Licorne

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Licorne

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Jeune fille vierge et licorne, détail d'une fresque attribuée à Domenico Zampieri, 16041605, Palais Farnèse à Rome.

Créature

Autres noms Unicorne
Groupe Créature des bestiaires et des légendes
Caractéristiques Corne unique au milieu du front
Blanche
Pure et bénéfique
Proches Qilin, Karkadann, Shadhahvar

Origines

Origine Récits d'exploration antiques
Région Europe

La licorne, parfois nommée unicorne, est une créature légendaire à corne unique. Connue en Occident depuis l'Antiquité grecque par des récits de voyageurs en Perse et en Inde, sous le nom de monocéros, elle est peut-être en partie issue du chamanisme oriental à l'origine du Qilin (ou licorne chinoise) et du récit sanskrit d'Ekasringa. La licorne occidentale se différencie toutefois nettement de sa consœur asiatique par son apparence, son symbolisme et son histoire. Sous l'influence du premier des bestiaires, le Physiologos, les bestiaires médiévaux occidentaux et leurs miniatures la décrivent comme un animal sylvestre très féroce, symbole de pureté et de grâce, attiré par l'odeur de la virginité. Les chasseurs utiliseraient une jeune fille vierge pour la capturer. Sa forme se fixe entre le cheval et la chèvre blanche. La licorne se voit dotée d'un corps équin, d'une barbiche de bouc, de sabots fendus et surtout d'une longue corne au milieu du front, droite, spiralée et pointue, qui constitue sa principale caractéristique comme dans la série de tapisseries La Dame à la licorne.

Elle devient l'animal imaginaire le plus important du Moyen Âge à la Renaissance. La croyance en son existence est omniprésente grâce au commerce de sa corne et à sa présence dans certaines traductions de la Bible. Des objets présentés comme d'authentiques « cornes de licorne » s'échangent à prix d'or, crédités du pouvoir de purifier les liquides des poisons et de guérir la plupart des maladies. Peu à peu, on découvre qu'il s'agit en réalité de dents de narval, un mammifère marin arctique. Il est admis que les multiples descriptions de licornes dans les récits de voyages correspondent aux déformations d'animaux réels, comme le rhinocéros et l'antilope. La croyance en l'existence de la licorne reste toutefois discutée jusqu'au milieu du XIXe siècle et de tous temps, cette bête légendaire intéresse des théologiens, médecins, naturalistes, poètes, gens de lettres, ésotéristes, alchimistes, psychologues, historiens et symbolistes. Son aspect symbolique, très riche, l'associe à la dualité de l'être humain, la recherche spirituelle, l'expérience du divin, la femme vierge, l'amour et la protection. Carl Gustav Jung lui consacre une quarantaine de pages dans Psychologie et alchimie.

La licorne figure depuis la fin du XIXe siècle parmi les créatures typiques des récits de fantasy et de féerie, grâce à des œuvres comme De l'autre côté du miroir de Lewis Carroll, La Dernière Licorne de Peter S. Beagle, Legend de Ridley Scott, ou encore Unico d'Osamu Tezuka. Son imagerie moderne s'éloigne de l'héritage médiéval, pour devenir celle d'un grand cheval blanc « magique » avec une corne unique au milieu du front. Son association récente à la rêverie des petites filles sous l'influence, entre autres, de My Little Pony, lui donne une image plus mièvre, au point qu'elle est parodiée à travers le culte de la Licorne rose invisible, la web série Charlie la licorne ou encore le jeu Robot Unicorn Attack.

Sommaire

Étymologie et terminologie[modifier | modifier le code]

Licorne vue par Adi Holzer en 1975.

L'ancêtre de la licorne est nommé monokeros (μονόκερως) en grec ancien, ce qui signifie « avec une seule corne »[1]. Ce nom grec est peut-être issu de l'Arabe « karkadann », qui désigne aussi le rhinocéros[2].

Monokeros devient unicornis en latin, signifiant également « à une seule corne » (de unus, « une » et cornu, « corne »), d'où l'autre nom de la licorne en français : unicorne. Le nom français « licorne » est, d'après la théorie la plus récente, un emprunt du XIVe siècle à l'italien alicorno, lui-même forme altérée du latin chrétien unicornis[3]. Le latin unicornis a également pu donner le français « licorne » après suppression de la lettre « u » et transformation du « n » en « l »[4]. Selon la linguiste Henriette Walter, le mot « licorne » provient de deux erreurs successives : la prononciation « unicorne » sous l'influence du latin et du mot anglais unicorn a fait croire qu'il s'agit d'« une icorne », avec l'article indéfini, d'où l'icorne avec l'article défini, ce qui a donné le mot « licorne »[5]. Selon une interprétation moderne non-reconnue, ce nom pourrait signifier « corne de la loi », « épée de justice », « corne de lumière » ou même « corne de la lune » en langage des oiseaux[6].

De nombreuses créatures issues de légendes et de récits d'explorateurs sont nommées ou surnommées « licorne », leur seul point commun étant la présence supposée d'une corne unique. C'est le cas du qilin chinois, plus connu au Japon sous le nom de kirin, de l’indrik russe, du re'em de la Bible, du tragelaphos d'Aristote, du Karkadann et du Shadhahvar perses, du Kartazonos (καρτάζωνος) de Claude Élien[7] (dérivé du sanskrit « Kartajan », signifiant « roi du désert »[2],[7]), du camphruch et du pirassoupi d'André Thevet. Après sa découverte, le mammifère marin à l'origine du commerce des « cornes de licorne » en occident, le narval, acquiert le surnom de « licorne de mer »[8], le narval étant perçu comme la version aquatique de l'animal terrestre légendaire, ce surnom perdure[9]. L’Elasmotherium, grand rhinocerotidae éteint vu comme une origine possible des licornes asiatiques, est pour sa part surnommé la « licorne géante »[10].

Origines[modifier | modifier le code]

La licorne fascine l'humanité depuis des siècles, l'abondante production littéraire et artistique à son sujet en témoigne[11]. Bien que de nombreuses explications scientifiques dévoilent son origine (confusions avec des animaux réels et créations artificielles, en particulier), un mystère demeure dans l'universalité de sa légende et surtout son côté mystique et ésotérique, porté par des « artistes, conteurs et rêveurs » enclins à la méditation. Les œuvres historiques qui la mettent en scène possèdent souvent une forte charge symbolique, à l'image des tapisseries et des bestiaires du Moyen Âge[12]. Les théories concernant les origines de la licorne se révèlent plus ou moins sérieuses, à tel point qu'Odell Shepard suggère non sans humour dans son ouvrage The lore of the unicorn, publié en 1930, qu'elle doit provenir de l'Atlantide ou des montagnes de la lune[13].

Le principal débat concerne l'influence de créatures unicornes asiatiques, peut-être connues depuis la préhistoire, sur la licorne occidentale dont l'image s'est forgée au Moyen Âge. Défendue par l'ésotériste Francesca Yvonne Caroutch, cette théorie est réfutée par la thèse de Bruno Faidutti et d'autres études universitaires[A 1] qui pointent une tendance au syncrétisme sous l'influence, en particulier, des travaux de Carl Gustav Jung dans Psychologie et alchimie : « en mélangeant tout et n'importe quoi dans l'athanor de sa trop vaste culture », il voit dans la licorne « un symbole universel remontant à la nuit des temps », ce qu'elle n'a jamais été[A 2].

Origine occidentale[modifier | modifier le code]

De Monocerote (de la licorne), gravure dans Historiae Animalium par Conrad Gessner, 1551.

Il est très difficile de remonter l'histoire de la licorne occidentale au-delà des récits de Ctésias, au IVe siècle av. J.-C.[14]. Au crédit d'une origine préhistorique, l'une des peintures naturalistes de Lascaux est qualifiée de « licorne » en raison de deux traits rectilignes évoquant une corne sur son front. Il s'agit vraisemblablement de la reproduction déformée d'un lynx[15].

Les observations mal comprises d'animaux réels expliquent en grande partie les multiples descriptions de la licorne occidentale, mais l'histoire de cette créature se révèle bien plus longue et complexe, notamment en raison de sa symbolique. Création du haut Moyen Âge[A 3], la licorne est une chimère. Elle ne provient pas d'une mythologie puisqu'elle ne présente aucun lien avec la création du monde[Note 1], les gestes héroïques ou la fondation d'une ville. Elle naît d'un mélange entre traditions orales et écrites, récits de voyage[Note 2] et descriptions des naturalistes[Note 3],[A 4]. Son origine est à rechercher dans les premiers bestiaires inspirés du Physiologos et les textes gréco-romains, eux-mêmes issus d'observation d'animaux exotiques[A 3] : d'après Odell Shepard, la licorne occidentale est issue du mélange entre le récit de sa capture par une vierge dans le Physiologos, et la description de Ctésias qui en a fait un animal féroce ne pouvant être chassé par des techniques conventionnelles[16].

Origine asiatique et orientale[modifier | modifier le code]

Cette scène du combat d'un lion et d'un animal à une corne figure sur un bas relief des ruines de Persépolis. Elle est souvent citée comme « preuve » de l'ancienne origine orientale de la licorne. Gravure du livre de l’explorateur Carstens Niebuhr : Voyage en Arabie et en d’autres pays circonvoisins, Amsterdam, 1779.

Selon l'ésotériste Francesca Yvonne Caroutch, la licorne est issue du chamanisme asiatique. Sa première trace écrite remonte aux Annales de bambou, en Chine. Intégrée à la mythologie chinoise sous le nom de Qilin[17], elle devient un symbole cosmique dans la civilisation mésopotamienne, de fécondité et de fertilité dans la civilisation indo-aryenne, elle est présente dans les plus anciennes cosmogonies et des textes religieux et philosophiques aussi bien chinois qu'indiens[17] ou perses[18], en Himalaya, Mésopotamie, et Crète préhellénique[19].

Elle penche pour une lointaine origine indienne et perse[19], l'orientaliste Shrader ajoutant que certains bas-relief perses, représentant un bœuf vu de profil (donc avec une seule corne visible), ont joué un rôle dans la diffusion de la légende de la licorne vers l'occident[20]. Chez les perses, l'unicorne de fécondité neutralise les poisons[19]. Comme dans le Bundahishn des anciens sages persans, on trouve trace de créatures unicornes dans l’Atharva-Véda, l’épopée de Gilgamesh[21], le Rāmāyana et le Mahâbhârata de l'Inde Antique, qui contribuent à diffuser cette légende dans le monde chrétien. Le conte indien de l'« ermite cornu », ou « Ekasringa », issu des Jātaka (récits des vies antérieures du Bouddha) et du Mahâbhârata, met en scène un ermite solitaire appelé Ekasringa, ce qui signifie « Corne unique »[22]. Il conte le périple d'un mystique méditant et vivant dans la forêt parmi les animaux. En buvant à la même source qu'une antilope divine, il donne naissance à un enfant doté d'une corne unique sur la tête et de pouvoirs surnaturels[23]. Ce conte est souvent cité pour son influence sur la licorne occidentale : certains éléments se retrouveraient dans les croyances perses, elles-mêmes à l'origine des récits gréco-romains concernant le monoceros[24]. Au Japon, en Chine, en Inde et en Perse, des versions différentes existent[25]. Le conte d'Ekasringa, issu de la littérature sanskrite[26], aurait, toujours d'après F.Y. Caroutch, forgé après de nombreux remaniements la légende de l'apparition merveilleuse d'un animal surmonté d'une corne en ivoire, qui ne peut être capturé que par une jeune fille[26]. Un autre récit asiatique parle de la rencontre entre un avant-garde de l'armée de Genghis Khan et un animal unicorne dans le désert, qui lui dit : « L'heure est venue pour votre Chef de rebrousser chemin et de retourner sur ses terres[27] ».

Animaux réels aux sources de la légende[modifier | modifier le code]

L'Hémione, un âne sauvage asiatique, est décrit comme le porteur d'une corne unique d'après Ctésias.

L'existence physique de la licorne reste longtemps une croyance partagée, son apparence plus vraisemblable que celle de créatures mythologiques comme la chimère ou le griffon, associée au fait que sa « corne » circule chez les apothicaires, expliquent sa longévité[8]. Il est fréquent, pour les explorateurs, de confondre des animaux bien connus avec une créature à corne unique. Pour Odell Shepard, le monoceros de Ctésias mélange des récits sur le rhinocéros indien, dont la corne est traditionnellement créditée de propriétés thérapeutiques, sur l'onagre (ou âne sauvage), réputé dans l'Antiquité pour sa vitesse et sa combativité (cité par exemple dans l'Anabase de Xénophon), et sur l'antilope du Tibet[28]. Les monoceros dans Indica[Note 4] sont décrits comme des ânes sauvages[29].

Narval[modifier | modifier le code]

Licorne, narval et licorne fossile comparés dans le Museum Museorum, en 1704.
Les défenses du narval retrouvées sur les rivages ont longtemps été prises pour des cornes de licornes.
Article détaillé : Narval.

