Les Soirées de Médan

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Les Soirées de Médan est un recueil collectif de six nouvelles, publié le 17 avril 1880 chez Georges Charpentier éditeur à Paris, réunissant Émile Zola, Guy de Maupassant, J.-K. Huysmans, Henry Céard, Léon Hennique et Paul Alexis.

Émile Zola

Composition du recueil[modifier | modifier le code]

Le recueil est composé des nouvelles suivantes :

Genèse du recueil[modifier | modifier le code]

Selon Hennique (dans la préface de l'édition du cinquantenaire — publiée chez Fasquelle en 1930 — des Soirées de Médan), l'idée et le nom même du recueil auraient germé au cours d'un repas hivernal dans l'appartement parisien de Zola, ce jour-là entouré de Hennique, Guy de Maupassant, Huysmans, Céard et Alexis, lorsqu'Émile Zola, après l'évocation de divers souvenirs respectifs des six amis relatifs à la guerre de 1870, émit l'idée d'écrire un volume de nouvelles à six mains, tandis que Céard lançait immédiatement la proposition du titre, sans doute en souvenir de bons moments passés, à la belle saison, dans la propriété de Zola à Médan (Yvelines). Toutefois, dès 1908, Céard, dans un article coécrit par Jean de Caldain sur Huysmans, donnait une version sensiblement différente, affirme que l'initiative du recueil commun émanerait en réalité de Hennique, qui aurait proposé de placer cette publication « sous le patronage » de Zola, en raison de sa plus grande notoriété.

Les six écrivains furent alors périodiquement qualifiés de « groupe de Médan », ce qui faisait implicitement référence à d'autres dîners littéraires antérieurs, tels le « dîner Flaubert » (également appelé « dîner des Cinq »), qui regroupa régulièrement, de 1874 à 1880, Gustave Flaubert, Ivan Tourgueniev, Edmond de Goncourt, Alphonse Daudet et Émile Zola.

Le « groupe de Médan » commença ses réunions dès 1876 et compta même un temps un septième « membre », Octave Mirbeau, que son éloignement de Paris, en 1877, après sa nomination comme sous-préfet de Saint-Girons (Ariège), freina dans de probables collaborations futures.

Médan[modifier | modifier le code]

En 1878, Émile Zola achète une maison à Médan, un « trou charmant » situé près de Poissy. Chef de file des naturalistes, il y reçoit d’autres écrivains qui l’admirent, parmi lesquels de nombreux jeunes : Paul Alexis, Marius Roux, Léon Hennique, Henri Céard, Huysmans et Maupassant, notamment.

Dans ce lieu paisible, où l’on discute art et littérature en prenant du bon temps, apparaît très vite l’idée de produire des récits que l’on soumettra, à tour de rôle, au jugement de ses pairs. Le thème choisi est la guerre de 1870. Le premier sera Zola, qui racontera de vive voix l’Attaque du moulin. Très vite, chacun s’attelle à la tâche et soumet à ses coreligionnaires le fruit de son labeur.

Les autres dîners littéraires[modifier | modifier le code]

Parallèlement, Zola continuait à fréquenter le « dîner Flaubert », et il y eut même, en avril 1877, un dîner commun au restaurant Trapp, à l'initiative de Maupassant, réunissant Zola, Flaubert, Goncourt, Alexis, Céard, Hennique, Huysmans, Maupassant, Mirbeau et Charpentier (le futur éditeur des Soirées de Médan). Toutefois cette initiative « fusionnelle » ne fut pas renouvelée, d'autant que se manifestait à l'époque un certain agacement, dans une frange de l'opinion publique, à l'égard de Zola en raison de son roman l'Assommoir (dont la publication en feuilleton dans le Bien public avait été interrompue à la suite d'une campagne de protestations émanant de ses abonnés).

Un « manifeste » naturaliste[modifier | modifier le code]

L’idée générale du cénacle informel que constituait le « groupe de Médan » était d’aborder, avec un réalisme très éloigné des discours policés et de l’esthétique « patriotique » de l’époque, le thème de la guerre de 1870 — qui réunit ces différentes œuvres (récit de guerre, nouvelle...) ; cependant, l’aspect ludique de l'entreprise ne doit pas être sous-estimé : « Nous nous amusons », dit Zola dans sa préface. C’est bien une histoire d’amitié littéraire, presque autant que de littérature. Cela explique sans doute la qualité inégale des différentes pièces du recueil ; l’une des plus fameuses étant sans conteste Boule de suif, qui permettra à Guy de Maupassant d’accéder à la célébrité.

Guy de Maupassant

Réactions après la publication[modifier | modifier le code]

La publication du recueil en librairie provoqua de vives attaques d'une partie de la critique littéraire parisienne, dès le 19 avril. Zola, en effet, dans sa préface « anonyme » située et datée « Médan, 1er mai 1880 », n'avait guère fait preuve de diplomatie à son égard :

« Les nouvelles qui suivent ont été publiées, les unes en France, les autres à l'étranger. Elles nous ont paru procéder d'une idée unique, avoir une même philosophie. Nous les réunissons. »
« Nous nous attendons à toutes les attaques, à la mauvaise foi et à l'ignorance dont la critique courante nous a déjà donné tant de preuves. Notre seul souci a été d'affirmer publiquement nos véritables amitiés, et, en même temps, nos tendances littéraires. »

Les milieux littéraires « en dehors de la critique » furent, quant à eux, plus indulgents. Gustave Flaubert, par exemple, dans une lettre à Maupassant, s'il persiste à trouver « stupide » le titre du recueil, ne tarit pas d'éloges à l'égard de Boule de suif et de son auteur, traitant le « petit conte » (selon ses termes) de « chef d'œuvre » qui « écrase le volume », et son auteur de « maître ». Dans sa réponse, Maupassant laissait entrevoir qu'il considérait lui aussi que sa contribution à l'ensemble surpassait largement celles des autres, ce qui sera l'opinion courante dès les années suivantes et dans les décennies qui suivront.

Le succès de Boule de suif[modifier | modifier le code]

Le succès persistant de Boule de suif fait que la nouvelle finira par être réunie à d'autres nouvelles de Maupassant, publiées dans la presse au cours des années 1883-1884, dans un recueil publié en 1897 et qui portera le nom même de la nouvelle. Des dizaines de rééditions suivront, tandis que le recueil collectif original de 1880 sera réédité de façon plus espacée (l'éditeur Grasset l'a toutefois réédité, en 2003, dans sa collection de poche « les Cahiers Rouges » (290 pages, 19 cm, ISBN 2-246-43503-X)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nadia Bouayad, Les Techniques narratives dans Les Soirées de Médan 1880, thèse de 3e cycle, Littérature française, sous la direction de Simon Jeune, Université de Bordeaux III, Bordeaux, 1986. 392 pages. (Reproduite sur microfiche, Lille, ANRT, 1987).
  • Alain Pagès, Zola et le groupe de Médan. Histoire d'un cercle littéraire, Perrin, 2014, 480 p.

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