Les Trois Petits Cochons (Disney)

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Les Trois Petits Cochons

Titre original Three Little Pigs
Réalisation Burt Gillett
Scénario Boris V. Morkovin
Sociétés de production Walt Disney Productions
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Sortie 1933
Durée 8 min 42 s

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Les Trois Petits Cochons (Three Little Pigs en VO) est un court métrage d'animation américain de la série des Silly Symphonies réalisé par les studios Disney, pour United Artists et sorti le 27 mai 1933. Il est basé sur le conte folklorique Les Trois Petits Cochons.

Il a donné lieu à trois suites : Le Grand Méchant Loup (1934), Les Trois Petits Loups (1936) et Le Cochon pratique (1939) ainsi qu'à un grand nombre de bandes dessinées mettant en scène le personnage du Grand Méchant Loup sous le nom de Grand Loup.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Trois petits cochons construisent respectivement des maisons de paille, de bois et de briques. Le grand méchant loup détruit en soufflant les deux premières avant de se heurter à la solidité de la troisième dans laquelle se sont réfugiés les trois cochons, il souffle encore et encore et perds son pantalon. Il tente alors de s'introduire par la cheminée mais Naf-Naf, le plus sage des frères vivant dans la maison de brique, l'ayant entendu, il ôte le couvercle d'une grande marmite d'eau bouillante dans laquelle il ajoute de la térébentine. Le loup descend et s'assoit dans la marmite. Trempant ses fesses dans l'eau bouillante, il se met à crier, à sauter et il s'enfuit dans la forêt, traînant son derrière au sol tout en hurlant de douleur tandis que les petits cochons sauvés rient de cette infortune.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Voix originales[modifier | modifier le code]

Deux des trois petits cochons sont doublés par des femmes comme c'est souvent le cas pour les voix d'enfants : Dorothy Compton et Mary Moder, membres du trio The Rhythmettes ayant déjà participé à plusieurs Silly Symphonies[2]. Quant à Billy Bletcher et Pinto Colvig, ils sont respectivement les voix originales de Pat Hibulaire et Dingo.

Voix françaises[modifier | modifier le code]

Sorties Cinéma[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Origine, production[modifier | modifier le code]

Cette version de l'histoire est adaptée du conte transcrit en 1853 par James Halliwell mais utilise le traitement narratif utilisé par Andrew Langman dans The Green Fairy Book (1892)[2].

Norman Ferguson a animé le Grand Méchant Loup, Fred Moore et Dick Lundy celle des cochons (Lundy réalisa la danse). Jack King anima la séquence de Naf-Naf au piano. Art Babbitt dessina les deux scènes du loup, les deux captures et celle du loup dans le chaudron[2].

Les personnages[modifier | modifier le code]

Les studios Disney ont donné des noms à chacun des trois cochons :

  • Fifer Pig (en français, Nouf-Nouf), le cochon jouant du fifre qui habite la maison de paille
  • Fiddler Pig (en français, Nif-Nif), le cochon violoniste qui habite la maison de bois
  • Practical Pig (en français, Naf-Naf), le cochon « pratique » mais aussi terre-à-terre, maçon et agriculteur, qui habite la maison de briques.

D'après les studios Disney, les trois petits cochons auraient pour cousin le personnage de Peter Pig, apparu aux côtés de Donald Duck dans la Silly Symphony, Une petite poule avisée (1934). Si en version originale anglaise les cochons sont désignés par leur instrument ou leur qualité (« Fifer » le flûtiste, « Fiddler » le violoniste et « Practical » celui avec le sens pratique), la version française a privilégié l'allitération, principe repris par la suite avec, entre autres, Riri, Fifi et Loulou ou Lili, Lulu et Zizi. De plus, les cochons ne sont pas présentés dans le même ordre que celui de l'histoire originale : Nif-Nif (Fiddler Pig) est chronologiquement le deuxième, Naf-Naf (Practical Pig) le troisième et Nouf-Nouf (Fifer Pig) le premier.