Le narval joue, malgré lui, un rôle central dans la pérennité de la licorne occidentale. La grande dent unique de ce mammifère marin se vend comme corne de licorne de la fin du Moyen Âge à la Renaissance, en particulier au XVIe siècle. La première mention d'un narval cornu figure dans l’Atlas Minor, ouvrage savant de 1607[30]. Une autre description détaillée paraît en 1645 grâce à Thomas Bartholin, mais sans faire de lien entre « licorne de mer » et licorne terrestre[31].

En 1704, un dessin du Museum Museorum compare la défense du narval (unicornu officinale), la « corne de licorne », un faux squelette reconstitué de licorne et une représentation équine de la licorne, titrée unicornu fictium[32],[A 5]. La défense du narval reste longtemps considérée comme une corne et non comme une dent, probablement en raison du refus de la dissymétrie énoncé par Carl von Linné dans son Systema Naturae[33]. Le narval est depuis nommé la « licorne de mer ». S'il est admis que la plupart des « cornes de licorne » vendues comme antidote sont en réalité ses dents depuis le XVIIIe siècle[34], si la découverte du narval fait s'effondrer le cours des « cornes de licorne » et met fin à leur commerce, la croyance en l'existence de la licorne perdure, même chez des érudits, jusqu'au milieu du XIXe siècle[35].

Rhinocéros et Elasmotherium[modifier | modifier le code]

Reconstitution d'un elasmotherium par Heinrich Harder (1858-1935)
Tête d'un rhinocéros indien.

Le rhinocéros indien, plus petit que l'africain, est le seul animal terrestre existant à posséder une seule corne, avec le rhinocéros de Java. L'animal décrit par Pline l'Ancien au Ier siècle s'en rapproche[36], par ailleurs, des rhinocéros sont vus à Rome dès le Ier siècle av. J.-C.. Les Étymologies d'Isidore de Séville[37], au VIe siècle, sont une autre source de confusion puisqu'il décrit la capture de l'animal avec l'aide d'une vierge, ainsi que le combat furieux du monoceros, confondu avec le rhinocéros, face à l'éléphant[A 6]. Marco Polo décrit un autre rhinocéros[38] à Java comme étant une licorne, dans le Devisement du monde. L'animal est :

« (...) à peine moins gros qu’un éléphant, avec le poil du buffle, le pied comme celui de l’éléphant, une très grosse corne noire au milieu du front. Il ne fait aucun mal aux hommes ni aux bêtes avec sa corne, mais seulement avec la langue et les genoux, car sa langue est couverte d'épines très longues et aiguës. Quand il veut détruire un être, il le piétine et l’écrase par terre avec les genoux, puis le lèche avec sa langue. Il a la tête d'un sanglier sauvage et la porte toujours inclinée vers la terre. Il demeure volontiers dans la boue et la fange parmi les lacs et les forêts. C’est une vilaine bête, dégoutante à voir »

— Marco Polo, Devisement du monde[39].

Ulysse Aldrovandi (1522-1607) soupçonne la nature de cette description : « Quant au monocéros de Paul de Venise (Marco Polo), je pense que personne ne pourra me reprocher d’y voir un rhinocéros. En effet, ils se ressemblent assez, d’après les marques qu’il en donne : sa taille proche de celle de l’éléphant, bien sûr, mais aussi sa laideur, sa lenteur, et sa tête porcine, caractéristiques qui décrivent bien le rhinocéros[40]. » La corne des rhinocéros est réputée posséder des propriétés médicinales, tout comme celle de la licorne. Cette confusion est fréquente, en particulier chez les érudits qui écrivent de faux récits de voyages en s'inspirant des sources de l'antiquité classique[41].

Un animal éteint, Elasmotherium, est un énorme rhinocéros eurasien natif des steppes. Surnommé la « licorne géante », il possède une très grande corne unique au milieu de la tête. La description de cet animal pourrait s'être transmise oralement dans certaines légendes russes, selon Willy Ley[10]. Le témoignage d'Ibn Fadlân laisse à supposer la survie d’Elasmotherium pendant les temps historiques, puisque la description de l'animal correspond parfaitement à la licorne karkadann de la Perse, et à la licorne zhi de la Chine[42],[43].

Antilopes[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Antilope, Oryx d'Arabie et Éland.

Diverses variétés d'antilopes, y compris l'oryx et l'éland, peuvent avoir contribué à propager la légende de la licorne[44], notamment par le commerce de leurs cornes, attesté au Tibet avec l'antilope locale, par exemple[45]. Claude Élien fait référence à ce type d'animal en décrivant une corne noire et annelée pour le monoceros[46]. L'oryx d'Arabie, antilope blanche portant deux longues cornes minces pointées vers l'arrière, ressemble à un cheval unicorne vu de côté et à distance : Aristote lui attribue d'ailleurs une seule corne dans son Histoire des animaux[47].

En Afrique australe, l'éland est une très grande antilope à connotation spirituelle et mystique, en partie parce qu'elle est capable de se défendre contre les lions et de les tuer. Souvent représenté dans l'art rupestre de la région, cet animal est lié à l'Autre Monde, les chamanes pratiquant une danse de l'éland. Sa graisse et ses cornes sont à la base de nombreux médicaments. Le respect pour l'éland pourrait avoir marqué les récits de voyageurs. Une prétendue corne de licorne exposée dans le château du chef du Clan MacLeod, en Écosse, est identifiée comme étant celle d'un éland.

Mammifères vivants avec une corne ou un bois[modifier | modifier le code]

Il arrive qu'une seule des deux cornes d'un mammifère se développe, les deux cornes peuvent aussi se mêler et fusionner, ce qui donne l’impression que l’animal n’en porte qu’une. Quelques animaux à corne unique sont bien attestés, naturels mais rarissimes, ils ne constituent pas une espèce mais ces spécimens « monstrueux » suscitent des interprétations magiques. Ces cas sont documentés depuis l'Antiquité :

« Un jour, dit-on, on apporta à Périclès, de son domaine rural, la tête d’un bélier qui n’avait qu’une corne. Quand le devin Lampon vit cette corne qui avait poussé, solide et vigoureuse, au milieu du front de la bête, il déclara : « Le pouvoir des deux partis qui divisent la cité, celui de Thucydide et celui de Périclès, passera entre les mains d’un seul homme, celui chez qui ce prodige est apparu. » Anaxagore, lui, fit ouvrir le crâne et montra que le cerveau n’avait pas occupé toute sa place : il avait pris la forme allongée d’un œuf et avait glissé de toute la boîte crânienne vers l’endroit précis où la corne s’enracinait. »

— Plutarque, Vie de Périclès[48]

Le devin Lampon interprète ce présage comme la victoire du parti de Périclès sur celui de Thucydide, mais le philosophe Anaxagore dissèque le crâne et montre qu'il s'agit d'une malformation[49]. Ces cas restent connus de nos jours, puisque le parc naturel de Prato, en Italie, abrite depuis 2008 un chevreuil doté d'un bois unique. Gilberto Tozzi, le directeur du parc, pense qu'il s'agit d'une anomalie génétique, mais il ajoute « voici que le mythe devient réalité »[50]. Selon lui, l'animal, très timide, est conscient de son anormalité[51].

Créations artificielles[modifier | modifier le code]

Faux squelette de licorne reconstitué par Otto von Guericke, exposé à l'entrée du zoo d'Osnabrück en Allemagne.

Une autre origine possible est la création artificielle de mammifères dotés d'une corne ou d'un bois unique[52], le cas de « licornes » créées artificiellement est documenté[53] tant en occident qu'en orient ou en Afrique.

Au contraire de la licorne occidentale, les licornes asiatiques sont, à l'origine, des chèvres angora dont les cornes sont liées par le fer et le feu. Cette corne artificielle est courte, ressemblant à deux chandelles tressées[8]. La pratique, résultant d'un culte de la fertilité, perdure dans les confins du Kham, au Tibet oriental, jusqu'à la fin du XIXe siècle. D'après F.Y. Caroutch, la présence de ces licornes artificielles donne naissance aux légendes et à leur symbolisme.

En occident, le cas le plus connu est celui d'os fossiles déterrés à Einhornhöhle (dans le massif du Harz, en Allemagne). Ces ossements sont reconstruits par le maire de Magdebourg, Otto von Guericke, comme une licorne en 1663. Cette soi-disant licorne, probablement née d'os de rhinocéros laineux et d'un mammouth sur lesquels sont fixés une défense de narval, n'a que deux jambes. Le squelette est examiné par Gottfried Leibniz, qui a douté de l'existence de la licorne et l'atteste, mais il est vite considéré pour ce qu'il est : un canular. Beaucoup plus récemment, en 1982, un bouc nommé Lancelot voit ses cornes modifiées artificiellement pour n'en former qu'une. Il est présenté comme « une licorne vivante » dans un cirque américain[54]. Ses créateurs s'attribuent la redécouverte d'une technique perdue, mais face aux protestations de militants des droits animaliers, ils finissent par retirer l'animal. Un autre bouc aux cornes modifiées apparaît dans un bar à thème de Washington, en 2006[12]. Ce processus a pu être utilisé par le passé pour créer des animaux présentés comme des licornes, appuyé par le fait que l'art médiéval les rapproche de chevreaux. Quelques-unes de ces licornes artificielles voyagent avec le cirque Ringling Brothers[55].

Description[modifier | modifier le code]

Les « licornes » occidentales et asiatiques sont assez différentes par leur description, leur seule caractéristique commune étant la présence d'une corne unique.

Licorne occidentale[modifier | modifier le code]

D'après Bruno Faidutti, la licorne occidentale « eut une âme avant d'avoir un corps »[A 7], une forme de « cavale blanche très parfaite[56] » alliant la fine monture des damoiselles à la corne du narval, qui trône parmi les trésors royaux[57]. Les auteurs grecs ne représentent pas la créature qu'ils nomment monoceros, source d'inspiration des bestiaires médiévaux. Les premières licornes médiévales ressemblent donc rarement à un cheval blanc, pouvant être proche de chèvres, moutons, biches, voire chiens, ours, et même serpents. Leurs couleurs varient : bleues, brunes et ocre. Leur taille est plus proche de celle du chevreau que du cheval[A 8].

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Roger Caillois, Le Mythe de la licorne

[...] une cavale prodigieuse, blanche de robe, ressemblant à la haquenée des demoiselles[58].

Des manuscrits basés sur la Topographie chrétienne de Cosmas Indicopleustès rapprochent la licorne d'une chèvre noire ou blanche, avec une barbichette et une longue corne droite[A 9]. La généralisation de sa forme à la fois caprine et chevaline et de sa couleur blanche dans les représentations artistiques est le résultat du symbolisme et des allégories qui lui sont attribués au Moyen Âge[A 10]. La licorne occidentale acquiert généralement une très longue corne droite et torsadée, très caractéristique, issue de la défense du narval. C'est à la Renaissance qu'elle devient une créature plus fine, plus proche de la taille du cheval que de la chèvre, ne gardant que les sabots fendus et la barbichette en souvenir de son passé de « chevreau ». La robe blanche de cette licorne qui acquiert du cheval sa taille et sa noblesse s'impose pour un animal symbole de pureté et de modestie[A 11].

Multiplicité des descriptions[modifier | modifier le code]

Licorne dans une copie du Livre des propriétés des choses de Barthélemy l'Anglais, au début du XVe siècle.

Les différences dans les descriptions de licornes par les explorateurs conduisent soit à réfuter son existence, soit à supposer de multiples espèces[A 12]. L’Historia Naturalis de Quadrupedibus de Jan Jonston en présente ainsi huit, avec des noms latins[59], mais le problème se pose dès l'Antiquité, où l'on relève jusqu'à sept animaux « unicornes » : le rhinocéros, l'âne sauvage, le « bœuf indien », l'oryx, le bison, le « cheval indien » et le monoceros proprement dit[60].

« Certaines ont un corps de cheval, une tête de cerf, une queue de sanglier, et ont une corne noire (...) On les appelle souvent monocéros ou monoceron. Une autre variété de licornes est appelée églisseron, c’est-à-dire chèvre cornue. Elle est grande et haute comme un cheval, mais semblable à un chevreuil ; sa corne est blanche et très pointue (...) Une autre espèce de licorne est semblable à un bœuf, tachée de taches blanches ; sa corne est noire et brune, et elle charge son adversaire comme le fait un taureau »

— Barthélemy l'Anglais, Livre des propriétés des choses (Début XIIIe siècle)[61].

