Les Deux Plateaux

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Les Deux Plateaux
Artiste Daniel Buren
Date 1986
Type Marbre blanc et noir, plan d'eau
Technique Installation (art)
Localisation Cour d'honneur du Palais-Royal, Paris (France)
Coordonnées 48° 51′ 49″ N 2° 20′ 13″ E / 48.86361, 2.33694 ()48° 51′ 49″ N 2° 20′ 13″ E / 48.86361, 2.33694 ()  

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Les Deux Plateaux

Géolocalisation sur la carte : 1er arrondissement de Paris

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Les Deux Plateaux

Les Deux Plateaux, communément appelée « colonnes de Buren », est une œuvre d'art de Daniel Buren réalisée avec l'aide de Patrick Bouchain dans la cour d'honneur du Palais-Royal à Paris, en France, aux abords immédiats du ministère de la Culture et de la Comédie-Française.

L’œuvre[modifier | modifier le code]

En lieu et place de ce qui servait de parking pour les institutions attenantes, Daniel Buren a conçu une œuvre au caractère volontairement urbain (asphalte et caillebotis métalliques…), que le public investirait librement — ce qui s’est effectivement produit, donnant un contraste avec le sérieux du lieu : il s'agit d'un lieu parlementaire[pas clair] où le public se comporte comme des enfants en escaladant des colonnes, qui plus est des colonnes en marbre de Carrare. Les colonnes emblématiques de son œuvre, aux rayures blanches et noires sont construites en marbre et introduites dans cet espace, de façon dynamique, leur hauteur variant, en écho à la galerie préexistante.

L'œuvre est faite en marbre de Carrare et en marbre noir des Pyrénées, qui sont considérés comme les matériaux les plus nobles de la sculpture (utilisés par exemple par Michel-Ange dans la chapelle Sixtine, ou par Rodin) et sont une référence à la statuaire antique. La façon dont sont disposées les colonnes forme une sorte de damier : peut-être est-ce une référence au jeu. Elles sont toutes alignées : là encore, une référence à l'architecture antique du lieu. Les colonnes sont dans des tranchées en référence à l'histoire du lieu, qui fut auparavant, en 1899, transformé en une usine électrique semi-enterrée.

Sous cette construction, on entend l'eau qui coule : Buren donne ainsi une autre perception du lieu, une perception sensitive.

Historique[modifier | modifier le code]

L'installation fut commandée en 1985 par le ministère de la Culture, alors dirigé par Jack Lang, pour occuper la place d'un parking.

L'œuvre, qui occupe les 3 000 m2 de la cour, est constituée d'un maillage de 260 colonnes de marbre blanc zébré de noir, de tailles différentes. Elle est conçue comme un ouvrage en deux plans, l'un au niveau de la cour, l'autre en sous-sol avec à l'origine un plan d'eau reflétant visuellement et de façon sonore le niveau supérieur.

Le projet, achevé en 1986, provoque de nombreuses polémiques à tout niveau, en particulier médiatiques, avec la publication de près de 225 articles dans 45 journaux ou revues, le journal Le Figaro étant en première ligne[1]. Il a fait l'objet de plusieurs questions lors des séances au Parlement, de nombreux recours en justice, de la création d'associations de défense et de quelques pétitions (dont celle, négative, des membres du Conseil d'État en janvier 1986 et celle, positive, émanant du milieu artistique, en avril 1986)[1]. Le 29 janvier 1986, Jacques Chirac, alors maire de Paris, prend un arrêté municipal imposant l'arrêt des travaux. Cet arrêté fait l'objet de nombreuses procédures aux résultats contradictoires. François Léotard remplace alors Jack Lang au ministère de la Culture et étudie l'hypothèse d'une destruction des travaux en cours. Le 2 mai, Daniel Buren assigne le ministre au tribunal sur le sujet du droit moral de l'artiste sur son œuvre et François Léotard cède sur cet argument, ordonnant l'achèvement des travaux. Les recours juridiques prennent fin seulement en décembre 1992.

Rénovation et polémique[modifier | modifier le code]

Pièces de monnaies au pied d'une des colonnes.

L'alimentation du plan d'eau a cessé de fonctionner en 2000, entraînant entre autres un salissement de la partie souterraine[2].

En décembre 2007, le sculpteur manifeste son indignation face au délabrement de son œuvre, ce qui est juridiquement une atteinte au droit moral de l'auteur, et envisage de demander sa destruction, si des restaurations ne sont pas effectuées rapidement[3],[2]. L'artiste confiait à l'AFP : « C'est une forme de vandalisme, mais c'est du vandalisme d'État »[4]. De plus, il s'indigne de l'état dégradé de l'installation : « il n'y a plus d'eau depuis huit ans » et « C'est un bail pour une pièce qui repose au moins à 50 % sur son côté fontaine. Il n'y a plus d'électricité non plus. » La rénovation pose plusieurs problèmes, notamment au niveau de l'étanchéité du plateau, du fait que trois salles de répétition de la Comédie-Française sont en construction juste en dessous[5].

Le coût de la restauration est estimé à 3,2 millions d'euros (coût final 5,8 millions) pour les colonnes seules, et doit entrer dans un plan plus large de travaux du Palais-Royal de 14 millions d'euros sur la période 2007-2011 mais qui est actuellement non budgétisé[6],[2].

Après les Journées du patrimoine de septembre 2008, une œuvre éphémère de l'artiste intitulée Les Couleurs du chantier sert de palissade de chantier en interdisant au public l'accès aux colonnes. Cette palissade de couleur rouge possède des ouvertures permettant de suivre l'avancée des travaux de rénovation. Pour rappeler les colonnes, l'encadrement des ouvertures est orné de rayures noires et blanches. L'artiste déclare : « J'ai dessiné une palissade spécifique pour protéger le chantier et pour permettre également aux « grands » et aux « plus petits » (les enfants), de suivre ce qui allait se passer à l'intérieur. Bien que cette palissade soit a priori une obligation et qu'elle soit donc conforme aux lois en vigueur, elle sera également ici et pour l'occasion, une œuvre spécifique une sorte de sculpture, dont je suis modestement l'auteur »[5]. La ré-inauguration officielle a eu lieu le , par le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand[7]. L'une de ces colonnes est utilisée par les touristes pour jeter des pièces de monnaie, reprenant ainsi la coutume née à la Fontaine de Trevi à Rome.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Nathalie Heinich, « Buren à Paris, minimalisme et politique », dans L'Art contemporain exposé aux rejets : Études de cas, Jacqueline Chambon, coll. « Rayon art », Nîmes, 1998, 215 p. (ISBN 2-87711-175-X) ; rééd. Hachette littératures, Paris, 2009, coll. « Pluriel / Lettres et arts » (ISBN 978-2-01-279256-2).
  2. a, b et c Harry Bellet, « Selon Daniel Buren, « démolir les colonnes coûterait aussi cher que de les réparer » », Le Monde, 3 janvier 2007.
  3. « Daniel Buren s'indigne du mauvais état des colonnes du Palais-Royal », Libération, 28 décembre 2007.
  4. « Le sculpteur Daniel Buren envisage la démolition de ses « colonnes » à Paris », AFP, 28 décembre 2007.
  5. a et b « Restauration de l'œuvre de Daniel Buren Les Deux Plateaux », ministère de la Culture.
  6. Marie-Douce Albert, « Le plan de l'État pour sauver les colonnes de Buren », Le Figaro, 28 décembre 2007.
  7. « Les colonnes de Buren rénovées », Le Parisien, 3 janvier 2010.

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