Les Pardaillan

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Les Pardaillan sont une série de 10 romans populaires, écrite par Michel Zévaco. Ils sont parus tout d'abord sous la forme d'un feuilleton, entre 1905 et 1918, dans La Petite République socialiste, puis dans Le Matin.

Les Pardaillan peut aussi désigner, plus spécifiquement, le premier cycle de cette série (volumes 1 et 2).

L'Œuvre[modifier | modifier le code]

Les histoires de la série sont toujours coupées en deux livres, et entre chaque histoire peut se dérouler un certain laps de temps. Seuls quelques personnages principaux suivent d'une histoire à l'autre.

Création[modifier | modifier le code]

Pour créer le personnage principal, Zévaco s'inspire sans doute de Jules Michelet, relatant l'exécution des compagnons de Henri de Navarre au Louvre : « Le plus vaillant de ces vaillants, Pardaillan, que la plupart n’auraient pas regardé en face, amené là sans épée à l’abattoir, fut saigné comme un mouton[1]. » Agrippa d'Aubigné a lui aussi évoqué la présence d'un baron de Pardaillan dans l'entourage d'Henri. En fiction, il a existé, créé en 1875 dans deux romans de cape et d'épée d'Amédée Achard, Les Coups d'épée de M. de La Guerche et Envers et contre tous. C'est un personnage secondaire appelé « Monsieur de Pardaillan ».

Histoire[modifier | modifier le code]

Cette vaste épopée commence le 26 avril 1553, sous le règne de Henri II de France, et se termine sous le règne de Louis XIII de France, pendant la régence de Marie de Médicis, en 1614. Elle comprend donc toute la période troublée des guerres de religion et se structure en cinq cycles de deux livres chacun (voir ci-après).

Dans le premier, Pardaillan, héros généreux et séduisant, et son père sont principalement opposés à Henri de Montmorency, maréchal de Damville, lequel se déchire de jalousie avec son frère, François de Montmorency, père de la future Loïse de Pardaillan.

Le second cycle voit apparaître la belle et dangereuse princesse Fausta, descendante des Borgia, contre laquelle Pardaillan engage une lutte sans merci qui parcourera tout le cycle, mais également le troisième et (avec une variante, voir ci-après) le cinquième. Personnages principaux de l'œuvre, ils s'aimeront puis se déchireront, influant sur toute l'histoire de l'Europe de cette époque.

Le quatrième cycle voit apparaître Jehan de Pardaillan, fils de Pardaillan et de Fausta, en lutte contre Concini et sa puissance naissante. Fausta n'est pas directement présente.

Elle ré-apparait dans le cinquième sous l'identité de la Duchesse de Sorientès, ambassadrice extraordinaire du roi d'Espagne. Dans ce cycle, Pardaillan est secondé par le vicomte Odet de Valvert, son neveu. En effet, animé d'un scrupule compréhensible, Pardaillan ne souhaite pas que son fils se range à ses côtés et se dresse contre sa mère, ce qu'il est convaincu que Jehan n'aurait pas manqué de faire.

Durant toute la période couverte par cette épopée, l'Histoire ne sera que la somme de tous les destins des protagonistes du livre, dont les actes influenceront directement le cours du temps.

Comme chez Dumas, l’auteur cherche moins à décrire une époque et des événements historiques sous forme romancée, qu’à transformer l’Histoire en roman. Les grandes figures de l'époque se transforment en personnages de feuilleton, figures stéréotypées basées sur les a priori de l'époque de l'auteur. Les grands hommes semblent en effet toujours mus par leurs passions, et les complots obéissent essentiellement à des haines privées. L’action « historique » du héros se déplace la plupart du temps sur le terrain de l’affrontement privé : contrairement à ce qu'a fait croire l'Histoire, les grands hommes sont tout petits, et c'est dans les coulisses qu'on retrouve ceux qui font et défont les intrigues de cette période. Ici se retrouve le trait caractéristique du roman-feuilleton qui veut que les grands événements n’obéissent qu’aux machinations de quelques-uns, et Fausta s’inscrit dans la tradition des méchants très méchants (les jésuites d’Eugène Sue, Le Mystérieux Docteur Cornélius de Gustave Le Rouge ou Fantômas de Pierre Souvestre et Marcel Allain). Mais si généralement les méchants de l'époque sont pour la plupart contre le pouvoir et la loi, Fausta veut imposer la sienne, et Pardaillan lutte contre elle afin de permettre aux autres de choisir. Dans cette période où le pouvoir change rapidement de mains au gré des évènements, Fausta représente le futur stable et dictatorial, Pardaillan la liberté et le choix, mais aussi une certaine forme de chaos, alors que Zévaco se réclame de l'anarchisme[2].

