Papillons dans la peinture

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Les papillons dans la peinture : les papillons ou lépidoptères semblent absents des peintures et gravures de la préhistoire mais sont par la suite régulièrement représentés, sur l'ensemble des continents, dans les œuvres d'art de nombreuses cultures ou civilisations.

Dans la peinture occidentale, on les rencontre à partir du XVe siècle, figurés de façon plus ou moins réaliste, dans la peinture italienne mais aussi dans la peinture flamande ou hollandaise.

Les papillons sont ensuite particulièrement présents dans les natures mortes du XVIIe siècle. Minutieusement peints, ils sont alors, en général, aisément identifiables.

Les œuvres des siècles suivants les évoquent encore sporadiquement. Sans les ignorer, les peintres du XXe siècle ne les représentent plus que de façon très stylisée.

Dans la peinture occidentale jusqu'au XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

Les manuscrits enluminés[modifier | modifier le code]

Livre d'heures d'Hastings, vers 1470

Les lépidoptères sont présents dans les marges des manuscrits enluminés du IXe siècle (« Livres d’heures », par exemple Heures d'Ince Blundel Hall.

Les papillons représentés dans le Livre d'heures d'Hastings (vers 1470) sont identifiables (piéride du chou en haut, vraisemblablement grande tortue en bas) mais ceux qui figurent dans les Heures à l'usage de Paris (vers 1490)[1] ou dans un Livre de prières de Bruges datant de 1500-1525[2] sont imaginaires.

Au début du XVIe siècle Jean Bourdichon représente encore, entre 1503 et 1508, un papillon imaginaire sur une page des Grandes Heures d'Anne de Bretagne[3]. Dans les Heures à l'usage d'Amiens (1513), des papillons vraisemblablement nocturnes, figurés en général de façon symétrique sur deux pages, ne peuvent pas non plus, malgré la précision du dessin de leurs ocelles, être identifiés[4].

La figuration stylisée sans réalisme des papillons sur la plupart des manuscrits enluminés semble répondre à une volonté décorative ou à l'intention de symboliser les saisons.

La peinture italienne du Quattrocento[modifier | modifier le code]

Pisanello, Portrait d’une princesse de la maison d’Este, musée du Louvre
Dosso Dossi, Jupiter, Mercure et la Vertu, 1529, Kunsthistorisches Museum de Vienne : 3 papillons non identifiables

Au Quattrocento, Pisanello (av. 1495-1450/1455) peint entre 1435 et 1449 autour du Portrait d’une princesse de la Maison d'Este [Ginevra d'Este] (musée du Louvre) des représentations identifiables d'un flambé (à gauche) (Iphiclides podalirius) à gauche, d'un vulcain (Vanessa atalanta) en vol et de profil à droite et d'un souci (Colias crocea).

À la gauche de La Vierge au papillon (musée du Vatican), Francisco di Gentile (XVe siècle) peint également un flambé.

Un croquis schématique de papillon, aux côtés d'une libellule et d'un poisson volant, figure au dos du folio 99 du Codex Ashburham de Léonard de Vinci (1487-1490) [5]. Mais c'est un papillon imaginaire que Filippo Torelli représentait, vers 1449, dans un Missel enluminé[6].

Au début XVIe siècle Dosso Dossi (1490-1542) fait, en 1529, peindre à Jupiter des papillons qui ne sont pas plus identifiables.

La peinture flamande[modifier | modifier le code]

Pieter Bruegel l'Ancien, La Chute des anges rebelles, 1652, musée de Bruxelles
Pieter Bruegel l'Ancien, La Chute des anges rebelles, détail

Rogier van der Weyden (c. 1399-1464) introduit, dans sa Tentation de Saint Antoine, la figuration d'un vulcain.

