Levantin

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Le terme Levantins, de Levant, région où le soleil se lève, ἀνατολή, Anatolē en grec, Machrek en arabe, a désigné en français (et en italien, Levantini) à partir du XVIe siècle l'ensemble des habitants du Proche-Orient. Ainsi, dans la fable de La Fontaine Le Rat qui s'est retiré du monde (1675)[1]:

« Les Levantins en leur légende
Disent qu'un certain Rat las des soins d'ici-bas,
Dans un fromage de Hollande
Se retira loin du tracas. »

Comme le précise le dictionnaire de l'Académie française, ce terme « a été parfois utilisé avec une intention péjorative, par allusion à l'habileté en affaires prêtée aux Orientaux »[2].

Les Levantins dans l'Empire ottoman et en Turquie[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle, ce terme a surtout servi à désigner des résidents de l'Empire ottoman et de ses États successeurs, d'ascendances européennes, byzantines, arméniennes ou mixtes diverses. Parmi les premiers, la plupart étaient catholiques, soit romains (« latins »), soit Juifs soit grecs (« uniates »), mais aussi parfois protestants. Les Levantins étaient ressortissants de divers États catholiques ou protestants (France, Italie, Allemagne, Autriche-Hongrie, Angleterre, etc.), ou l'étaient devenus afin de bénéficier des avantages codifiés dans les capitulations[3].

Certains Levantins étaient toutefois restés sujets ottomans  : ainsi, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, plusieurs gouverneurs de la province autonome du Mont-Liban, qui devaient obligatoirement être des sujets ottomans chrétiens, furent des Levantins melkites d'Alep (Syrie), de la famille Franco.

De nos jours en Turquie, le terme « Levantin » (Levanten) désigne uniquement les ressortissants turcs d'origine occidentale. Leurs noms de famille ont été adaptés lors des réformes de l'écriture (1928). A Istanbul il existe encore de grandes familles levantines, généralement francophones : Krepen (Crespin), Baltacı (Baltazzi), Jiro (Giraud), Alyont (Alléon), Kaporal (Caporal), Kuto (Coûteaux), Dandriya (D'Andria), Kasanova (Casanova), Boduyi (Baudouy), Korpi (Corpi), Döhoşpiye (De Hochepied), Glavani (Glavany), Kastelli (Castelli), Lombardi, Tomaselli, Marmara, etc.

Les Levantins d'Égypte[modifier | modifier le code]

Dans l'Égypte du XIXe siècle, le terme Levantins désignait les résidents ni autochtones, ni turcs (12 000), ni européens (7 000), ni esclaves, mais syriens, grecs, arméniens et autres : il y en avait environ 10 000 au milieu du siècle sur 2 891 000 habitants[4].

Les « Francs » et la Lingua franca[modifier | modifier le code]

Il existait dans les échelles du Levant une langue de communication commune aux Levantins et aux marins et marchands de toutes nationalités, la lingua franca. Cette « langue franque » à base d'espagnol et d'italien, avec des éléments d'arabe, de persan et de turc, portait ce nom (« franque ») parce que depuis les Croisades, le nom donné en Orient aux occidentaux était « franc » (grec Φράγγοι - franghi ; turc franglar). Cela désignait les Croisés, mais aussi les marins qui les transportaient, pour la plupart français, génois et vénitiens et par la suite, tous les marchands et marins catholiques.

Smyrne et la communauté des Levantins francophiles[modifier | modifier le code]

Édouard Balladur[5], ancien Premier ministre français, est issu de cette communauté smyrniote. Dans sa famille, d'origine lointainement arménienne, on parle français depuis de nombreuses générations et on ne se marie qu'entre catholiques (même si le conjoint est étranger). Le vicaire général de l'archevêché de Smyrne (aujourd'hui Izmir) fut dom Emmanuel Balladur, disparu en 1847. Pierre Balladur, père d'Édouard, sera ainsi l'un des directeurs, à Istanbul, de la Banque ottomane, devenue aujourd'hui un trust international, mais qui gère alors les capitaux des puissances occidentales, et de leurs entrepreneurs en Orient. L'établissement, disparu une première fois, puis remonté sur ses bases a été fondé par quelques familles levantines (dont les Glavany, dont est issu Jean Glavany, ancien ministre).

Dans les années 1900 à 1905, Izmir était une ville multiethnique, à dominante grecque et turque, mais où il y avait aussi, outre les Levantins de souche, des levantins d'adoption comme Augustin Gindorff, ingénieur des mines, belge et catholique. Il a été durant ces années le directeur de la Compagnie ottomane des eaux de la ville.

À l'issue de la Guerre gréco-turque de 1919-22, les Grecs et les Arméniens de la ville sont en partie massacrés et les survivants expulsés, mais, sauf confusion ou accident, les Levantins catholiques, pour la plupart de langue française ou italienne, ne sont pas inquiétés. Toutefois, la plupart préfèrent émigrer dans les années qui suivent. À Izmir, il ne subsiste que quelques rares et vieilles pittoresques demeures levantines, l'église du quartier arménien, Sainte-Hélène, le temple anglican et la cathédrale St-Polycarpe.

En 1996, le nombre de Smyrniotes francophones était évalué à environ 200 personnes, le plus souvent bénéficiant de la double nationalité. Deux lycées turcs assurent des cours entièrement francophones. Il reste aussi quelques mots tirés du français, comme pour désigner la corniche qui surplombe la mer : le « kordon ».

