Lewis Carroll

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Lewis Carroll

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Lewis Carroll (autoportrait)

Nom de naissance Charles Lutwidge Dodgson
Activités Écrivain, mathématicien, photographe
Naissance
Daresbury (Cheshire) Angleterre
Décès (à 65 ans)
Guildford
Langue d'écriture anglais
Genres Roman, Conte, Poésie

Œuvres principales

Lewis Carroll (de son vrai nom Charles Lutwidge Dodgson) est un romancier, essayiste, photographe et mathématicien britannique né le à Daresbury, dans le Cheshire et mort le à Guildford.

Biographie[modifier | modifier le code]

Introduction[modifier | modifier le code]

Professeur de mathématiques donc mathématicien à Christ Church College à Oxford, Lewis Carroll fut ordonné diacre de l'Église anglicane en 1861 mais ne devint jamais prêtre par la suite[1]. Il publia sous son vrai nom des ouvrages d'algèbre et de logique mathématique ainsi que des recueils d'énigmes et jeux verbaux. Les Aventures d'Alice au pays des merveilles (1866) fut à l'origine écrit pour amuser Alice Liddell et ses deux sœurs, filles du doyen de Christ Church. La suite des aventures d'Alice, De l'autre côté du miroir parut en 1872, et La Chasse au Snark, long poème parodique, en 1876. Elles ont été illustrées par John Tenniel.

La jeunesse[modifier | modifier le code]

Charles Lutwidge Dodgson naît d’un père pasteur anglican, au sein d’une famille de onze enfants dont deux seulement se sont mariés. Tous étaient comme lui gauchers et sept d'entre eux (Charles y compris) bégayaient. Dans l'isolement du presbytère, ces anomalies, partagées par une communauté soudée, permirent à Charles de développer une personnalité d’enfant doué, hors des normes, dans un cocon protecteur.

Le psychanalyste américain John Skinner estime que la gaucherie est à l’origine de cette obsession du renversement qui constitue l’un des thèmes dominants de Lewis Carroll. Dans De l’autre côté du miroir, le temps aussi bien que l’espace se trouvent inversés. On écrit à l’envers, on souffre d’abord, on se blesse ensuite. Dans ce monde bizarre, il faut s’éloigner du but pour l’atteindre.

Charles Dodgson, dans son âge mûr, devait prendre souvent plaisir à mystifier ses jeunes correspondantes en commençant ses lettres par la signature et en les terminant par le commencement.

Quant au bégaiement, il serait peut-être à l’origine des fameux « mots-valises » à double signification. La hâte à s’exprimer, combinée avec son défaut d’élocution, aurait amené l’enfant à fondre involontairement deux mots en un seul.

« Tout flivoreux vaguaient les borogoves,
Les verchons fourgus bourniflaient. »

— De l’autre côté du miroir, Bredoulocheux, poème, traduction d’Henri Parisot.

L’explication en est fournie par L'Œuf Gros Coco (Humpty-Dumpty) dans De l'autre côté du miroir : « C’est comme une valise, voyez-vous bien : il y a trois significations contenues dans un seul mot… Flivoreux, cela signifie à la fois frivole et malheureux… Le verchon est une sorte de cochon vert ; mais en ce qui concerne fourgus, je n’ai pas d’absolue certitude. Je crois que c’est un condensé des trois participes : fourvoyés, égarés, perdus. »

Le choc sera d’autant plus fort lorsque cette jeune personnalité affrontera la normalité – les autres enfants – à l’école de Richmond puis à la Rugby School en 1845. Il en gardera un souvenir affreux en raison des brimades que lui attiraient une timidité ou une incommunicabilité nées de ses anomalies.

Les revues familiales[modifier | modifier le code]

Compte tenu de l’époque et du milieu, ses parents étaient irréprochables. Un père plein de dignité, altruiste, parfait à l’égard de sa femme et de ses enfants. Une mère gentille, bonne, douce, dont la douce voix ne prononçait jamais un mot plus haut que l’autre.

Ceux qu’il aimait, et tout un système social qu’il eût été malséant de contester, se dressaient contre toute tentative de se rebeller. Il adoptera donc le comportement, la foi, les idées morales, les préjugés de son père et jusqu’au goût de celui-ci pour les mathématiques.