Bruegel l’Ancien (c. 1525-1569) représente dans La Chute des anges rebelles (musée de Bruxelles) l'archange Michel qui, avec l'aide des anges, chasse les anges rebelles du paradis. Ceux-ci sont précipités vers le bas où ils rejoignent des créatures monstrueuses. Les ailes que le peintre attribue à l’un de ces êtres composites sont empruntées à un machaon (Papilio machaon).

Dans un livre d'heures flamand, une chasse aux papillons (six personnages, cinq papillons) est représentée sur la page du mois de juillet dans The Golf Book (atelier de Simon Bening, vers 1520)[7].

La peinture hollandaise[modifier | modifier le code]

Jérôme Bosch, Le Jardin des délices, 1504, détail : ailes de vanesse au centre
Ulisse Aldrovandi, De Animalibus Insectis, 1602.

Jérôme Bosch (c.1430-1516) introduit, en 1504, dans Le Jardin des délices (musée du Prado) un myrtil femelle à tête d'oiseau, au centre du volet droit, et des fragments d'ailes d'une petite tortue (Aglais urticae) sur le volet central[8].

Durant la même époque, les princes et les notables, curieux de connaissances, commencent de collectionner les « merveilles de la nature » dans leurs « cabinets de curiosités ». Pour les compléter ils commandent aux peintres des représentations de coquillages et d'insectes. Ainsi, sur la fin du XVIe siècle, Joris Hoefnagel enlumine entre 1582 et 1590 les 650 pages du « Missel romain » de Ferdinand, archiduc du Tyrol (Bibliothèque de Vienne) dont, en renouvelant le travail des miniaturistes flamands, il fait quasiment un recueil naturaliste. Dans une gouache datée de 1590 il semblerait cependant adjoindre deux petites queues à la figuration d'une belle dame (Vanessa cardui). Il compose ensuite dans le sens d'un réalisme de plus en plus scrupuleux les 100 pages de l'Album d'insectes qu'il compose pour l'empereur Rodolphe II, (conservé à la Bibliothèque royale de Bruxelles).

Cette tradition se trouve poursuivie dans les gravures sur bois d'Ulisse Aldrovandi pour son De Animalibus Insectis, publié en 1602 et quelques décennies plus tard dans l’Insectorum Theatrum de Thomas Muffet (1634). Jan van Kessel demeure fidèle à cet esprit dans ses cuivres (musée d'Amsterdam).

Les natures mortes flamandes et hollandaises du XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

Pietro Paolo Bonzi, 1620 : un vulcain à gauche.
Abraham Mignon, c. 1650, musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg : en haut, un vulcain.
Otto Marseus van Schrieck, 1660 : un machaon et vraisemblablement un tabac d'Espagne.
Juan de Arellano, Vase de fleurs, c. 1650
Rachel Ruysch : un sphynx en bas à gauche.
Balthasar van der Ast, c. 1620-1621, Rijksmuseum, Amsterdam : trois papillons dont deux vulcains.
Jan van Kessel, 1653 : 4 papillons dont une grande tortue et un sphynx.

Au XVIIe siècle, les papillons connaissent leur âge d'or dans la peinture. Ils sont fréquemment présents dans les natures mortes flamandes et hollandaises, éventuellement allemandes, avec Georg Flegel (1566-1638) ou Abraham Mignon (1640-1679), et françaises, avec Jacques Linard (1597-1645). Ils sont par contre très rarement représentés en Italie, par exemple par Pier Francesco Cittadini, 1616-1681, « Guirlande de fleurs avec des papillons » (une piéride et deux papillons nocturnes), Pietro Paolo Bonzi (un vulcain) ou Giovanni et Niccolò Stanchi, 1608-après 1673 et 1623 ou 1626-vers 1690 (un machaon). En Espagne les peintres de « bodegones » les ignorent à quelques exceptions près (tel Juan de Arellano, 1614-1676[9]).

