Les Visiteurs du soir

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Les Visiteurs du soir

Titre original Les Visiteurs du soir
Réalisation Marcel Carné
Scénario Jacques Prévert
Pierre Laroche
Acteurs principaux
Sociétés de production Prod. André Paulvé
Scalera Films
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre Film fantastique
Sortie 1942
Durée 120 min

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Les Visiteurs du soir est un film fantastique français réalisé par Marcel Carné, sorti en 1942.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Satan délègue, sous l'apparence de ménestrels, deux de ses suppôts, Dominique et Gilles, pour semer malheur et destruction sur Terre en l'an de grâce 1485. Alors que Dominique réussit sa mission en soumettant à son emprise séductrice le baron Hugues et Renaud, le fiancé de la fille du baron, Anne, Gilles faillit à sa tâche en succombant amoureusement devant la pureté d'Anne à laquelle il ne devait apporter que tourments. Leur amour déchaîne le courroux de Satan qui intervient en personne pour achever son œuvre de désolation comme il l'entend.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Genèse[modifier | modifier le code]

Dans Jacques Prévert, portrait d'une vie, Carole Aurouet raconte :

« Marcel Carné est motivé par l’envie de réaliser un cinquième film à partir d’un scénario de Jacques Prévert. Il souhaite également diriger l’acteur Alain Cuny qu’il a remarqué au Théâtre de l'Atelier alors qu’il jouait Orphée dans Eurydice de Jean Anouilh : « Il avait une très belle voix, grave, prenante. Son seul défaut était un débit assez lent, comme s’il s’écoutait parler, joint à un accent chantant sur certaines fins de phrases ». Carné lui fait passer des essais pour le rôle du musicien de Juliette et la Clé des songes (abandonné à cette époque). Enfin, le réalisateur est excédé par les interdits de Vichy et par la censure qui sévit en France. Repliée sous le couvercle de l’Occupation, la production cinématographique se doit en effet d’être intemporelle si bien que les auteurs ne peuvent être des témoins de leur époque, à moins qu’ils ne le fassent en teintant le tout de propagande. D’un commun accord, il est donc décidé de s’évader dans un autre siècle et/ou un autre genre pour conserver une entière indépendance. Carné et Prévert songent d’abord à reprendre un projet qui est en gestation depuis 1940 mais dont l’entrée en guerre du pays avait sonné le glas : Le Chat botté de Perrault, dans lequel le chat devait être interprété par Maurice Baquet. Trauner avait même commencé à réaliser des maquettes, reprises pour Les Visiteurs du soir. C’est finalement l’évasion dans le Moyen Âge qui sera la solution de rechange adoptée pour se donner la liberté d’aller à contre-courant. »

Pourtant, le film pourrait bien être en lien beaucoup plus étroit avec l'actualité de l'époque, contrairement à ce que pouvait laisser croire cet apparent refuge dans le passé. Danièle Gasiglia-Laster a bien montré les rapports de ce film avec son temps : la date donnée dès le début du film (1485) nous donne, si on l'inverse, 5 août 41... Quant à la fin du film — le cœur des deux amants changés en statues continuant à battre — il est très éclairant de la mettre en parallèle avec un poème de Prévert écrit plusieurs années plus tôt, La Crosse en l'air (1936) : « où il avait déjà utilisé cette métaphore du cœur que rien ne peut détruire pour évoquer la résistance à Franco. Ce cœur, c'était « le cœur de la révolution », ce cœur écrivait-il, « que rien...personne ne peut empêcher d'abattre ceux qui veulent l'empêcher de battre... de se battre... de battre. »[4]

Dans le contexte de l'Occupation, les spectateurs avertis ont saisi la parabole de la guerre, le baron Hugues représentant Pétain, son château le régime de Vichy et le diable, les Allemands ; les deux amants, statufiés à la fin (mais dont les cœurs battent toujours) renverraient à la Résistance.

