Libre-pensée

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La libre-pensée ou libre pensée [1] est une attitude qui consiste à refuser tout dogmatisme religieux, philosophique ou autre, et à se fier principalement à ses propres expériences et raison (rationalisme, empirisme) pour penser ou juger.

La libre-pensée a une riche histoire dans diverses époques et civilisations, depuis la Grèce antique à la Chine de la dynastie Song en passant par la Perse médiévale. Un auteur typique de la libre-pensée est François Rabelais. En tant que mouvement culturel, dans le monde francophone la libre-pensée est principalement issue des développements de la Révolution française. Par nature contestataire, l'opposition en particulier aux autorités et dogmes religieux y est centrale, surtout dans l'acception moderne du terme (ainsi qu'anglophone (en)). Les libres-penseurs peuvent être athées, des agnostiques, des déistes, des anarchistes (ou libertaires) et des rationalistes.

Définition[modifier | modifier le code]

Il existe des liens étroits entre le mot « libre-pensée » et les termes « athéisme », « hérétique », « sceptique », « rationaliste », « humaniste » et « humaniste séculier », mais ces termes ne sont évidemment pas synonymes. Une définition précise et complète est dans le meilleur des cas difficile, parce que la libre-pensée est, comme tout concept, définie différemment par des personnes différentes. Par exemple, en principe, un libre-penseur peut croire en l'existence d'un Dieu, si la base de cette conviction est un argument rationnel, plutôt qu'un argument fondé sur une autorité ou une tradition. Toutefois, certains libre-penseurs athées, qui considèrent qu'il n'y a pas d'argument rationnel en faveur de la croyance en un Dieu, auront du mal à accepter que de tels croyants se disent libre-penseurs. Chez certains libres-penseurs (particulièrement en Belgique), cette attitude fait également intervenir la notion de libre examen. La libre-pensée ne pouvant, selon eux, être seulement une notion d'opposition au dogme ou à des principes mais impliquant une capacité à examiner avec honnêteté ses propres biais et penchants et à en dégager des valeurs.

Histoire[modifier | modifier le code]

Premiers essais 1847-1871[modifier | modifier le code]

Expériences de la Seconde République[modifier | modifier le code]

Le 21 mars 1848 : Apparition de la « société démocratique des libres-penseurs ». Elle était présidée par Jules Simon et l'un de ses vice-présidents était Jules Barni. Lors de cette période, apparaissent plusieurs sociétés de libres-penseurs à Paris ou en province :

  • la société des libres penseurs, le 11 mars, au sein d'une université de médecine;
  • l'association de libres-penseurs en 1849 à Melun par de jeunes auteurs politiques ("publicistes");
  • les carbonari en 1850 à Lyon.

Si ces sociétés sont « libres-penseuses » par leurs convictions, elles ne pratiquent pas encore les enterrements civils, la dernière a, elle, un comportement typiquement libre-penseur : enterrements civils, baptêmes civils comme ce libre-penseur Boniface qui « baptise au nom de la république démocratique et sociale, de la liberté, de l'égalité et de la fraternité »)

Le Second Empire[modifier | modifier le code]

À la suite du coup d'État du 2 décembre 1851, les meilleurs militants de Paris et de la province furent dispersés de par le monde.

Réfugiés en Belgique, à Londres, à Jersey, en Suisse, en Amérique, ils devaient continuer en terre d’exil leur propagande. Ils furent les pionniers des premiers cercles de libre-pensée de Belgique et ailleurs, des adversaires déterminés de l’Église. Église qui donna son soutien au coup d'État et dont Victor Hugo (plus tard président d'honneur de l'Union démocratique de propagande anticléricale et de la société de Libre-Pensée de Besançon) répondra, au Te deum du 1er janvier 1852, par ces mots :

Les proscrits sont partis, aux flancs du ponton noir,
Pour Alger, pour Cayenne ;
Ils ont vu Bonaparte à Paris, ils vont voir
En Afrique l'hyène.
Ouvriers, paysans qu'on arrache au labour,
Le sombre exil vous fauche !
Bien, regarde à ta droite, archevêque Sibour,
Et regarde à ta gauche :
Ton diacre est Trahison et ton sous-diacre est Vol
Vends ton Dieu, vends ton âme.
Allons, coiffe ta mitre, allons, mets ton licol,
Chante, vieux prêtre infâme !