Le terme stilleven (« modèle inanimé ») apparaît parmi d’autres qualifications (« peinture de fruits » ou « peinture de banquet ») au milieu du XVIIe siècle dans des inventaires hollandais, bien après l’épanouissement du genre. On parlera d'abord en France des « peintres de vie coye » (1649) puis de « nature morte » (autour de 1676), non sans une « nuance de mépris » (Charles Sterling) car dans la hiérarchie académique des genres, fondée sur la dignité du sujet, la nature morte est classée au dernier rang.

Au XVe siècle des éléments de nature morte au « symbolisme déguisé », selon Erwin Panofsky, accompagnent l'évocation des thèmes bibliques. Les « vanités » placées au revers de tableaux, les bouquets de fleurs peints au dos de portraits (Memling, 1490) et les scènes de marché, de boucherie, de provisions de cuisine ou de chasse, qui se multiplient au milieu du XVIe siècle en Europe du Nord dans une dimension d’abord religieuse puis éthique (éloge de la tempérance), constituent d’autres sources de la « nature morte ».

Dans la rapide conquête au XVIIe siècle de son autonomie, le genre se divise dans la peinture flamande et hollandaise en plusieurs formes. La « nature morte de desserts » est illustrée par Osias Beert, l'un des premiers peintres flamands à faire de la nature morte un genre à part entière. Jan Davidsz de Heem peint plus généralement des « tables dressées » ou de petit déjeuner. On distinguera encore la « nature morte de fruits » (Balthasar Van der Ast) et « de fleurs » (Jan Bruegel l'Ancien et Ambrosius Bosschaert, gendre de Van der Ast, considéré comme l'inventeur du style floral hollandais et fondateur de toute une dynastie familiale de peintres spécialisés dans le thème). La variété particulière des tableaux religieux de fleurs et de fruits, couronnes et guirlandes disposées autour d’une image de piété est illustrée par Daniel Seghers. La « nature morte d’instruments de musique », « d’armes » et « de livres » constituent les dernières variétés du genre. S'y apparentent les représentations des « cabinets de curiosités» et les « scènes forestières » (Otto Marseus van Schrieck).

Ce sont essentiellement les natures mortes flamandes de fleurs et de fruits qui figurent les papillons, mais aussi les scènes forestières et les représentations de « chambres de merveilles ». En Hollande, Pieter Claesz, Willem Claeszoon Heda ou Willem Kalf n’introduiront pas de lépidoptères en leurs natures mortes.

Les espèces représentées par les peintres[10], une vingtaine au total, sont en général aisément identifiables, sauf dans le cas de certains lycènes bleus figurés sous des profils qui les rendent incertains, plusieurs étant sans doute purement imaginaires (Balthasar van der Ast). Le vulcain est de loin le plus fréquemment évoqué par la majorité des peintres. La piéride du chou (Pieiris brassicae) est largement présente mais il est souvent difficile d’être assuré qu’il ne s’agit pas de la plus petite piéride de la rave (Pieiris rapae')[11]. Les peintres n’ont représenté que les espèces communes en Europe du Nord, qu’ils avaient pu observer non seulement dans leurs formes et colorations mais encore dans leurs comportements. Ils n'introduisent pas dans leurs œuvres d'espèces typiques du centre ou du sud de l'Europe (aucun flambé, notamment). Le gracieux naturalisme dont ils font preuve dépasse largement en exactitude la gaucherie des figurations du siècle précédent.

Comme l’écrit Bernard Lamblin à propos des fleurs que peignent souvent les mêmes artistes, ils avaient vraisemblablement réalisé « d’abord des études individuelles qu’ils gardaient dans leurs cartons », « assemblant après coup leurs images », « délivrés de la sujétion des saisons et du caractère éphémère du modèle » [12]. Il n'est pas exclu cependant qu'ils aient disposé de collections d'insectes personnelles.