La corne unique n'est plus forcément le lien entre tous ces animaux unicornes, puisqu'à la fin du XVIe siècle, le cosmographe André Thevet décrit le Pirassoupi, « sorte de licorne à deux cornes » :

« En la province qui est le long de la rivière de Plate se trouve une bête que les sauvages appellent Pirassouppi, grande comme un mulet, et sa tête quasi semblable, velue en forme d’un ours, un peu plus colorée, tirant sur le fauve et ayant les pieds fendus comme un cerf. Ce Pirassouppi a deux cornes fort longues, sans ramures, fort élevées et qui approchent de ces licornes tant estimées. »

— André Thevet, La Cosmographie universelle[62]

Licornes aquatiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Camphruch.
Le Camphruch dans le bestiaire d'Ulysse Aldrovandi, Monstrorum historiae, 1642

Au milieu du XVIe siècle apparaissent des récits d'explorateurs mentionnant d'étranges licornes aquatiques. Entre le promontoire de Bonne-Espérance et celui des Courantes est censé vivre un animal amphibie avec la tête et le crin d’un cheval, une corne de deux empans de long, mobile, tournant tantôt à dextre, tantôt à sénestre, se haussant et se baissant. Cet animal combat furieusement contre l’éléphant, sa corne est fort prisée contre les venins[63].

Le Camphruch observé par André Thevet en 1575 y ressemble énormément. Alors qu'il voyage en Indonésie, il décrit une licorne aquatique dont le museau tient du phoque et du chat. L’avant du corps est semblable à celui d’une biche, avec une abondante crinière grise qui recouvre le cou. L'animal porte une longue corne torsadée et ses jambes postérieures sont palmées. Le camphruch chasse le poisson en l’empalant sur sa corne, qui a la particularité d’être mobile et de pouvoir soigner le poison, ce qui la rend très recherchée[62]. Quelques années plus tard, le nom est simplifié en Camphur dans les encyclopédies.

Représentations féeriques[modifier | modifier le code]

Licorne, telle qu'on se la représente généralement depuis la fin du XIXe siècle.

L'apparence de la licorne dans les œuvres du XIXe siècle et d'après, inspirées par la féerie, accentue encore sa proximité avec le cheval blanc puisqu'elle perd parfois sa barbichette et ses sabots fendus. Solitaire, pure et bénéfique, la licorne porte désormais une corne unique de couleur blanche, dorée ou argentée au front[A 13]. La taille de cette corne ne dépasse plus les 45 cm[64]. Elle est décrite comme « un cheval magique avec une corne », scintillante sous la lumière de la lune, cette corne dorée ou argentée renvoyant au monde féerique et à la magie[11].

Bruno Faidutti cite la description de Bertrand d'Astorg à titre d'exemple :

« C'était une licorne blanche, de la même taille que mon cheval mais d'une foulée plus longue et plus légère. Sa crinière soyeuse volait sur son front ; le mouvement faisait courir sur son pelage des frissons brillants et flotter sa queue épaisse. Tout son corps exhalait une lumière cendrée ; des étincelles jaillissaient parfois de ses sabots. Elle galopait comme pour porter haut la corne terrible où des nervures nacrées s'enroulaient en torsades régulières[65]. »

Licornes asiatiques[modifier | modifier le code]

Au Tibet, deux licornes entourent souvent la roue du Dharma en remplaçant les biches[66].

Les licornes asiatiques diffèrent tant physiquement que symboliquement des occidentales, puisqu'elles sont généralement réputées calmes, douces, et porteuses de bonne fortune[67].

Karkadann[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Karkadann.

Le Karkadann (de Kargadan, Perse : كرگدن « seigneur du désert ») est issu de traditions littéraires antiques, d'après lesquelles il vivrait dans les plaines de Perse et d'Inde. Son nom signifie aussi « rhinocéros ». Les représentations de cet animal existent dans l'art d'Inde du Nord. Comme la licorne occidentale, il est subjugué par les femmes vierges et combat férocement les autres animaux[68]. Sa corne est réputée empoisonnée, il possèderait des pouvoirs magiques et consommer sa viande bannirait les démons[67].

Qilin et Kirin[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Qilin.

Le qilin, connu sous le nom de « licorne asiatique », est souvent représenté dans l'art ancien comme un reptile à queue de bœuf proche du cerf, portant deux cornes recouvertes de fourrure sur le front, parfois une seule dans les textes. Ces cornes lui permettent de séparer les justes de ceux qui ont quelque chose à se reprocher. Il représente la douceur, la bonté et la prospérité, surtout chez les enfants et les adolescents. Il vivrait mille ans et apparaitrait lors de la naissance des empereurs et des grands sages. Symbole de perspicacité, il est traditionnellement représenté dans les tribunaux chinois du système impérial sur la tenture séparant la salle d'audience et le cabinet du magistrat[69]. Il fait partie des cinq animaux sacrés associés aux éléments avec le dragon azur, l'oiseau vermillon, le tigre blanc et la tortue noire[18]. Dans sa version japonaise, il se nomme Kirin[70].

Shadhahvar[modifier | modifier le code]

Le Shadhahvar, parfois qualifié de « licorne perse », est une créature carnivore semblable à une gazelle portant une seule corne. D'après la légende, lorsque le vent souffle dans cette corne unique, une mélodie proche de celle d'une flûte retentit, attirant les hommes et les animaux alentours. Le Shadhahvar en profite pour les attaquer, souvent d'une manière traitre. Cette créature est symboliquement plus proche des sirènes mythologiques que de la licorne occidentale. Sa première représentation figure dans un manuscrit d'al-Qazwini du XVe siècle, en Iran[71].

Histoire[modifier | modifier le code]

Durant l'Antiquité, des animaux unicornes sont connus par les sources gréco-romaines. Ils n'appartiennent pas à une légende populaire vivante, et ne figurent que dans des récits de voyages et descriptions d'animaux recopiées les unes sur les autres. Ils ne marquent ni les arts plastiques, ni les récits créatifs, ni les légendes, ni la mythologie de l'Antiquité[72]. Par son omniprésence dans l'Art et les récits des lettrés, la licorne européenne devient ensuite l'animal imaginaire le plus important du Moyen Âge à la Renaissance.

Sources grecques[modifier | modifier le code]

Les sources grecques se rattachent à l'histoire naturelle, la plupart de ces textes attestant d'une réelle croyance en l'existence d'un animal unicorne en Inde.

Ctésias[modifier | modifier le code]

Le plus ancien texte de la littérature occidentale évoquant la licorne date de -416 à -398, il est dû au médecin grec Ctésias, qui réside dix-sept ans à la cour de Perse, avec Darius II et Artaxerxès II. À son retour en Grèce, il rédige une Histoire de l'Inde nommée Indica (l'Inde étant un pays où il n'a jamais séjourné), dont il reste des fragments rapportés au IXe siècle par Photios[14]. Ils décrivent, parmi les peuples et animaux fabuleux de l'Inde :

« [...] des ânes sauvages de la grandeur des chevaux, et même de plus grands encore. Ils ont le corps blanc, la tête couleur de pourpre, les yeux bleuâtres, une corne au front longue d'une coudée. La partie inférieure de cette corne, en partant du front et en remontant jusqu'à deux palmes, est entièrement blanche ; celle du milieu est noire ; la supérieure est pourpre, d'un beau rouge, et se termine en pointe. On en fait des vases à boire. Ceux qui s'en servent ne sont sujets ni aux convulsions, ni à l'épilepsie, ni à être empoisonnés, pourvu qu'avant de prendre du poison, ou qu'après en avoir pris, ils boivent dans ces vases de l'eau, du vin, ou d'une autre liqueur quelconque. Les ânes domestiques ou sauvages des autres pays n'ont, de même que tous les solipèdes, ni l'osselet, ni la vésicule du fiel. L'âne d'Inde est le seul qui les ait. Leur osselet est le plus beau que j'aie vu ; il ressemble pour la figure et la grandeur à celui du bœuf. Il est pesant comme du plomb et rouge jusqu'au fond comme du cinabre. Cet animal est très fort et très vite à la course. Le cheval, ni aucun autre animal, ne peut l'atteindre »

— Ctésias, Indica[29]

Ctésias semble croire fermement en l'existence de l'animal qu'il décrit[2].

Aristote[modifier | modifier le code]

Au IVe siècle av. J.-C., le philosophe Aristote classe les animaux par le nombre de leurs cornes et de leurs sabots, peut-être en s'appuyant sur Ctésias. Il en distingue deux qui auraient une corne, l'âne indien et l'oryx :

« On peut encore remarquer que certains animaux ont des cornes, et que les autres n'en ont pas. La plupart de ceux qui sont pourvus de cornes ont le sabot fendu, comme le bœuf, le cerf et la chèvre ; on n'a jamais observé d'animal au sabot non-fendu à deux cornes. Mais il y a un petit nombre d'animaux qui ont une seule corne et le sabot non-fendu, comme l'âne des Indes. L'oryx n'a qu'une corne, et il a le sabot fendu. »

— Aristote, Histoire des animaux[47]

Mégasthène[modifier | modifier le code]

Mégasthène est, vers 300 av. J.-C., envoyé comme ambassadeur à la cour de Chandragupta Maurya, roi des Indes, à Pataliputra sur les bords du Gange[73]. Il y reste une dizaine d'années et rédige son livre Indica[74], le plus important livre sur l'Inde antique écrit après les conquêtes d'Alexandre. Il décrit un animal solitaire des montagnes appelé « Kartazoon » ou « kartajan » d'après la langue du pays. Pour la première fois, cet animal unicorne est doux avec les autres animaux. Querelleur envers les siens, son agressivité ne s'adoucit qu'à la saison des amours et sa corne est utilisée comme remède contre les poisons[75]. Strabon le cite en disant qu' « il existe dans les régions sauvages de l'Inde des chevaux à tête de cerf surmontée d'une seule corne »[76].

Sources romaines[modifier | modifier le code]

Licorne par Andres de Valdecebro, Madrid, 1658, inspirée de la description de Pline l'Ancien.

La croyance se perpétue à l'époque romaine, Jules César attestant lui-même la présence d'une sorte de cerf unicorne dans la forêt hercynienne[77].

Pline l'Ancien[modifier | modifier le code]

La description de Pline l'Ancien, au Ier siècle, sert de base à de nombreux ouvrages plus tardifs :

« La bête la plus sauvage de l’Inde est le monoceros ; il a le corps du cheval, la tête du cerf, les pieds de l’éléphant, la queue du sanglier ; un mugissement grave, une seule corne noire haute de deux coudées qui se dresse au milieu du front. On dit qu’on ne le prend pas vivant. »

— Pline l'Ancien, Histoire naturelle, livre VIII, chapitre XXXI[36].

Philostrate l'Athénien[modifier | modifier le code]

Au IIe siècle, Philostrate l'Athénien reprend le récit de Ctésias dans sa Vie d'Apollonius de Tyane, sans prêter foi aux vertus médicinales de la corne :

« Dans les marais qui bordent le fleuve on prend des onagres. Ces animaux ont sur le front une corne, dont ils se servent pour combattre à la manière des taureaux, et cela avec beaucoup de courage. Les Indiens font de ces cornes des coupes, et leur attribuent des propriétés merveilleuses : il suffit d'avoir bu dans une de ces cornes pour être pendant tout le jour à l'abri de toute maladie, pour ne pas souffrir d'une blessure, pour traverser impunément le feu, pour n'avoir rien à craindre des poisons les plus violents : ces coupes sont réservées aux rois, et les rois seuls font la chasse à l'onagre. Apollonius dit avoir vu un de ces animaux, et s'être écrié : « Voilà un singulier animal ! » Et comme Damis lui demandait s'il croyait à ce que l'on contait des cornes de l'onagre, il répondit : « Je le croirai quand on me montrera quelqu'un de ces rois de l'Inde qui ne soit pas mortel. Lorsqu'un homme peut me présenter, ou présenter au premier venu une coupe qui, loin d'engendrer les maladies, les éloigne, comment supposer qu'il ne commence pas par s'en verser à longs traits jusqu'à s'enivrer ? Et en vérité personne ne pourrait trouver mauvais qu'on s'enivrât à boire à une telle coupe. »

— Philostrate l'Athénien, Vie d'Apollonius de Tyane[78]

Claude Élien[modifier | modifier le code]

Au début du IIIe siècle, Claude Élien reprend peut-être les récits de Ctésias, ou ceux de Mégasthène :

« J’ai appris qu’il naissait en Inde des onagres dont la taille n’est pas inférieure à celle des chevaux. Tout leur corps est blanc, sauf leur tête, qui se rapproche du pourpre, et leurs yeux, qui diffusent une couleur bleu foncé. Ils ont sur le front une corne qui atteint bien une coudée et demie de long : la base de la corne est blanche, la pointe rouge vif, et la partie médiane d’un noir profond. (…) d’après Ctésias, les ânes indiens qui possèdent une corne (…) sont plus rapides que les ânes, et même plus rapides que les chevaux et les cerfs (…). Voici jusqu’où va la force de ces animaux : rien ne peut résister à leurs coups et tout cède et, le cas échéant, est complètement broyé et mutilé. Il leur arrive même fréquemment de déchirer les flancs de chevaux, en se ruant sur eux, et de leur faire sortir les entrailles (…). Il est pratiquement impossible de capturer un adulte vivant, et on les abat avec des lances et des flèches (…). »

— Élien, La personnalité des animaux[79]

Apparition dans la Bible[modifier | modifier le code]

Les re'em d'après une gravure du Hierozoycon, sive de Animalibus Scripturæ de Samuel Bochart en 1663.
Article détaillé : Re'em.