Mais le décret du 25 mars 1852, s'ajoutant à la loi du 18 juin 1849, n'est pas propice à l'apparition de sociétés libres.

Ce n'est qu'au début des années 1860[2] que l'on peut retrouver une activité (et la création de nouvelles sociétés), grâce à la tendance de libéralisation du régime.

1860 à 1862 : Parution d’un hebdomadaire Le Libre-Penseur du XIXe siècle. Journal des idées nouvelles.

1862 Agis comme tu penses est créée.

octobre 1863 : Fondation du Comité des libres-penseurs pour les enterrements civils.

1864 : Les libres-penseurs de France et particulièrement les proscrits du 2 décembre 1851 jouent un rôle de premier plan dans la création à Londres de l’AIT (Association internationale des travailleurs), plus connue sous le nom de Première Internationale, en compagnie de Karl Marx, Bakounine, Engels, etc.

1866 : Parution de La Libre Pensée, hebdomadaire parisien dont le gérant est Émile Eudes, qui sera général de la Commune et le rédacteur en chef, Albert Regnard. Le journal a été lancé par les blanquistes. Ainsi fut lancé, non seulement un journal, mais un mot qui devait servir d’enseigne à tout le mouvement anticlérical et antireligieux. Voir la lettre n°1 du dimanche 21 octobre 1866 : http://www.archive-host.com/link/ebfb281fa3f65dbb07f97e482f81d2ccadd26759.pdf

20 juin 1869 : création de la société de secours mutuels des familles affranchies de toutes pratiques religieuses: aide apporté aux sociétaires en cas de maladie, accident, chômage, adoption des orphelins, assistance aux veuves.

Les libres-penseurs de France et des autres pays se rencontrèrent à la fin de l’Empire à Genève, au Congrès de la Libre Pensée et au Congrès de la Paix. Victor Hugo, Louis Blanc, Georges Clemenceau, Alexandre Ledru-Rollin assistèrent à ces congrès et collaborèrent à leurs travaux. En Italie, lors du concile Vatican I en 1870, s’est tenu à Naples un anti-concile international (8 décembre 1869) au cours duquel on développa les principes de la libre-pensée et du rationalisme et on critiqua ardemment la politique de la Papauté.

Les enterrements civils, sous Napoléon III, étaient une occasion de manifestations où se retrouvaient ouvriers et étudiants ainsi que les banquets du Vendredi saint qui apparaissent dès 1869.

La Commune de Paris[modifier | modifier le code]

Les libres-penseurs (parmi eux Louise Michel, la « vierge rouge ») se retrouvent avec les républicains les plus énergiques et les révolutionnaires les plus décidés.

Le décret du 2 avril prononce à la fois la séparation de l’Église et de l’État, la suppression du budget des cultes ; les biens, dits de mainmorte, appartenant aux congrégations religieuses, meubles ou immeubles, sont déclarés propriétés nationales.

Il existera un Club de la libre-pensée se réunissant dans l'Église de St-Germain l'Auxerrois. Tavernier sera le candidat de la Libre-pensée aux élections complémentaires dans le XIe arrondissement.

L'expansion, l'apogée et le déclin des sociétés de Libre-Pensée 1872-1940[modifier | modifier le code]

Expansion et apogée[modifier | modifier le code]

1880 : Fondation de l’Internationale de la Libre Pensée, qui tint à Bruxelles son premier congrès la même année. Parmi les fondateurs de l’Internationale libre-penseuse, on relève les noms de Ludwig Büchner, le savant matérialiste allemand (auteur de Force et matière), Wilhelm Liebknecht, le seul député allemand qui eut le courage, avec Bebel, de protester au Reichstag en 1871 contre l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine ; Herbert Spencer, le grand sociologue, Charles Bradlaugh, le premier député anglais qui osa refuser de prêter serment sur la Bible et qui fut, pour cela, expulsé de la Chambre des Communes, Annie Besant, vice-présidente de l'Internationale de Libre-Pensée ; César de Paepe, un des fondateurs du Parti ouvrier belge, Charles Renouvier, illustre philosophe français, Clémence Royer, Carl Vogt (Suisse) et Moleschott (Italie) physiologistes, Eugène Hins et Désirée Brismée, Belges qui avaient fait partie de la Première Internationale. Suite à l’amnistie des communards, le mouvement libre-penseur se structure.

