Les Nouveaux Chiens de garde (film)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur les redirections Cet article concerne le film. Pour le livre, voir Les Nouveaux Chiens de garde.

Les Nouveaux Chiens de garde

Réalisation Gilles Balbastre
Yannick Kergoat
Scénario Serge Halimi
Pierre Rimbert
Renaud Lambert
Gilles Balbastre
Yannick Kergoat
Sociétés de production JEM productions
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre documentaire
Sortie 2012
Durée 104

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Les Nouveaux Chiens de garde est un film documentaire réalisé par Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, sorti en France le 11 janvier 2012. Il s'agit d'une libre adaptation au cinéma de l'essai du même nom de Serge Halimi (paru en 1997 et réédité dans une version actualisée en 2005). Le film, comme le livre, explore les collusions entre les médias français et le pouvoir politique.

Le film fait l'objet d'un suivi particulier de la part de ses réalisateurs et sympathisants, puisqu'il est régulièrement projeté dans des salles françaises et belges, et suivi de débats[1].

Synopsis[modifier | modifier le code]

Les médias se proclament « contre-pouvoir ». Pourtant, la grande majorité des journaux, des radios et des chaînes de télévision appartiennent à des groupes industriels ou financiers intimement liés au pouvoir. Au sein d’un périmètre idéologique minuscule se multiplient les informations pré mâchées, les intervenants permanents, les notoriétés indues, les affrontements factices et les renvois d’ascenseur.

En 1932, Paul Nizan publiait Les Chiens de garde pour dénoncer les philosophes et les écrivains de son époque qui, sous couvert de neutralité intellectuelle, s’imposaient en gardiens de l’ordre établi. Aujourd’hui, les chiens de garde, ce sont ces journalistes, éditorialistes et experts médiatiques devenus évangélistes du marché et gardiens de l’ordre social. Sur le mode sardonique, Les Nouveaux chiens de garde dresse l’état des lieux d’une presse volontiers oublieuse des valeurs de pluralisme, d’indépendance journalistique et d’objectivité qu’elle prétend incarner. Le film pointe la menace croissante d’une information pervertie en marchandise, et dénonce la collusion entre les élites politiques, médiatiques et financières, en prenant pour exemple le Club du Siècle.

Le film est construit sur de nombreux extraits d’émissions de télévision ou de radio, des animations infographiques et des analyses par le journaliste de France 3 Michel Naudy, les économistes Jean Gadrey et Frédéric Lordon, Henri Maler animateur d’Acrimed et le sociologue François Denord[2].

Fiche technique[modifier | modifier le code]

  • Titre : Les Nouveaux Chiens de garde
  • Réalisation : Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, d'après Les Nouveaux Chiens de garde de Serge Halimi
  • Scénario : Serge Halimi, Pierre Rimbert, Renaud Lambert, Gilles Balbastre, Yannick Kergoat
  • Musique originale : Fred Pallem
  • Image : Guillaume Deffontaines, Laurent Fenart, Alberto Marquardt
  • Montage : Marie-Pierre Camus, Yannick Kergoat
  • Production : Jacques Kirsner, Anne Marie Marsaguet
  • Studio de production : JEM productions
  • Distribution : Epicentre Films (France, sortie en salles)
  • Pays : Drapeau de la France France
  • Langue : français
  • Date de sortie : Drapeau de la France France : 11 janvier 2012
  • Durée : 104 minutes
  • Format : couleur

Production[modifier | modifier le code]

Le film est présenté dans plusieurs festivals de cinéma en France pendant les mois qui précèdent sa sortie en salles : au festival Paris Cinéma en juillet 2011, au Festival du film de Valenciennes en octobre, et au festival international du film d'Amiens en novembre[3].

Accueil critique[modifier | modifier le code]

À sa sortie en janvier 2012, le film reçoit dans la presse un accueil assez favorable, mais allant du très favorable au très médiocre.

Les critiques les plus positives louent l'aspect salutaire de la démarche du documentaire. Dans Le Parisien[4], Pierre Vavasseur donne au film deux étoiles sur trois, et estime que « ce documentaire qui ne caresse pas les choses dans le sens du poil apprendra bien des choses au commun des mortels ». Dans Le Journal du dimanche[5], Danielle Attali rapproche la démarche du documentaire de celle des films de Michael Moore et voit dans le film « un documentaire féroce et drôle, qui veut aussi secouer notre sens critique. C’est fait. »