Par compensation, un renforcement de sa personnalité se traduira par une expression accrue de ses dons, par la création littéraire. Pendant ses vacances, le jeune Charles Dodgson s’amusera à éditer des revues locales.

Elles étaient manuscrites et réservées aux hôtes du presbytère de Croft-on-Tees, dans le Yorkshire, la demeure qui abritera la famille pendant vingt-cinq ans. Leurs vies furent brèves : La Revue du presbytère, La Comète, Le Bouton de rose, L'Étoile, Le Feu follet, Le Parapluie du presbytère et Méli-Mélo. Le Parapluie du presbytère, revue parue vers 1849, était illustrée de dessins rappelant ceux d’Edward Lear dont le Book of nonsense jouissait alors d’une très grande vogue. Edward Lear y mettait en scène des créatures singulières qui ont pu suggérer à Charles Dodgson l’idée du Snark, créature carrollienne presque invisible et redoutée.

Ces tentatives littéraires juvéniles révèlent la virtuosité de Charles à manier les mots et les événements et sa disposition très originale pour le nonsense. Il fera même construire un théâtre de marionnettes par le menuisier du village et écrira des pièces pour l’animer : Tragédie du roi John, La Guida di Bragia, 1849-1850

Le professeur[modifier | modifier le code]

« Un personnage guindé, toujours vêtu d’une redingote noire à peine ouverte sur un faux col d’ecclésiastique, promenant un visage aux traits fins et aux accents mélancoliques. Ses cours, qu’il débitait mécaniquement, suscitaient surtout l’ennui ».

Tel est le souvenir que conservaient, vers 1930, d’anciens élèves du cours de mathématiques professé par le révérend Charles Lutwidge Dodgson.

Lorsqu’en 1855 l’ancien élève du Christ Church College d’Oxford y devient enseignant, Charles Dodgson est brutalement projeté dans le monde des adultes. Plus personne avec qui jouer ou rêver, plus personne avec qui communiquer.

Mal à l’aise parmi les adultes, il fraie peu avec ses collègues. Sans amis, n’entretenant que des relations, ce célibataire déambule, solitaire, par les rues. Distant vis-à-vis de ses jeunes élèves, il ne lui reste d’autre issue que s’évader dans le jardin enchanté du nonsense, traverser le miroir.

C’est à cette époque que naît véritablement Lewis Carroll. À l’abri de la redingote du révérend Dodgson, l’enchanteur va faire paraître poèmes et articles dans des magazines.

Le photographe[modifier | modifier le code]

En 1856, il collabore en particulier avec le magazine The Train dont le rédacteur, Edmund Yates, choisira parmi quatre pseudonymes proposés par Charles Dodgson celui de Lewis Carroll. Ce nom d'auteur est forgé à partir de ses prénoms traduits en latin — Charles Lutwidge donnant Carolus Ludovicus —, inversés et traduits à nouveau — Ludovicus Carolus donnant Lewis Carroll[2].

Cette même année, traversé par le pressentiment de ce qui sera plus tard le spectacle cinématographique, il écrit dans son journal : « Je pense que ce serait une bonne idée que de faire peindre sur les plaques d’une lanterne magique les personnages d’une pièce de théâtre que l’on pourrait lire à haute voix : une espèce de spectacle de marionnettes ».

Il achètera son premier appareil photographique à Londres le 18 mars 1856. Quelques jours plus tard, il se rend dans le jardin du doyen Liddell au Christ Church College pour photographier la cathédrale. Il y trouve les trois fillettes Liddell dont Alice, sa future inspiratrice, et les prend pour modèle.

Rapidement, il excelle dans l’art de la photographie et devient un photographe réputé. Son sujet favori restera les petites filles mais il photographie également des connaissances : peintres, écrivains, scientifiques ainsi que des paysages, statues et même des squelettes, par curiosité anatomique.

En 1879, il s'adonne de plus en plus à la photographie de petites filles très déshabillées et bientôt nues.

En 1880, il abandonne la photographie, ayant, peut-être été trop loin dans son goût pour les nus, au regard de la morale victorienne.