L'introduction de la licorne dans certaines traductions bibliques est l'une des causes de son inclusion à la mythologie chrétienne, entraînant son symbolisme médiéval[80]. Dans les livres de la Bible hébraïque, le mot hébreu re'em (רְאֵם), équivalent de l'arabe rim aujourd'hui traduit par « bœuf sauvage » ou « buffle », apparaît à neuf reprises avec ses cornes, comme une allégorie de la puissance divine[81]. Par ailleurs, le livre de Daniel utilise l'image d'un bouc avec une grande corne entre les yeux[82] dans un contexte différent : comme métaphore du royaume d'Alexandre le Grand[81].

Au IIIe siècle av. J.-C. et IIe siècle av. J.-C., quand les juifs hellénisés d'Alexandrie traduisent les différents livres hébreux pour en faire une version grecque appelée Septante, ils utilisent pour traduire re'em le mot monoceros (μoνoκερως), qu'ils doivent connaître par Ctésias et Aristote[81].

À partir du IIe siècle, le judaïsme rabbinique rejette la tradition hellénistique et revient à l'hébreu (le texte massorétique). Par contre, la Septante devient l'Ancien Testament du Christianisme et dans sa version latine, la Vulgate, le grec monoceros est traduit soit par unicornis, soit par rhinocerotis[83]. Selon Roger Caillois, les kabbalistes auraient noté les lettres de la licorne (en tant que Re'em) : resch, aleph et mem, celles de la corne étant (Queren) qoph, resch et nun[84]. Ce passage est fréquemment cité pour justifier du caractère indomptable de la licorne :

« Le (re'em) voudra-t-il te servir, passer la nuit chez toi devant la crèche ?
Attacheras-tu une corde à son cou, hersera-t-il les sillons derrière toi ? »

— Job (39, 9-10)

Influence d'Alexandrie[modifier | modifier le code]

Selon Odell Shepard, les érudits d'Alexandrie placent réellement la licorne au cœur du symbolisme chrétien[85]. Au IIIe siècle, de nombreux récits d'animaux assortis d'une morale circulent. Le premier bestiaire chrétien, le Physiologos, y trouve son origine. Son influence sur la diffusion de la légende de la licorne est considérable[86].

Le Physiologos[modifier | modifier le code]

Article connexe : Physiologos.

Le Physiologos, recueil de brefs récits vraisemblablement rédigé en Égypte au IIe siècle[87], raconte pour la première fois la capture d'un monoceros par des chasseurs utilisant une jeune vierge comme appât, entre autres descriptions d'animaux et de créatures imaginaires[A 14]. Le texte est présenté comme une technique de chasse, non comme un mythe[A 14]. Sa description pourrait toutefois être plus ancienne[88],[Note 5] : les différents auteurs du Physiologos ont pu créer de toutes pièces le récit de la capture de la licorne par une femme vierge en tant que symbole de l'incarnation du Christ, ce récit peut aussi trouver sa source dans la symbolique d'attraction sexuelle entre la corne phallique de la licorne et la vierge pure, moralisée et adaptée à une vision chrétienne[89]. Enfin, d'après Odell Shepard, ce récit pourrait être une pure création d'allégoristes chrétiens[90]. Traduite en latin dès le IVe siècle, cette version grecque inspire d'innombrables auteurs de bestiaires occidentaux au Moyen Âge[41] :

« Le psalmiste dit : « Ma corne sera portée dans les hauteurs comme celle de l'unicorne ». Le Physiologue a dit que l'unicorne a la nature suivante : c'est un petit animal qui ressemble au chevreau, et qui est tout à fait paisible et doux. Il porte une corne unique au milieu du front. Les chasseurs ne peuvent l'approcher à cause de sa force. Comment donc est-il capturé ? Ils envoient vers lui une vierge immaculée et l'animal vient se lover dans le giron de la vierge. Elle allaite l'animal et l'emporte dans le palais du roi. L'unicorne s'applique donc au Sauveur. « Car dans la maison de David notre père a fait se dresser une corne de salut ». Les puissances angéliques n'ont pas pu le maîtriser et il s'est installé dans le ventre de Marie, celle qui est véritablement toujours vierge, et le verbe s'est fait chair, et il s'est installé parmi nous »

— Physiologos[91]

La version latine la plus répandue cite la chasse de la même manière, en terminant ce court récit par une morale chrétienne : « Il en va de même aussi de notre Seigneur Jésus Christ, unicorne spirituel, qui, en descendant dans le ventre de la Vierge, prit chair en elle, fut pris par les Juifs et condamné à mourir sur la croix. À ce sujet David dit : Et il est aimé comme le fils des unicornes [Ps. 28, 6] ; et à nouveau dans un autre psaume, il dit de lui-même : ‘Et ma corne sera relevée comme celle de l’unicorne.’ » [Ps. 91.11][41]

Cosmas Indicopleustès[modifier | modifier le code]

Cosmas Indicopleustès, marchand d'Alexandrie qui vit au VIe siècle et voyage dans les Indes, écrit une cosmographie dans laquelle il cite la licorne. Il en fournit une représentation à partir de quatre figures en cuivre, qu'il aurait vues dans le palais du roi d’Éthiopie :

« La licorne est redoutable et invincible, ayant toute sa force dans la corne. Chaque fois qu'elle se croit poursuivie par plusieurs chasseurs et sur le point d'être prise, elle bondit sur un roc escarpé et se lance d'en haut ; pendant sa chute elle se retourne ; sa corne amortit le choc et elle reste indemne »

— Cosmas Indicopleustès, Topographie chrétienne[92]

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Jeunes hommes chevauchant des boucs (un motif Dionysiaque de l'Antiquité), XIIe siècle, Abbaye de Mozac. Les boucs peuvent être confondus avec des licornes.

Le monoceros est étudié sporadiquement au XIe siècle, sans laisser de traces notables[A 15]. Dès la fin du XIIe siècle et au début du XIIIe siècle, la licorne devient l'un des thèmes favoris des bestiaires et de la tapisserie (dans une moindre mesure, des sculptures) dans l'occident chrétien[8]. Elle n’apparaît toutefois que dans les ouvrages pour lettrés, soit une infime partie de la population médiévale. Il n’en est pas fait mention dans les contes et chansons du folklore populaire[Note 6],[A 16]. Un folklore tardif, basé sur l'homophonie, veut qu'un seigneur du Maine soit un jour revenu d'une lointaine expédition avec une licorne, et l'aie perdue. Il se mit à hurler « Ma licorne ! Ma licorne ! », d'où le nom du village : Malicorne-sur-Sarthe[93]. Sans citer ses propres sources, Édouard Brasey ajoute que cette licorne est devenue la favorite d'une certaine Hildegarde, et que des chasseurs la tuèrent ensuite[64].[réf. nécessaire]

Bestiaires et miniatures[modifier | modifier le code]

La Capture de la licorne. Miniature d’un bestiaire anglais en latin sur vélin, copié dans les premières années du XIIIe siècle.

Les premières licornes européennes apparaissent dans des bestiaires inspirés du Physiologos, malgré les efforts de certains Papes pour interdire sa diffusion car il est considéré comme hérétique[Note 7]. Le récit est traduit dans un très grand nombre de langues, y compris l'arabe, le syriaque, le latin, l'arménien, le vieux haut allemand, l'islandais, le vieux français, le provençal, l'éthiopien, l'italien et le vieil anglais[94]. L'influence des textes gréco-romains, comme celui de Pline l'Ancien, est moindre[A 14]. La licorne acquiert un symbolisme chrétien justifiant sa présence dans toutes sortes d'œuvres religieuses, bien qu'elle soit issue de descriptions païennes[94]. Elle rejoint le lion et l’éléphant dans les bestiaires : personne ou presque n’ayant eu l’occasion de voir ces animaux exotiques en Europe, l’existence réelle du monoceros, quelque part dans un lointain pays, n'est pas remise en cause[34],[A 17]. Des centaines, voire des milliers de miniatures présentent la même mise en scène inspirée du Physiologos : la bête est séduite par une vierge traitresse, et un chasseur lui transperce le flanc avec une lance[A 18]. Liée à la virginité des jeunes filles, la scène de « capture de la licorne » semble issue de la culture de l’amour courtois[65], du respect de la femme, des loisirs délicats, de la musique et de la poésie[8].

Selon les versions, la jeune femme désireuse d'attirer une licorne doit parfois être nonne, de naissance noble, pure de cœur, d'une grande beauté, vierge de tout contact avec un homme, ou encore tenir un miroir. La licorne est créditée du pouvoir de reconnaître les vierges par l'odorat, ou grâce à ses propres dons magiques[67]. Si la femme n'est pas vierge ou si des pensées impures lui occupent l'esprit, la licorne la tue et s'enfuit. Le théologien Alain de Lille explique en son temps cette attirance des licornes pour les vierges via la théorie des humeurs : la licorne, « chaude » de nature, est irresistiblement attirée par une jeune fille frigide[95].

Pierre de Beauvais[modifier | modifier le code]
Chasse à la licorne d'après la miniature d’un manuscrit artésien du Bestiaire de Pierre de Beauvais, XIIIe siècle.

Pierre de Beauvais cite littéralement le Physiologos. Cet ouvrage compare Jésus-Christ à « une licorne céleste qui descendit dans le sein de la Vierge », et fut pris puis crucifié à cause de son incarnation. La corne ornant le front de la licorne est symbole de Dieu, la cruauté de la licorne signifie que personne ne peut comprendre la puissance de Dieu, sa petite taille symbolise l'humilité de Jésus Christ dans son incarnation[96],[16].

Hildegarde de Bingen[modifier | modifier le code]

Le Liber Subtilitatum de Divinis Creaturis (Livre de subtilité des créatures divines) de l'abbesse Hildegarde de Bingen, rédigé au XIIe siècle, est à la fois le plus riche des bestiaires médiévaux et le plus éloigné de la tradition grecque, puisqu'il s'attache aux propriétés des animaux[A 19]. Elle recommande un onguent à base de foie de licorne et de jaune d’œuf contre la lèpre[97]. Le port d’une ceinture en cuir de licorne est censé protéger de la peste et de la fièvre, tandis que des chaussures en cuir de cet animal éloigneraient les maladies des pieds[98].

Guillaume Le Clerc de Normandie[modifier | modifier le code]

Le plus détaillé des récits de « capture de la licorne » figure dans le Bestiaire divin de Guillaume Le Clerc de Normandie, au XIIIe siècle :

« [...] Elle est si téméraire, agressive et hardie qu'elle s'attaque à l'éléphant avec son sabot dur et tranchant. Son sabot est si aigu que, quoi qu'elle frappe, il n'est rien qu'elle ne puisse percer ou fendre. L'éléphant n'a aucun moyen de se défendre quand la licorne attaque, elle le frappe comme une lame sous le ventre et l'éventre entièrement. C'est le plus redoutable de tous les animaux qui existent au monde, sa vigueur est telle qu'elle ne craint aucun chasseur. Ceux qui veulent tenter de la prendre par ruse et de la lier doivent l'épier pendant qu'elle joue sur la montagne ou dans la vallée, une fois qu'ils ont découvert son gite et relevé avec soin ses traces, ils vont chercher une demoiselle qu'ils savent vierge, puis la font s'assoir au gite de la bête et attendent là pour la capturer. Lorsque la licorne arrive et qu'elle voit la jeune fille, elle vient aussitôt à elle et se couche sur ses genoux ; alors les chasseurs, qui sont en train de l'épier, s'élancent ; ils s'emparent d'elle et la lient, puis ils la conduisent devant le roi, de force et aussi vite qu'ils le peuvent »

— Guillaume Le Clerc de Normandie, Bestiaire divin[99]

Autres bestiaires[modifier | modifier le code]
Chasse à la licorne dans le Bestiaire d’amour de Richard de Fournival, fin XIIIe siècle : la vierge tient un miroir.
Mise à mort d'une licorne sur un bestiaire italien du XIVe siècle.

Brunetto Latini (1230-1294) donne dans son Livre du Trésor la description d'une licorne redoutable dont le corps ressemble à celui d'un cheval, avec le pied de l'éléphant, une queue de cerf et une voix épouvantable. Sa corne unique est extraordinairement étincelante et a quatre pieds de long, elle est si résistante et acérée qu'elle transperce sans peine tout ce qu'elle frappe. La licorne est cruelle et redoutable, personne ne peut l'atteindre ou la capturer avec un piège. La description de la chasse est la même que dans les autres bestiaires[100]. Philippe de Thaon, vers 1300, précise que la vierge doit découvrir son sein, puis que « la licorne sent son odeur et vient à la pucelle, baise son sein et s’y endort, ce qui entraine sa mort »[101]. Giovanni da San Geminiano parle dans son Summa de Exemplis et Rerum Similitudinibus Locupletissima d'une odeur de virginité qui rend la licorne douce comme un agneau lorsqu'elle se réfugie dans le giron d'une jeune vierge[102].