Les critiques plus en demi-teinte, tout en appréciant la démarche, reprochent au film de passer sous silence les développements les plus récents des collusions entre le pouvoir et les médias, et parfois de manquer de nuance. Dans Les Inrockuptibles[6], Jean-Marie Durand resitue le documentaire dans la lignée de la critique radicale des médias déployée par les médias alternatifs comme Acrimed ou les documentaires de Pierre Carles. Il indique que « rien de très nouveau ne sort de ce discours balisé depuis le milieu des années 90 : la mainmise sur les grands médias des puissants groupes industriels et financiers (Bouygues, Bolloré, Dassault, Lagardère, Pinault, Arnault…), l’absence de pluralisme de la pensée… », et reproche au film d'oublier, dans sa fixation sur les usages dévoyés des élités médiatiques, « la réalité plus vaste du travail des “dominés” du champ journalistique (c’est-à-dire la quasi-majorité des journalistes) » mais il apprécie le « récit nerveux et énervé, dont l’efficacité narrative tient à l’implacable effet de démonstration par l’image », la réelle analyse politique, ainsi que « de vrais tours de force, entre esprit potache (...) et pure déconstruction analytique ». Dans L'Express, Éric Libiot indique que « Ce doc ne fait pas dans la dentelle et atteint parfois son but », et se réjouit de la vicacité du débat auquel il invite, mais s'interroge sur le tutoiement des interviewés par les documentaristes, signe potentiel d'un manque d'objectivité selon lui. Dans Libération[7], Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts indiquent que le film « est bel et bien la mise en images du pamphlet d’Halimi, d’ailleurs coscénariste, ni moins ni beaucoup plus », et, tout en appréciant que « l’image, l’archive et le montage étoffent le propos », reproche au film de « [rester] souvent au ras de l’enluminure, animation un peu bébête à l’appui, des écrits d’Halimi », et de n'épingler que des figures déjà largement critiquées, sans renouveler la critique (le documentaire est comparé, à sa défaveur, à Fin de concession de Pierre Carles) et en oubliant Nicolas Sarkozy, « immense absent » du documentaire alors qu'il a selon eux « légitimé le statut de chien de garde (...) en s’attribuant la nomination des présidents de l’audiovisuel public ». Dans Télérama[8], Mathilde Blottière estime que le film « redonne un sacré coup de fouet » à l'exercice de la critique des médias, grâce à l'alternance entre analyses d'économistes et images d'archives, mais regrette elle aussi que les nouvelles générations n'aient pas été autant visées que les anciennes.

Parmi les critiques les plus défavorables, Jacques Mandelbaum, dans Le Monde[9], estime que « Nombre d'arguments, frappés au coin du bon sens ou nourris par la pensée critique du sociologue Pierre Bourdieu, portent », et que les exemples cités appellent le débat. Il pense cependant que « Si le film, dont le spectre va de TF1 au Monde, se maintenait à cette hauteur-là, on ne pourrait que se féliciter du rôle d'aiguillon qu'il se propose de jouer. Le problème, c'est que les auteurs troquent souvent l'aiguillon contre la massue. », tant dans le fond de leur propos (entièrement à charge) que dans la forme du documentaire, auquel il reproche de conférer aux images délibérément isolées un sens trompeur et de généraliser à partir d'exemples de fautes professionnelles sans les nuancer par des exemples de comportements corrects.

Affaire Naudy[modifier | modifier le code]

Michel Naudy, qui contribue au film par un grand nombre d'interventions, où il dénonce de manière véhémente un système qu'il connait de l'intérieur, est retrouvé à son domicile avec une balle dans la tête le 3 décembre 2012, un peu plus d'un an à peine après la sortie du film.

Son engagement politique durant toute sa carrière, au cours de laquelle il a notamment la complicité entre polices et (faux)-casseurs en 1986[10], ou encore les conditions d'attribution de marchés publics de la communauté de communes de la vallée d'Ax en 2009, l'a mené à être mis au placard pendant 17 ans au sein de la chaîne France 3[11]. Salarié par la chaîne, il avait conservé le statut de rédacteur en chef national, sans affectation. Malgré ses demandes répétées, et ses passages en commissions paritaires, aucun poste ne lui a jamais été confié.

La piste du suicide est privilégiée par la gendarmerie, puis confirmée. Pourtant, certains de ses amis avaient soulevé la possibilité d'un assassinat, poussés notamment par la phrase qu'il aurait lancée à Jean-Pierre Petitguillaume[12] quelques temps auparavant : « Si un jour tu apprends que je me suis suicidé, demande une enquête. ».

Distinctions[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Le film remporte deux prix au Festival « 2 cinéma » de Valenciennes en octobre 2011 : le Prix du jury, catégorie documentaires, et le Prix du public, catégorie documentaires[13].

Nomination[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Liste des projections-rencontres http://www.lesnouveauxchiensdegarde.com/
  2. Renaud, « Les Nouveaux Chiens de Garde, par Gilles Balbastre et Yannick Kergoat (2012) », sur www.je-mattarde.com,‎ 13 janvier 2012 (consulté le 24 janvier 2012).
  3. Page « Dates de sorti »e du film sur l'Internet Movie Database. Page consultée le 15 janvier 2012.
  4. « Les Nouveaux Chiens de garde : mordant », article de Pierre Vavasseur dans Le Parisien le 11 janvier 2012. Page consultée le 15 janvier 2012.
  5. Critique du film par Danielle Attali dans Le Journal du dianche le 8 janvier 2012. Page consultée le 15 janvier 2012.
  6. Critique du film par Jean-Marie Durand dans Les Inrockuptibles le 10 janvier 2012. Page consultée le 15 janvier 2012.
  7. Toutou sur les médias, article de dans Libération le 11 janvier 2012. Page consultée le 15 janvier 2012.
  8. Critique du film par Mathilde Blottière dans Télérama le 11 janvier 2012. Page consultée le 15 janvier 2012.
  9. [« Les Nouveaux Chiens de garde : en surveillant les surveillants », article de Jacques Mandelbaum dans Le Monde du 10 janvier 2012]. Page consultée le 15 janvier 2012.
  10. Dernière émission de Taxi avant suppression : les images montrant une complicité entre la police et des casseurs, ainsi qu'une troupe de pseudo-civils tous habillés avec blouson et casque de moto, sortant en rang et au pas de la mairie de Paris
  11. http://www.plumedepresse.net/michel-naudy-mort-du-prisonnier-politique-de-france-television/
  12. https://sites.google.com/site/turbulences09/michel-naudy
  13. Distinctions du film sur AlloCiné. Page consultée le 15 janvier 2012.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sites officiels du film :

Autres sites :