« Mon maître c'est moi ! »

rétorque Pardaillan à Saint-Mégrin.

« Je désire n'être que d'une seule maison [...] la mienne ! »

« Pourquoi me faire colonel des autres quand je suis déjà général de moi-même ! »

Romans et cycles[modifier | modifier le code]

Personnages[modifier | modifier le code]

Seuls quelques personnages non historiques passent d'un cycle à l'autre ; parmi eux, il y a peu de personnages principaux hormis Jean de Pardaillan et Fausta.

Personnages principaux de l'œuvre[modifier | modifier le code]

  • Jean, chevalier de Pardaillan et fait plus tard comte de Margency

Né en février 1549, généreux, fier mais modeste, c'est le meilleur escrimeur de l'œuvre, avec son père, quoique son fils et son neveu font bien plus que de marcher simplement dans ses traces à cet égard. Il protège les faibles, les amoureux et les pauvres contre les forts, les jaloux et les puissants. À partir de sa première aventure, il a décidé de mettre son épée aux services de ceux qui n'en avaient pas, et d'influer sur le cours des évènements afin qu'il arrive le moins de mal possible à ceux qu'il considère sous sa responsabilité. Très intelligent et très fin, il se met sur un pied d'égalité avec les plus puissants personnages de son époque. Complètement désintéressé et chevaleresque, il pardonne à ses ennemis facilement. Mais il aime se moquer d'eux ou blesser leur amour-propre, et s'attire facilement autant les rancunes et les haines tenaces que les dévouements définitifs. Très beau et coureur de jupons au début de sa carrière, aucune femme ne peut apparemment lui résister, et seul l'amour d'une morte lui a ôté l'envie de séduire.

  • Fausta, princesse Borgia (et duchesse de Sorientès dans le cinquième cycle)

Également redoutable bretteuse, elle est très intelligente, calculatrice, et puissante. Habile à corrompre les hommes par l'argent ou l'amour, elle a toujours le même but en tête : devenir la souveraine incontestée d'Europe. Sa seule faiblesse est l'amour qu'elle a porté à Pardaillan, qu'elle a reconnu comme son maître. Toujours dotée d'une fortune et d'alliés considérables, elle tente plusieurs fois de tuer Pardaillan, n'abandonnant jamais malgré ses échecs répétés. Parfois presque sadique, elle n'hésite pas à demander au père de condamner sa fille, au frère de tuer le frère. Elle préfère rester dans l'ombre en attendant son heure, et ne paraît jamais au grand jour que lorsqu'elle est sûre de la victoire.

  • Honoré de Pardaillan

Le père de Jean, co-héros du premier cycle.

  • Jehan de Pardaillan

Le fils de Pardaillan et de Fausta, co-héros du quatrième cycle.

  • Odet, vicomte de Valvert

Neveu de Pardaillan et donc cousin de Jehan, co-héros du cinquième cycle.

  • Henri de Montmorency, maréchal de Damville

Principal adversaire des Pardaillan dans le premier cycle.

  • François, duc de Montmorency

Père de Loïse, grand amour et future épouse de Jean de Pardaillan.

  • Jeanne de Pienne

Amante de François de Montmorency, objet d'une rivalité sans merci entre les deux frères Montmorency, mère de Loïse. Surnommée "La Dame en Noir" en raison du deuil qu'elle porte de son amour pour François.

