Lettres d'Iwo Jima

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Lettres d'Iwo Jima

Titre original Letters from Iwo Jima
Réalisation Clint Eastwood
Scénario Iris Yamashita
Acteurs principaux
Sociétés de production Amblin Entertainment
DreamWorks SKG
Warner Bros.
Malpaso Productions
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre guerre
Sortie 2006
Durée 141 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Lettres d'Iwo Jima (Letters from Iwo Jima) est un film de guerre américain réalisé par Clint Eastwood et sorti en 2006.

Le film relate la bataille d'Iwo Jima du point de vue japonais. Ce film a eu une sortie limitée aux États-Unis le 20 décembre 2006 et est sorti le 21 février 2007 en France. Basé sur le livre Picture Letters from Commander in Chief du général Tadamichi Kuribayashi, joué à l'écran par Ken Watanabe. Lettres d'Iwo Jima vient en complément de Mémoires de nos pères, également réalisé par Clint Eastwood. La bataille est ainsi dépeinte du côté japonais, quand le film Mémoires de nos pères présente la même bataille vue du côté américain.

Les bombardements systématiques qui précèdent le débarquement donnent raison aux préparations du général Kuribayashi qui en cela s'oppose à ses homologues : le seul lieu hors de danger devient pour les soldats les cavernes et les galeries qu'ils ont préparées.

Synopsis[modifier | modifier le code]

En 2005, des archéologues japonais effectuant des fouilles dans les cavernes de l'île d'Iwo Jima, et trouvent des lettres de soldats...

En 1944, un nouveau général est chargé de la défense de l'île, en prévision de son invasion prochaine par l'US Navy, qui concentre ses forces à Saipan (îles Mariannes). Lorsqu'il atterrit, les soldats sont en train de creuser des tranchées dans le sable volcanique le long des plages de l'île, improbables refuges face à la puissance de feu adverse sur le point de se déchaîner. Le lieutenant général Kuribayashi n'apprend que tardivement, de la bouche du baron Nishi, la ruine de la flotte impériale japonaise à la bataille du golfe de Leyte, ce que le Mikado a soigneusement évité d'ébruiter en cherchant à minimiser le défaitisme parmi les rangs : les deux hommes perçoivent alors que tous les moyens de contre-attaque sont anéantis et que la défense de l'île appelle au sacrifice de tous.

Les moyens des assaillants dépassèrent de loin ceux des défenseurs.

Évaluant les possibilités de défense, Kuribayashi se trouve confronté à des officiers obtus qui parfois refusent ses ordres ou ne les comprennent pas : alors qu'il prône une défense des reliefs de l'île, ils préparent des tranchées sur les plages dans l'espoir de contenir le débarquement dès les premières heures. Ce n'est que lorsque la métropole demande le rapatriement des avions pour la défense ultérieure de la métropole que les officiers prennent conscience de la lutte à mort qui s'annonce, et de la vanité des préparatifs qu'ils ont engagés.

Ces impressions se confirment lors de l'arrivée des navires, les Japonais estimant l'effectif des troupes débarquées à 20 000 alors que les États-Unis ont concentré sur cette opération les plus importantes forces des campagnes du Pacifique (100 000 marines embarqués sur 880 navires).

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Portrait de Tadamichi Kuribayashi, chargé de la défense de l'île.

Distribution[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

« Les corps de 12 000 soldats japonais non identifiés reposent encore à Iwo Jima. Je pense qu'ils méritent un certain respect, au même titre que les soldats américains. »

Clint Eastwood

Développement[modifier | modifier le code]

Le projet s'est d'abord intitulé Red Sun, Black Sand[1]. Le scénario est basé sur les livres historiques "Gyokusai sōshikikan" no etegami[3] du Général Tadamichi Kuribayashi (interpété dans le film par Ken Watanabe) et So Sad To Fall In Battle: An Account of War[4] de Kumiko Kakehashi.

En développant le projet Mémoires de nos pères, Clint Eastwood a voulu également raconter l'autre point de vue : « Dans la plupart des films de guerre que j'ai vus au cours de ma jeunesse, il y avait les bons d'un côté, les méchants de l'autre. La vie n'est pas aussi simple, et la guerre non plus. Nos deux films ne parlent ni de victoire, ni de défaite. Ils montrent les répercussions de la guerre sur des êtres humains dont beaucoup moururent bien trop jeunes »[5].

Clint Eastwood et Robert Lorenz sont allés au Japon pour rencontrer les descendants des personnages évoqués dans le film : le petit-fils du général Kuribayashi et le fils du Baron Takeichi Nishi, ainsi que le directeur de l'Association des Anciens Combattants d'Iwo Jima[5].

Casting[modifier | modifier le code]

Tournage[modifier | modifier le code]

La production a été autorisée à tourner sur l'île d'Iwo Jima par le Gouverneur de Tokyo, Shintarō Ishihara[5]. Cependant, toutes les scènes avec des explosions ont été faites à Sandvík en Islande[5].

