Les Mandarins

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Les Mandarins
Auteur Simone de Beauvoir
Genre roman
Pays d'origine Drapeau de la France France
Éditeur Gallimard
Collection Blanche
Date de parution
Nombre de pages 579
ISBN 2070205150

Les Mandarins est un roman de Simone de Beauvoir publié le aux éditions Gallimard et ayant obtenu le prix Goncourt la même année. Il est dédicacé à Nelson Algren, un écrivain communiste américain avec lequel Beauvoir entretenait une intense relation depuis 1949.

Résumé[modifier | modifier le code]

Dans ce roman Simone de Beauvoir met en scène un groupe d'intellectuels parisiens qui confrontent leurs réflexions sur la société française en 1944 au sortir de la Seconde Guerre mondiale, qui s'apprête à entrer dans la période de la Guerre froide et de la Guerre d'Algérie. Le récit est mené alternativement à la première personne par deux narrateurs : Anne Dubreuilh est une psychiatre et l'épouse d'un grand écrivain engagé Robert Dubreuilh mentor en littérature et politique de l'autre personnage principal du roman Henri Perron. Celui-ci, âgé d'une bonne trentaine d'années, est un résistant, écrivain et dirigeant d'un journal de gauche, intitulé L'Espoir, né dans la clandestinité de 1943. Il vit avec Paule, sa compagne de dix ans, qu'il n'aime plus et qui tente désespérément de sauver leur couple en niant les évidences et en acceptant toutes les demandes d'Henri qui vit des histoires amoureuses, déserte le foyer, et s'investit tout entier dans son travail de directeur de la publication. Le journal lutte en effet financièrement pour sa survie et politiquement pour son indépendance, cherchant à se démarquer des communistes et à proposer une alternative sans renier leur appartenance à la gauche. Dubreuilh réussit à convaincre Henri d'allier l'Espoir au tout jeune parti de gauche S.R.L., qu'il vient de fonder, afin d'aider le mouvement à diffuser ses idées auprès des masses ouvrières pour les élections de 1946, tout en laissant l'absolu contrôle et l'indépendance de la ligne éditoriale à son directeur. Dans leur cercle d'intellectuels de gauche du Paris de l'après-guerre, les débats d'idées et de morale se font violents parmi ses jeunes gens engagés vers une cause commune durant la guerre et qui se trouvent maintenant en position de devoir choisir leur camp entre l'idéal communiste incarné par l'URSS victorieuse de la barbarie nazie, mais sous la coupe de Staline, et le capitalisme libéral américain qui selon eux asservit les travailleurs.

En 1947, Henri décide de publier un article dénonçant les camps de travail forcé en Union soviétique et finit par rompre les liens entre le journal et le S.R.L sur un mensonge visant à lui faire croire que Dubreuilh est membre du PCF. Sa rupture avec son mentor le laisse d'autant plus amer qu'au même moment sa vie intime avec Paule, qui devient de plus en plus délirante, prend définitivement fin et qu'il entame une liaison avec Josette, une très jeune femme, qu'il a rencontré à l'occasion d'un diner et dont la mère lui assure son soutien financier pour monter la pièce de théâtre qu'il vient d'écrire en échange du rôle principal pour sa fille. Henri finit par se prendre de passion charnelle pour Josette, délaisse ses anciens amis, et semble renier les idéaux qui furent les siens jusqu'au jour où il découvre que celle-ci et sa mère furent soupçonnées de collaboration avec les Allemands.

De son côté, Anne Dubreuilh, à l'occasion d'un voyage professionnel aux États-Unis, fait la rencontre d'un écrivain de Chicago, Lewis Brogan, dont elle tombe passionnément amoureuse après tant d'années de vie sage et platonique aux côtés de son mari. Ce sera une intense période de vie commune pour les deux amants qui doivent se séparer après quelques mois. Anne retourne en France en promettant de revenir l'année suivante.

