Les Dieux du stade (film)

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Les Dieux du stade

Titre original Olympia
Réalisation Leni Riefenstahl
Pays d’origine Flag of German Reich (1935–1945).svg Allemagne
Genre Documentaire
Sortie 1938
Durée 201 à 220 min. (selon versions)

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Les Dieux du stade (titre original allemand : Olympia) est un film documentaire allemand en deux parties tourné par Leni Riefenstahl en 1936 lors des Jeux olympiques d'été de 1936 et sorti le 20 avril 1938.

Genèse du film[modifier | modifier le code]

Déjà auteur du documentaire controversé Le Triomphe de la volonté (1934), Leni Riefenstahl est le maître d'œuvre de ce film. Hitler apprécie beaucoup le travail avant tout esthétique de cette cinéaste et il lui demande de réaliser une œuvre sur les Jeux olympiques se tenant quelques mois plus tard à Berlin. Riefenstahl, qui avait déjà traîné des pieds pour réaliser Le Triomphe de la volonté, exige des moyens exceptionnels pour réaliser une œuvre novatrice. Hitler lui donne les pleins pouvoirs permettant à la réalisatrice de trouver des angles inédits, de travailler sur les ralentis et d'expérimenter des caméras en mouvement. L'équipe du film comprend plus de 300 personnes dont 40 cameramen. Ces derniers travaillent plusieurs mois avant les débuts des compétitions afin de mettre au point des techniques inédites, comme la caméra catapulte pour les épreuves de saut, ou la mise en place de rails de travelling le long des pistes d'athlétisme. Le budget du film est de 1,8 million de Reichsmarks, entièrement couvert par le régime nazi.

Le film[modifier | modifier le code]

« Si vous êtes un idéaliste, vous y verrez de l'idéalisme ; si vous êtes un classique, vous verrez dans ses films une ode au classicisme ; si vous êtes un nazi, vous y verrez du nazisme. »

— Jonas Mekas, 1974

La première partie s'intitule Fête des peuples (Fest der Völker) et la deuxième Fête de la beauté (Fest der Schönheit). Le montage a duré quinze mois. Conservant moins de 10 % des images filmées au cours des deux semaines de compétitions, Riefenstahl met particulièrement l'accent sur l'esthétisme des corps. La technique de la contre-plongée décuple la stature des athlètes tandis que les images en mouvement, en travelling ou autre, sont très novatrices et fixent la base des règles de prises de vue des compétitions sportives.

Après la clôture des Jeux, Riefenstahl a demandé à quelques sportifs de rééditer les gestes accomplis lors de la compétition, principalement pour pouvoir filmer sous des angles de prise de vue impossible à prendre lors des compétitions. C'est ainsi que dans certaines séquences du film, notamment lors du saut en hauteur, les gradins et tribunes sont complètement vides.

Le film est sorti en trois versions, en langue allemande, anglaise et française. Quelques légères différences de traduction marquent ces trois versions. De plus, Riefenstahl retoucha son film après sa sortie, ainsi plusieurs versions circulèrent.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Sortie et réception du film[modifier | modifier le code]

Le film est présenté le 20 avril 1938, le jour de l'anniversaire du Führer. Goebbels est tellement impressionné par le travail de Riefenstahl qu'il lui fait verser une prime de 100 000 Reichsmarks qui s'ajoutaient aux 250 000 RMS touchés initialement.

Le film reçoit le Deutschen Filmpreis 1937/38, le prix suédois Polar-Preis 1938, une médaille d'Or olympique du Comité international olympique en 1938 et un diplôme olympique en 1948 au Festival de Lausanne. Olympia est également récompensé d'une Coupe Mussolini lors du Festival de Venise, suite à une intervention directe de Benito Mussolini alors que le jury hésitait entre Olympia et Autant en emporte le vent.

Suite aux événements de l'année 1939 impliquant le régime nazi, un boycott des films de Riefenstahl est organisé par Hollywood.