Plusieurs scènes sont également tournées en Californie : Malibu, Los Angeles, Santa Clarita, ainsi qu'aux studios de la Warner Bros. à Burbank[6].

Le réalisateur Clint Eastwood devait diriger les comédiens japonais, alors qu'il ne parlait pas leur langue : « Je connaissais très peu de ces acteurs et j'ai donc visionné quantité de films et démos. Mais "jouer" a le même sens dans toutes les cultures. Si vous êtes bon, cela passe, même si les gens ne comprennent pas ce que vous dites[5]. »

Box-office[modifier | modifier le code]

Analyse[modifier | modifier le code]

Marines sur la plage, avec le mont Suribachi en arrière-plan ; sa perte va enclencher des dissensions importantes dans la chaîne de commandement japonaise, ce qui joue un rôle important dans l'intrigue du film.

Forme[modifier | modifier le code]

Alors que le film symétrique Mémoires de nos pères était formé d'allers-retours incessants des combats sur l'île aux vies des soldats en Amérique après la guerre[8], Lettres d'Iwo Jima utilise une structure linéaire ; les seuls moments qui rompent cette linéarité sont les réminiscences des soldats, montrées par des séquences qui évoquent la façon dont ils ressentent le conflit contre les Américains. Le tout s'appuie sur une musique de piano.

Kuribayashi trouve, selon le récit du film, en la compagnie de Takeichi Nishi (ici avec son cheval Uranus lors des J.O. de Los Angeles de 1932) les rapports de franchise qu'il n'a plus avec ses subordonnés.

Fond[modifier | modifier le code]

Outre leur structure, les deux films de Clint Eastwood sur Iwo Jima se distinguent par le message qu'ils font passer :

  • le premier montrait l'avènement d'une stratégie de propagande « en cours de constitution » basée sur l'exploitation par le politique de la photo des marines hissant le drapeau sur le mont Suribachi. Le contraste consistait pour Eastwood à faire apparaître le désarroi vécu par les protagonistes, provenant du décalage entre l'épreuve du feu lors de la prise de l'île et les témoignages de bravoure qui leur sont demandés au pays afin de susciter une levée de fonds par souscription populaire pour financer la guerre ;
  • le second montre, chez les individus japonais civils comme militaires, l'effet qu'a produit une propagande « déjà installée » et orchestrée par l'État sur plusieurs années, basée sur le nationalisme, l'exaltation impériale et le sentiment de supériorité. Ces éléments réductibles au gimmick « la victoire ou la mort » prennent un sens prégnant à la veille de l'arrivée des envahisseurs sur le sol national[9], sens tout à fait précis dans le contexte culturel japonais : il appelle au sacrifice personnel par seppuku ou tout autre moyen pour éviter la honte de n'avoir su défendre sa position. Cette fois, sur le plan individuel des protagonistes, le conflit est aussi intérieur puisqu'ils doivent se situer par rapport à ce poids collectif sollicitant leur suicide ou une charge à l'ennemi droit sur une mort certaine ; peu surmontent la honte de la reddition afin de tenter de survivre à ces instants critiques.

Originalité[modifier | modifier le code]

La mise en scène de deux films donnant les perspectives adverses sur le plan subjectif est sans précédent parmi les productions hollywoodiennes. Le point de jonction des deux films a bien sûr lieu au moment de tension lors de la scène clé du débarquement, lorsqu'au bout des jumelles du général Kuribayashi retranché, c'est l'autre film qui se déroule[10].

Vanité de la guerre[modifier | modifier le code]

Le développement des deux personnages, le général Kuribayashi et le baron Nishi, par le biais de leurs histoires antérieures, illustre la vanité de cette situation de guerre qui va les voir périr. Tous deux ont eu des liens étroits avec les États-Unis : l'un lors des rapprochements des deux états-majors de part et d'autre du Pacifique dans les années trente, l'autre à l'occasion de sa participation aux jeux olympiques de Los Angeles de 1932, et le souvenir de son cheval de concours hippique, Uranus. Sans renier leur engagement envers l'Empire[11], ils ne trouvent aucun objectif à cette opposition à leurs amis d'hier.

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • L'avion qui amène le général Kuribayashi, censé être un modèle japonais, est un avion américain (un Lockheed L-12 Electra).
  • La musique a été composée par Kyle Eastwood, le fils du réalisateur.
  • Une comparaison plus judicieuse aurait pu être faite de ce film, comparé à Sands of Iwo Jima avec John Wayne. C'est là qu'on voit l'évolution des mentalités, d'une propagande à l'autre. Le tendre combattant japonais du film de Eastwood finit par ressembler aux soldats américains du film de 1950 John Wayne et John Agar. Le méchant, c'est toujours celui d'en face. Mais là, en l’occurrence, ce n'est pas un film japonais qui nous est montré.
  • Le film est dédié à la mémoire de Phyllis Huffman, directrice de casting avec laquelle Clint Eastwood travaillait depuis les années 80 - décédée le 2 mars 2006 à New York ; ainsi qu'à la mémoire du chef décorateur Henry Bumstead, décédé le 24 mai 2006, qui avait créé les décors de Lettres d'Iwo Jima et de ceux de plusieurs films de Clint Eastwood[5].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