De façon générale, les peintres ne rassemblent pas plus de deux papillons sur une même œuvre, hormis dans les scènes forestières (Otto Marseus van Schrieck et son élève Rachel Ruysch). En revanche les allégories peuvent en rassembler un plus grand nombre. Ainsi des quatre saisons de Joris Hoefnagel, et surtout celle des quatre continents à cette époque connus, l’Europe, l’Amérique, l’Afrique et l’Asie, peinte par Jan Van Kessel en 1664-1666, cas particulier de « chambres aux merveilles » étendues aux dimensions de salles de palais (Alte Pinakothek de Munich). Sur les panneaux centraux se trouvent rassemblés, parmi les symboles naturels et culturels de chaque continent, des collections d’insectes ressemblant à des planches d’exposition. Pour « L’Europe » une trentaine de papillons se trouvent représentés, y compris ceux figurant sur la page ouverte d’un livre et sur une peinture, placée sur un chevalet, qui occupe une place d’honneur parmi l’accumulation des objets, une nature morte de fleurs en laquelle les papillons se trouvent ainsi peints comme au second degré. Tout juste à côté, le peintre, en un cadre plus modeste, a composé sa signature à l’aide de représentations de chenilles[13].

Aux papillons diurnes (rhopalocères) les peintres ont parfois adjoint sur leurs bouquets des papillons nocturnes (hétérocères). Abraxas grossulariata, l'écaille martre (Arctia caja) et la hachette (Aglia tau) apparaissent alors le plus souvent. Dans L’Europe Jan Van Kessel représente encore un sphinx rose, peut-être le grand sphinx de la vigne (Deilephila elpenor). Dans la Vanité conservée au musée Frans Hals de Haarlem, Adriaen van Nieulandt est le seul peintre à n’introduire qu’un papillon nocturne[14].

Peintres de natures mortes et de scènes forestières[modifier | modifier le code]

(Ordre alphabétique et espèces représentées)

Ambrosius Bosschaert, 1614 : un vulcain et un tircis.
Johannes Bosschaert, musée du Louvre : 2 papillons dont un vulcain à droite.
Jan Bruegel l'Ancien, 1603, Alte Pinakothek, Munich : 2 papillons dont un vulcain en bas à droite.
Jan Davidsz de Heem, c. 1645 : 3 papillons, de haut en bas un vulcain, un citron et un souci.
Philips de Marlier, 1640 (détail), musée royal des Beaux-Arts d'Anvers : une piéride du chou et un vulcain.
Cornelis Kick : papillons ressemblant à des petites tortues.
Roelandt Savery, 1624 : 9 papillons dont un paon du jour en haut à gauche
Isaak Soreau, vers 1640 : une grande tortue.
Balthasar van der Ast, 1632 : 2 papillons dont un machaon en haut à droite.
Jan van Huysum, 1724 : 4 papillons dont un vulcain et une piéride à droite.
Anna Maria Sibylla Merian (1647-1717), planche de Erucarum Ortus (1679-1717).
Jan Goedart, planche de Metamorphosis et historia naturalis, 1663.
Nicolaes van Verendael

Interprétations[modifier | modifier le code]

Dans la peinture flamande et hollandaise, les objets, les êtres et les fleurs des natures mortes conservent durant la première partie du XVIIe siècle une signification symbolique qui s’efface à mesure qu’elles se transforment en bouquets d’apparat ou trophées de chasse. Les représentations de papillons semblent s'inscrire dans cette dimension initiale.

Il pourrait sembler que le lépidoptère, par le caractère éphémère de son existence, soit une évocation de la fuite du temps qui entraîne toute chose vers sa perte et fasse allusion à la précarité de la vie humaine. Il constituerait un symbole parmi d’autres (fleurs dont quelques pétales jonchent les tables, fruits que guettent les tache de pourriture, crânes des Vanités ou coquillages vides, bulles de savon, verres renversés, objets en équilibre instable, bougies consumées, sabliers ou montres) encourageant à se souvenir de la mort (« Memento mori »), à se détacher des biens terrestres et de l’orgueil, à se soucier de son salut. C’est ainsi devant un crâne humain que Jacques Linard introduit un paon du jour ou Adrian Van Nieulandt une écaille martre.

