Les Trois Roues du Dharma

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Selon la tradition bouddhiste indo-tibétaine, il est, en général, admis que le Bouddha Siddhartha Gautama a donné son enseignement en trois tours de roues appelées Les Trois Roues du Dharma.

Bouddha enseignant, grottes d'Ellorâ construites sous les Chalukya et Rashtrakuta, statue de style post-Gupta vers 700.

La première mise en mouvement de la Roue du Dharma eut lieu à Sārnāth. Il y enseigna les quatre nobles vérités. Il développa cet enseignement durant toute sa vie, enseignement qui était adressé à tous. L'ensemble de cet enseignement se retrouve à quelques différences mineures dans les Canon pali, chinois et tibétain.

La deuxième mise en mouvement de la Roue du Dharma eut lieu au pic des Vautours près de Rajagrha (actuellement Rajgir). Il enseigna à ses disciples les plus intelligents les enseignements de la Prajnaparamita qui établissent la doctrine de la Vacuité. Ces enseignements, trop difficiles pour les gens de l’époque, devaient être révélés plus tard. Selon la tradition bouddhiste, ils auraient été conservés dans le monde des Nagas et transmis à Nāgārjuna au IIe - IIIe siècles. Tous les prajñāpāramitā Sūtras dont le Sūtra du Cœur et le Sūtra du Diamant ainsi que le Sūtra du Lotus et le Sutra de Vimalakirti sont attachés à la deuxième roue. La notion de Vacuité sera très profondément développée par Nagarjuna, entre autres, dans Les stances-racine de la voie du milieu (Prajñānāma mūla madhyamaka kārikā).

Le Bouddha enseigna la troisième roue du Dharma sous « l'aspect lumineux de l'esprit » à Vaishali (dans le Bihar), à Sravasti et sur le mont Malaya. Il y enseigna l'Ālayavijñāna, les trois natures et le Tathagatagarbha c'est-à-dire la Nature de Bouddha. Il s'agit, entre autres, du Laṅkāvatāra Sūtra (Sūtra de l'Entrée à Lankâ), du Tathāgatagarbha Sūtra (Sūtra du Tathāgatagarbha), du Ratnakuta Sūtra (en) (Sūtra de l'Amas de joyaux), du Sandhinirmocana Sūtra (en) (Sūtra du Dévoilement du sens profond) ou du Avatamsaka Sūtra (Sūtra de l'Ornementation fleurie). Ces notions seront développées très profondément par Asanga, entre autres, dans les Cinq traités de Maitreya: l'Ornement des Sūtra du Mahayana (Mahāyānāsūtrālankāra), l'Ornementation de la claire compréhension (Abhisamayālankāra), la Claire distinction entre le milieu et les extrêmes (Madhyāntavibhanga), la Claire distinction entre les phénomènes et leur nature réelle (Dharmadharmatāvibhanga) et la Suprême continuité (Mahāyānottaratantra-śastra ou Uttaratantrasastra). Selon la tradition, Asanga fut amené par le Bouddha Maitreya dans le séjour divin de Tusita (en). À son retour, Asanga coucha par écrit dans ces cinq traités l'enseignement que lui avait conféré le Bouddha Maitreya.


Philippe Cornu précise:

« Les bouddhistes theravādins n'acceptent que les sutra de la première roue, les seuls qui apparaissent dans le Canon pali, tandis que les tenants du Mahayana et du Vajrayana les acceptent tous[1]. »

La deuxième roue du Dharma sert de base au Madhyamaka qui a été fondé par Nagarjuna tandis que la troisième au Cittamātra qui a été fondé par les deux frères Asanga et Vasubandhu. En général, on peut dire que l'école Cittamātra et l'école Madhyamaka Shentong considèrent que la troisième roue est de sens définitif et que la deuxième roue est de sens provisoire et doit être interprétée. Pour l'école Madhyamaka rangtong et, en particulier pour Tsongkhapa (1357-1419) le fondateur de l'école Gelugpa, c'est l'inverse. C'est l'école Madhyamaka rangtong qui a très largement dominé au Tibet à partir de la deuxième diffusion des enseignements aux XIe-XIIe siècles et surtout avec l'arrivée au pouvoir des Gelugpa au XVIIe. Les maîtres Nyingmapa Dzogchen Longchenpa[2] (1308-1364) et Mipham Rinpoché (1846–1912) sont probablement les seuls à considérer que les deux dernières roues sont de sens définitif et que c'est précisément la synthèse des deux qui donne la signification du Mahayana[3].

Les enseignements de la deuxième roue du Dharma partent d'une approche négative (au sens d'apophatique) par négation de tout ce que ne peut pas être la Vérité et la réalisation ultime (Nature de Bouddha, Nirvāna) alors que la troisième roue du Dharma leur attribue, au contraire, des qualités positives. Deux exemples suffisent. Nagarjuna écrit dans Les stances-racine de la voie du milieu:

« Sans élimination ni acquisition, sans rien qui soit détruit, rien qui perdure, sans rien qui cesse ou vienne à se produire, tel est ce qu'on appelle Nirvāna (25,3)[4] »

Guy Bugault qui a traduit le texte précédent déclare clairement que « c'est un fait que Nagarjuna n'avance, dans Les stances-racine de la voie du milieu aucune prétention positive » [5].

Alors qu'Asanga écrit dans son Mahāyānottaratantra-śastra:

« La Bouddhéité possède deux catégories de qualités: a) elle est non-composée, spontanément parfaite et non produite par des conditions extérieures; b) elle possède la connaissance, la compassion et la puissance (I.5)[6]. »


Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dictionnaire Encyclopédique du Bouddhisme par Philippe Cornu, Seuil, nouvelle éd. 2006, p. 556.
  2. Dans la première partie de sa vie, Longchenpa considérait que c'était seulement la troisième roue qui était de sens définitif.
  3. Stéphane Arguillère, Profusion de la vaste sphère, Longchenpa, sa vie, son œuvre, sa doctrine. Peeters Publishers, Louvain, 2007 (ISBN 978-90-429-1927-3).
  4. Stances du milieu par excellence de Nagarjuna, traduit par Guy Bugault, Gallimard, 2002, p. 326.
  5. Guy Bugault, L'Inde pense-t-elle ?, Paris, Presses universitaires de France, 1994, p. 254.
  6. Le Message du futur Bouddha (Mahāyānottaratantra-śastra) traduit et commenté par François Chenique, Dervy, Paris, 2001, (ISBN 2-84454-124-0), p. 53.