année Cérémonie Récompense Lauréat(s)
2006 Chicago Film Critics Association
Awards
Meilleur film en langue étrangère
Dallas-Fort Worth
Film Critics Association Awards
Meilleur film en langue étrangère
Los Angeles Film Critics Association
Awards
Meilleur Film
National Board of Review
Awards
Meilleur film
Phoenix Film Critics Society
Awards
Meilleur film en langue étrangère
San Diego Film Critics Society
Awards
Meilleur film
Meilleur réalisateur Clint Eastwood
2007 Oscars Meilleur son Alan Robert Murray
Bub Asman
Broadcast Film Critics Association
Awards
Meilleur film en langue étrangère
Golden Globes Meilleur film en langue étrangère
Kansas City Film Critics Circle
Awards
Meilleur film en langue étrangère
Golden Reel Awards Meilleur montage d'effets sonore
pour un film
Alan Robert Murray
Bub Asman
Michael Dressel
Jason W. Jennings
Jason King
Steve Mann
Shawn Sykora
Christopher Flick
Robin Harlan
Sarah Monat
Meilleur montage des dialogues
pour un film
Alan Robert Murray
Bub Asman
David A. Arnold
Juno J. Ellis
Lucy Coldsnow-Smith
Gloria D'Alessandro
Karen Spangenberg
Nicholas Vincent Korda
Nikkan Sports Film Awards Meilleur film étranger
World Stunt Awards Meilleure cascade avec du feu Simon Rhee
pour la scène où un soldat japonais
est piégé par le feu d'un lance-flamme
venu du haut de la galerie
2008 Japanese Academy Awards Meilleur film étranger
Bodil Meilleur film américain Clint Eastwood

Nominations[modifier | modifier le code]

année Cérémonie Nomination Nommé(s)
2006 Chicago Film Critics Association
Awards
Meilleur réalisateur Clint Eastwood
Meilleur scénario original Iris Yamashita
Meilleure photographie Tom Stern
Meilleure bande originale Kyle Eastwood
Michael Stevens
2007 Oscars Meilleur film Clint Eastwood
Steven Spielberg
Robert Lorenz
Meilleur réalisateur Clint Eastwood
Meilleur scénario original Iris Yamashita
Paul Haggis
Saturn Awards Meilleur film international Clint Eastwood
Steven Spielberg
Robert Lorenz
Broadcast Film Critics Association
Awards
Meilleur film
Meilleur réalisateur Clint Eastwood
Prix David di Donatello Meilleur film étranger Clint Eastwood
Golden Globes Meilleur réalisateur Clint Eastwood
World Stunt Awards Meilleure cascade avec du feu Simon Rhee
Steven Ito
pour la scène où 2 soldats japonais
sont piégés par le feu d'un lance-flamme
en essayant de s'échapper de leur cachette de tir
2008 Premios Condor de Plata Meilleur film étranger
Prix du Cercle des critiques de film de Londres Meilleur film étranger

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Le personnage de Saigo avait promis à sa femme, enceinte qu'il reviendrait au pays voir son fils. Cette promesse, lui permettant de faire un choix face au comportement de sacrifice attendu par la hiérarchie militaire, fait de lui l'un des mille soldats japonais qui ont survécu à Iwo Jima[12].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e (en) Dates de sortie sur l’Internet Movie Database
  2. a, b et c (en) « Box-office Letters from Iwo Jima », sur Box Office Mojo (consulté le 15 juillet 2014).
  3. Kuribayashi, T. (Yoshida, T., editor) "Gyokusai Soshireikan" no Etegami. Shogakukan, Tokyo, April 2002, 254p, ISBN 4-09-402676-2 Modèle:Ja icon
  4. Kakehashi, K. So Sad To Fall In Battle: An Account of War (Chiruzo Kanashiki). Shinchosha, Tokyo, July 2005, 244p, ISBN 4-10-477401-4 Modèle:Ja icon / Presidio Press, January 2007, 240p, ISBN 0-89141-903-9 Modèle:En icon
  5. a, b, c, d, e et f Secrets de tournage - AlloCiné.fr
  6. (en) Lieux de tournage sur l’Internet Movie Database
  7. a et b « Lettres de Iwo Jima (Letters from Iwo Jima) », sur JP's box-office (consulté le 15 juillet 2014).
  8. Mélange rendant difficile à identifier ce qui relève du flashback du flashforward, puisque l'exposé de l'histoire joue sur ces deux temps.
  9. L'île est japonaise, et de surcroît présentée comme la future base d'envol des bombardiers ennemis si elle est perdue.
  10. Scène de débarquement des Marines hors du feu japonais, et leur étonnement initial de l'absence de résistance lors des premières minutes.
  11. Puisqu'ils meurent au champ d'honneur.
  12. sur 20 000 soldats japonais engagés dans la bataille.