Libre-Esprit

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Esprit libre.

C'est sous le nom de Libre-Esprit que l'Inquisition désignera un courant de pensée qui depuis le XIIe siècle (et peut être encore plus tôt) se répand à travers l'Europe. « Libre-esprit » est une expression qui se réfère à la notion d'un esprit libéré du superflu au point de laisser la place tout entière à Dieu.

Les adeptes furent souvent affublés du sobriquet de turlupins.

Les Adamites sont un mouvement religieux situé dans les Flandres, certains pensent que Le Jardin des délices de Jérome Bosch est une représentation de la mythologie Alamite[1]

Histoire[modifier | modifier le code]

C'est à Jean Scot Erigène (IXe siècle) qu'on attribue en général les idées directrices de ce mouvement dont la première condamnation papale remonte à 1204. Les idées de Joachim de Flore circulaient également parmi les Libre-Esprit.

Amaury de Bène, professeur de théologie à Paris, s'en tira par une simple abjuration et mourut en paix en 1207. Ses partisans, qualifiés d'amauriciens, furent moins heureux : une dizaine d'entre eux finirent sur le bûcher en 1209 et 1211. Ce fut le début d'une persécution de cinq siècles à laquelle échappa cependant la Bruxelloise Bloemardine que sa renommée locale protégeait dans le premier tiers du XIVe siècle.

Les partisans du Libre-Esprit — parfois nommés amauriciens ou béguards et béguines.

Doctrine[modifier | modifier le code]

Texte[modifier | modifier le code]

Le seul texte actuellement connu qui est attribué à cette mouvance, le Mirouer des simples âmes anienties, est dû à Marguerite Porète (brûlée vive en place de Grève à Paris, le 1er juin 1310 avec son livre). C'est paradoxalement surtout par les sources inquisitoriales que nous pouvons nous représenter la doctrine des tenants du Libre-Esprit, et cela bien qu'il soit communément admis que le fantasme de l'inquisiteur pouvait orienter les aveux.

Comme beaucoup d'autres mouvements de l'époque (cathares, vaudois, mais aussi Templiers, franciscains, Turlupins et autres), le Libre-Esprit prône un idéal de pauvreté. Mais ici, cette pauvreté laverait l'homme de tout péché et ressusciterait le Christ en lui. Il ne pourrait dès lors mal agir et c'est en écoutant ses désirs qu'il entrerait dans l'ère de « l'Esprit libre » où il pourrait connaître la béatitude dès la vie terrestre. La charité se confond avec l'amour charnel qui se consomme sans restriction au sein de la communauté. Une femme enceinte l'est par l'opération du Saint-Esprit.

Discussion[modifier | modifier le code]

Le "libre esprit" est différent de la libre-pensée ou du communisme marxiste tels que nous les concevons aujourd'hui : le Libre-Esprit désigne la pauvreté intellectuelle (beati pauperes spiritu), l'esprit qui devient vacant ou vide afin de recevoir Dieu. Ceci permet d'entrevoir la création de l'âme par l'esprit saint.

De même, de plus en plus de chercheurs (Robert D. Cottrell, Sofie Sweygers, C. Louis-Combet, en 1991, Marie Bertho en 1999, Jérôme Millon en 2001, Luc Richir, en 2003. J.-P. Beaulieu en 2004, Danielle Régnier-Bohler, etc.) s'entendent pour dire que la béguine Marguerite Porete, et le Libre-Esprit, sont deux choses différentes. Ceci bien que l'Église de l'époque ait constamment fait l'amalgame et bien que Porete ait constamment refusé de condamner ce mouvement (voir les Actes du Concile de Vienne, en 1312). Après sa mort, des extraits de son livre furent produits au Concile pour condamner le Libre-Esprit comme mouvement hérétique alors que l'utilisation des Thèses de cette mouvance avait servi, deux ans auparavant, à la faire brûler (voir les Actes du Procès).

Influences[modifier | modifier le code]

Le mouvement béguinal et celui du Libre-Esprit ont influencé la Mystique rhénane et Maître Eckhart. Ce dernier, qui a probablement connu l'œuvre de Marguerite Porete (Miroir des âmes simples anéanties), a fini par être suspecté de partager leurs idées. La condamnation de certaines de ses thèses le 27 mars 1329 par le pape Jean XXII dans la bulle In agro Dominico continue de poser des questions : la proximité des thèses étant évidentes, on peut en déduire, soit que le pape était dans son rôle, puisque sa condamnation s'inscrit en fait dans le droit fil de la répression des Amauriciens commencée en 1210, soit que le cas "Eckhart" révèle a posteriori la fragilité théorique de cette répression.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]