Personnages secondaires de l'œuvre[modifier | modifier le code]

  • Maurevert, tueur à gages

Il travaille pour le duc d'Anjou, puis pour Guise, pour Catherine de Medicis, et enfin pour Fausta. Il ne change jamais d'employeur : en fait il les cumule, en les trahissant les uns auprès des autres. En quête de reconnaissance sociale, il espère l'obtenir par l'argent et les titres. Ayant plusieurs fois essayé de tuer Pardaillan, et le considérant comme sa Némésis (car Maurevert est responsable de la mort prématurée de Loïse de Pardaillan), il le fuit autant qu'il le peut, en essayant toutefois de le faire tuer le plus souvent possible. Il est inspiré du personnage historique Charles de Louviers, seigneur de Maurevert.

  • El Torero
  • Luis, dit El Chico
  • Carcagne, Gringaille et Escargasse

Les trois compagnons de Jehan de Pardaillan.

  • Saêtta, dit aussi Guido Luponi

Le père adoptif de Jehan de Pardaillan, durant ses années de truandrie.

  • Marquis de Chalabre, de Montsery et de Sainte-Maline

Trois mignons, ex-spadassins d'Henri III, passés au service de Fausta.

  • d'Albaran, comte espagnol

Âme damnée de la duchesse de Sorientès, alias Fausta.

Gouverneur de la Bastille durant les guerres de Religion, et bretteur émérite et vaniteux, il a été plusieurs fois humilié par Pardaillan. Il essaie depuis de se venger, au service de Guise ou de Fausta. Selon les sources de Zévaco, il ne s'appelait à l'origine que Jean Leclerc et a ajouté Bussy à son nom en référence à Bussy d'Amboise.

  • Huguette Landry, puis Huguette Pardaillan

Aubergiste des Pardaillan, elle éprouve un certain amour envers le chevalier, qu'elle n'ose lui déclarer. Mariée puis veuve de Landry Grégoire, elle finira par être récompensée de sa fidélité et de son dévouement envers Pardaillan.

Fils d'une connaissance de Pardaillan, c'est ce dernier qui l'amènera fleurir la tombe de sa mère. Dévoué au chevalier depuis, il suivra ses ordres, quoiqu'il lui en coûte, et malgré son désir de faire payer Catherine de Medicis et ses fils. Obsédé par sa vengeance, il tuera Henri III de France avec la permission de Pardaillan.

Parution[modifier | modifier le code]

Les livres parus sont les suivants :

  • Les Pardaillan[3] (1907 — Arthème Fayard, Le Livre populaire, #23)
  • L’Épopée d’Amour (1907 — Arthème Fayard, Le Livre populaire, #24)
  • La Fausta (1908 — Arthème Fayard, Le Livre populaire, #36)
  • Fausta vaincue (1908 — Arthème Fayard, Le Livre populaire, #37)
  • Pardaillan et Fausta (1913 — Arthème Fayard, Le Livre populaire, #102)
  • Les Amours du Chico (1913 — Arthème Fayard, Le Livre populaire, #103)
  • Le Fils de Pardaillan (1916 — Tallandier, Le Livre national, Les romans héroïques, #90 — et #90bis pour l'édition 1925)
  • Le Trésor de Fausta[4]
  • La Fin de Pardaillan (1926 — Tallandier, Le Livre national, #551)
  • La Fin de Fausta (1926 — Tallandier, Le Livre national, #552)

Les deux derniers livres parurent de façon posthume.

Les deux premiers cycles parurent en roman-feuilleton dans La Petite République de Jean Jaurès dès 1902. Puis, Zévaco passant au Matin à partir de 1904[5], les deux cycles suivant y paraissent à partir de 1912[6].

Approche de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Opinions[modifier | modifier le code]

Zévaco aime bien se moquer, par des formes de préjugés, de la littérature anglo-saxonne :

« Il retira aussitôt sa chemise, détail que nous n’oserions pas donner si nous écrivions pour des Anglaises ; avec cette habileté et cette adresse que donne seule une longue habitude, il se mit à lacérer la pauvre chemise, qui en peu de minutes, fournit un lot de bandages excellents. »

Le pouvoir[modifier | modifier le code]

Michel Zévaco écrit ce cycle au début du XXe siècle. Journaliste anarchiste, il prend parti la plupart du temps contre les "grands", qu'il accuse de comploter et d'exécuter leurs manœuvres sans se soucier du peuple qu'ils gouvernent. La loi est avec eux contre les pauvres, et Zévaco met plutôt en relief les qualités des truands, prostituées et autres mercenaires, qui malgré leur état peuvent montrer plus de qualités humaines que le roi ou la reine.

