Les Soirées de Paris

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Les Soirées de Paris sont le titre d'une revue littéraire et artistique. Elles furent publiées en deux séries : première série de février 1912 à juin 1913 (No.1 - No. 17) ; deuxième série de novembre 1913 à juillet-août 1914 (No. 18-No.26-27).

Histoire[modifier | modifier le code]

Fondation[modifier | modifier le code]

Elles furent fondées par Guillaume Apollinaire et quatre de ses proches, André Billy, René Dalize, André Salmon et André Tudesq. C'est André Billy qui proposa le titre de la revue. Selon le même André Billy, elle devait notamment permettre à Apollinaire de revenir sur la scène littéraire, après l'affaire du vol de la Joconde (en septembre 1911) dont on l'avait soupçonné, et qui l'avait affecté[1].

Première Série (1912-1913)[modifier | modifier le code]

René Dalize en était le secrétaire, et André Tudesq le gérant (du numéro 2 au numéro 11), suivi d’André Billy (du numéro 12 au numéro 17). Les bureaux se situaient sur la Rive gauche[2]. Du fait de l’appartenance des cinq membres fondateurs à la scène littéraire de l’époque, la première série s’occupa principalement de littérature. De nombreux écrivains, parmi lesquels Jacques Dyssord et René Bizet, y contribuèrent sans appartenir au comité de rédaction.

Dans la carrière d'Apollinaire, la participation à ce projet (de février 1912 à juin 1913) occupe une place importante. Cette première série fut en effet pour lui comme un laboratoire où élargir son expérience de poète et de critique d'art. Quelques poèmes considérés aujourd’hui comme majeurs y furent publiés, par exemple « Le Pont Mirabeau » (No. 1) ou « Zone » (No. 11). Ces deux poèmes furent repris en volume dès 1913, dans le recueil Alcools, ainsi que huit autres poèmes : « Clotilde », « Marie-Sibylle » et « Rosemonde » (No. 6) ; « Annie », « Le voyageur » et « Cors de chasse » (No. 8) ; « Marie » (No. 9) ; « Vendémiaire » (No. 11). Quant à la critique d’art, les articles d’Apollinaire publiés dans cette série reparurent en 1913 dans son livre Méditations esthétiques ; les peintres cubistes[3]. Il s’agit des trois articles suivant :

1. « Du sujet dans la Peinture moderne », Les Soirées de Paris, No. 1, 1912, p. 1-4. (Texte repris dans le chapitre II des Méditations esthétiques; les peintres cubistes, c. 1913.)
Apollinaire y affirme la tendance vers une disparition du sujet chez certains « jeunes peintres » et propose la notion de « peinture pure », en citant le nom de Picasso comme leur précurseur.
2. « La peinture nouvelle », Les Soirées de Paris, No. 3, 1912, p. 89-92. (Texte repris dans chapitre III, VI et V, Méditations esthétiques; les peintres cubistes, c. 1913.)
Apollinaire y prône l’application aux arts visuels de notions scientifiques comme la quatrième dimension ou la géométrie non euclidienne, afin de promouvoir une forme d’anti-mimétisme en art.
3. « La peinture nouvelle. - Notes d'art », Les Soirées de Paris, No. 4, p. 113-115. (Texte repris dans les chapitres VI et VII des Méditations esthétiques; les peintres cubistes, c. 1913.)
Apollinaire y esquisse une histoire de la peinture française et de ses traditions, de Nicolas Poussin à Ingres, de Delacroix à Manet, de Cézanne à Seurat, de Pierre-Auguste Renoir à le douanier Rousseau.
  • Fin de la première série

Cette tentative expérimentale et le goût d’Apollinaire pour les peintres dits cubistes s’écartaient de l’intérêt d’autres membres de la revue, comme André Billy et René Dalize. Cette divergence d’opinion sur l’orientation à donner à la revue, ajoutée aux difficultés financières (peu d’abonnés, faible chiffre de vente), ont rapidement rendu la gestion difficile, et ce dès 1913. Devant cette situation, André Billy finit par remettre les clefs de la revue à Apollinaire et à Serge Férat, un peintre russe ami de ce dernier[4]. Les Soirées de Paris reparurent dès novembre 1913, avec de nouveaux membres.