Sans que la signification spirituelle de la nature morte en soit fondamentalement modifiée, une autre interprétation avance que le papillon, né d’une chrysalide apparemment sans vie considérée comme représentation du passage de l’homme sur terre, a été considéré comme l'image de la destinée de l’âme et symbole de résurrection.

Dans les « arènes métaphysiques » que constituent les scènes forestières, le papillon se rangerait par ailleurs parmi les êtres purs, célestes (avec les oiseaux) opposés aux animaux impurs, diaboliques (mouches, libellules, sauterelles, hannetons, lucanes, araignées ou écureuils), qui parfois le menacent (lézards). Le regard d'aujourd'hui a largement oublié cette « entomologie moralisée », aisément identifiable pour les contemporains des peintres, qui prête une dimension surnaturelle aux êtres naturels.

« Cependant, de même que, dans les natures mortes du XVIIe siècle, les bouquets deviennent de véritables encyclopédies botaniques, rassemblant le plus grand nombre possible d'espèces, la figuration des lépidoptères reflète simultanément le goût d'une observation et d'une exploration, encore largement préscientifiques, du réel. Les richesses de la nature s'y trouvent célébrées en une attitude où commence de percer obliquement l'infiltration des principes de la connaissance scientifique » (Jan Goedart), a-t-on résumé : « Restent, irréductibles, la lumière poudreuse des piérides, l'éclat fulgurant de Vanessa atalanta ou d'Inachis io — les vieux peintres manifestent combien ils sont sensibles, quand bien même il n'est plus au long des siècles spontanément saisi comme manifestation de la présence divine, aux multiples splendeurs de l'apparence du monde des vivants[14]. »

Dans les œuvres des XVIIIe et XIXe siècles[modifier | modifier le code]

Vincent van Gogh, Sphinx tête de mort, 1889, musée van Gogh, Amsterdam
François Gérard, Psyché et l'Amour, 1798, musée du Louvre.
Vincent van Gogh, 1890, Coquelicots et papillons, musée van Gogh, Amsterdam
Jean-Marie Reigner, À la mémoire de la reine Hortense, 1856, détail

XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

- Psyché et l'Amour, 1798, musée du Louvre (une piéride du chou)

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

- À la mémoire de la Reine Hortense, 1856 (musée des beaux-arts de Lyon) : un flambé et un vulcain

- Venus verticordia, 1864 : deux citrons

- frontispice de L'Initiation sentimentale de Joséphin Peladan (musée du Louvre) : papillon imaginaire

- Deux papillons blancs, 1889, 55 × 45,5 cm, (musée van Gogh, Amsterdam). Le tableau est peint à Arles au printemps 1889[15] : deux piérides

- Sphinx tête de mort, 1889, 34 × 23,5 cm, (musée van Gogh, Amsterdam). Le tableau est peint à Saint-Rémy en mai 1889[16] : malgré le titre usuel, il s'agit en fait d'un grand paon de nuit.

- Coquelicots et papillons, 1890, 32 × 23,5 cm, (musée van Gogh, Amsterdam). Le tableau est peint à Saint-Rémy en avril-mai 1890[17] : piérides

- L'herbage aux papillons dans le jardin de l'hospice Saint-Paul, 1890, 64,5 × 81 cm, (National Gallery, Londres). Le tableau est peint à Saint-Rémy en mai 1890[18] : trois piérides

Dans les œuvres du XXe siècle[modifier | modifier le code]

Jean Dubuffet et Pierre Bettencourt[modifier | modifier le code]

Les papillons demeurent présents dans les œuvres d’un petit nombre de peintres modernes, tels Jean Dubuffet (1901-1985), reconnu comme l’un des phares de l'art du XXe siècle par son exploration des matières.