Marco Polo et la légende de Bucéphale[modifier | modifier le code]

Au XIIIe siècle, Marco Polo dit avoir aperçu une licorne dans son Devisement du monde[39], mais sa description rappelle le rhinocéros[40]. C'est également au Moyen Âge qu’apparaissent les représentations du cheval d'Alexandre le Grand, Bucéphale, portant une corne au front, symbole de puissance et de divinité[103]. Bucéphale est censé se nourrir de chair humaine, mais seul Alexandre peut le monter, ce qui rejoint la légende de la licorne attendrie par une vierge[A 20]. Marco Polo y fait allusion : « On pouvait trouver en cette province (l'Inde) des chevaux descendus de la semence du cheval à corne unique du roi Alexandre, nommé Bucéphale ; lesquels naissaient tous avec une étoile et une corne sur le front comme Bucéphale, parce que les juments avaient été couvertes par cet animal en personne. Mais toute la race de ceux-ci fut détruite. Les derniers se trouvaient au pouvoir d’un oncle du roi, et quand il refusa de permettre au roi d’en prendre un, celui-ci le fit mettre à mort ; mais de rage de la mort de son époux, la veuve anéantit ladite race, et la voilà perdue[104]... »

Contes notables[modifier | modifier le code]

Le dit de l’unicorne et du serpent[modifier | modifier le code]

Ce conte médiéval rapporté par Jacques de Voragine entre 1261 et 1266 met en scène un homme nommé Barlaam, qui vit dans le désert près de Senaah où il prêche souvent contre les plaisirs illusoires du monde. Instruisant Josaphat, le fils du roi, il lui raconte la parabole suivante :

« Ceux [...] qui convoitent les délectations corporelles et qui laissent mourir leur âme de faim, ressemblent à un homme qui s'enfuirait au plus vite devant une licorne qui va le dévorer, et qui tombe dans un abîme profond. Or, en tombant, il a saisi avec les mains un arbrisseau et il a posé les pieds sur un endroit glissant et friable ; il voit deux rats, l’un blanc et l’autre noir, occupés à ronger sans cesse la racine de l’arbuste qu'il a saisi, et bientôt ils l’auront coupée. Au fond du gouffre, il aperçoit un dragon terrible vomissant des flammes et ouvrant la gueule pour le dévorer ; sur la place où il a mis les pieds, il distingue quatre aspics qui montrent la tête. Mais, en levant les yeux, il voit un peu de miel qui coule des branches de cet arbuste ; alors il oublie le danger auquel il se trouve exposé, et se livre tout entier au plaisir de goûter ce peu de miel. La licorne est la figure de la mort, qui poursuit l’homme sans cesse et qui aspire à le prendre. »[105].

La Dame à la licorne et le Chevalier au lion[modifier | modifier le code]

Vers 1350, un conte courtois méconnu de Blanche de Navarre raconte qu'une princesse belle et chaste reçoit une licorne du Dieu d’amour et se fait appeler « la blanche dame que la licorne garde ». Elle épouse un seigneur qui part un jour à l’aventure et capture puis apprivoise un lion. La Dame se fait dire que son chevalier est mort, un mauvais seigneur en profite pour l’enlever. Le chevalier au lion, de retour, part à l’assaut du château du ravisseur, libère sa dame et tous deux quittent le château maudit, la dame montée sur sa licorne et le chevalier sur son lion[106].

Œuvres d'art notables[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Licorne dans l'art.
La Dame à la licorne, tapisserie de la vue (détail) exposée au Musée de Cluny.
La Licorne captive, Tapisserie de la série de La Chasse à la licorne, ateliers bruxellois (?)[107], vers 1500, Musée des Cloisters, Metropolitan Museum of Art, New York.

La Chasse à la licorne est une célèbre série de sept tapisseries exécutées entre 1495 et 1505, qui représentent un groupe de nobles poursuivant et capturant une licorne. Cette série, probablement exécutée pour un commanditaire français (peut-être à l'occasion d'un grand mariage) par les ateliers de Bruxelles[107] ou de Liège[108], est ensuite propriété de la famille de La Rochefoucauld, avant d'être achetée par John D. Rockefeller, qui en fait don au Metropolitan Museum, où elle se trouve aujourd'hui. Les six tapisseries de La dame à la licorne, datées de la même époque et exposées au Musée de Cluny à Paris, sont également très célèbres. Sur chacune d'elles, un lion et une licorne sont représentés à droite et à gauche d'une dame. Cinq de ces représentations illustrent un sens. La sixième tapisserie, sur laquelle on peut lire la formule « À mon seul désir » sur une tente, est plus difficile à interpréter[109].

Temps Modernes[modifier | modifier le code]

Avec l'arrivée de la Renaissance, la licorne rejoint des traités de médecine à propos de l’usage de sa « corne » et des études bibliques discutant de sa présence dans les textes sacrés, en plus des ouvrages décrivant les animaux, des récits de voyages où les explorateurs affirment l'avoir rencontrée. Quelques traités d’alchimie, d'astrologie ou d’héraldique ou des commentaires sur les textes gréco-romains la mentionnent également[A 21].

Corne de licorne[modifier | modifier le code]

Dent de narval présentée comme corne de licorne
Article détaillé : Corne de licorne.

La fameuse « corne de licorne » se voit associer, depuis la fin du Moyen Âge, des pouvoirs magiques et des vertus de contrepoison qui en font l'un des remèdes les plus chers et les plus réputés à la Renaissance[A 4]. Sa principale utilisation médicinale est liée à son pouvoir de purification, mentionné pour la première fois au XIIIe siècle. Les légendes sur ses propriétés circulant dès le Moyen Âge sont à l’origine du commerce florissant de ces objets, qui deviennent de plus en plus communs jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, où leur origine réelle est connue[34]. La « corne de licorne », de forme torsadée, s’échange et circule[110], elle est censée être le bien le plus précieux que puisse posséder un roi[64]. Son usage est connu à la cour du roi de France pour déceler la présence de poison dans les plats et les boissons : si la corne se met à fumer, c'est que le met est empoisonné[64]. Elle est aussi consommée de plusieurs façons[111]. Le cours de la « corne de licorne » atteint son apogée au milieu du XVIe siècle, où elle est considérée comme le meilleur contrepoison existant avec la pierre de bézoard. Son prix ne cesse de baisser au cours des années suivantes pour s'effondrer au XVIIe siècle, quand la découverte du narval est connue.

Interprétations bibliques[modifier | modifier le code]

Gravure extraite d'une édition des Antiquités judaïques de 1631

Les traducteurs de la Bible du roi Jacques et ceux de la Bible de Martin Luther rendent le mot « re'em », respectivement, par « unicorn » et « einhorn », qui signifient « licorne »[2],[112]. Cette présence de licornes dans la Bible forme une preuve par autorité de l'existence de l'animal, en particulier pendant la Renaissance, puisque la Bible est censée, pour bon nombre de Chrétiens de l'époque, être dictée par Dieu[A 22],[83]. De nombreuses interprétations et des contes, en particulier Juifs, apparaissent en rapport avec l'épisode du Déluge[113]. Selon un conte russe, la licorne refuse de monter dans l'Arche de Noé et préfère nager, sûre de survivre. En quarante jours et autant de nuits, elle reçoit des oiseaux fatigués sur sa corne. Alors que les eaux commencent à baisser, l'aigle se pose à son tour sur sa corne et la licorne, épuisée, coule et se noie[114]. Selon la tradition talmudique, la grande corne de la licorne, signe d'orgueil, l'empêche de trouver une place dans l'Arche[115],[116]. D'après des interprétations de la tradition hébraïque, la licorne ne prend pas place dans l'arche de Noé mais ses qualités lui permettent de survivre au déluge, certaines versions ajoutent qu'elle y parvient en devenant le narval[2]. Dans la gravure ci-contre, extraite d'un exemplaire des Antiquités judaïques de Flavius Josèphe publié en 1631, la licorne est le seul animal à ne pas être en couple parmi ceux que Noé s'apprête à sauver des eaux.

Récits de voyages et d'exploration[modifier | modifier le code]

Pierre Pomet mentionne cinq espèces de licornes dans son Histoire générale des drogues.
Jan Jonston mentionne huit espèces de licornes dans Historia Naturalis de Quadrupedibus, Amsterdam, 1652.

Les récits de voyages et d'explorations forment l'une des bases de la légende de la licorne : dès l’antiquité, Ctésias affirme à son retour des Indes que l’âne de ce pays porte une corne unique au milieu de la tête. Ses dires sont repris par Aristote. De la fin du Moyen Âge à la Renaissance, à l'époque des grandes explorations, de nombreux voyageurs assurent avoir vu des licornes et en font des descriptions très précises, souvent contradictoires, qui amenèrent certains interprètes à croire que les licornes formaient une famille comprenant des races différentes. D'autres interprètes doutent de la réalité de son existence[A 12].

Ludovico de Verthema[modifier | modifier le code]

Lors d'un séjour à La Mecque en 1503, l'explorateur italien Ludovico de Verthema rapporta avoir vu deux licornes dans un enclos, elles auraient été envoyées au Sultan de La Mecque par un roi d’Éthiopie en gage d’alliance, comme la plus belle chose qui soit au monde, un riche trésor et une grande merveille.« Le plus grand est fait comme un poulain d’un an, et a une corne d’environ quatre paumes de long. Il a la couleur d’un bai brun, la tête d’un cerf, le col court, le poil court et pendant sur un côté, la jambe légère comme un chevreuil. Son pied est fendu comme celui d’une chèvre et il a des poils sur les jambes de derrière. C’est une bête fière et discrète[117]. »

Jérôme Lobo[modifier | modifier le code]

Le jésuite portugais Jérôme Lobo cherchait les sources du Nil quand il rapporte sa rencontre avec des licornes dans un récit de 1672 : « C’est là que l’on a vu la véritable licorne... Pour la licorne, on ne peut la confondre avec le rhinocéros qui a deux cornes, pas droites mais courbées. Elle est de la grandeur d’un cheval de médiocre taille, d’un poil brun tirant sur le noir ; elle a le crin et la queue noire, le crin court et peu fourni… avec une corne droite longue de cinq palmes, d’une couleur qui tire sur le blanc. Elle demeure toujours dans les bois et ne se hasarde guère dans les lieux découverts. Les peuples de ces pays mangent la chair de ces bêtes comme de toutes les autres[118]. »

Autres récits[modifier | modifier le code]
Frontispice de De unicornu observationes novae, 1678.

Ambroise Paré cite le chirurgien Louis Paradis qui décrit une licorne : « son poil était couleur de castor, fort lissé, le cou grêle, de petites oreilles, une corne entre les oreilles fort lissée, de couleur obscure, basanée, de longueur d’un pied seulement, la tête courte et sèche, le mufle rond, semblable à celui d’un veau, les yeux assez grands, ayant un regard fort farouche, les jambes sèches, les pieds fendus comme une biche, la queue ronde et courte comme celle d’un cerf. Elle était tout d’une même couleur, excepté un pied de devant qui était de couleur jaune[119]. ».

En 1652, Thomas Bartholin cite « un animal de la grandeur d’un cheval moyen, de couleur grise comme un âne, avec une ligne noire sur toute la longueur du dos, et une corne au milieu du front longue de trois spithames[120] ».

En 1690, le Dictionnaire universel d’Antoine Furetière donne cette définition de l'unicorne : « Il a une corne blanche au milieu du front, de cinq palmes de longueur... ». Un voyageur portugais décrit des licornes éthiopiennes en ces termes : « La licorne, qu’on trouve dans les montagnes de Beth en la Haute Éthiopie, est de couleur cendrée, et ressemble à un poulain de deux ans, hormis qu’elle a une barbe de bouc, et au milieu du front une corne de trois pieds, qui est polie et blanche comme de l’ivoire et rayée de raies jaunes, depuis le haut jusqu’en bas[121] ».

Lieux d'observation[modifier | modifier le code]

Les récits d'explorateurs concordent parfois pour situer les licornes. L'Inde est très souvent citée, de même que l'Éthiopie, et ces deux pays forment les « terres d'élection des licornes »[A 23]. D'autres témoignages isolés mentionnent plusieurs lieux au Moyen-Orient, Madagascar, le Caucase, l'Asie du Sud-Est et, plus exceptionnellement, les côtes est américaines ainsi que le Groenland et l'Antarctique.