Cette passion donnera naissance à quelques trois mille clichés dont un millier ont survécu au temps et à la destruction volontaire.

L’écrivain[modifier | modifier le code]

Les Aventures d’Alice au pays des merveilles[modifier | modifier le code]

Photo d'Alice Liddell par Lewis Carroll. (1858)

Le temps du chef-d’œuvre, ce fut « au cœur d’un été tout en or », la journée du . Alice, alors âgée de dix ans, fut l’inspiration de Charles Dodgson. Il la courtisait au moyen de devinettes ou de belles histoires composées à son usage.

L’histoire qu’il racontait par-dessus son épaule à Alice, assise derrière lui dans le canot, fut improvisée avec brio tout en maniant l’aviron. Lorsque la fille lui demanda d’écrire pour elle son histoire, il accomplit son chef-d’œuvre : un manuscrit des « Aventures d’Alice sous terre », précieusement calligraphié et illustré. Il l’offrira à son inspiratrice, Alice Liddell, le .

En 1864, une ombre s'abat sur ses relations avec Mrs. Liddell qui lui refuse la permission d'inviter ses filles.

Charles Dodgson rédigera une deuxième version, Les Aventures d'Alice au pays des merveilles, destinée à une publication en librairie. Il se rendra à Londres en janvier 1865 pour convaincre John Tenniel de créer les illustrations d’Alice. Leur collaboration ne sera pas sans accrocs : aucun détail n’échappera à la minutieuse critique de Charles Dodgson. Il dédicacera les premiers exemplaires pour des amis en juillet 1865. Le succès sera immédiat.

Au Noël 1888, il commencera une troisième version Alice racontée aux petits enfants. Les premiers exemplaires seront distribués à la fin de 1889.

En écrivant Alice, Lewis Carroll s’est placé sous le signe de la féerie mais il n’en conserve que l’apparence. Point de fées mais les personnages de l’univers merveilleux : roi, reine, nain, sorcière, messager, animaux doués d’un comportement et d’un langage humain. À une pléiade de personnages insolites s’ajoutent les pièces d’un jeu d’échecs, des cartes à jouer vivantes. Clin d’œil à ses lecteurs, des personnages charmants empruntés aux nursery rhymes de son enfance : Humpty-Dumpty, les jumeaux Tweedledum et Tweedledee.

Si Lewis Carroll s’inscrit dans une tradition, c’est pour la plier à son inspiration : jeux verbaux, chansons, devinettes jalonnent le récit. À maints égards son œuvre est étonnamment audacieuse. Les personnages ne semblent pas accepter les métamorphoses répondant à une saine logique - comme celle de la citrouille devenant carrosse - et cherchent au contraire à y échapper. La parodie est l’une des clés qui ouvre au lecteur l’univers d’Alice.

Les personnages font en quelque sorte le contraire de ce qu’on attend d’eux. C’est l’inversion, une seconde clé du pays des merveilles. La troisième clé est le nonsense, un genre que Lewis Carroll manipule avec génie. Le nonsense feint de laisser espérer au lecteur une explication logique puis traîtreusement trompe ses habitudes de pensée.

«  Je lui en donne une : ils m’en donnèrent deux,
Vous, vous nous en donnâtes trois ou davantage ;
Mais toutes cependant leur revinrent, à eux,
Bien qu’on ne pût contester l’équité du partage. »

Alice au pays des merveilles, déposition du lapin blanc au procès du valet de cœur.

Alice est en porte à faux dans le pays des merveilles comme Charles Dodgson l’était dans la réalité. Elle fait tout à rebours ou à contretemps de ce qui est convenable sur un plan social. Elle est toujours trop grande ou trop petite et a conscience de son inadaptation. La reine blanche l’accuse carrément de vivre à l’envers et lui conseille d’apprendre à croire à l’impossible. Mais au contraire de Charles Dodgson qui subissait la réalité, Alice ose se rebeller contre celui de l’anormalité. Elle est hardie et sereine, la projection idéalisée de son auteur.

