Liberty ship

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Le Liberty ship SS John W. Brown toujours à flots à Baltimore

Le terme Liberty ship désigne les quelque 2 710 cargos construits aux États-Unis au cours de la Seconde Guerre mondiale, suite à la déclaration du président Franklin Delano Roosevelt au cours de l'été 1940, affirmant la volonté des États-Unis d'être l'arsenal du monde libre, et du vote du Congrès des États-Unis, en mars 1941, de la loi Lend-Lease destinée à aider la Grande-Bretagne à financer les acquisitions.

Historique[modifier | modifier le code]

Le Liberty ship SS Carlos Carrillo

Ces cargos avaient pour but de ravitailler les forces alliées, lorsque la bataille de l'Atlantique (1939-1945) orientait et délimitait toutes les batailles futures possibles d'Europe.

Ils étaient rapides à construire avec un faible coût de production. Ils sont devenus le symbole de la puissance de l'industrie de guerre des États-Unis.

Des navires furent commandés par le Royaume-Uni pour remplacer des bateaux torpillés par les U-Boote allemands, ils ont été achetés par la flotte américaine pour être loués et mis à la disposition de la flotte britannique dans le cadre de la loi Lend-Lease. Seize chantiers navals américains ont construit 2 710 Liberty ships entre 1941 et 1945, ce qui en fait le modèle de bateau le plus produit au monde. Le premier chantier ouvert était à Richmond dans la baie de San Francisco, puis à Vancouver (État de Washington) et Vancouver (Colombie Britannique) et ensuite partout, du golfe du Mexique (tel le chantier naval ADDSCO de Mobile en Alabama) jusqu'aux provinces maritimes canadiennes du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse.

Contrairement à une idée reçue, les Liberty ships ne sont pas tous des sister-ships. Il a été construit des Liberty ships de différentes tailles. L'ingénierie du système assemblage a permis le déploiement d'une multitude de versions différentes d'un même modèle, avec un maximum de simplicité. La version nouvelle et améliorée du Liberty ship a été le Victory ship qui a sacrifié la rusticité et la simplicité au profit du confort et de la performance. Le nom de « Liberty ship » a été prononcé, pour la première fois, par l'amiral Emory S. Land lors du Liberty Fleet Day du 27 septembre 1941[1]. L'un des premiers navires de la série a eu le nom de SS Patrick Henry et les suivants étaient si nombreux qu'ils n'avaient plus qu'un numéro, comme la 42e rue avec la 5e avenue de Manhattan, New York City.

Fonction[modifier | modifier le code]

Elle consiste à transporter la plus grande variété de cargaisons possibles : des locomotives à vapeur, chars d’assaut, avions, camions en tout genre. La vitesse de 11 nœuds (20 km/h env.) est moins importante que la polyvalence, la régularité et la fiabilité. Cette variété de cargaisons allait de la configuration en pétrolier à celle de transport de troupes avec un minimum d'aménagements de détail.

L'équipage se compose de 45 marins et de 35 canonniers pour la défense.

Fabrication en série[modifier | modifier le code]

La structure est la plus simple, la plus éprouvée et la plus évolutive possible à partir des contraintes. Elle se compose de 3 groupes d’éléments : coque préfabriquée, propulsion et navigation.

  • La coque se compose d’une partie centrale à laquelle s’ajoutent un avant sans teugue et un arrière sans dunette. Ainsi, l’évolution peut s’effectuer juste en allongeant simplement la partie centrale d’une ou de plusieurs tranches, sans autre modification. Les premières coques ont eu des défauts de jeunesse dus à l'ignorance des problèmes structuraux de fracture et à des mauvaises soudures contenant des bulles d'air.
  • La propulsion est assurée par une machine alternative à vapeur chauffant au mazout, fiable et robuste, accouplée à une seule hélice.
  • La navigation est effectuée de la passerelle qui domine un château placé au milieu pour donner accès au chargement de trois cales avant et d'une ou deux cales arrière. Pour éviter la dépendance vis-à-vis des installations portuaires, ils sont gréés de leurs propres apparaux de levage, bigues et mâts de charge.
Maquette du Pont-l'Évêque affrété par la Cie Delmas, construit en 21 jours. Musée de la Marine, Paris.