1881 : Le congrès international de Paris définit la Libre-Pensée comme une « société rationaliste et athéistique ».

Septembre 1889 : Congrès universel à Paris de la Libre-Pensée qui affirme « La libre-pensée a été, est et sera la véritable émancipation de l’humanité ». Lorsqu’elle aura accompli son œuvre, « nous pourrons voir notre idéal se réaliser, c’est-à-dire voir : la paix internationale, la paix intérieure, l’outil à l’ouvrier, la terre au laboureur, enfin la fortune publique à tous, la Liberté, l’Égalité, la Fraternité ne plus être de vains mots, et la République être triomphante ».

1890 : Création de la Fédération française de la Libre-Pensée.

Novembre 1902 : À l’initiative de Victor Charbonnel, directeur de l’Hebdomadaire anticlérical La Raison formation d’une Association nationale des libres-penseurs de France qui « agira parallèlement à la fédération française ». Dans la Commission exécutive :

Janvier 1903 : Marcellin Berthelot, rejoint un peu plus tard par Anatole France, acceptait la présidence d’honneur du mouvement. À cette époque La Raison tirait à 37 000 exemplaires et évaluait le nombre de ses lecteurs à 150 000. La Raison faisait campagne contre les infiltrations cléricales dans l’Université, soutenait la politique de Combes. L’Association nationale contribua largement, sous la direction de Ferdinand Buisson, à créer l’atmosphère et à propager l’état d’esprit d’où devait sortir la séparation.

1904 : Congrès de Rome, avec grand défilé à la Porta Pia au chant des hymnes révolutionnaires. Son succès fut éclatant par le nombre et la valeur des personnalités qui participèrent à ses travaux. Le Congrès de Rome marque une date mémorable dans l’histoire de la Libre-Pensée mondiale.

La Libre-Pensée détermine sa position à partir des trois grands principes définis par la charte qui fut adoptée à l’unanimité au Congrès international de Rome (22 septembre 1904).

« La Libre-Pensée est démocratique, laïque et sociale. Au nom de la dignité humaine, elle rejette le triple joug : du dogmatisme dans tous les domaines et en particulier, en matière religieuse et morale, du privilège en matière politique, du profit en matière économique ».

1905 : Congrès mondial à Paris au palais du Trocadéro, auquel assiste André Lorulot, marqué par une solennelle réception des congressistes à l’hôtel de ville et par l’inauguration, le 3 septembre, face au Sacré-Cœur, de la statue du chevalier de la Barre. Le Congrès se montre favorable à l’adhésion des libres-penseurs aux sociétés pacifistes, au désarmement général, à l’arbitrage international imposé et adopte la devise « Guerre à la guerre ». À l’occasion du congrès la Fédération française de la Libre-Pensée devient la Fédération nationale de la libre-pensée.

9 décembre 1905 : La loi de séparation des Églises et de l’État est promulguée. La Libre-Pensée triomphe.

Octobre 1912 : Constitution à la Rochelle de l’Union fédérative de la Libre Pensée de France et des colonies.

Déclin de l'entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

1921 : Nouvelle scission. Création de la Fédération Nationale de la Libre Pensée et d’Action Sociale, sous la direction d’un animateur qui tiendra désormais une place de premier plan dans le monde libre-penseur : André Lorulot.

1925 : réunification. Naissance de la Fédération Nationale des libres-penseurs de France et des colonies. La charte dénonçait « l’esprit de caste, l’appétit des oligarchies et les provocations nationalistes aussi néfastes que l’obscurantisme religieux » et fixait comme but à la Libre-Pensée « l’instauration d’une société libre, sans exploitation ni tyrannie d’aucune sorte ». Elle précisait : « Indépendante de tous les partis, la Libre-Pensée fait appel à tous les hommes d’avant-garde sans exception : républicains, radicaux, socialistes, communistes, libertaires ».