Beaucoup des animaux de l'histoire représentent des personnes réelles, ainsi :

  • Dinah est le nom de la chatte d'Alice Liddell et de l'Alice de Carroll
  • le Canard évoque un ami de l'auteur, le révérend Duckworth (duck signifie canard en anglais)
  • le Dodo (ou le Dronte) évoque l'auteur lui-même (à cause de son bégaiement, quand il se présentait, il disait : "Do-Do-Dodgson")
  • le Lori (petit perroquet malais) évoque Lorina Liddell, sœur d'Alice
  • l'Aiglon évoque l'autre sœur, Edith

De l’autre côté du miroir et ce qu’Alice y trouva[modifier | modifier le code]

Cette suite d'Alice conte les aventures d’une petite fille qui a réussi à traverser un miroir. Cet objet mystérieux qu’est le miroir a toujours été lié à la magie et joue un rôle assez inquiétant dans les contes. C’est l’image d’une parfaite justesse pour figurer la ligne de démarcation entre les mondes extérieur et intérieur.

Tout comme Alice au pays des merveilles, De l'autre côté du miroir est sinon un pur récit de rêve, du moins une histoire fantastique dont l’atmosphère est intensément onirique. D’autres avant lui avaient confondu dans leurs œuvres l’imaginaire et le réel, mais Lewis Carroll a le mérite d’avoir créé un mélange original d’onirisme et de logique.

« Il a ouvert la voie à un genre littéraire absolument nouveau, dans lequel les faits psychologiques sont traités comme des faits objectifs… Le non-existant, les animaux qui parlent, les êtres humains dans des situations impossibles, tout est considéré comme admis et le rêve n’est pas troublé », dit Florence Becker Lennon.

Le volume paru en 1871 rencontra lui aussi un immense succès. Les compliments eussent suffi à tourner une tête moins solide. Toutefois, Lewis Carroll écrivit à un correspondant : « Je ne lis jamais rien sur moi-même, ni sur mes livres ».

Il serait peut-être excessif de parler d’influence entre Lewis Carroll et les représentants de tel ou tel mouvement littéraire contemporain. Mais il n’est pas impossible qu’Alfred Jarry ait pensé à Humpty-Dumpty lorsqu’il imagina son Ubu. Constamment employé à des fins poétiques, le calembour peut également avoir joué un rôle primordial dans l’élaboration de l’œuvre de Raymond Roussel.

L’invention carrollienne des « mots-valises » a été exploitée à outrance par James Joyce dans Ulysse ou Finnegan’s Wake. Ce dernier a quelque peu compliqué le jeu en empruntant ses vocables à différentes langues.

Le nonsense aura aussi été l’un des grands ressorts de la poésie dadaïste et surréaliste. L’admirable Grand Jeu de Benjamin Péret, une merveille de l’absurde poétique, est l’un des chefs-d’œuvre de l’époque du surréalisme.

La chasse au Snark[modifier | modifier le code]

En 1876 paraît La Chasse au Snark qui est l’une des meilleures réussites en vers de Lewis Carroll et l’une de ses œuvres capitales. Les lecteurs voulurent y voir une allégorie, certains de la popularité et d’autres du bonheur, mais il soutint toujours n’avoir voulu y donner aucun sens particulier : « Quant à la signification du Snark, j’ai bien peur de n’avoir voulu dire que des inepties ! », écrivait-il à un ami américain. « Toutefois, voyez-vous, les mots ne signifient pas seulement ce que nous avons l’intention d’exprimer quand nous les employons… Ainsi, toute signification satisfaisante que l’on peut trouver dans mon livre, je l’accepte avec joie comme étant la signification de celui-ci. La meilleure que l’on m’ait donnée est due à une dame… qui affirme que le poème est une allégorie représentant la recherche du bonheur. Je pense que cela tient admirablement à bien des égards – en particulier pour ce qui concerne les cabines de bains : quand les gens sont las de la vie et ne peuvent trouver le bonheur ni dans les villes ni dans les livres, alors ils se ruent vers les plages, afin de voir ce que les cabines de bains pourront faire pour eux ».

Lewis Carroll déclara avoir composé La Chasse au Snark en commençant par le dernier vers qui lui vint à l’esprit lors d’une promenade et en remontant vers le début du poème qui se constitua pièce par pièce au cours des deux années suivantes.