Dans la bouche des Pardaillan, Zévaco place ses opinions sur les gens de pouvoir :

« Je ne suis pas de ces barons qui font métier de voler des femmes ou des enfants; je ne suis pas de ces ducs qui, armés chevaliers pour protéger le faible et rudoyer le fort, ravalent leur chevalerie à trembler devant les princes, et cherchent ensuite à laver leur bassesse dans le sang de leurs victimes. Non monseigneur! Je n'ai point de bois dont je puisse transformer les arbres en potences, ni de villages où je puisse promener l'orgueil de mes injustices, ni de châteaux à oubliettes, ni de baillis louangeurs, ni de gardes au pont-levis qui franchit pourtant le remords par les nuits d'hiver, alors que les sifflements du vent ressemblent si bien à des gémissements ou à des cris de vengeance. En conséquence, je ne suis pas ce qu'on appelle un grand seigneur[7]. »

La justice et la police[modifier | modifier le code]

Zévaco, par l'intermédiaire de l'Histoire, s'oppose violemment aux forces de l'ordre et à la justice, dont il a souvent subi les règles :

« Les juges d’instructions et les gens de police, lorsqu’ils veulent arracher à leur prisonnier l’aveu qui l’enverra au bagne ou à l’échafaud, se livrent à une effroyable besogne qui est une honte pour l’esprit humain. Quels que soient les droits qu’une société a de se défendre, il est de ces sinistres moyens qui font, lorsqu’on y réfléchit, qu’on se prend à rougir d’appartenir à la même espèce animale que le juge d’instruction ou le policier[8]. »

Toujours grâce à ses écrits, il agresse le système judiciaire, lui reprochant d'être inégal et injuste envers les pauvres. Le défi de Pardaillan à Guise rappelle les termes d'un article de Zévaco de 1890, défiant le Ministre de l'Intérieur Constans à un duel qui lui vaudra un séjour en prison[5].

L'auteur proclame haut et fort que la justice est inhumaine, et qu'elle ne sert qu'à fabriquer des coupables :

« Coupable ou innocent, le prévenu est soumis à une torture morale exactement comparable aux tortures physiques de l’Inquisition ; et cela est d’une vérité malheureusement incontestable, puisqu’on a vu des innocents avouer tout ce qu’on voulait, afin d’échapper à cette torture[8]. »

Luttant contre la peine de mort, il compare souvent la guillotine à de la justice populaire :

« La maison brûla. Justice sommaire, qui avait parfaitement cours à une époque où l’idée de justice vagissait à peine. Aujourd’hui, il y a progrès ; elle en est déjà aux premiers bégaiements enfantins ; espérons que dans quelques milliers d’années, elle saura parler[9]. »

Historien[modifier | modifier le code]

La vision de Zévaco des évènements qu'il décrit n'est nullement celle d'un historien. Le nombre de coups de théâtre, d'invraisemblances, et surtout le petit nombre de protagonistes sur lesquels porte entièrement le cours de l'Histoire est par trop improbable pour ne pas être volontairement exagéré.

Mais l'auteur profite de cette improbabilité pour donner son avis sur certains personnages les plus connus, échappant ainsi aux accusations que les historiens pourraient proférer. Par exemple, le personnage de Catherine de Médicis est un des plus noirs de la littérature : elle n'hésite jamais, quel que soit l'opposant, à tuer les personnes faisant obstacle à ses projets. Henri IV n'est pas mieux traité :

