrain à l'aide de ses bénévoles actifs dans toutes les régions de France. Le programme des actions sur le terrain est voté par neuf commissions (Mémoire historique, Juridique, Éducation, Culture, Sport, Europe, Intégration, Citoyenneté, LICRA Jeunes). Depuis 1932, le journal Droit de Vivre est un support essentiel aux valeurs et aux engagements de la LICRA. Distribué à l'ensemble des membres, c'est un outil privilégié de communication internet et externe. À travers ses lignes, il fait transparaître la vie de l'association tant au niveau local qu'international. En effet, si les grandes décisions et les prises de position du bureau national font partie des informations véhiculées par le journal, la place consacrée à la vie des sections et aux initiatives locales est importante. En fonction de l'actualité, il ouvre ses colonnes à des personnalités extérieures.
Implantation internationale [modifier]
Il existe des sections de la Licra en Suisse, en Belgique, au Luxembourg, en Allemagne, au Portugal depuis le 11 avril 1991, au Québec depuis le 26 juin 1991, au Congo-Brazzaville depuis février 2001, en Autriche depuis mars 2001 et en Italie depuis 2008.
Communication et publications [modifier]
- Depuis 1932 la LICRA publie un journal intitulé Le Droit de Vivre, authentique organe de combat où s’expriment les différentes personnalités membres.
- En 2001, la LICRA lance une campagne contre les discriminations au quotidien, avec une signature forte : « Stoppons l’apartheid en France ».
Plus récemment deux clips vidéos ont aussi été tournés dans le cadre d'une campagne contre le racisme dans les stades. - En 2012, La LICRA et SOS racisme publient une lettre ouverte aux strasbougeois : Dieudonné M'Bala M'Bala se produira à Strasbourg le 12 juin[4].
- En 2013, la LICRA publie une lettre ouverte adressée à la Garde des sceaux madame Christiane Taubira[5] en lui proposant de "faire connaître" son opinion concernant le mot religieusement prononcé au cours du serment des magistrats dans la formule suivante: "Je jure de bien et fidèlement remplir mes fonctions, de garder religieusement le secret des délibérations et de me conduire en tout comme un digne et loyal magistrat". Le mot religieusement étant (dans cette lettre) saisi dans son acception première.
Mission de médiation [modifier]
Mercredi 4 novembre 2006 Patrick Gaubert a accepté une mission de médiation à la demande de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, concernant l'affaire des expulsés de Cachan. Cette mission fut menée avec Dominique Sopo, président de SOS Racisme. Selon le ministère de l'Intérieur et les explications de son porte-parole Claude Guéant, cette mission aurait débuté plusieurs jours avant l'annonce faite à la presse[6].
Procès contre Daniel Mermet [modifier]
En 2002, elle a intenté, aux côtés de l'UEJF et d'Avocats sans frontières, un procès contre Daniel Mermet, journaliste à France Inter, pour avoir diffusé des propos d'auditeurs concernant le conflit israélo-palestinien, l'accusant d'« incitation à la haine raciale ». Reporters sans frontières a alors dénoncé des « pressions croissantes exercées sur les journalistes critiquant la politique d'Ariel Sharon »[7], tandis que la Cour d'appel a débouté Avocats Sans Frontières en 2006, distinguant la responsabilité du journaliste de celle des auditeurs[8].
Racisme antiblanc [modifier]
Un homme de 28 ans est jugé pour des violences commises en 2010 dans le métro parisien et pour avoir avoir insulté la victime en criant « sale Blanc, sale Français ». Renvoyé avec la circonstance aggravante de « racisme », le prévenu risque cinq ans de prison et 75 000 € d'amende. Pour la première fois dans ce type d'affaire, une association antiraciste, la LICRA, est partie civile. Elle entend consacrer son congrès annuel de mars 2013 à ce thème. Alors que Patrick Gaubert avait centré son action contre l'antisémitisme, le nouveau président Alain Jakubowicz entend sortir de cette thématique restrictive[9].
Bibliographie [modifier]
Livres favorables [modifier]
- Contre le racisme, les combats de la LICRA, par Jean-Pierre Allali et Richard Séréro (2002)
- Combattre l'obscurantisme, par Patrick Gaubert, qui était alors président du mouvement (2007)
- 1905-2005 Un siècle de liberté et de respect, par la LICRA, ouvrage sur l'histoire de la laïcité en France sous la direction de Richard Séréro et Philippe Benassaya (2005, non disponible à la vente)
Livres critiques [modifier]
- La France LICRAtisée[10], par Anne Kling (journaliste et femme politique de la mouvance identitaire)[11] (2006).
- Un paradoxe français de Simon Epstein. Albin Michel. 2008.
Références [modifier]
- Alain Jakubowicz, « Histoire du racisme », émission La Fabrique de l'histoire sur France Culture, 14 novembre 2011
- Histoire LICRA
- Organisation LICRA
- Lettre ouverte aux strasbourgeois : Dieudonné M'Bala M'Bala se produira à Strasbourg le 12 juin sur le site de la LICRA, publication datée du 25 mai 2012.
- La LICRA Lettre ouverte à madame la garde des sceaux sur le site de la LICRA, publication datée du 14 mars 2013.
- Le Monde du 4 octobre 2006
- Daniel Mermet, la « mauvaise cible » des pro-Israéliens sur le site du quotidien suisse Le Courrier.
- Incitation à la haine raciale : relaxe définitive pour Mermet, Le Nouvel Observateur, 30 janvier 2007
- Le "racisme anti-Blancs" divise les antiracistes, Lemonde.fr, 26 octobre 2012. Consulté le 28 octobre 2012
- La France LICRAtisée
- Blog d'Anne Kling
Voir aussi [modifier]
- SOS Racisme
- Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP)
- B'nai B'rith, la plus vieille organisation juive
- Anti-Defamation League dans le monde
- CRIF en France
- CICAD en Suisse
- RésistanceS en Belgique