Les licornes américaines sont censées vivre près de la frontière canadienne : « des animaux ressemblant à des chevaux, mais avec des sabots fendus, le poil dru, une corne longue et droite au milieu du front, la queue d’un porc, les yeux noirs et le cou d’un cerf[122]. ». Plus loin dans le même ouvrage, l'auteur décrit « des chevaux sauvages au front armé d’une longue corne, avec une tête de cerf, ayant le poil de la belette, le cou court, une crinière pendant d’un seul côté, les pattes fines, des sabots de chèvres[122]. »

La licorne survit aux différentes phases d'exploration de la Renaissance, contrairement à d'autres animaux légendaires comme le dragon et le griffon qui rejoignent les mythologies et les récits folkloriques[B 1]. Lorsque des régions où sont censées vivre les licornes se retrouvent entièrement explorées, d'autres récits mentionnent la bête dans des régions plus inaccessibles encore, comme le Tibet[123],[124], l'Afrique du Sud et surtout le centre de l'Afrique[A 24].

Ouvrages savants et encyclopédies[modifier | modifier le code]

Licorne. Albert le Grand, De animalibus, estampe, Francfort sur le Main, 1545. La silhouette de la licorne tient à la fois de la chèvre (sabots fendus, poils plus longs à l'arrière des jambes, barbiche) et du cheval (force musculaire, poitrail, crinière, forme de la tête).

Des ouvrages savants consacrés à la licorne paraissent de la fin du XVIe siècle au XIXe siècle, dans de multiples encyclopédies, elle cohabite avec les animaux réels. Ces ouvrages évitent pour la plupart toute référence aux bestiaires médiévaux et se basent sur les multiples récits et témoignages, souvent disparates, des explorateurs ayant prétendument croisé des licornes. Ils dissertent sur l'existence de l'animal, son apparence et ses propriétés[B 2].

Conrad Gesner[modifier | modifier le code]

En 1551, l’Historia Animalium de Conrad Gesner est considérée comme l'une des premières compilations d’histoire naturelle et connait de nombreuses rééditions. Il consacre six pages à la licorne et surtout aux propriétés médicinales de sa corne, mais ne se prononce pas sur la réalité de l'existence de l'animal[125],[126].

Ambroise Paré[modifier | modifier le code]

Ambroise Paré remarque dans son Discours de la licorne, en 1582, une étonnante disparité dans les descriptions de l'animal présenté tantôt comme un cerf, un âne, un cheval, un rhinocéros voire un éléphant, avec des différences physiques importantes tant pour la couleur (pelage blanc, noir ou brun), la taille de la corne, que la forme des pieds. Il qualifie la licorne de « chose fabuleuse[127] » et reçoit les foudres de certains théologiens : « S’il y a des licornes... ce n’est pas pour ce que l’Écriture Sainte le dit, mais pour ce que réellement et de fait il y en a, l’Écriture Sainte le dit[128] ». Il remet aussi en doute l'utilisation de la corne de licorne comme contrepoison, et procède à une expérience où il met un crapaud, animal alors réputé venimeux, dans « un vaisseau plein d’eau où la corne de licorne avait trempé ». Il retrouve l'animal trois jours plus tard « aussi gaillard que lorsqu'il l'y avait mis »[127]. L'ouvrage multiplie ainsi les exemples et les preuves inspirées de la méthode expérimentale pour réfuter l'existence de la licorne, et surtout pour combattre l'usage médicinal de sa corne, très répandu à l'époque[127].

Laurent Catelan[modifier | modifier le code]
Cabinet de curiosités où on peut apercevoir une corne de licorne

L'apothicaire Laurent Catelan tient un cabinet de curiosités et consacre son Histoire de la nature, chasse, vertus, proprietez et usage de la lycorne à la défense de la bête, en 1624. Il oppose les arguments d'Ambroise Paré aux siens, et se base sur les témoignages d'explorateurs, l’Écriture Sainte et le Re'em pour valider l'existence de la licorne. Il la décrit comme une espèce à part entière qui, en fonction de son âge et du lieu où elle vit, présente des apparences différentes. Violente et féroce, elle se nourrit de poisons qui se concentrent dans sa corne. Son odorat lui permet de reconnaître l’eau empoisonnée et sa corne, dont l'intérieur est lui aussi empoisonné, attire à elle tous les poisons présents dans l’eau par sympathie, le venin attirant le venin. Cette même corne, très puissante car unique, a le double du pouvoir des cornes des animaux qui en possèdent deux. L'odorat permet à la licorne de reconnaître la virginité, elle s'évanouit de joie lorsqu'elle rencontre une vierge. Capturée, la licorne se laisse mourir de faim. L'absence de cadavre de licorne retrouvé entier s'expliquerait selon lui par le fait que leurs possesseurs ne tenaient pas à se les faire enlever. Il dit aussi qu'il est impossible de créer de fausses « cornes de licorne »[129].

Constellation de la licorne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Licorne (constellation).

La constellation de la Licorne aurait été nommée par l'astronome néerlandais Petrus Plancius en 1613, et cartographiée par Jakob Bartsch en 1624. Elle apparaitrait sur des travaux de 1564 et Joseph Scaliger rapporte l'avoir vue sur un ancien globe céleste perse. Il s'agit d'une constellation moderne et elle n'est pas associée à une quelconque mythologie, mais nommée ainsi par simple analogie avec l'image de la licorne légendaire à cette époque[130].

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

La fin d'une croyance[modifier | modifier le code]

Gravure romantique du XIXe siècle

Jusqu'au milieu du XIXe siècle, la licorne est parfois encore considérée comme réelle. La revue de l'orient de 1845 en fait une description encyclopédique, insistant sur le fait qu'« elle court toujours en ligne droite car la roideur de son cou et son corps ne lui permet guère de se tourner par le côté. Elle peut difficilement s'arrêter quand elle a pris son élan et renverse avec sa corne, ou coupe avec ses dents, les arbres de médiocre grosseur qui gênent son passage. On compose d'excellents remèdes avec sa corne, ses dents, son sang et son cœur, qui se vendent très cher ». En 1853, l'explorateur Francis Galton la cherche désespérément en Afrique australe, offrant de fortes récompenses pour sa capture : « Les Bushmen parlent de la licorne, elle a la forme et la taille d’une antilope, avec au milieu du front une corne unique pointée vers l’avant. Des voyageurs en Afrique tropicale en ont aussi entendu parler, et croient en son existence. Il y a bien de la place pour des espèces encore ignorées ou mal connues dans la large ceinture de terra incognita au centre du continent »[131]. Le Glossaire archéologique du Moyen Âge, de Victor Gay, en 1883, est le dernier ouvrage à la mentionner comme réelle.

Elle se retrouve sur de nombreux filigranes de la fin du XIXe siècle à la première moitié du XXe siècle. Ils possèdent des interprétations symboliques inspirées des signes de reconnaissances de sociétés secrètes, comme les cathares, les alchimistes, les sociétés antichrétiennes, maçonniques ou rosicruciennes[132],[133].

Apparition dans des ouvrages de fiction[modifier | modifier le code]

Illustration de la licorne du Vaillant Petit Tailleur par Carl Offterdinger, fin du XIXe siècle.
Lewis Carroll, De l'autre côté du miroir

Alors, maintenant que nous nous sommes vues l'une l'autre, dit la Licorne, si tu crois en moi, je crois en toi[134].

Devenue une créature de légende à l'instar des dragons et autres griffons, la licorne figure de plus en plus dans les œuvres de fiction. Le Vaillant Petit Tailleur, conte collecté par les frères Grimm, met en scène un jeune homme frêle issu du peuple qui doit tuer ou capturer une licorne féroce dans la forêt, et y parvient par la ruse. La licorne rejoint ensuite un riche bestiaire imaginaire qui la place au fond d'une forêt ou dans un pays parallèle en compagnie des fées. De l'autre côté du miroir, roman de Lewis Carroll paru en 1871, parle de la licorne dans le chapitre 7. Le Lion et la Licorne s'y affrontent, en référence aux symboles héraldiques de l'Angleterre et de l’Écosse.

Flaubert en fait une description poétique dans La Tentation de saint Antoine :

« J’ai des sabots d’ivoire, des dents d’acier, la tête couleur de pourpre, le corps couleur de neige, et la corne de mon front porte les bariolures de l’arc en ciel. Je voyage de la Chaldée au désert tartare, sur les bords du Gange et dans la Mésopotamie. Je dépasse les autruches. Je cours si vite que je traîne le vent. Je frotte mon dos contre les palmiers. Je me roule dans les bambous. D’un bond, je saute les fleuves. Des colombes volent au-dessus de moi. Une vierge seule peut me brider. »

— Gustave Flaubert, La Tentation de saint Antoine

XXe et XXIe[modifier | modifier le code]

La licorne rose invisible

La licorne reste une créature imaginaire très souvent mentionnée dans la culture moderne, à l'instar du loup-garou et du dragon, sans doute parce qu'elle provoque la rêverie[B 3]. Elle est devenue très populaire dans les courants New Age[A 13] et chez les artistes féeriques, de nombreux articles de blog et des jeux d'élevages virtuels lui sont consacrés. Bien que n'ayant jamais réellement existé, la licorne peut être décrite avec plus de précision par une majorité de personnes que des animaux réels comme l'ornithorynque et le dodo[B 4]. Elle fait l'objet d'une très abondante production, en témoignent les nombreux jouets, décorations de chambres d'enfants, posters, calendriers ou encore figurines qui la représentent[11], en particulier à destination des petites filles.

La licorne apparait dans des romans de fantasy et de fantastique, des jeux de rôle et certains films. Les licornes du film Legend sont jouées par de fins chevaux blancs[A 13] portant une fausse corne dorée[135], ils vivent dans les forêts et au bord des rivières. C'est grâce à une corne de licorne que le démon Darkness est vaincu[A 13]. Bien qu'elle ne soit mentionnée nulle part dans les premières légendes arthuriennes, la licorne est fréquemment associée, dans l'imaginaire collectif comme dans les œuvres modernes, à Merlin, à la forêt de Brocéliande et aux légendes celtes[136].

La licorne rose invisible est une parodie de religion qui repose sur le paradoxe selon lequel la licorne est à la fois rose et invisible.

Le 29 novembre 2012[137], plusieurs périodiques annoncent que, dans un but apparent de propagande, la Corée du Nord déclare avoir découvert à Pyongyang une ancienne tanière de licornes[138]. The Guardian indique, toutefois, que l'information a été relayée avec une erreur : la licorne étant spécifique aux légendes occidentales, il s'agit d'une traduction erronée du Qilin asiatique. Les archéologues nord-coréens suggéraient, non pas que cette créature légendaire ait réellement existée, mais qu'ils avaient découvert un site associé à la légende du roi Jumong[139].

Symbolisme[modifier | modifier le code]

Jeune femme sauvage en compagnie d'une licorne, vers 1460-1467

Avant que Carl Gustav Jung ne lui consacre une quarantaine de pages dans Psychologie et alchimie en 1944[140], la licorne n'intéresse pas tant psychanalystes et symbologues[A 2]. Les interprétations symboliques sont devenues très nombreuses. D'après les bestiaires médiévaux, elle a pour ennemi naturel l'éléphant et s'oppose plus tard au lion, dont l'aspect solaire et masculin est l'inverse du sien[A 25].

La « lettre du Prêtre Jean », un faux de la fin du XIIe siècle, raconte le combat entre un lion et une licorne en ces termes :

« Le lyon les occit moult subtillement, car quand la licorne est lassée, elle se mect de costé ung arbre, et lion va entour et la licorne le cuyde fraper de sa corne et elle frappe l'arbre de sy grant vertus, que puys ne la peut oster, adonc le lyon la tue »

— Prestre Jehan[141].

Le combat de la licorne contre l'éléphant et le lion n'est cependant pas un thème artistique médiéval aussi populaire que celui de sa chasse ou de la purification des eaux[A 26].

L'idée selon laquelle la licorne ne peut vivre qu'à l'état sauvage, loin des hommes, dans une forêt reculée dont on ne peut l'arracher, auquel cas elle mourrait de tristesse, est mise en avant par Carl Jung[64] mais trouve son origine dans les bestiaires médiévaux et l'iconographie du XVe siècle, lorsqu'elle est associée aux hommes, femmes et bêtes sauvages[142], ou chevauchée par des sylvains[A 27].

À l'époque moderne, la licorne est parfois représentée ailée, ce qui lui confère également les attributs de Pégase[110].

Dualité[modifier | modifier le code]

Statue de licorne à Saverne, dans le Bas-Rhin

La dualité de la licorne est déjà évoquée par Voltaire :

« Cette licorne que vous l'avez vu monter est la monture ordinaire des Gangarides ; c'est le plus bel animal, le plus fier, le plus terrible et le plus doux qui orne la terre »

— Voltaire, Œuvres complètes

Elle renvoie au Christ ou à la Vierge[143]. Sa corne est à la fois phallique et épée divine, exaltation des plaisirs de la chair, agressivité sexuelle masculine et aspiration à l'ascèse et la sainteté[64]. Torsadée, elle pourrait être un symbole de non dualité ou de dualité résolue, et un objet de justice sereine[6]. La nature ambivalente de la licorne, désignant la fusion des polarités, lui permet d'être soleil ou lune, soufre ou mercure, fertilité ou virginité[19] : lorsqu'elle est représentée avec sa corne dressée vers le ciel, elle représente la puissance et la fertilité[34]. Elle est peut-être liée au capricorne astrologique, symbolisant la re-naissance du jeune Soleil, du Dieu-Fils solaire dont la corne étincelante figure le premier rayon au moment du solstice d’hiver[6]. Selon le dictionnaire des symboles, les œuvres d'art qui présentent deux licornes s'affrontant sont l'image d'un violent conflit intérieur entre deux de ses valeurs : virginité et fécondité[143]. Puisque la licorne renferme une opposition intérieure, une union des contraires, elle devient selon Carl Jung un symbole exprimant le monstre hermaphrodite de l'alchimie[140].