1925 : La même année, scission internationale avec l’apparition de la Fédération internationale de la Libre-Pensée prolétarienne plus connue sous le nom d’Organisation des Travailleurs sans Dieu. La nouvelle Fédération Nationale continua à faire partie de l’ancienne Internationale toujours installée à Bruxelles.

16 août 1935 : La nouvelle Fédération nationale adhère au Front populaire et à la Commission du plan de la CGT.

29 décembre 1935 : À la mutualité, à l’appel de la Libre-Pensée, constitution du Front laïque qui groupait, aux côtés des organisations laïques et rationalistes, tous les partis du Front populaire et qui reprenait le programme traditionnel de la Fédération nationale :

  • suppression de l’ambassade au Vatican,
  • suppression de toutes les subventions aux œuvres de caractère confessionnel,
  • suppression des émissions de caractère religieux aux postes radiophoniques de l’État,
  • fermeture des écoles congréganistes illégalement ouvertes,
  • abrogation des derniers vestiges de la loi Falloux et du statut scolaire spécial de l’Alsace-Moselle.

1936 : Congrès mondial à Prague. Réunification de deux internationales. Ce résultat fut obtenu en grande partie grâce à la ténacité de la section française.

13 au 15 août 1936 : Congrès national d’unification avec les Travailleurs sans Dieu. Les 3 918 membres de Sans - Dieu vinrent rejoindre les 24 300 membres de la Fédération nationale.

1938 : Congrès de Londres. Modification du titre de l’Internationale qui porte depuis lors, le nom d’Union mondiale des libres-penseurs.

1939 : La Libre-Pensée, réunie en congrès à Clermont-Ferrand, se prononce pour le maintien des testaments des libres-penseurs et l’interrogation des candidats lors des élections. Le congrès dénonce un projet de loi en préparation par Daladier qui autoriserait le retour des congrégations religieuses. En septembre, la Libre Pensée, journal de la Fédération nationale paraît sur 4 pages en titrant à la une : « La Libre Pensée continue ! » et publie l’appel du bureau national pour le maintien de l’Association. le journal La Vague remplace provisoirement La Calotte.

1940 la Libre-Pensée en sommeil[modifier | modifier le code]

1940 : En janvier, André Lorulot condamne l’agression soviétique contre la Finlande et appelle « au maintien des tendances de gauche et d’extrême-gauche au sein de la Libre-Pensée ». La Libre-Pensée édite des tracts et des médailles pour les soldats au front afin qu’il fasse respecter leur désir de funérailles civiles.

1940 - 1944 : L’Idée Libre cesse de paraître après son ultime numéro de juin 1940. Elle reparaîtra en mars 1945. En octobre 1940, le gouvernement du Maréchal Pétain interdit La Libre Pensée, mais par le biais de la solidarité, une action clandestine perdure cependant. Pendant la guerre, l’abbé Bergey, député de la Gironde, demande l’arrestation de Lorulot.

1945 : Le gouvernement provisoire refuse la parution du journal La Libre Pensée et que l’association parle à la radio. En avril, parution de la Libre Pensée N°1 qui titre : « L’École laïque en danger » et dénonce les catholiques infiltrés dans la Résistance pour protéger le clergé collaborationniste. André Lorulot dénonce l’Union nationale imposée qui interdit l’allocution radio de la Libre Pensée. Il rend hommage aux libres-penseurs disparus pendant la guerre : Joseph Turmel et Sébastien Faure, notamment. En novembre, la Libre Pensée titre : « Le M.R.P., voilà l’ennemi ! » Jean Cotereau propose la reconstitution du Front Laïque.