Deuxième Série(1913-1914)[modifier | modifier le code]

Installée dans de nouveaux locaux, la revue fit paraître une seconde série, qui compterait 10 numéros. Apollinaire et Serge Férat en étaient les codirecteurs, et Jean Mollet le gérant. De son vrai nom Sergueï Nikolaïévitch Jastrebzoff, ce dernier y signait ses articles du pseudonyme de Jean Cérusse. Sa cousine, Hélène d'Œttingen apporta un soutien financier à la revue avec Serge, à laquelle elle contribua également sous le pseudonyme de Roch Grey[5]. Le tirage fut confié à l’Union, imprimerie dirigée par Dimitri Snegaroff et qui se spécialiserait bientôt dans l’édition d’art et de littérature d’avant-garde (notamment grâce à Apollinaire). Le prix d’un numéro passa de 60 à 75 centimes.

  • Caractéristiques de la deuxième série

La deuxième série diffère de la première par les trois points suivants :

1. Les numéros sont illustrés.

On y trouve de nombreuses reproductions d’œuvres cubistes. Au contraire, la première série ne comportait aucune illustration. Et d’ailleurs, ces illustrations ne furent pas toujours du goût des anciens lecteurs de la revue. Ainsi, la plupart des anciens abonnés résilièrent leur abonnement en réaction à la reproduction d’une construction de style cubiste de Picasso, en couverture et dans les pages du numéro 18[6].

2. Les contributeurs changent.

On trouve de nouveaux membres, de nouveaux noms, parmi lesquels on compte non seulement des écrivains (dont Max Jacob ou Blaise Cendrars), mais encore des peintres, comme Fernand Léger qui publie dans le numéro 25 un article d’avant-garde intitulé « Les Réalisations picturales actuelles ».

3. Le contenu devient plus radical et se rapproche des avant-gardes.

Au point de vue de la création, la poésie d’Apollinaire s’y montre sous un aspect novateur : c’est dans ces nouveaux numéros que sont publiés les premiers « idéogrammes lyriques », qu’il baptise « Calligrammes » (Nos 24, 26&27). Au point de vue de la critique d’art, la rubrique de Maurice Raynal intitulée « Chronique cinématographique » compte parmi les premiers articles consacrés au septième art (Nos 19, 21, 24, 26&27).

  • Divers

Parmi les différents numéros, relevons aussi :

1. Un numéro spécial consacré à Henri Rousseau (No. 20.)

Le numéro comporte non seulement des articles consacrés au douanier Rousseau (parmi lesquels il convient de signaler ceux d’Apollinaire et de René Dalize), mais des extraits de la correspondance du peintre, et le programme de la soirée donnée en son honneur, le 14 novembre 1908.

2. Le Concert d’Alberto Savinio (annoncé au Nos. 24 et 25.)

Ce concert est organisé le 24 mai 1914 dans les bureaux de la revue (278, boulevard Raspail,75014[1]). Annoncé au numéro 24, il fait l’objet d’un article dans le numéro suivant. Selon cette recension, de nombreux personnages du monde littéraire et artistique participèrent à l’événement, parmi lesquels, Apollinaire, Serge Férat, M. et Mme Picasso, M. et Mme Picabia, M. et Mme Raynal, Max Jacob, Giorgio De Chirico, Alexander Archipenko, Alexandre Mercereau, etc[7].

Contribution[modifier | modifier le code]

Rédacteurs[modifier | modifier le code]

  • Première Série

Guillaume Apollinaire ; André Tudesq ; René Dalize ; André Billy ; André Salmon ; Maurice de Waleffe ; Jacques Dyssord ; Charles Perrés; Marcel Duminy ; Roch Grey ; J. De L'esc ; Jérôme Tharaud ; Adolphe Paupe ; Eugène Montfort ; Fernand Divoire ; Tristan Derème ; Bernard Combette ; Marc Henry ; Peter Altember (en) ; Borgne Le Crocheteur ; Henry Céard ; Adolphe Lacuzon ; Charles-Léon Bernardin ; Émile Zavie ; Francis Carco ; George Sabiron ; Doniazade ; Sébastien Voirol ; Vincent Muselli ; Émile Magne ; Jean Pellerin ; Maurice Raynal ; Jean Paulhan.

  •  Deuxième Série

Guillaume Apollinaire ; Jean Cerusse ; André Billy ; Léonard Pieux ; Jacques Dussort ; Max Jacob ; R. Bizet ; René Dalize ; Roch Grey ; Émile Zavie ; Maurice Raynal ; Fernand Fleuret ; Horace Holley ; Gabrielle Buffet ; Mireille Havet; Jacques Dyssord ; André Dupont ; Dominique Combette ; Adolphe Basler ; Henri Rousseau ; Edgard Varèse ; Fernand Divoire ; Giovanni Papini ; Harrison Reeve ; Henri Hertz ; Jean Le Roy ; Pierre Henner ; Louis Rive ; Paul Visconti ; Vincent Muselli ; Jean Royère ; Blaise Cendrars ; Alberto Savinio ; Albert Haas ; Henri Strentz ; G. -P. Fauconnet ; Ambroise Vollard ; Ardengo Soffici ; Fernand Léger ; O. -W. Gambedoo ; F. S. Flint (en) ; Gabriel Arbouin ; Mireille Havet ; Léopold Sturzwage (en) ; Georges Rouault; Alan Seeger.