Spiritualité et expérience du divin[modifier | modifier le code]

Pour Francesca Yvonne Caroutch, la licorne est un animal spirituel venu d'Orient, toutes les licornes seraient issues de la projection de l'expérience intime, fondamentale, du retour de l'unité. C'est l'animal de la tradition par excellence, elle lie la terre au ciel, le visible à l'invisible, les forces telluriques et cosmiques, le conscient et l'inconscient, les opposés, les polarités, elle est puissance et verticalité. Elle travaille sur les énergies subtiles, grâce à l'œil intérieur[19]. Sa corne lui confère une dimension spirituelle car il s'agit d'une spirale en 3-D au niveau du troisième œil[144]. C'est aussi une flèche spirituelle, un rayon solaire et une épée de dieu, la révélation divine et la pénétration du divin dans la créature[143].

Tous les récits médiévaux et leurs illustrations à l'époque du Moyen Âge sont d'inspiration chrétienne, la licorne représentant la trahison envers le Christ, son flanc percé par une lance comme dans l'épisode biblique de la Passion[A 28]. Selon un bestiaire de 1468, « la licorne symbolise les hommes violents et cruels auxquels rien ne peut résister, mais qui peuvent être vaincus et convertis par le pouvoir de Dieu[145] ». Sa corne capte l'énergie cosmique, selon F.Y. Caroutch et le Dictionnaire des symboles, cette bête divine représente l'Esprit Saint fécondant la madone dans les « Annonciations à la licorne », l'incarnation du verbe de Dieu dans le sein de la Vierge Marie. La licorne est à elle seule puissance, faste et pureté, une pureté agissante et une sublimation miraculeuse de la vie charnelle[143],[19]. Jung mentionne aussi un ancien traité d'alchimie, selon lequel « Unicornis est Deus, nobis petra Christus, nobis lapis angularis Jesus, nobis hominum homo Christus »[146]. Pour Roger Caillois, la licorne incite à la méditation en conciliant lumières et ténèbres, vie et mort, ce qui est en haut et ce qui est en bas[84].

Symbole féminin[modifier | modifier le code]

Statue de licorne à Hampton Court, Angleterre

Bruno Faidutti note dans sa thèse un rapprochement entre la licorne et la femme, comme le prouvent les multiples récits la décrivant en compagnie d'une jeune vierge. Son pelage est blanc comme la lune, astre symbole de la féminité. Sa pureté et sa chasteté s'opposent au lion au pelage beige ou doré et à la crinière flamboyante, animal solaire et masculin par excellence[A 25]. Bertrand d'Astorg voit dans la licorne les grandes amoureuses qui refusent l'accomplissement de l'amour qu'elles inspirent et qu'elles partagent[65].

Pureté et protection[modifier | modifier le code]

La licorne est également vue comme un animal pur et indomptable[8]. Son pouvoir de déceler les impuretés renvoie à la fascination que la pureté exerce sur les cœurs corrompus[65]. C'est une créature farouche, veillant sur le jardin de la connaissance. Androgyne, la licorne évoque la restauration de l'état édénique. Elle est l'animal tantrique qui transmute les souillures et l'un des animaux gnostiques proposant la libération par la connaissance. Elle guide les artistes vers la vérité adamantine[19].

Elle est si véloce qu'on ne peut la capturer vivante, la poursuivre, c'est partir en quête de l'impossible. Pour les traducteurs de la Torah, c'est un animal magique, vigoureux, resplendissant et digne d'amour, un ange gardien qui veille sur l'être ayant conclu une alliance avec elle[84]. Son rôle est de maintenir l'équilibre face aux forces obscures[19].

Amour et sexualité[modifier | modifier le code]

La licorne symbolise aussi l'amour et la lumière[19]. Son symbolisme sexuel est explicite car cet animal est femelle et vierge, mais sa corne de forme phallique est un attribut mâle. Selon le Dictionnaire des symboles, cette corne peut symboliser une étape de la différenciation et la sublimation sexuelle, elle est comparable à une verge frontale, un phallus psychique renvoyant à la fécondité spirituelle[143]. D'ordinaire, chez de nombreuses espèces animales, seuls les mâles portent des cornes, la corne de la licorne évoque donc la puissance virile[147]. La licorne est parfois associée à la lascivité et la luxure, comme le prouvent quelques statues et des bas reliefs où elle place sa corne entre les seins nus d'une femme[A 29].

Aspect maléfique[modifier | modifier le code]

Gravure de Albrecht Dürer, Le rapt de Proserpine, 1516. La licorne y est clairement maléfique.

C'est l'un des rares animaux à corne qui ne soit pas présentés comme maléfiques, bien qu'il existe quelques représentations démoniaques de ces créatures. Elles possèdent alors généralement une corne courbée[A 30], et se laissent chevaucher par des démons ou des sorcières[110]. Deux textes au moins présentent des licornes dangereuses et menaçantes : la légende de Barlaam et Josaphat, et le conte du Vaillant Petit Tailleur[A 31]. Selon Carl Jung, la licorne peut symboliser le mal, c'est-à-dire l'inconscient, parce qu'elle est dès l'origine un animal fabuleux et monstrueux[140].

Alchimie[modifier | modifier le code]

Cerf et licorne dans une forêt - 3e figure du Traité de la pierre philosophale de Lambsprinck

Contrairement à ce que le psychanalyste Carl Gustav Jung et ses continuateurs affirment, la licorne apparaît rarement et plutôt tardivement dans le pourtant riche bestiaire de la symbolique alchimique (dans lequel les animaux les plus courants sont les aigles, les lions, le phénix, les pélicans, les salamandres et les dragons[A 32]).

Sources alchimiques historiques[modifier | modifier le code]

Une représentation de la licorne et de la vierge figure dans l'une des versions du XVIe siècle du manuscrit enluminé de l'Aurora consurgens (autrefois attribuée à tort à Thomas d'Aquin)[148]. Elle apparaît aussi, avec des significations différentes, dans deux livres d'emblèmes du tournant du XVIe siècle et du XVIIe siècle. Dans le poème alchimique De lapide philosophico (De la pierre philosophale) attribué à un certain Lambsprinck, publié pour la première fois en 1598 et illustré en 1625[149], la triade forêt/cerf/licorne représente allégoriquement les trois parties de l'homme corps/âme/esprit qui, dans la théorie paracelsienne, sont utilisés pour représenter les trois « principes » constituants de la matière : le mercure, le soufre et le sel[150]. Le cerf ailé symbole se retrouve également associé à la licorne[151]. Dans une illustration de la Philosophia reformata (1622) de Johann Daniel Mylius[152], la licorne sous un rosier symbolise l'une des sept étapes du grand œuvre alchimique[A 32].

Interprétations alchimiques récentes[modifier | modifier le code]

Jung interprète la scène du poème de Lambsprinck comme celle du mercure philosophique que la licorne symbolise, tout comme le lion. La licorne serait une partie de l'anima (la part féminine chez l'homme, souvent inconsciente), le soufre prêt à être projeté en masse dans la terre préparée. La Vierge représente l'aspect féminin passif du mercure philosophique, tandis que la licorne et le lion symbolisent la force sauvage, indomptée, masculine et pénétrante du spritus mercuriolis (esprit mercuriel)[140]. Le cerf est un symbole du mercure philosophique, associée à l'or de la licorne, du lion, de l'aigle et du dragon[140].

Selon l'ouvrage ésotérique de Francesca Yvonne Caroutch, la licorne est l'un des emblèmes favoris des alchimistes vivant leur art comme une voie d'éveil et depuis la nuit des temps, les humains rêvent de cet animal et de sa corne unique dotée de pouvoirs secrets. Parce qu'elle neutralise tout venin, tout poison, la licorne œuvre à la transmutation alchimique : partout où elle règne, la matière se spiritualise[19].

Roger Caillois note que comme Mélusine, les vouivres ou les sirènes, les licornes possèdent la nature double du mercure unissant le fixe et le volatil. Tour à tour soleil et lune, semence et matrice, la licorne incarnerait le solve et coagula, pour dissoudre le corps et coaguler l'esprit, spiritualiser le corps et donner corps à l'esprit. Dans la tradition hermétique, la licorne serait associée à l'œuvre au blanc et l'escarboucle visible sous sa corne unique annoncerait le phénix de l'œuvre au rouge. Seul un sage accompli serait sûr de reconnaître la licorne car elle peut déceler tout ce qui est altéré, impur, pollué ou maléfique. Rare et solitaire, elle ne vit que dans des lieux inaccessibles[84].

Selon le dictionnaire des symboles, elle désigne le chemin vers l'or philosophal aux hermétistes occidentaux[143]. D'une manière générale, la symbolique de la licorne en alchimie est celle d'un instrument de fixation et surtout de pénétration. L'arcane de la licorne, de même que celui du coq, annonce la lumière[153].

Psychanalyse[modifier | modifier le code]

Les travaux de Carl Gustav Jung sur la licorne sont suivis d'une grande variété d'interprétations. Hélène Renard lui donne une interprétation dans les rêves comme source de force lors de difficultés passagères, en se basant sur l'ouvrage le Mystère de la Licorne de Francesca Yvonne Caroutch[154].

Au cours d'un colloque en date de 1960, Serge Leclaire, premier disciple de Jacques Lacan, relate le rêve d'un de ses analysants, prénommé Philippe. Ce rêve est connu en psychanalyse sous le nom de « Rêve à la licorne » : « La place déserte d'une petite ville : c'est insolite ; je cherche quelque chose. Apparaît, pieds nus, Liliane – que je ne connais pas – qui me dit : il y a longtemps que je n'ai pas vu de sable aussi fin. Nous sommes en forêt et les arbres paraissent curieusement colorés de teintes vives et simples. Je pense qu'il doit y avoir beaucoup d'animaux dans cette forêt, et comme je m'apprête à le dire, une licorne croise notre chemin ; nous marchons tous les trois vers une clairière que l'on devine, en contrebas. »[155]

Dans une première analyse, Leclaire extrait de ce qu'il appelle un texte inconscient ou texte hiéroglyphique, c'est-à-dire une chaine constituée des mots Lili-plage-sable-peau-pied-corne, dont la contraction radicale donne Li-corne. Ce point de départ considéré comme ne dépassant pas le niveau préconscient, donna lieu à un approfondissement ultérieur par son auteur et à de nombreux commentaires et interprétations par différents psychanalystes[156].

Héraldique et logos[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Licorne héraldique.
Armoiries britanniques.

Jusqu'au XIVe siècle, la licorne est quasiment absente des blasons[157]. C'est une figure héraldique imaginaire qui, selon la tradition, ressemble au cheval, a des sabots fourchus de cervidés et une barbiche sous la gueule. On la trouve surtout dans les ornements extérieurs de l'écu. La licorne est devenue l’un des emblèmes les plus utilisés par les seigneurs et chevaliers à partir du XVIIe siècle, elle symbolisait leurs vertus car « sa noblesse d’esprit est telle qu’elle préfère mourir qu’être capturée vivante, en quoi la licorne et le vaillant chevalier sont identiques »[158] et « cet animal est l’ennemi des venins et des choses impures ; il peut dénoter une pureté de vie et servir de symbole à ceux qui ont toujours fui les vices, qui sont le vrai poison de l’âme »[159]. Bartolomio d'Alvano, capitaine au service des Orsini, tira parti de cette symbolique en faisant broder une licorne plongeant sa corne dans une source sur son étendard, avec la légende « Je chasse le poison »[110]. Bien que les licornes héraldiques portent parfois un collier et des morceaux de chaines, qui peuvent être interprétés comme un signe de servitude, elles ne sont jamais représentées attachées, ce qui montre qu'elles ont rompu leur servitude et ne peuvent être prises à nouveau. Deux licornes soutiennent les armes écossaises, et dans les armoiries de Grande-Bretagne, le lion représente l’Angleterre et la licorne, l’Écosse. La présence combinée de ces deux créatures symbolise l’union impériale des deux couronnes.

Lewis Caroll cite une comptine anglaise, dans De l’autre côté du miroir, où il rappelle l’origine de ces supports d’armes :


The Lion and the Unicorn
were fighting for the crown:
The lion beat the unicorn
all around the town


Le lion et la licorne
se disputaient la couronne
Le lion battit la licorne
tout autour de la ville


Pour la couronne d’or et pour la royauté,
Le fier Lion livrait combat à la Licorne.
Elle fuit devant lui à travers la cité,
Sans jamais, toutefois, en dépasser les bornes.