1946 : Le Groupe d’Abbeville réorganise la manifestation La Barre le premier dimanche de juillet. Il existe alors diverses associations de libres-penseurs qui fusionnent le plus souvent sous l’égide de la Fédération Nationale. Le Front Laïque reconstitué s’appelle désormais le Cartel d’Action Laïque. Le congrès national se tient à Dijon et propose de créer un journal de propagande La Raison militante, qui sort en décembre et dont le rédacteur en chef est Jean Cotereau. La Libre Pensée se prononce pour la laïcisation de l’Alsace - Moselle, pour la nationalisation des pompes funèbres et exige la ré - érection de la statue du chevalier de La Barre à Montmartre. Jean Cotereau devient délégué permanent à la Propagande.

1947 : La Libre Pensée rend hommage au professeur Langevin qui vient de disparaître. Elle condamne les interventions militaires en Indochine et propose la reconstitution d’un intergroupe parlementaire des libres-penseurs.

1948 : La liste de tous les préfets et élus, bafouant la laïcité en allant à des cérémonies religieuses, est publiée. En mars, la Libre Pensée dénonce les subventions publiques aux écoles privées, et André Lorulot conclut son éditorial : « La bataille va donc s’engager à fond : pour ou contre les subventions aux écoles catholiques, c’est-à-dire pour ou contre l’Ecole laïque ».

1949 : Après le Congrès mondial de 1938 à Londres, se réunit pour la première fois depuis le Congrès de l’Union Mondiale à Rome, sous le patronage de Jean Rostand, Jean Becquerel, Albert Bayet, Couchoud, Prosper Alfaric et Joliot-Curie.

1950 : En mai, il titre son éditorial : « Les Munichois contre la laïcité » et écrit : « Et l’on voit d’excellents laïques (et même des "révolutionnaires" intrépides) considérer les libres-penseurs comme des maniaques de l’anticléricalisme et des "bouffeurs de curés" sans idéal ».

Sources[modifier | modifier le code]

Principes de la liberté de penser[modifier | modifier le code]

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La libre-pensée n'est pas une doctrine mais une méthode, une manière de conduire sa pensée et son action. C'est-à-dire qu'elle ne serait pas une affirmation de la vérité (doctrine) mais une recherche de la vérité, uniquement par la raison et l'expérience.

La raison[modifier | modifier le code]

Pour le libre-penseur, il n'y a aucune autorité qui puisse s'opposer à la raison. Il rejette toute croyance imposée et toute autorité imposant ces croyances.

L'autorité qui est refusée :

  • est fondée sur une tradition, une croyance.
  • oblige à s'incliner devant une croyance, une décision de pouvoir public.
  • modifie la liberté de conscience d'un individu par la pression.

Recherche de l'idéal[réf. nécessaire][modifier | modifier le code]

Pour un libre-penseur, l'idéal humain n'a pas de caractère ni absolu ou immuable, il est modifiable par sa soumission et relatif au progrès. Il doit essayer de réaliser l'idéal humain (par des moyens humains).

C'est-à-dire :

  • le vrai par la science
  • le bien par la morale
  • le beau par l'art

Un idéal humain toujours complété et rectifié par de nouvelles découvertes.

Cette méthode nie donc l'intuition, le pressentiment et la notion de foi comme moteur inventif du genre humain. Elle est donc d'inspiration matérialiste, fondée uniquement sur l'acquis par opposition à l'inné et donc en opposition aux courants humanistes qui acceptent cette composante anthropologique du genre humain qu'ils jugent essentielle.

Applications de ces principes[modifier | modifier le code]

La laïcité[modifier | modifier le code]

Selon eux l'organisation sociale doit être soumise aux lois de la raison. Une société s'inspirant des principes de la laïcité doit retirer aux services publics tout caractère confessionnel.

La société doit:

  • être neutre envers les différentes religions.
  • séparer les Églises de l'État. Il n'y a alors pour les églises plus aucune influence dans les affaires publiques, mais il est garanti aux opinions religieuses la même liberté qu'à toutes les opinions.

Recherche de l'idéal[réf. nécessaire][modifier | modifier le code]

Pour les libres-penseurs, l'organisation sociale doit tendre à réaliser l'idéal humain. Ils veulent construire une société qui n'exclurait ou ne négligerait pas un seul être humain.

