Les Litanies de Satan

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Couverture des Fleurs du Mal par le peintre allemand Carlos Schwabe, édition de 1900.

Les Litanies de Satan est un poème de Charles Baudelaire, l'un des trois publiés dans la partie Révolte des Fleurs du mal. Sa date d'écriture est inconnue, mais rien n'indique qu'il ait été composé à un autre moment que le reste de l'œuvre[1].

Description[modifier | modifier le code]

Le poème est une abjuration de la religion et en particulier du catholicisme[2].

Il inclut une inversion blasphématoire du Kyrie Eleison et du Gloria, éléments de la messe catholique[3], ou bien substitue Satan à Marie dans la liturgie qui lui est consacrée[4].

Le poète éprouve de la sympathie pour Satan, qui lui aussi a connu l'injustice[5] et est capable de pitié pour ceux qui sont exclus.

Baudelaire et Satan[modifier | modifier le code]

Représentation de Satan dans la poésie du XIXe siècle, ici la couverture de Mario Rapisardi, Lucifero (postérieur aux Fleurs du Mal).

Pour des raisons politiques, Baudelaire dut faire précéder le poème d'une note expliquant qu'il n'avait pas fait allégeance personnelle à Satan[6].

C'est le seul poème de Baudelaire qui place Satan dans le titre ; cependant, le premier poème des Fleurs du Mal contient déjà le ver « C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent. »[7].

Lorsque Gustave Flaubert reproche à Baudelaire d'avoir « insisté trop sur l'Esprit du Mal », le poète répond « J’ai été frappé de votre observation, et, étant descendu très sévèrement dans le souvenir de mes rêveries, je me suis aperçu que, de tout temps, j’ai été obsédé par l’impossibilité de me rendre compte de certaines actions ou pensées soudaines de l’homme, sans l’hypothèse de l’intervention d’une force méchante, extérieure à lui. »[8]. Baudelaire croirait donc en une certaine existence d'une incarnation du mal. Jonathan Culler qualifie cette attitude de « réactionnaire »[Note 1] au sein du XIXe siècle, par opposition à son image d'homme moderne[9].

Réception[modifier | modifier le code]

Algernon Swinburne y voit la clé des Fleurs du mal[10],[4].

Nonobstant la précaution de l'ajout de la note d'avertissement, le poème est cité dans le réquisitoire du procureur au procès des Fleurs du mal comme une atteinte à la morale religieuse. Toutefois, Charles Baudelaire et les éditeurs ne seront finalement condamné que pour outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs et relaxés pour l'outrage à la morale religieuse, le procureur reconnaissant que si le premier est indubitablement constitué, l'auteur a pu « faire de l’étrange plutôt que du blasphème », sans qu'il aie l'intention du blasphème et s'en remettant au tribunal. Les Litanies de Satan ne sera pas repris dans la liste de ceux contenant un outrage à la morale publique, et ne fait pas partie des pièces censurées[Note 2],[11],[12],[13].

Le poème est resté jusqu'à nos jours une source d'inspiration pour les satanistes[14].

Œuvres dérivées[modifier | modifier le code]

En musique[modifier | modifier le code]

Après une première mise en musique avant-gardiste en 1979, le poème a inspiré divers groupes de metal au début des années 2000. Plus récemment, une version classique a été proposée sur une musique classique religieuse.

Diamanda Galàs au QE Hall de Londres en 2008.
Theatres des Vampires en concert. À l'avant plan, la chanteuse du titre Les Litanies de Satan, Sonya Scarlet.

Version de Diamanda Galàs[modifier | modifier le code]

La soprano Diamanda Galàs en 1979 est la première à mettre en musique sur un support dont une trace nous est parvenue le poème. Elle est considérée comme provocatrice, et passe quelques séjours en hôpital psychiatrique.

Ce morceau sera utilisé dans le film français de 2002 Bloody Mallory.

En 2011, lors de sa dixième édition, le LUFF - Lausanne Underground Film and Music Festival - en diffuse une version filmée[15].

Version de Theatres des Vampires[modifier | modifier le code]

Le groupe de Gothic metal italien Theatres des Vampires[Note 3] réalise une version musicale du poème, et le publie en 2001 sur la dernière piste de l'album Bloody Lunatic Asylum. La Sonate au clair de lune de Beethoven est choisie comme support. Les nombreux « Ô Satan, prends pitié de ma longue misère! » issus du Kyrie entrecoupant le poème sont omis.

Le tempo est calme, la partie instrumentale met en valeur le piano, la diction du poème en français par la chanteuse alors secondaire du groupe, Sonya Scarlet, s'étend sur la majeure partie des quatre premières minutes du titre, accompagnée des chuchotements d'un chœur, d'effet identique à ceux des personnages incarnant des vampires sur d'autres titres du groupe ; à la fin du titre, le murmure continue une trentaine de seconde avant de laisser la place au piano seul.