Après un séjour en Savoie en 1953 avec son ami Pierre Bettencourt, qui compose de petits tableaux avec des ailes de papillons, Dubuffet en réalise lui-même, à l'aide des papillons communs qu'il a chassés, dans une première série d'une douzaine d'œuvres aux dimensions modestes, la plupart verticales, représentant de façon allusive des silhouettes humaines ou des visages.

Installé en 1955 à Vence, Dubuffet s'engage dans une deuxième série d'une trentaine d'œuvres, désormais horizontales, qui se développe dans la dimension d’un paysagisme féerique. Les ailes, généralement des mêmes espèces, composent des sols dont elles constituent les pierres, les graviers ou, réunies en pétales et feuilles, une irréelle botanique. En 1957 quelques autres œuvres seront encore réalisés par le peintre.

Dans la suite de ses travaux des deux décennies suivantes, cependant, « qui ne voit dans la trame des mille et un dessins de l’Hourloupe, celle, grossie, d’une aile de papillon ? » interrogera Bettencourt[19].

Autres peintres et sculpteurs occidentaux[modifier | modifier le code]

(Ordre alphabétique)

Dans les civilisations non occidentales[modifier | modifier le code]

De façon générale les croyances de nombreuses cultures associent les papillons au monde surnaturel. Ils sont souvent considérés comme la matérialisation des âmes des morts. Le même mot désigne ainsi, en grec ou en malgache, le papillon et l'âme.

Égypte pharaonique[modifier | modifier le code]

Tombe de Nakht.

Dans l'Égypte pharaonique, des papillons sont notamment représentés à Thèbes vers 3 000 ans avant notre ère dans la tombe de Neferhotep dont un fragment est conservé au musée du Louvre, vers 1564-1320 dans celle du Menna dans la vallée des rois, vers 1422 avant notre ère dans celle de Nakht, parmi des oiseaux, et vers 1370 avant notre ère dans celle du scribe et médecin Nebamon (Dra Abou el-Naga) (« Chasse aux oiseaux dans les marais »).

Essentiellement présents dans des « scènes lacustres », les papillons « sont souvent aussi exactement rendus que s'ils avaient été repris d'un livre d'histoire naturelle », observe l'égyptologue Sir Walter Evans[21], mais apparaissent aussi très schématiquement dessinés.

Un papillon est également figuré, vers 2450 avant notre ère, sur un bas-relief funéraire du mastaba de Ni-Ankh-Khnoum et Khnoumhoteb à Saqqara.

Civilisation aztèque[modifier | modifier le code]

Chez les Aztèques, il semble qu'un papillon encercle sa bouche dans certains portraits de Xochipilli, dieu du printemps et de la régénération.

Un autre, imaginaire, est visible au centre d'un éventail de plumes provenant du trésor de Moctezuma[22].

Un bijou en forme de papillon, découpé dans une feuille d'or a par ailleurs été trouvé dans une urne précolombienne du site de La Tolita en Équateur[23].

Afrique[modifier | modifier le code]

Quelques masques semblent être associés à des rites implorant la venue des vols de papillons, qui surviennent généralement après les premières pluies.

Chine[modifier | modifier le code]

Dai Jin (1388–1462)
Chen Hongshou (1598-1652)

En Chine, la figuration des lépidoptères est présente dès le XIIe siècle. Elle se multiplie aux XVIIIe et XIXe siècles sur les peintures et les porcelaines, accompagnant des décors floraux, mais aussi sur les broderies et paravents.

Parmi les artistes ayant représenté des papillons :

Corée[modifier | modifier le code]

En Corée de nombreux papillons sont représentés durant la période Joseon de façon réaliste.

Japon[modifier | modifier le code]

Hokusai (1760-1849)

Au Japon, Hokusai (1760-1849) associe souvent papillons (Philosophe regardant deux papillons, 1814 ou 1819) et fleurs.