L'exclusion d'un être humain signifierait :

  • l'impossibilité d'exercer tous ses droits.
  • l'impossibilité de remplir tous ses devoirs.

En conclusion, la libre-pensée est laïque, démocratique et sociale. Elle rejette au nom de la dignité humaine : le pouvoir de l'autorité en matière religieuse, du privilège en matière politique et du capital en matière économique. Elle a pour but d'émanciper l'esprit humain.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Jacqueline Lalouette, La Libre Pensée en France, 1848-1940, Bibliothèque Albin Michel Histoire, 1997.

Par pays[modifier | modifier le code]

L'année 1600 est souvent considérée comme étant le moment marquant le début de la Libre-pensée moderne. Le 17 février 1600 l'ancien moine dominicain Giordano Bruno par l'inquisition pour hérésie.

En Angleterre[modifier | modifier le code]

Le terme free-thinker apparaît à la fin du XVIIe siècle en Angleterre pour qualifier ceux qui s'opposait à l'Église institutionnelle (anglicane) et la croyance dans une lecture littérale de la Bible. Ces gens croyaient que la compréhension du monde et de l'univers pouvait être atteinte par l'observation de la nature. Cette position a été documentée pour la première fois en 1697 par William Molyneux dans une lettre célèbre à John Locke et d'une façon encore plus marquée en 1713 quand Anthony Collins écrit son Discourse of Free-thinking qui connu un grand succès.

En Allemagne[modifier | modifier le code]

En 1881, Ludwig Büchner fonda à Francfort la Ligue allemande des libres-penseurs (Deutscher Freidenkerbund), permettant aux athées de ce pays de se déclarer publiquement pour la première fois.

En Espagne[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Le premier mouvement se réclamant de la Libre-Pensée apparut aux États-Unis en 1827 lorsque fut créé la "Free Press Association" pour défendre George Houston, éditeur du The Correspondant, un journal qui critiquait la Bible alors qu'il était encore possible d'être condamné par les tribunaux pour le crime de blasphème. Houston avait aidé à la création d'une communauté oweniste à Haverstraw (État de New York) en 1826-1827. La publication éphémère de The Correspondant fut suivie par la création du Free Inquirer, l'organe officiel de la communauté oweniste New Harmony (Indiana) publié à New York par Fanny Wright et Robert Dale Owen (en) entre 1828 et 1832. Pendant ce temps, Robert Dale Owen chercha à introduire le concept de scepticisme, issu du courant libre-penseur dans le Parti ouvrier socialiste d'Amérique. En 1836, il créa la « United States Moral and Philosophical Society for the General Diffusion of Useful Knowledge » (La société philosophique et morale des États-Unis pour la diffusion du savoir utile). Cette société publie The Beacon, édité par Gilbert Vale[3].

Venus d'Allemagne suite à la Révolution de Mars, des immigrants anti-cléricaux et libres-penseurs ont trouvé refuge aux États-Unis dans l'espoir de trouver un endroit où ils seraient en mesure de vivre selon leurs principes et sans interférence des autorités gouvernementales et ecclésiastiques. Ces libres-penseurs appellent leurs communautés Freie Gemeinde (libre-communauté) et la première d'entre elle est fondée en 1850 à Saint-Louis (Missouri)[4]. D'autres communautés furent constituées en en Pennsylvanie, en Californie, en Illinois, au Wisconsin [5],[4], au Texas, dans l'État de New York, dans la capitale Washington et à plusieurs autres endroits.

La fin du XIXe siècle voit le déclin de ces sociétés qui disparurent une à une au début du XXe siècle.

En 1873, le libre-penseur D. M. Bennett (en) fonde et édite le Truth Seeker, un périodique radical faisant la promotion de la libre-pensée et d'autres idées réformistes.

Au XXe et au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Les Athées Américains (American Atheists) forment une des premières associations en Amérique du Nord militant pour la stricte séparation des Églises et de l'État. Elle fut fondée en 1963 par Madalyn Murray O'Hair et appuie ses revendications sur les principes de la Déclaration d'Indépendance et sur la Constitution. Elle engage de nombreux procès contre les institutions publiques qui violent les principes de la laïcité. Environ 2 200 membres participent régulièrement à la convention nationale de l'association et aux nombreuses réunions régionales. Ellen Johnson en est la présidente depuis 1995. Le siège de l'association se trouve dans le New Jersey à Cranford.