Après la Seconde Guerre mondiale, le film est avant tout considéré comme une œuvre de propagande du Troisième Reich. Plus tard, dans les trois dernières décennies du XXe siècle, les qualités techniques et esthétiques d'Olympia trouvent davantage d'écho, marquant la réhabilitation de Leni Riefenstahl en tant que cinéaste. La revue Les Cahiers du cinéma accorde une interview à Riefenstahl dès septembre 1965. Plusieurs auteurs soutiennent cette évolution, notamment Jonas Mekas, qui écrit en 1974 : « Et voici ma dernière déclaration à propos des films de Riefenstahl : si vous êtes un idéaliste, vous y verrez de l'idéalisme ; si vous êtes un classique, vous verrez dans ses films une ode au classicisme ; si vous êtes un nazi, vous y verrez du nazisme. »[1].

Dans ses Mémoires, Riefenstahl précise : « J'ai tourné Olympia comme une célébration de tous les athlètes et un rejet de la théorie de la supériorité de la race aryenne. »[2]. L'athlète noir américain Jesse Owens est présent dans le film, tout comme l'ensemble des autres vainqueurs « non aryens », mais certains auteurs font remarquer à propos des images d'Olympia : « Elles montrent, avec un pouvoir de séduction intemporel, l'être humain comme une forme pure, défini par ses seules attitudes et ses attributs identitaires, et non sa capacité à exister comme individu »[2].

De par les techniques qui s'y trouvent utilisées et la présentation des performances des athlètes, Olympia peut être considéré comme un documentaire précurseur des retransmissions télévisées actuelles (si l'on met de côté les séquences esthétisantes comme les introductions ou celles dévolues à la gymnastique, à l'escrime et aux plongeons). Il est d'ailleurs extrêmement difficile à voir en salle ou en vidéo. Riefenstahl montre en détail les exploits d'Owens mais aussi, de manière plus étonnante, des défaites allemandes comme celle du match de hockey sur gazon où l'Inde gagne 8 à 1. Tout aussi étonnant est le fait que l'hymne le plus entendu à l'écran est l'hymne des États-Unis et non celui de l'Allemagne. Seule concession réelle à l'idéologie : les athlètes français, britanniques ou du Commonwealth sont peu représentés (malgré la victoire française en cyclisme montrée en détail).

Les droits du film sont rachetés en 2003 par le Comité international olympique.

En 2005, Time.com classe ce film parmi les 100 meilleurs films de tous les temps[3].

Séquences célèbres[modifier | modifier le code]

Certaines scènes sont particulièrement marquantes :

En un sens, la cinéaste officielle du IIIe Reich inventa la télévision. Des dizaines d'opérateurs, un budget inouï, près de deux ans de montage, une technologie révolutionnaire (dont l'emploi quasi systématique du téléobjectif) pour une version très typée de l'olympisme. À remarquer le kitsch des scènes grecques et la séquence du triomphe de Jesse Owens où la réalisatrice, dans une inversion remarquable des intentions, met toute sa technique au service d'un évident ennemi de la cause raciale.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michael Mackenzie, From Athens to Berlin: The 1936 Olympics and Leni Riefenstahl’s Olympia, in: Critical Inquiry, vol. 29 (Winter 2003)

Documentaire[modifier | modifier le code]

En mars 2013, dans la série Mystères d'archives, la chaîne Arte a diffusé un épisode intitulé 1936. Les Jeux de Berlin[4] où les innovations techniques imaginées par Leni Riefenstahl sont mises en évidence.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Fascinating Fascism par Susan Sontag dans The New York Review of Books, le 6 avril 1975. Consulté le 10 avril 2008.
  2. a et b coll., Les Jeux olympiques, Paris, L'Équipe, 2003, p.181
  3. (en) All-Time 100 Movies sur le site de Time magazine. Consulté le 10 avril 2008.
  4. 1936. Les Jeux de Berlin émission de la chaîne Arte, présentation avec des extraits de l'émission.