Musique[modifier | modifier le code]

D'après Michel Trihoreau, la musique, attribuée à Maurice Thiriet au générique du film, aurait été composée en collaboration avec Joseph Kosma : « Kosma compose, comme d'habitude, une mélodie au piano, pour Le Tendre et Dangereux Visage de l'amour et Démons et Merveilles. Les partitions apportées par Carné sont travaillées par Maurice Thiriet qui fait les orchestrations, les arrangements, et qui compose lui-même la Complainte de Gilles. Le génie de Kosma et le talent de Thiriet aboutissent à une création [1]. ».

Dans une étude détaillée[5], le journaliste et archiviste Philippe Morisson écrit : « Joseph Kosma n'a (semble-t-il) pas composé les deux ballades des Visiteurs du soir contrairement à ce que j'ai pu moi-même affirmer » ; plus loin, « Joseph Kosma ne revendique la paternité que de la deuxième ballade du film à savoir Le Tendre et Dangereux Visage de l’amour. À aucun moment dans ses archives il ne parle de Démons et merveilles qui lui est souvent attribué. » ; et plus loin encore, « Joseph Kosma se trouve au démarrage des projets des deux films ([Les Visiteurs et Les Enfants du paradis]). Pour Les Visiteurs du soir, il compose au piano une première musique pour les deux premières ballades, [...] l’une était une valse américaine (Démons et merveilles) et l’autre un blues (Le Tendre et Dangereux Visage de l’amour) mais elles n’auraient pas été retenues dans la version finale du film. »

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • Le film fut tourné en pleine guerre et face à la disette qui s'installait, il fallut injecter du poison dans les mets pour éviter qu'ils ne soient dévorés avant la fin des journées de tournage[6].

Distinction[modifier | modifier le code]

  • Grand prix du cinéma français 1942.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Michel Trihoreau, La Chanson de Prévert, Éditions du Petit Véhicule,‎ 2006 (ISBN 978-2842734244)
  2. Joseph Kosma a revendiqué la paternité sur la musique de la deuxième ballade du film, Le Tendre et Dangereux Visage de l’amour, voir Les Visiteurs du soir#Musique
  3. Le château avec ses remparts blancs flambant neuf a suscité l'étonnement lors de la sortie du film.
  4. Danièle Gasiglia-Laster, Les Visiteurs du soir : Une date peut en cacher une autre, Cahiers de l'Association internationale des Études françaises, mai 1995.
  5. La collaboration entre Maurice Thiriet et Joseph Kosma sous l'occupation
  6. Source : émission Le Club sur Ciné+ Classic

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • Danièle Gasiglia-Laster, « Trois éditions des Visiteurs du soir, étude comparative », Les Cahiers du CRELIQ, Québec, Nuit Blanche éditeur,‎ 1992
  • Danièle Gasiglia-Laster, « Les Visiteurs du soir : Une date peut en cacher une autre », Cahiers de l'association internationale des Études françaises, no 47,‎ mai 1995
  • Danièle Gasiglia-Laster, « Double jeu et je double : La question de l'identité dans les scénarios de Jacques Prévert pour Marcel Carné », CinémAction, éditions Corlet, no 98,‎ 1er trimestre 2001
  • Carole Aurouet, Du visuel au verbal : la méthode d’écriture scénaristique de Jacques Prévert. L’exemple des Visiteurs du soir, Genesis, no 28, pp. 127-146.
  • Carole Aurouet, « Les Visiteurs du soir de Marcel Carné : fiche film », CinémAction, éditions Corlet « Cinquante couples hors normes à l’écran », no 114,‎ janvier 2005, p. 71-73
  • (en) Edward Baron Turk, « The Politics of Cinematic Reception: Les Visiteurs du soir, Narrative Tempo, and the Debacle », The French Review, American Association of Teachers of French, vol. 61, no 4,‎ mars 1988, p. 593-604 (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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