Un thème qui frappe, c’est celui de l’oubli, de la perte du nom et de l’identité. Le personnage du boulanger a oublié sur la grève quarante-deux malles, marquées à son nom, qu’il a également oublié. Lorsqu’il se met à raconter sa triste histoire, l’impatience du capitaine, qui craint une trop longue confidence, l’incite à sauter quarante ans. Ces chiffres évoquent l’âge de Charles Dodgson à cette période.

En dépit du souffle de fantaisie désopilante qui le parcourt d’un bout à l’autre, La Chasse au Snark n’est pas un poème gai. La quête qu’il relate, en fin de compte, tourne mal. L’anéantissement du boulanger, à l’instant de sa rencontre avec le terrible Boujeum, invisible aux autres personnages, laisse une impression de malaise. Rapprochant le poème des premières comédies de Charlie Chaplin, on y voit « une tragédie de la frustration et de l’échec. »

Il y a incontestablement une part de satire sociale dans l’absurde procès du Rêve de l’avocat qui ressemble beaucoup à une parodie de procès réel.

Sylvie et Bruno[modifier | modifier le code]

Dans la préface de Sylvie et Bruno, publié en 1889, chef-d’œuvre qui témoigne d’une technique entièrement renouvelée par rapport à Alice, Lewis Carroll proclame son désir d’ouvrir une nouvelle voie littéraire.

L’audace est grande, pour l’époque, de la construction de deux intrigues, le rêve constamment accolé à la réalité. L’objectif essentiel du narrateur est de franchir le mur de la réalité pour atteindre le royaume du rêve : il voit l’un des personnages de son rêve pénétrer dans la vie réelle. Lewis Carroll crée l’effet de duplication de ses personnages.

L’intérêt réside également dans la juxtaposition des deux intrigues. L’originalité de Lewis Carroll ne consiste pas à unifier rêve et réalité mais à reconstituer une unité à partir de la multiplicité initiale.

Dans sa préface, ce qu’il nous dit de la construction de son livre : un noyau qui grossit peu à peu, une énorme masse de « litiérature » (litter, ordure) fort peu maniable, un agrégat d’écrits fragmentaires dont rien ne dit qu’ils formeront jamais un tout. Le roman n’est plus cette totalité harmonieuse où s’exprime le souffle de l’inspiration. Le fini romanesque est démystifié d’une façon ironique et pour tout dire sacrilège pour l’époque victorienne.

Ce texte sera sa dernière création.

La vie à Oxford[modifier | modifier le code]

Le lecteur d’Alice ignore presque tout du comportement de Charles Dodgson dans sa vie quotidienne de citoyen d’Oxford. Il a consacré, entre 1865 et 1896, une douzaine d’écrits touchant à des problèmes ayant agité la vie locale. Ils apportent de savoureuses informations sur la pensée de Charles Dodgson.

The New Method of Evaluation Applied to Pi (1865). Une critique sarcastique de l’augmentation de salaire accordée à un professeur de grec, coupable aux yeux du conservateur Dodgson, de politiser ses cours dans un sens libéral.

Son conformisme s’exprime à travers sa farouche réticence au projet de réforme permettant de délivrer des diplômes universitaires aux femmes sans venir résider à l’université… ce qui bouleversait ses habitudes… Des étudiantes résidentes (1896).

D’une plume trempée dans un humour féroce, il va ridiculiser par l’absurde des projets de transformations architecturales en cours au Christ Church College. Il adressera au doyen Liddell, père d’Alice, un pamphlet anonyme Le Beffroi de Christ Church (1872), une démolition minutieuse, sur papier, du monument.

L’ironie, le sarcasme, le paradoxe se déchaînent dans sept écrits anonymes. L’auteur s’y livre à un véritable bizutage de l’établissement oxfordien s’en prenant à son modernisme et son suivisme des idées à la mode.

Rien ne laissait deviner Lewis Carroll, l’enchanteur. Lui-même ne se dévoilait pas, ne faisant jamais allusion à son œuvre en public. Il finit, dans ses dernières années, par renvoyer avec la mention « inconnu » les lettres qu’on lui adressait au nom de Lewis Carroll.