Son contemporain Utamaro (1753-1806) décrit dans ses estampes l’élevage du ver à soie, depuis la chenille jusqu'à la vente des cocons.

Iran[modifier | modifier le code]

En Iran (Ispahan), Mu'in Musavvir figure vers 1660 sur une écritoire laquée un papillon imaginaire.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : source utilisée pour la rédaction de cet article

  • Bernard Lamblin, Peinture et temps, Klincksieck, Paris, 1983. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Les Vanités dans la peinture au XVIIe siècle, Petit Palais, Réunion des musées nationaux, novembre 1990. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Véronique Benoit, Comment lire une nature morte, dans La Gazette de Drouot, 21 juillet, 15 septembre et 13 octobre 1995. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • T. Tolman / R. Lewington, Guide des papillons d'Europe et d'Afrique du Nord, Delachaux et Niestlé, Lausanne-Paris, 1999. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Michel-Georges Bernard, Les lépidoptères dans la peinture, 1. Les natures mortes du XVIIe siècle, dans Bulletin des Lépidoptéristes Parisiens, volume 12, no 26, Paris, décembre 2003 (p. 90-96, huit reproductions). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Nicolas Witkowski, Papillonnages. Une histoire culturelle du papillon, éd. Seuil, 2007, 144 p. (ISBN 978-2-02-089821-8). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les Heures à l'usage de Paris sont un manuscrit sur peau de vélin enluminé par le Maître de la Chronique scandaleuse (actif à Paris de 1493 à 1510 environ, travaillant pour la Cour, principalement pour Charles VIII, Louis XII et Anne de Bretagne), comportant 71 miniatures (« L'art en miniature », dans La Gazette de Drouot, no 28, 16 juillet 2010, p. 80 et 81).
  2. Ce Livre de prières de Bruges est un manuscrit sur parchemin de cent feuillets, avec deux grandes peintures à pleine page, vingt petites miniatures, quatre grands encadrements et vingt bordures de fleurs, fruits et animaux sur fond or (« L'art en miniature », dans La Gazette de Drouot, no 28, 16 juillet 2010, p. 81).
  3. Conservé à la Bibliothèque nationale de France et reproduit dans Nicolas Witkowski, Papillonnages. Une histoire culturelle du papillon, éd. Seuil, 2007, p. 24.
  4. Les Heures à l'usage d'Amiens sont un ouvrage sorti des presses de Gillet Couteau pour le libraire Guillaume Eustace. Imprimé sur peau de vélin en caractères gothiques, il est illustré de dix-huit grandes figures sur bois et de seize vignettes. Les trente-et-une bordures en sont peintes sur fond lavé d'or de fleurs, fruits, insectes, escargots et oiseaux. (La Gazette de l'Hôtel Drouot, no 32, 24 septembre 2010, p. 32, et no 34, 8 octobre 2010, p. 42).
  5. Conservé à la bibliothèque de l'Institut de Paris et reproduit dans Nicolas Witkowski, op. cit., p. 20
  6. Conservé au museo di San Marco dell'Angelico de Florence et reproduit dans Nicolas Witkowski, op. cit., p. 21
  7. Conservé à la British Library de Londres et reproduit dans Nicolas Witkowski, op. cit., p. 18 et 19
  8. L'écrivain Vladimir Nabokov, expert en lépidoptères, note dans Ada ou l'ardeur que celle-ci, figurée les ailes repliées, devrait donc présenter au premier plan le dessous de son aile, alors que c'est le dessus qui se trouve peint. « De toute évidence, Bosch a trouvé une ou deux ailes de ce papillon au milieu d'une toile d'araignée dans le coin de l'encadrement de sa fenêtre et il nous en montre le côté supérieur, plus joli, peignant ainsi un insecte à rebours », commente Nabokov (cité dans Nicolas Witkowski, op. cit., p. 110 et 111).