Il s’ensuit une construction préfabriquée modulaire en série par soudure (au lieu du rivetage classique des panneaux, à la pièce en cale sèche). Les modules sont construits par une constellation d’ateliers périphériques et transportés au chantier de construction pour l’assemblage final en série.

Cadence de production[modifier | modifier le code]

Les premiers navires étaient construits en environ 230 jours, mais la moyenne est ensuite descendue à 42 jours et parfois beaucoup moins. Dans un but de propagande, le record de rapidité de construction a été établi pour le SS Robert E. Peary, construit à Richmond (Californie). Il a été lancé le 12 novembre 1942, seulement 4 jours et 15 heures et demie après la pose de sa quille[2].

Le documentaire d'Isabelle Clarke et Daniel Costelle : Apocalypse, la Seconde Guerre mondiale indique qu'au moment des débarquements du D-Day en Normandie et des Mariannes (Saipan, Guam, et Tinian), les arsenaux navals cumulés des États-Unis atteignaient la cadence de production de un Liberty ship par jour[3].

L’après-guerre[modifier | modifier le code]

Une fois la paix retrouvée, les Liberty ships ont continué à participer au redressement de l’Europe en acheminant nourriture et matériel pour sa reconstruction[4]. Le port de Lorient est devenu le point d’arrivée du blé canadien et du matériel lourd des États-Unis, comme les locomotives à vapeur 141 R neuves en remplacement du matériel ferroviaire détruit. Au retour, ces Liberty ships transportaient vers les États-Unis et le Canada immigrants et réfugiés.

Pour reconstituer sa marine marchande, le gouvernement français reçut 75 bâtiments qu'il pouvait louer à des armateurs. Les Liberty ships français portaient tous des noms de villes de France. D'autres pays alliés reçurent aussi leur contingent de Liberty ships. Ces bâtiments ont eu plusieurs vies, de la guerre d'Indochine à la guerre d'Algérie, où ils furent réquisitionnés, durant l'été 1962, pour évacuer en masse, d'Alger et d'Oran, les rapatriés d'Algérie.

Le dernier Liberty ship, construit en septembre 1945, servit comme barge industrielle pour les flottilles de pêche en Alaska.

Comme Aristote Onassis ou Stávros Niárchos, de nombreux armateurs, la plupart grecs, ont accru leur fortune en achetant des Liberty ships du surplus des inventaires pour faire du cabotage, avant de se lancer dans le transport pétrolier.

Conservation[modifier | modifier le code]

Le SS Jeremiah O'Brien à quai à San Francisco

Seulement deux cargos sont encore en état de naviguer et ont été transformés en navires musées aux États-Unis dans les années 2000, le SS John W. Brown à Baltimore et le SS Jeremiah O'Brien à San Francisco. En 2008, l’Arthur M. Huddell a rejoint la Grèce, avec la même destination, mais il n'est plus en état de naviguer.

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Thomas Narcejac, La Tragédie du Liberty ship, éditions de Crémille, François Beauval, 1973

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bernard Crochet, L'effort de guerre américain, Éditions Hirlé, 2008, p. 24.
  2. En fait, la plupart des aménagements intérieurs restaient à réaliser !
  3. Source : L'Enfer (1944-1945), 6e partie.
  4. Dans le cadre du Plan Marshall entre autres.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gérald Guétat, Liberty ship, ETAI, 2001, (ISBN 978-2-7268-8538-3)
  • « La Saga des Liberty ships », Le Chasse-marée no 47, 1990
  • Jean-Yves Brouard, Liberty en guerre, Éditions JYB-AVENTURES
  • Bernard Crochet, L'effort de guerre américain, Éditions Hirlé, 2008

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]