« Celui-ci, bien que plus jeune que son cousin, portait les signes d’une ruse fanfaronne qui déguisait sans doute des pensées d’égoïsme. C’était une figure plus rusée que fine. [...] Il était loin d’être antipathique, d’ailleurs ; c’était un de ces bons gros égoïstes à qui la foule pardonne bien des choses parce qu’ils savent rire ; au fond, le type du commis-voyageur, tel qu’on le représente dans les romans d'il y a trente ans, et aussi dans les chansonnettes Qu’il pleuve ou vente, toujours il chante... Il eut le bonheur inouï de rencontrer Sully. Réputation surfaite comme celle de François Ier. Il est d’ailleurs à remarquer que le peuple a conservé une sorte d’amitié pour les rois paillards. Il maudit encore Louis XI, parle de chevalerie quand il est question de François Ier, et sourit avec indulgence en parlant d’Henri IV[10]. »

D'ailleurs, dans l'ensemble, Zévaco s'attachera à donner des qualités et des défauts très humains à ceux que l'Histoire a placés parfois comme au-dessus des passions terrestres. On peut ainsi le différencier de Alexandre Dumas qui utilise souvent le Destin pour guider les hommes, dans le pur style du romantisme. Ici, pas de Destin, chacun cherche à assouvir ses passions, ses ambitions, et c'est l'entrelacement de tous ces personnages qui construit la trame. On pourrait dire que pour Dumas, c'est l'Histoire qui fait les hommes, et que pour Zévaco, ce sont les hommes qui font l'Histoire.

Dès lors que le personnage historique est réduit à une passion, il devient personnage, c'est-à-dire type. Il y a double simplification : de la figure historique au personnage de roman, et du personnage de roman au type : l'Histoire est alors réduite à des passions élémentaires : haine, abnégation, sens de l'honneur. Ces passions sont moins des passions humaines que leur formulation extrême qu'en propose le mélodrame populaire. Dès lors, c'est le mélodrame qui code la réalité (et donc l'Histoire) selon ses règles propres, celle des instincts humains et de leur expression dans un univers de fiction adapté : coulisses, alcôves, ruelles obscures, portes dérobées... Une autre simplification se met en place : L'auteur fait appel à un nombre restreint de protagonistes, réels ou imaginaires. Peu d'intermédiaires entre les personnages : les rois, reines et brigands se rencontrent directement, on ourdit seul les crimes : non seulement les actions importantes paraissent n'être décidées que par un très petit nombre d'individus, mais ceux-ci le font en déléguant leur geste toujours aux même hommes de main.

Ces propriétés expliquent en partie la fréquence des coups de théâtre et rebondissements chez l'auteur. L'auteur pousse ses personnages au gré de coups de théâtres, de rencontres inattendues, et crée des liens entre tous ses personnages, à tel point que ceux-ci semblent enfermés dans un huis-clos.

Influences[modifier | modifier le code]

Si l'on parle de romans de cape et d'épée, à l'époque de Zévaco comme à la nôtre, on pense automatiquement à Alexandre Dumas, ou à Edmond Rostand dont le Cyrano de Bergerac est paru peu de temps auparavant. D'ailleurs, Paul Féval fils est à ce moment toujours en train de compléter les aventures de Lagardère, et d'épuiser le genre.

Mais s'il s'inspire de Dumas, Zévaco ne se confond cependant nullement avec lui. Ses œuvres sont en particulier affectées par l'évolution de la littérature populaire. La mode n'est plus à l'époque au récit de cape et d'épée, mais au roman de la victime, dont Xavier de Montépin est l'un des auteurs les plus fameux. Les romans de la victime sont structurés autour d'un protagoniste, généralement féminin, broyé par une série de malheurs, généralement voulus par un adversaire farouche (ancien soupirant, femme jalouse) qui s'ingénie à le perdre au long d'un grand nombre d'épisodes, jusqu'au triomphe final de la justice — et de l'amour. Le récit met l'accent sur les passions élémentaires - désir et haine en particulier — qui se déchainent au fil d'une interminable série de feuilletons. Cette trame est assez proche de celles de Zévaco. Chaque intrigue repose en partie sur les souffrances d'une victime du désir ou de la haine d'un être plus puissant : Léonore et Violette (Fausta), Jeanne et Loïse (Henri de Montmorency)... Presque à chaque fois, une femme est trompée, bafouée, et sa fille est menacée. Mais ici, la litanie des larmes est brutalement interrompue par l'arrivée du héros romanesque, qui vient opposer son panache aux passions malsaines de ceux qui menacent sa protégée. Zévaco mélange ainsi allègrement les deux genres, leur donnant un tour nouveau.