Les succès remportés au-dehors d’Oxford n’avaient aucune chance d’améliorer la maigre estime accordée au mathématicien. La littérature pour enfants, à laquelle ne pouvait échapper Alice, était un genre mineur, vaguement frivole. S’illustrer dans ce genre revenait pour Charles Dodgson à marquer un peu plus sa marginalité. Le regard d’une société victorienne imposait le non-dit sur la dualité Dodgson-Carroll.

Ce pays des merveilles sur lequel il régnait en maître dans sa vie rêvée, tout lui en interdirait le seuil dans sa vie vécue. Peut-être se répétait-il les paroles d’espoir échangées par Alice et le chat du Cheshire :

« — Je ne me soucie pas trop du lieu… pourvu que j’arrive quelque part.
— Vous pouvez être certaine d’y arriver pourvu seulement que vous marchiez
assez longtemps. »

Publications[modifier | modifier le code]

Œuvre[modifier | modifier le code]

Tri par date de publication, ou de rédaction dans le cas de publication posthume.

  • 1845 : Poésie instructive et utile (Useful and Instructive Poetry)
  • 1848 : La Revue du presbytère (The Rectory Magazine)
  • 1850-1853 : Le Parapluie du presbytère (The Rectory Umbrella)
  • 1855-1862 : Micmac (Mischmasch)
  • 1856-1857 : The Train (revue littéraire) - contributions
  • 1858 : Le cinquième livre d'Euclide prouvé par l'algèbre (The Fifth Book of Euclid Treated Algebraically)
  • 1860 : Éléments de géométrie plane algébrique (A Syllabus of Plane Algebraic Geometry, Systematically Aranged with Formal Definitions, Postulates, and Axioms)
  • 1860 : Notes on the First Two Books of Euclid, Designed for Candidates for Responsions
  • Formules de trigonométrie
  • 1864 : Les aventures d’Alice sous terre, (Alice's Adventures Under Ground) publiées en 1886
  • 1865 : Les Aventures d'Alice au pays des merveilles, (Alice's Adventures in Wonderland)
  • 1866 : Condensation of Determinants, Being a New and Brief Method for Computing their Arithmetic Values.
  • 1867 : Voyage en Russie (Russian Journal) avec le docteur Lindon, publié à titre privé en 1928 puis en 1935.
  • 1867 : Traité Élémentaire des Déterminants (An Elementary Treatise on Determinants with their Application to Simultaneous Linear Equations and Algebraic Geometry).
  • 1867 : Bruno's Revenge publié en 1924.
  • 1868 : The Fifth Book of Euclid Treated Algebraically, so far as it Relates to Commensurable Magnitudes.
  • 1869 : Phantasmagoria et poèmes divers, (Phantasmagoria and Other Poems).
  • 1872 : De l'autre côté du miroir, (Through the Looking-Glass, and What Alice Found There).
  • Jabberwocky.
  • Le Frelon à perruque, (The Wasp in a Wig). Chapitre amputé de Through the Looking-Glass, and What Alice Found There et publié indépendamment en 1974.
  • Le nouveau clocher (The New Belfry Of Christ Church)
  • 1873 : The Enunciations of Euclid I-VI, Together with Questions on the Definitions, Postulates, Axioms, &c.
  • 1873 : The Vision of the Three T's
  • 1876 : La Chasse au Snark (The Hunting of the Snark)
  • 1879 : Euclide et ses rivaux modernes (Euclid and His Modern Rivals)
  • 1882 : (Euclid, Books I, II)
  • 1883 : Rime ou Raison ou Sans rime ni raison (Rhyme? and Reason?)
  • Les principes de la représentation parlementaire
  • 1885 : Supplément à Euclide et ses rivaux modernes (Supplement to Euclid and His Modern Rivals)
  • 1885 : Une histoire embrouillée (A Tangled Tale')
  • 1886 : Logique sans peine ou Jeu de la logique (The Game of Logic) (publié en 1887)
  • Curiosa mathematica
  • 1886 : Les Aventures d'Alice sous terre (Alice's Adventures Under Ground)
  • 1888 : Isa visite Oxford (Isa's visit to Oxford)
  • 1889 : Alice racontée aux petits enfants (The Nursery Alice)
  • 1889 : Sylvie et Bruno (Sylvie and Bruno)
  • 1893 : Sylvie and Bruno Concluded
  • 1895 : What the Tortoise Said to Achilles
  • 1896 : La logique symbolique (Symbolic Logic, Part I)
  • 1898 : Three Sunsets and Other Poems