Versions black metal des années 2000[modifier | modifier le code]

Toujours en 2011, Ancient Rites, groupe belge alors de black metal[Note 4], s'inspire du poème pour son titre Exile sur l'album Dim Carcosa[16]. Le titre reprend des thèmes du poème, mais offre des paroles originales.

Un an plus tard, le groupe de black metal Necromentia réalise une version cette fois-ci sur une musique metal, et la diction associée, pour l'album Cults Of The Shadow[17]. Les paroles utilisent une traduction en anglais, langue du groupe.

Version de Thierry Escaich[modifier | modifier le code]

Thierry Escaich composant le Scherzo fantasque pour deux pianos et orchestre.

Thierry Escaich en 2006 réalise une version classique, en chant d'ensemble, sur une musique religieuse. Il nomme le titre Ad Ultimas Laudes (pour 12 voix mixtes), sur son album Exultet : Oeuvres pour ensemble vocal.

Au cinéma[modifier | modifier le code]

En 1990, le réalisateur Jean-Daniel Pollet fait lire dans son film Contretemps à Philippe Sollers le poème[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. Culler considère que de par cette affirmation, le poète se présente comme “a refractory reactionary”.
  2. Le seront : Les Bijoux, Le Léthé, À celle qui est trop gaie, Lesbos, Femmes damnées et Les Métamorphoses du vampire.
  3. Il s'agit de l'orthographe du nom officiel du groupe, sans diacritique. Le titre du groupe est tiré du « Théâtre des Vampires » (au singulier) des romans d'Anne Rice.
  4. Par la suite, le groupe s'est réorienté vers le folk metal.
Références
  1. Enid Starkie, Baudelaire, G.P. Putnam's sons,‎ 1933 (lire en ligne)
  2. (en) Gilbert Debusscher, Henry I. Schvey et Marc Maufort, New essays on American drama, Amsterdam, Rodopi,‎ 1989 (ISBN 978-90-5183-107-8, LCCN 90113924, lire en ligne), p. 16
  3. (en) James R. Lawler, Poetry and moral dialectic: Baudelaire's "secret architecture", Madison, Fairleigh Dickinson Univ Press,‎ 1997 (ISBN 978-0-8386-3758-6, LCCN 97019940, lire en ligne), p. 156
  4. a et b (en) Uppsala universitet, Studia anglistica upsaliensia, Uppsala, Almqvist & Wiksell,‎ 1975 (ISBN 978-91-554-0331-7, LCCN 76460088, lire en ligne)
  5. (en) Robert R. Daniel, The poetry of Villon and Baudelaire: two worlds, one human condition, New York, P. Lang,‎ 1997 (ISBN 978-0-8204-3472-8, LCCN 96024067, lire en ligne)
  6. (en) F. W. Leakey, Baudelaire, Les fleurs du mal, Cambridge, Cambridge University Press,‎ 1992 (ISBN 978-0-521-36116-3, LCCN 91019653, lire en ligne), p. 31
  7. Jonathan D. Culler, Baudelaire's Satanic Verses., Diacritics, 28.3, 1998, pp 86-100. Lire en ligne
  8. Charles Baudelaire, Lettres 1841-1866.
  9. Jonathan D. Culler, Baudelaire's Destruction., MLN 127.4, 2012, pp. 699-711. Lire en ligne
  10. Algernon Charles Swinburne, CHARLES BAUDELAIRE: LES FLEURS DU MAL, The Spectator, n° 1784, 1862.
  11. Le Figaro, 5 juillet 1857
  12. La Revue des Procès contemporains, 1885
  13. Procès des Fleurs du Mal : condamnation et censure de Charles Baudelaire en 1857, France Pittoresque, 27 février 2014
  14. (en) Flowers From Hell: A Satanic Reader
  15. François Barras, Le LUFF fête 10 ans dans la marge, 13 septembre 2011, consulté le 28 mai 2014.
  16. http://www.discogs.com/Ancient-Rites-Dim-Carcosa/master/20337
  17. http://www.discogs.com/Necromantia-Cults-Of-The-Shadow/release/2644468
  18. Philipe Sollers et al., La divine perception in Reliance, 2007/3 (n° 25), pp. 25-33. Lire en ligne. DOI : 10.3917/reli.025.0025. Entretien de Philippe Sollers conduit par Mouloud Boukala. Conçu et retranscrit par ce dernier ainsi que par Charles Gardou.
Référence de traduction

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Les Litanies de Satan » (voir la liste des auteurs)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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