  9. Quatre papillons imaginaires figurent sur chacune des deux toiles du peintre conservées à l'Académie royale des beaux-arts de San Fernando de Madrid. Une autre toile, au musée du Prado, présente également un papillon imaginaire et un papillon nocturne
  10. En 2003 Michel-Georges Bernard, dans Les lépidoptères dans la peinture, 1. Les natures mortes du XVIIe siècle (Bulletin des Lépidoptéristes Parisiens, volume 12, no 26, Paris, décembre 2003, p. 90-96) développe « le projet d'un inventaire des lépidoptères des peintres flamands et hollandais de natures mortes » à partir de « 89 œuvres - sur peut-être 600 ou plus - faisant paraître un ou plusieurs lépidoptères ». Selon les résultats de cette enquête, 43 peintres ont représenté 183 papillons diurnes sur 89 œuvres, 12 peintres 28 papillons nocturnes sur 34 œuvres.
  11. Dans son inventaire (19 espèces de papillons diurnes identifiées) Michel-Georges Bernard compte 41 représentations de vulcain, 27 de piérides, 12 d'aurore, 10 de paon du jour, 9 de belle dame, 7 de machaon et de petite tortue sur son échantillon de 183 figurations de papillons (Michel-Georges Bernard, article cité, p. 93)
  12. Bernard Lamblin, Peinture et temps, Klincksieck, Paris, 1983, p. 587-588
  13. Michel-Georges Bernard, article cité, p. 93
  14. a et b Michel-Georges Bernard, article cité, p. 96.
  15. Ingo F. Walther et Rainer Metzger, Van Gogh, Taschen, 1993, reproduit p. 489.
  16. Ingo F. Walther et Rainer Metzger, Van Gogh, Taschen, 1993, reproduit p. 503.
  17. Ingo F. Walther et Rainer Metzger, Van Gogh, Taschen, 1993, reproduit p. 622.
  18. Ingo F. Walther et Rainer Metzger, Van Gogh, Taschen, 1993, reproduit p. 621.
  19. Éléments de bibliographie : Jean Dubuffet, Mémoire sur le développement de mes travaux à partir de 1952, dans Rétrospective Jean Dubuffet, 1942-1960, musée des arts décoratifs, Paris, 1960 (p. 143-144, 166-167, 170); Assemblages d’empreintes, catalogue des travaux de Jean Dubuffet, élaboré par Max Loreau, fascicule IX, Jean-Jacques Pauvert Éditeur, Paris, 1968 (p. 12-21); Tableaux d'assemblages, catalogue des travaux de Jean Dubuffet, fascicule XII, Weber, Paris, 1969; Poirer le papillon, Lettres de Jean Dubuffet à Pierre Bettencourt, 1949-1985, Collection entre 4 yeux, Éditions Lettres Vives, Paris, 1987 ; Michel-Georges Bernard, « Les lépidoptères dans la peinture, 2. Jean Dubuffet (1901-1985) », dans Bulletin des lépidoptéristes parisiens, vol. 13, no 28, Paris, septembre 2004.
  20. Papillon, 1950, détrempe sur papier marouflé, 48,7 × 36 cm, reproduit dans Abstraction 50, l'explosion des libertés, Ville de Rueil-Malmaison, 9 décembre 2011 - 19 mars 2012, Éditions du Valhermeil, 2011, p. 16.
  21. Cité dans Nicolas Witkowski, Papillonnages, Une histoire culturelle du papillon, éditions du Seuil, Paris, 2007, p. 14
  22. Conservé au Museum für Völkerkunde de Vienne (Autriche) et reproduit dans Nicolas Witkowski, op. cit., p. 16.
  23. Conservé au musée de la banque centrale de Quito et reproduit dans Nicolas Witkowski, op. cit., p. 17.
  24. Conservé au British Museum de Londres et reproduit dans Nicolas Witkowski, op. cit., p. 22 et 23.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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