Les scènes-clés avec les cochons ont été animées par Fred Moore connu pour son habileté à dessiner des personnages « mignons », les scènes de danses ont été animées par Dick Lundy, spécialiste du genre, Norman Ferguson, rodé sur l'animation de Pluto, traita le Grand Méchant Loup, adaptant les mouvements expressifs des yeux du chien au loup et Art Babbitt réalisa des animations supplémentaires pour le final[5],[6].

On peut apercevoir sur le mur de la maison de pierre les portraits de la mère (Mother) et du père (Father) des trois petits cochons, représentant respectivement une truie allaitant sept porcelets et un chapelet de saucisses.

Sortie et accueil du public[modifier | modifier le code]

La première du film Les Trois Petits Cochons a lieu au Radio City Music Hall de New York mais le public est moyennement amusé[6]. Lors de sa sortie un critique se serait plaint qu'après L'Arche de Noé (1933) comprenant plein d'animaux, le studio Disney serait en déficit car Les Trois Petits Cochons ne compte que quatre animaux[6]. Ce n'est qu'après sa sortie nationale dans les salles de cinéma de voisinage que le succès devient immense[6]. Le succès pour Disney le prend par surprise car ce n'était pour lui qu'une histoire de plus[6]. Peu après la sortie du court métrage Les Trois Petits Cochons (mai 1933), Roy O. Disney est contacté par Saul Bourne alors agent du compositeur Irving Berlin qui lui propose de gérer les droits associé aux musiques des dessins animés[7]. Berlin avait composé de nombreuses chansons et décidé de créer sa propre société de gestion de droits la Irving Berlin Music indépendante des grandes maisons d'éditions phonographiques, société dirigée par Bourne[7]. La gestion des droits des chansons des Silly Symphonies a donc été confié a Bourne[8].

Suite au succès du film, United Artists demande à Disney de faire plaisir au public en leur donnant encore plus de "petits cochons"[9],[10]. Deux autres films furent ainsi réalisés : Le Grand Méchant Loup en 1934 et Les Trois Petits Loups en 1936[10]. Malgré son succès le studio Disney ne reçoit qu'une faible recette des exploitants de salles de cinéma : moins de 60 000 USD[11].

Le court métrage a accompagné plusieurs sorties de films dont au moins Frissons garantis (1933)[12].

Analyse[modifier | modifier le code]

Pour Neil Sinyard, c'est le court métrage d'animation le plus connu[6]. Pour Russel Merritt and J. B. Kaufman, ce court métrage caractérise le mieux de développement de la « personnalité d'animation[5] ». Il marque pour Dave Smith une étape dans cette « personnification » et dans l'utilisation de la musique[3]. Sinyard, Merritt et Kaufman associent le succès du film au fait que des animateurs de talents ont travaillé dans le domaine qu'ils maîtrisaient le mieux pour concevoir des personnages très expressifs[6],[5].

Disque de Who's Afraid of the Big Bad Wolf? (1932)

L'animateur Chuck Jones, figure du studio rival de Disney Warner Bros, explique[6] : « avec Les Trois Petits Cochons, le public découvre pour la première fois des personnages vivants. Ce n'est plus comme dans Steamboat Willie un méchant grand et gros et un petit gentil. là il y a trois cochons bien distinct par l'apparence et par leur comportement. » Pour Sinyard, la chanson Qui a peur du grand méchant loup ? (Who's afraid of Big Bad Woolf) est devenu un hymne pour la population américaine confrontée à la Grande Dépression[6]. Le message de la chance, la chance sourit aux travailleurs, est similaire à celui de la comédie musicale 42e Rue (1933)[9].

Sinyard analyse le succès du film et considère qu'il tient dans deux qualités qui apparaissent rarement dans les productions postérieures de Disney, la contemporanéité et l'ambigüité[9]. Il est souvent de manière malencontreuse et indirecte étudié comme une vision de la société contemporaine bien que le studio n'a jamais voulu faire un film ayant un intérêt aussi immédiat[9]. Sinyard accepte cette double lecture du film, d'un coté le divertissement, de l'autre une morale sur la vertu du travail, voir pour certain l'esprit du New Deal lancé par Franklin Delano Roosevelt[9]. Il considère que cette ambivalence provient de la personnalité même de Walt Disney durant cette période, un conservateur né mais adepte du progrès qui prenait des risques et cherchait l'innovation tant dans son métier que dans la vie[9].