Le 2 novembre 2002, au cours de la marche des athées américains sur Washington DC (Godless Americans March on Washington en anglais), Ellen Johnson a annoncé la création du Comité d'action politique des athées américains (Godless Americans Political Action Committee, GAMPAC), afin de faire pression sur les candidats aux élections. Il fut officiellement lancé le 9 mars 2004 et a soutenu le candidat catholique John Kerry aux présidentielles de 2004.

En Belgique[modifier | modifier le code]

1863 : Fondation à Bruxelles de La Libre-Pensée, association pour l’émancipation des consciences par l’instruction et l’organisation des enterrements civils.

Il existe une laïcité philosophique en Belgique qui est sans équivalent dans le monde. Ce sont particulièrement les tenants de cette philosophie qui prônent le libre examen, soit le rejet de l'argument d'autorité quel que soit le sujet, la mise en question permanente des idées, la réflexion critique, la recherche active de l’émancipation de l’être humain à l’égard de toutes formes de conditionnement, d’assujettissement et de discrimination. Mais la mise en question des valeurs n'est pas qu'une affaire de rejet automatique, ce qui les distingue de beaucoup d'autres libres-penseurs. Il s'agit plutôt de trouver, au travers de leur propre réflexion, des valeurs véritables et constructives à opposer aux croyances et conditionnements[6]. L'enseignement dispensé à l'Université libre de Bruxelles est basé sur la libre pensée et le libre examen.

En France[modifier | modifier le code]

Une montée de la libre-pensée en France est apparue à la fin des années 1860. Les adhérents de cette association s'attaquaient aux dogmes de l'Église, privilégiant les cérémonies républicaines telles que le baptême et l'enterrement civil, et ils organisaient surtout de grands banquets fraternels le Vendredi saint où, au milieu des débats d'idées, ils consommaient de la viande en réaction contre la pratique chrétienne du jeûne.

Plusieurs associations se réclament de la libre-pensée, parmi lesquelles la Fédération Nationale de la Libre Pensée qui est la plus vieille association de France[7], et l'Association des libres-penseurs de France, cette dernière s'étant constituée en 1995, à la suite d'une scission avec la Fédération nationale.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. expression attribuée à Victor Hugo dans un discours de 1850 : « Si vous ne nous laissez d'autre alternative que le rationalisme ou le jésuitisme, nous choisissons le rationalisme ». Hugo avait écrit, au-dessus de « rationalisme », « libre-pensée ». Reste cependant un doute sur le trait d'union, qui peut être l'œuvre d'un typographe zélé ou une correction ultérieure de Hugo [1]
  2. Ces années marquent véritablement l’essor de la Libre-Pensée, avec des acteurs comme Émile Keller : L’Église et la Révolution, de Pierre Pierrard, Éd. Nouvelle Cité, p. 200.
  3. (en) Walter Hugins, Jacksonian Democracy and the Working Class: A Study of the New York Workingmen’s Movement 1829-1837, Stanford, Stanford University Press,‎ 1960, p. 36–48
  4. a et b Demerath, N. J. III and Victor Thiessen, "On Spitting Against the Wind: Organizational Precariousness and American Irreligion, " The American Journal of Sociology, 71: 6 (May, 1966), 674–687.
  5. http://www.wisconsinhistory.org/dictionary/index.asp?action=view&term_id=11488&term_type_id=1&term_type_text=People&letter=F
  6. Le libre examen selon l'université libre de Bruxelles
  7. Commission Histoire, Histoire de la Libre Pensée (1847 - 1980), Fédération Nationale de la Libre Pensée, texte intégral.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • Sophie-Anne Leterrier, Jacqueline Lalouette, La Libre-Pensée en France 1848-1940, Romantisme, 1998, vol. 28, n°100, pp.183-184, texte intégral.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]