Analyse[modifier | modifier le code]

Quoi que l'éditeur ait pu imprimer en quatrième de couverture lors de la sortie du roman, ce roman est largement inspiré de la vie de Simone de Beauvoir et de ses proches. Anne Dubreuilh est une femme intellectuelle très présente aux côtés de son mari, écrivain très engagé à gauche en politique qui pourrait être Jean-Paul Sartre. Henri Perron, quant à lui, fait clairement penser à Albert Camus qui fonda le quotidien clandestin indépendant Combat en 1943 et fut très proche de Sartre à partir de 1944.

De la même manière, la brouille entre Dubreuilh et Perron n'est pas sans rappeler celle qui se produisit entre Sartre et Camus en 1952 après la publication d'un article du premier attaquant le second. À travers son roman, Simone de Beauvoir évoque aussi sa relation passionnelle avec celui à qui est dédicacé l'ouvrage, Nelson Algren, se reconnaissant facilement sous les traits du personnage de Lewis Brogan. Parmi les éléments autobiographiques, on trouve la narration du voyage qu'ils ont effectué ensemble en Amérique latine, l'importance de l'anneau qu'Algren/Brogan offre à Anne/Beauvoir (et avec lequel elle est enterrée)…

Le thème central du roman est la description du rôle de l'intellectuel français engagé dans les luttes politiques et ses moyens d'action pour la diffusion de ses idées dans une société meurtrie par la guerre et la découverte de la Shoah, consciente des conséquences des bombardements de Hiroshima et Nagasaki, devant se positionner par rapport aux nouveaux grands équilibres qui vont gérer le monde dans les années à venir. Cette position est fragile et selon Beauvoir semble vouée à une certaine futilité :

« Henri ne trouvait pas ça satisfaisant du tout ; il n'aimait pas penser que d'un bout à l'autre de cette affaire il avait été mené en bateau. Il avait eu de grands débats de conscience, des doutes, des enthousiasmes, et d'après Dubreuilh les jeux étaient faits d'avance. Il se demandait souvent qui il était ; et voilà ce qu'on lui répondait : il était un intellectuel français grisé par la victoire de 44 et ramené par les événements à la conscience lucide de son inutilité[1]. »

Commentaires critiques[modifier | modifier le code]

  • « Si roman il y a, il s'agit d'un roman à clef largement biographique. Qui ne reconnaîtrait en effet dans les deux personnages principaux Jean-Paul Sartre et Albert Camus au temps de leur belle amitié puis au temps de leur querelle et de leur brouille. "Mais qu'est-ce qu'une brouille entre amis" s'interrogeait malicieusement Jean-Paul Sartre. » Le Figaro[précision nécessaire]
  • « Dans ce roman, on peut légitimement se demander si Simone de Beauvoir ne règle pas certains comptes, solde de tout compte en quelque sorte qui donne une idée sans doute partielle et partiale des relations entre les deux hommes[2]. »
  • « Voici que rebondit la Défense de l'Homme révolté alors qu'on pensait la longue querelle née de la publication de l'essai camusien, révolue. C'est Simone de Beauvoir avec ses Mandarins qui la relance à sa façon avec ses personnages où l'on reconnaît sans peine Jean-Paul Sartre et Albert Camus. Sans vouloir relancer cette querelle, on peut toutefois remarquer que Simone de Beauvoir n'était pas la mieux placée pour avoir l'objectivité nécessaire pour brosser un tableau réaliste de l'époque et de leurs relations[3]. »
  • « Le personnage de Perron, écrit Simone de Beauvoir, est un ancien résistant, écrivain et dirigeant d'un journal de gauche né de la clandestinité en 1943. Personnage qui a d'étranges ressemblances avec Camus. De plus, c'est une espèce de dandy qui trompe sa femme Paule qui fait tout pour le garder. Ce dernier point est le plus gênant parce qu'il se présente comme une intrusion dans la vie intime de Perron-Camus[4]. »

Éditions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les Mandarins, éditions Gallimard, 1954, p. 487.
  2. Chronique de Claude Bourdet dans l'Observateur, janvier 1955.
  3. Le Libertaire, décembre 1954
  4. Le Monde libertaire numéro spécial, janvier-mars 1955.
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Prix Goncourt
1954
Les Eaux mêlées de Roger Ikor