Le film a été censuré après sa sortie[Quand ?]. Une scène où le Loup se déguise en vendeur de brosse avec un masque le faisant ressembler à une caricature de juif a été jugée antisémite et fut modifiée par la suite (le Loup ne porte plus que des lunettes)[13]. Critiqué pour cette caricature du colporteur juif, le studio Disney a toutefois présenté de nombreux personnages adorables de juif typique tel que l'Oncle Albert dans Mary Poppins, le chef des pompiers dans Monte là-d'ssus (1961), le juge du concours agricole dans Après lui, le déluge (1963) ou le fabricant de jouets dans Babes in Toyland (1961) interprété par Ed Wynn[14].

Réutilisations[modifier | modifier le code]

Ce film est le second court métrage de la série Silly Symphonies à avoir été adaptée en bandes dessinées en mai 1934[15]. En raison de sa récompense aux Oscars, ce court métrage a été diffusé avec quatre autres Silly Symphonies dans la compilation Academy Award Review of Walt Disney Cartoons[16], sortie le 19 mai 1937[17].

Le court métrage a aussi été l'objet d'un remake de propagande, sorti le 19 janvier 1941, The Thrifty Pig, avec le loup en nazi essayant de détruire la maison qu'un des cochons a construit avec les bons de guerre canadiens[18].

À la fin du film, le cochon pratique déverse un bidon de turpentine (essence de térébenthine) dans le chaudron du foyer pour empêcher le loup de venir. Comme le fait remarquer Jean-Louis Leutrat[19], « c'est ce produit/terme qui sera utilisé un peu en hommage dans Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, traduit en « trempette », pour désigner la solution permettant de tuer les personnages de dessin animés ».

La chanson Qui a peur du grand méchant loup (Who's afraid of Big Bad Woolf) chantée par les petits cochons est reprise à plusieurs reprises dans la pièce de théâtre Qui a peur de Virginia Woolf ? (Who's afraid of Virginia Woolf) d'Edward Albee et a donné par dérision son nom à cette pièce.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d (en) Three Little Pigs (1933) sur l’Internet Movie Database
  2. a, b, c, d, e, f, g et h (en) Russel Merritt & J.B. Kaufman, Walt Disney's Silly Symphonies, p. 124
  3. a et b (en) Dave Smith, Disney A to Z: The Updated Official Encyclopedia, p. 553-554
  4. Planète Jeunesse - Silly Symphonies
  5. a, b et c (en) , Russel Merritt and J. B. Kaufman, Walt Disney's Silly Symphonies, p. 39
  6. a, b, c, d, e, f, g, h et i (en) Neil Sinyard, The Best of Disney, p. 22.
  7. a et b (en) Jimmy Johnson, Inside the Whimsy Works, p. 57
  8. (en) Jimmy Johnson, Inside the Whimsy Works, p. 58
  9. a, b, c, d, e et f (en) Neil Sinyard, The Best of Disney, p. 23.
  10. a et b (en) Russel Merritt & J.B. Kaufman, Walt Disney's Silly Symphonies, p. 140
  11. (en) Bob Thomas, Disney's Art of Animation : From Mickey Mouse to Beauty and the Beast, p. 66
  12. (en) « Movie Review - Never a Dull Moment »
  13. Disney passe aux Noirs et Blancs
  14. (en) Douglas Brode, Multiculturalism and the Mouse, p. 103.
  15. (en) Base I.N.D.U.C.K.S : W GH 3405-?1 The Big Bad Wolf
  16. (en) Dave Smith, Disney A to Z: The Updated Official Encyclopedia, p. 3
  17. (en) Academy Award Review of Walt Disney Cartoons sur l’Internet Movie Database
  18. Sébastien Roffat, Animation et Propagande, éditions l'Harmattan, 2006
  19. Jean-Louis Leutrat, L'Analyse des films aujourd'hui, Presses Sorbonne-Nouvelle, 1994, p. 181

Liens externes[modifier | modifier le code]