Le romanesque[modifier | modifier le code]

Le héros romanesque est toujours accompagné d'un compagnon plus âgé et plus sage, qui va l'aider à accomplir ses exploits et à triompher de l'adversité. Dans le premier cycle, Jean de Pardaillan est le personnage romanesque, et Honoré son père, son compagnon. Puis Jean de Pardaillan prendra définitivement la place du compagnon et sage, tandis que les personnages romanesques changeront à chaque cycle. C'est une forme d'ironie que met en place Zévaco : un personnage romanesque, romantique, qui passe rapidement de la colère aux larmes, n'est pas capable seul de triompher. Il lui faut un homme de main dévoué (Planchet) ou un compagnon expérimenté (Athos, Lampourde du Capitaine Fracasse) qui fera les basses besognes et qui le protégera pendant ses pérégrinations.

Chez Zévaco, le personnage romanesque est quasiment un incapable (excepté dans le premier cycle), qui ne comprend rarement ce qui lui arrive, et qui fait entièrement confiance à son ami Pardaillan. Sa seule qualité apparente est qu'il sait se battre. Au fil des livres, l'intrigue romanesque est repoussée, et effacée derrière le conflit Pardaillan-Fausta. De plus, l'auteur met en place des intrigues amoureuses parallèles, la plupart du temps apparemment risibles, mais en fin de compte plus « vraies » que l'intrigue amoureuse principale. Aux côtés du duo « gentilhomme / jeune fille pauvre », on trouve alors des duos « saltimbanque / nonne », ou « nain / dame aubergiste ». Au lieu de tomber fous amoureux dès le premier regard, ces derniers auront fort à faire pour se séduire et s'aimer.

Hommage[modifier | modifier le code]

Jean-Paul Sartre, au XXe siècle, rend hommage à Pardaillan : « Surtout, je lisais tous les jours dans Le Matin, le feuilleton de Michel Zévaco : cet auteur de génie, sous l’influence de Hugo, avait inventé le roman de cape et d’épée républicain. Ses héros représentaient le peuple ; ils faisaient et défaisaient les empires, prédisaient dès le XIVe siècle la Révolution française, protégeaient par bonté d’âme des rois enfants ou des rois fous contre leurs ministres, souffletaient les rois méchants. Le plus grand de tous, Pardaillan, c’était mon maître : cent fois, pour l'imiter, superbement campé sur mes jambes de coq, j’ai giflé Henri III et Louis XIII[11]. »

Ahmet Altan (en), écrivain turc, déclare : « Il existe deux sortes d’hommes : ceux qui ont lu Les Pardaillans et ceux qui ne l’ont pas lu. Chaque Pardaillaniste souffre de ne pas être un Pardaillan. Et il erre souvent, avec son chapeau à plume imaginaire, parmi les rayonnages d’un bouquiniste. Il est facile de le reconnaître au sourire mélancolique qui flotte sur ses lèvres et à son chapeau imaginaire[12]. »

Adaptations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. La Saint-Barthélemy dans les Pardaillan, Oratoire du Louvre
  2. Alain Pessin et Patrice Terrone, Littérature et anarchie, Presses universitaires du Mirail,‎ 1er janvier 1998, 543 p. (lire en ligne), p.179
  3. Premier titre : Par le fer et par l'amour, deuxième titre : Le Chevalier de Pardaillan.
  4. Celui-ci, publié dans la même édition que le précédent, ne prendra son titre actuel qu'à partir de 1942.
  5. a et b Zévaco, sur Le Roman d'aventures
  6. Dossier Zévaco sur Encres vagabondes.
  7. Les Pardaillan, chap. XXXII
  8. a et b Les Pardaillan, chap. XXVIII
  9. Les Pardaillan, chap. XXXIX
  10. Les Pardaillan, chap. XXX
  11. Jean-Paul Sartre, Les mots.
  12. Ahmed Altan sur Le Roman d'aventures

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]