Citations[modifier | modifier le code]

  • Onnik Jamgocyan, auteur d'une thèse sur les banquiers levantins :

« Ils étaient connus pour être diplomates, habiles en affaires. Ils avaient le sens de la parole donnée. Ils pouvaient se prêter jusqu'à des millions entre eux sans jamais signer le moindre papier. Tout reposait sur la confiance. »

  • Un journaliste turc :

« Ils étaient membres d'un microcosme fermé sur lui-même, ne faisant jamais l'effort de s'intégrer à la société où ils vivaient (…). Grâce au passeport de leur patrie où ils ne mettaient jamais les pieds, ils se comportaient avec la plus grande arrogance, en maîtres de nos ports. »

« Environ 3 000 citoyens britanniques et français résidaient à Constantinople. La majorité appartenait à la classe connue sous le nom de Levantins ; presque tous étaient nés en Turquie, et dans de nombreux cas, leurs familles se trouvaient établies dans ce pays depuis deux ou plusieurs générations. La conservation de leurs droits de citoyens européens constitue, pour ainsi dire, leur unique lien avec la nation dont ils sont issus. Il n'est pas rare de rencontrer dans les principales villes turques des hommes et des femmes, qui sont de race et de nationalité britanniques, mais ne parlent pas anglais, le français étant le langage habituel des Levantins. La plupart n'ont jamais mis le pied en Angleterre ou dans une autre contrée européenne ; ils n'ont qu'une demeure : la Turquie[6]. »

Personnalités levantines ou d’origine levantine[modifier | modifier le code]

Levantins dans la fiction[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Jean de La Fontaine, Fables, Livre VII, fable 3, 1675
  2. Levantin, Dictionnaire de l'Académie française, neuvième édition
  3. Le site de l'Ambassade de France à Ankara réduit la définition des Levantins aux Français installés dans l'Empire ottoman.
  4. Clot-Bey, 1838
  5. Pour plus de précisions concernant la famille Balladur, voir A. Naaman, Histoire des Orientaux de France.
  6. Mémoires de l’ambassadeur Morgenthau
  7. Enfants célèbres de Smyrne
  8. Hergé, cité par Pierre Assouline dans Hergé : biographie, Plon, 1998, pages 125-126, disait de ce personnage : « Rastapopoulos, pour moi, est plus ou moins un grec levantin, sans plus de précision... ».

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie indicative[modifier | modifier le code]

Ouvrage cité dans le texte
Autres ouvrages
  • Claude Liauzu, Éloge du Levantin, Confluences Méditerranée, N°24, hiver 1997-1998 ;
  • Abdallah Naaman, Les Levantins, une race, éditions Naaman, Beyrouth, 1984 ;
  • Guy de Lusignan, Mes familles - nos mémoires, de l'Empire ottoman à nos jours, Éditions universelles, 2004, (ISBN 9082235084[à vérifier : isbn invalide]) ;
  • Livio Missir de Lusignan, Vie latine de l'Empire ottoman, Éditions ISIS, Istanbul, 2004 ;
  • Livio Missir de Lusignan, Familles latines de l'Empire ottoman, Éditions ISIS, Istanbul, 2004 ;
  • Livio Missir de Lusignan, Smyrnensia, Tome I, (sous presse chez ISIS, Istanbul) ;
  • divers écrits de Livio Missir de Lusignan ;
  • Livio Missir de Lusignan, Entre Orient et Occident, Liber Amicorum, Bruxelles, 2001 (infos: amilu@skynet.be) ;
  • Marie de Testa & Antoine Gautier, Drogmans et diplomates européens auprès de la Porte ottomane, éditions ISIS, Istanbul, 2003, 479 p. (sur l'enseignement des langues orientales en Europe et des biographies individuelles et familiales sur les Adanson, Chabert, Crutta, Deval, Fleurat, Fonton, Fornetti, Jaba, Murat, Roboly, Ruffin, Stoeckl, Testa, Timoni, Wiet) ;
  • Antoine Gautier, Un consul de Venise à Smyrne, Luc Cortazzi (ca 1714-1799), Le Bulletin, Association des anciens élèves, Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), mai 2005, pp. 35-54 ;
  • Antoine Gautier, Un diplomate russe à Constantinople, Paul Pisani (1786-1873), Le Bulletin, Association des anciens élèves, Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), octobre 2004, pp. 11-30 ;
  • Antoine Gautier, Anne Duvivier, comtesse de Vergennes (1730-1798), ambassadrice de France à Constantinople, Le Bulletin, Association des anciens élèves, Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), novembre 2005, pp. 43-60.
  • Hervé Georgelin, La fin de Smyrne: du cosmopolitisme aux nationalismes, CNRS histoire, 2005, 254 pages ISBN 978-2-271-06300-7
  • Rinaldo Marmara, "Pancaldi: quartier Levantin du XIXe siècle", Volume 31 de Cahiers du Bosphore, Éditions Isis, 2004,230 pages ISBN 978-975-428-269-6
  • Oliver Jens Schmitt, "Les Levantins, cadres de vie et identités d'un groupe ethno-confessionnel de l'empire ottoman au "long" XIXe siècle", Volume 47 de Cahiers du Bosphore, Éditions ISIS, Istanbul 2007, 571 p. ISBN 978-975-428-348-8 (version originale en allemand sur googlebooks avec extraits)