Illustrateurs[modifier | modifier le code]

Pablo Picasso (No. 18); Marie Laurencin (No. 19); Henri Matisse (No. 19, 24); Jean Metzinger (No. 19); Albert Gleizes (No. 19); Henri Rousseau (No. 20); André Derain (No.21); Francis Picabia (No. 22); Georges Braque (No.23); Archipenko (No. 25); Fernand Léger (No. 26&27); Marius de Zayas (No. 26&27); Maurice de Vlaminck (No. 26&27); Georges Rouault (No. 26&27).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Billy, André. ... Apollinaire vivant. Paris: Éditions de la Sirène, 1923, p. 40-41.
  2. Violante, Isabel, Introduction pour Les soirées de Paris: revue littéraire et artistique. Paris: Conti, 2010, p. 5-6.
  3. Apollinaire, Guillaume, LeRoy C. Breunig, et Jean-Claude Chevalier. Méditations esthétiques; les peintres cubistes. Paris: Hermann, 1965 ; Apollinaire, Guillaume, et Peter Read. The cubist painters. Berkeley, Calif: University of California Press, 2004, p. 103.
  4. Billy, André, Introduction pour M. Knoedler & Co. Les Soirées de Paris: [exposition] 16 mai-30 juin, 1958. Paris: Draeger Frères, 1958.
  5. Violant, Ibid, p. 6-9.
  6. Parigoris, Alexandra. « Les Soirées de Paris, Apollinaire, Picasso et les clichés Kahnweiler», dans Revue de L'Art, No. 82, 1989. p. 62.
  7. J. C., (CÉRUSSE, Jean), « Chronique mensuelle. - L'audition des œuvres musicales de M. Albert Savinio. » , Les Soirées de Paris, No. 25, 15 juin 1914, p. 301-302.

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources premières[modifier | modifier le code]

  • Apollinaire, Guillaume, André Billy, René Dalize, André Tudesq, André Salmon, Charles Perrès, Serge Férat, Hélène Oettingen, et *Jean Mollet. Les Soirées de Paris: recueil mensuel. Paris: [s.n.], 1912-1914.
Rééditions
  • Les soirées de Paris: revue littéraire et artistique. Paris: Conti, 2010.
  • Les Soirées De Paris. No. 1-27; [Fév.] 1912-[Juil./Août] 1914. Genève: Slatkine, 1971.
Témoignages contemporains
  • Billy, André. ... Apollinaire vivant. Paris: Éditions de la Sirène, 1923.
  • Salmon, André. Souvenirs sans fin: 1903-1940. Paris: Gallimard, 2004.
  • Ardengo Soffici, Serge Férat, Hélène d’Œttingen, Correspondance (1903-1964), Barbara Meazzi (éd.), Lausanne, L’Âge d’Homme, 2013.

Sources secondaires[modifier | modifier le code]

Catalogues d'expositions
  • Warnod, Jeanine, et Serge Férat. Serge Férat: un cubiste russe à Paris. Paris: Conti, 2010.
  • M. Knoedler & Co. Les Soirées de Paris: [exposition] 16 mai-30 juin, 1958. Paris: Draeger Frères, 1958.
Monographies
  • Maria Dario, Les Soirées de Paris - Laboratorio creativo dell'avanguardia, Padova, Unipress, 2009.
  • Apollinaire, Guillaume, et Peter Read. The cubist painters. Berkeley, Calif: University of California Press, 2004.
  • Parigoris, Alexandra. « Les Soirées de Paris, Apollinaire, Picasso et les clichés Kahnweiler», dans Revue de L'Art, No. 82, 1989. p. 61-74.
  • Blumenkranz-Onimus, Noëmi. « Les "Soirées de Paris" ou le mythe du moderne », dans Brion-guerry, Liliane. L'annee 1913: les formes esthetiques de l'oeuvre d'art a la veille de la premiere guerre mondiale. Paris: Klincksieck, 1971.
  • Watanabe, Kazutani; Hirabayashi, Kazuyuki et Aoki, Kenji. « Bibliographie des Soirées de Paris, 1912-1914 », Bulletin de la section française de la faculté de lettres de l'université de Rikkyo, No. 5, mars 1975, p. 47-78, et No.6, mars 1976, pp. 71-108.