Traduction littérale Traduction de Jacques Papy

Sur le même modèle, lion et licorne figurent également dans les armoiries du Canada. La licorne porte la bannière des armes de France, trois fleurs de lys d’or sur fond azur, semblable au blason royal de France qui ornait la croix plantée par Jacques Cartier à Gaspé. Les armes de la Vénérable Société des pharmaciens de Londres ont deux licornes d'or, bien qu'elles aient la queue de chevaux et non pas de lions.

Armoiries de Saint-Lô

En France, on trouve la licorne dans les armoiries de la ville picarde d'Amiens[160], de la ville normande de Saint-Lô et de la ville alsacienne de Saverne. L’usage orthodoxe veut que la corne de la licorne soit tricolore de sable, d’argent et de gueules, c’est-à-dire noir, blanc et rouge, en hommage au nigredo-albedo-rubedo des alchimistes dont les 3 couleurs représentent le Grand Œuvre[161].

Avec le développement de l'imprimerie, la licorne devient l’animal le plus représenté sur les filigranes de papier, et le plus répandu après le phénix dans les marques et les enseignes d’imprimeurs, dans toute l’Europe. On suppose qu'elle symbolise la pureté du papier, et donc celle des intentions de l'imprimeur[A 33]. La licorne est l'emblème de l'Amiens SC, club de football professionnel basé à Amiens en Picardie. Elle est représentée sur le logo du club, qui dispute ses matches à domicile au stade de la Licorne.

Culture populaire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Licorne dans la culture populaire.
René Barjavel, Les Dames à la licorne

La licorne peut aimer un compagnon : elle ne supporte pas un cavalier[162].

Après les œuvres du XIXe siècle qui citent la licorne sans en faire le sujet principal, La Dernière Licorne (The Last Unicorn), roman de fantasy de Peter S. Beagle publié en 1968, est l'ouvrage le plus connu. Une licorne y vit paisiblement dans sa forêt lorsqu'elle entend deux chasseurs dire qu'elle serait la dernière. Elle part à la recherche d'autres licornes, affronte une sorcière, est métamorphosée en humaine et retrouve sa véritable apparence au terme d'un combat contre un taureau de feu. Elle libère ses semblables avant de regagner sa forêt[163].

Tous les romans mentionnant la licorne, ou presque, appartiennent aux littératures de l'imaginaire. Dans Les Dames à la licorne, publié en 1968, René Barjavel imagine que Foulque Ier d'Anjou a épousé une licorne, dont sont issus les rois d'Angleterre et d'Europe. Le Signe de la Licorne de Roger Zelazny s'inscrit dqns le cycle des Princes d'Ambre. Cette créature figure parmi les habitantes des mondes parallèles de fantasy, comme Narnia. Anne McCaffrey a créé une série de science-fiction autour d'Acorna, une licorne humanoïde trouvée dérivant dans un vaisseau spatial. D'après un article sur Noosfere, les licornes des romans de l'imaginaire « n'échappent pas totalement à la fatalité de la violence, car elles ne sont évoquées que dans des contextes tragiques ». Ainsi, dans le premier tome de Harry Potter, le meurtre des licornes fait découvrir la présence de Voldemort[164]. . Les licornes de cet univers de fiction se distinguent par les propriétés de leur sang, qui est un élixir de longue vie[165].

En bande dessinée, Le Secret de La Licorne, dans la série de Tintin par Hergé, renvoie à un navire nommé La Licorne, dont la figure de proue représente une telle créature. Unico, un manga d'Osamu Tezuka, met en scène une petite licorne possédant de nombreux pouvoirs magiques, qu'elle ne peut employer qu'en faveur d'une personne qui l'aime[166].

La licorne apparaît sur grand écran dans L'Enfant et la Licorne de Carol Reed, l'adaptation en film d'animation du roman de Peter S. Beagle, Legend de Ridley Scott, et Nico la licorne[167]. Dans U, film d'animation français sorti en 2006, la découverte de l'amour sépare une jeune fille de sa licorne[168]. Dans le film de Blade Runner, le personnage principal rêve d'une licorne. Dans Le lion, la sorcière blanche et l'armoire magique, premier film de Narnia sorti en 2005, Peter Pevensie monte une licorne durant la première bataille.

À la télévision, She-Ra, la princesse du pouvoir présente Éclair, le cheval d'Adora qui se transforme en Fougor, licorne ailée douée de parole. Princesse Starla et les Joyaux magiques est une série d'animation américaine dans laquelle les chevaliers d'Avalon montent trois licornes nommées Moondance, Sunstar et Ombre chantante. Dans My Little Pony, les licornes sont l'une des trois races principales peuplant le monde d'Equestria, avec les poneys et les pégases. Il y existe aussi des alicornes, race très ancienne possédant à la fois une corne et des ailes, généralement promues au titre de dirigeantes du fait de leur grande puissance. Dans l'univers de Pokémon, Galopa est proche d'une licorne de feu.

La licorne fait partie du bestiaire des jeux de rôle. Un manuel entier de Donjons et Dragons leur est consacré, il distingue une espèce principale, la licorne sylvestre, et dix sous-espèces. La plupart vivent pour protéger les forêts, leurs capacités proviennent de leur corne[169]. C'est l'une des montures des elfes sylvains dans l'univers de Warhammer.

Ces dernières années, la licorne est particulièrement représentée dans la culture internet, souvent de manière parodique, comme en témoignent le culte de la Licorne rose invisible, les web séries décalées Charlie la licorne et Planet Unicorn, les œuvres dérivées de My Little Pony ou encore l'univers de Robot Unicorn Attack, jeu vidéo de plates-formes très kitsch développé en Flash, qui semble directement tiré d'un rêve de petite fille. Il s'ensuit une véritable déchéance de son image depuis les années 1980, ces licornes ne gardent rien de la richesse symbolique de leur légende originelle. Elles sont perçues comme des créatures mièvres qui font fantasmer les petites filles[170].

Sur internet, une licorne est un wikipédien inscrit sur Wikipédia depuis 2013[171].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Bien qu'on la trouve fréquemment représentée dans des peintures du jardin des délices.
  2. Depuis Ctésias au VIe siècle av. J.-C. jusqu'aux voyageurs du XIXe siècle.
  3. On retrouve la licorne dans les Histoires Naturelles antiques et Renaissance, et les bestiaires du Moyen Âge.
  4. Pour les anciens Grecs, l'Inde Antique est un pays lointain et fabuleux, où se trouvent nombre de merveilles.
  5. Certains auteurs pensent que la capture de la licorne date des légendes indiennes, en s'appuyant sur les travaux de Carl Gustav Jung
  6. Ce qui explique la quasi-absence de toponymes liés à la licorne, face aux centaines de pierres aux fées, grottes de nains ou lutins et autres repaires de loups-garous de la toponymie occidentale.
  7. Un bestiaire provençal influencé par l'Église évangélique vaudoise fait d'ailleurs de la licorne une incarnation du Diable qui ne peut être soumis que par la Sainte Vierge, même si ce cas reste isolé : Shepard 1930, p. 26

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  156. Che vuoi ? no 23 - 2005 - Destins des traces - ouvrage collectif Lire l'extrait
  157. Michel Pastoureau, Traité d’héraldique, Paris, Picard,‎ 1979, p. 156-157
  158. (en) John Guillim, A Display of Heraldry, vol. III, Londres,‎ 1610, ch.14
  159. Marc Vulson de la Colombière, La Symbolique du Blason, Paris, la Place Royale,‎ 1991, p. Licorne
  160. « Les armoiries d'Amiens », sur Amiens.fr (consulté le 17 aout 2012)
  161. [PDF] Philippe Lamarque, « Le bestiaire imaginaire » (consulté le 18 aout 2012)
  162. René Barjavel, Les Dames à la licorne, Presses de la Cité, 1974, p. 190
  163. Peter S. Beagle, La dernière licorne, Denoël, coll. Lune d'encre, octobre 1999, (ISBN 9782207249598), 316 p.
  164. Nathalie Labrousse, « La fantasy, un rôle sur mesure pour le maître étalon », Asphodale, NooSFere, no 2,‎ février 2003 (ISSN 2-84727-016-7, lire en ligne)
  165. J.K. Rowling, Les animaux fantastiques : Newt Scamander, Gallimard Jeunesse,‎ 29 août 2001, 96 p. (ISBN 978-2070549283)
  166. Osamu Tezuka (trad. Sylvain Chollet), Unico, vol. 1, Toulon, Soleil manga,‎ 2005, 226 p. (ISBN 978-2-84946-124-2 et 2-84946-124-5)
  167. « Nico la licorne », sur http://www.allocine.fr/ (consulté le 1er janvier 2010)
  168. Grégoire Solotareff et Serge Elissalde, « U de Grégoire Solotareff et Serge Elissalde », sur http://www.gillesciment.com gillesciment.com (consulté le 10 juillet 2012)
  169. (en) John Wybo II, « Unique Unicorns », Dragon (TSR), no 190,‎ 1993
  170. Tsaag Valren 2012
  171. https://fr.wikipedia.org/wiki/Cat%C3%A9gorie:Wikip%C3%A9dia:Licorne
  • Bruno Faidutti, Images et connaissance de la licorne : (Fin du Moyen Âge - XIXe siècle), t. 1, Paris, Thèse de doctorat de l'Université Paris XII (Sciences littéraires et humaines),‎ 30 novembre 1996, 378 p. (lire en ligne)
  1. Bruno Faidutti met en garde contre l'« érudition aussi foisonnante qu'approximative » de F. Y. Caroutch : « à la différence de Malraux comme de Jung, madame Caroutch ne vérifie pas ses sources, et ses références sont généralement inexactes » : p.  16
  2. a et b p. 16
  3. a et b p. 24
  4. a et b p. 13
  5. p.  11
  6. p.  121
  7. p. 99
  8. p. 102-111
  9. p. 104
  10. p. 120
  11. p.  134-135
  12. a et b p. 105
  13. a, b, c et d p. 204-206
  14. a, b et c p. 27
  15. p. 64
  16. p. 29
  17. p. 29-30
  18. p. 17
  19. p. 28
  20. p. 103
  21. p. 18
  22. p. 2
  23. p. 281
  24. p. 281-282
  25. a et b p. 76
  26. p. 72
  27. p. 51
  28. p. 54–55, 122
  29. p. 96
  30. p. 88
  31. p. 85-90
  32. a et b p. 140–141
  33. p. 131-132
  • Bruno Faidutti, Images et connaissance de la licorne : (Fin du Moyen Âge - XIXe siècle), t. 2, Paris, Thèse de doctorat de l'Université Paris XII (Sciences littéraires et humaines),‎ 30 novembre 1996, 362 p. (lire en ligne)
  1. p. 299-300
  2. Résumé du T.2
  3. p. 300
  4. p. 304

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Travaux universitaires[modifier | modifier le code]

  • Bruno Faidutti, Images et connaissance de la licorne : (Fin du Moyen Âge - XIXe siècle), Thèse de doctorat de l'Université Paris XII (Sciences littéraires et humaines),‎ 30 novembre 1996, 378 p. (lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Mireille Didrit et Raymond Pujol, Note de recherche d’Ethnozoologie : Licorne de Mer ou Licorne de Terre : le Narval,‎ septembre 1996 (lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Sources primaires[modifier | modifier le code]

Encyclopédies anciennes[modifier | modifier le code]
Par Ambroise Paré[modifier | modifier le code]
  • Ambroise Paré, Discours d'Ambroise Paré : avec une table des plus notables matières contenues esdits discours ; De la mumie ; De la licorne ; Des venins, Paris, Gabriel Buon,‎ 1582 (lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Ambroise Paré, Voyages et apologie suivis du Discours de la licorne,‎ 1928 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Ouvrages récents[modifier | modifier le code]

Symbolisme[modifier | modifier le code]
Recherches de Francesca Yvonne Caroutch[modifier | modifier le code]
  • Yvonne Caroutch, La Licorne alchimique, Paris, Ed. philosophiques, coll. « Chemins de la vacuité » (OCLC 30937027)
  • Francesca Yvonne Caroutch, Le livre de la Licorne, Pardès,‎ 1989, 243 p. (ISBN 978-2-867-14066-2) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Francesca Yvonne Caroutch, Le mystère de la Licorne: à la recherche du sens perdu, Dervy,‎ 1997, 534 p. (ISBN 978-2-850-76845-3) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Francesca Yvonne Caroutch, Miroir de la licorne : Iconographie inédite, L’orbe, micro-édition,‎ 4 novembre 1992, 370 p.
  • Francesca Yvonne Caroutch, La Licorne : Symboles, Mythes et Réalités, Paris, éditions Pygmalion,‎ 4 novembre 2002, 365 p. (ISBN 978-2-857-04787-2)
Ouvrages de vulgarisation[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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