Éditions françaises[modifier | modifier le code]

  • Œuvres, Éditions Robert Laffont, Collection Bouquins, 1989. Édition établie et annotée par Francis Lacassin, traduction de l’anglais par Henri Parisot, Bruno Roy, Simone Lamblin, Jeanne Bouniort, Jocelyne de Pass, Philippe Blanchard, Fanny Deleuze, André Bay, Jeanne Bouniort, Simone Lamblin, Jean Belmas, Jean Gattégno, Ernest Coumet, J.J. Bisson et Alain Gheerbrant. Sans illustrations.
  • Lewis Carroll, œuvres, éd. Gallimard, coll. La Pléiade, 1990. Édition publiée sous la direction de Jean Gattégno avec la collaboration de Véronique Béghain, Alexandre Révérend et Jean-Pierre Richard. Traduction de l'anglais par Philippe Blanchard, Fanny Deleuze, Jean Gattégno, Henri Parisot, Alexandre Révérend et Jean-Pierre Richard. Avec les illustrations originales de chaque œuvre.
  • Tout Alice, trad. de Henri Parisot, préface de Jean-Jacques Mayoux, éd. Flammarion, coll. GF, 1979.
  • Une histoire embrouillée, trad. Jean Belmas, illustr. Jean-Michel Folon, Bélibaste Éditeur, Paris 1974.
  • Logique sans peine, Illustrations de Max Ernst, trad. Jean Gattégno et Ernest Coumet, Éd. Hermann, Paris 1966.
  • La chasse au Snark, Traduction, introduction et notes de Normand Baillargeon, illustrations de Charlotte Lambert, Éd. Lux, Montréal, 2006.
  • Alice au Pays des Merveilles et De l'autre côté du Miroir de Lewis Carroll illustrés par Pat Andrea, Editions Diane de Selliers, 2006.
  • Lettres inédites à Mabel Amy Burton recueillies par Pierre E. Richard éditions Michel de Maule 2008, traduction, préface, postface, illustrations, Le plus petit Musée du Livre, 2010.
  • Un thé chez les fous, traduction, préface, postface, illustrations, Le plus petit Musée du Livre, 2010.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Adaptation théâtrale[modifier | modifier le code]

Jean-Louis Sarthou a écrit et mis en scène une pièce, intitulée Les Éclats du miroir, à partir d'extraits d'Alice, de De l'autre côté du miroir, de Sylvie et Bruno, de La logique sans peine et de quelques autres textes. Elle a été jouée en 1974 au Studio d'Ivry et a tourné en Île-de-France. Dany Tayarda y interprétait Alice, et était accompagnée de Michel Brothier et de Marie Hermès. Les décors étaient d'Edouard Berreur.

Adaptation musicale[modifier | modifier le code]

La compositeur Michèle Reverdy a écrit: une pièce de théâtre musical sur des extraits de Through the looking glass et une mélodie pour voix et piano dans le cycle De l'ironie... contre l'absurdité du monde

Adaptation cinématographique[modifier | modifier le code]

Le long-métrage d'animation des studios Walt Disney, Alice au pays des merveilles, est en fait une adaptation des deux romans, incorporant aux aventures d'Alice des extraits de La traversée du miroir.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Claude Polet, Patrimoine littéraire européen: 11b. Renaissances nationales et conscience universelle, 1832-1885 : romantismes réfléchis, De Boeck Université, 1999, p. 841. Consulté le 8 mai 2011.
  2. Patrick Roegiers, Lewis Carroll, dessinateur et photographe ou Le visage regardé, Éditions Complexe, 2003 (ISBN 2870279809), p. 36. Consultable en ligne sur Google Livres.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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