Les Chiens de paille

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Les Chiens de paille

Titre original Straw Dogs
Réalisation Sam Peckinpah
Scénario Sam Peckinpah
David Zelag Goodman
d'après Gordon Williams
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Drame
Thriller

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Les Chiens de paille (Straw Dogs), est un film britanno-américain réalisé par Sam Peckinpah, sorti en 1971. Il fait partie avec Délivrance de John Boorman, et Orange mécanique de Stanley Kubrick des trois films emblématiques de l'ultra-violence dans le cinéma américain des années 70. Le film fut controversé à sa sortie dans les salles.

Synopsis[modifier | modifier le code]

David, jeune mathématicien américain, vient habiter avec sa femme dans l'arrière-pays anglais pour se concentrer sur ses recherches. Il engage de jeunes ouvriers du village pour réparer la ferme, qui finissent par tourmenter le couple non violent. Cela s'intensifie lorsqu'ils attaquent la ferme après que David a pris la défense d'Henry Niles, l'idiot du village, accusé de meurtre. David met toute son intelligence au service de sa survie ; retranché dans la ferme, il élabore des pièges qui font de lui l’égal de ses assaillants. Ses convictions non violentes et sa répugnance à tuer sont dissipées par les actes qu’il commet.

Production[modifier | modifier le code]

Scénario[modifier | modifier le code]

En 1970, Sam Peckinpah est proposé pour l'adaptation du roman Délivrance, ce qui sera refusé par les producteurs suite à des dissensions avec la Warner[1]. Finalement c'est John Boorman qui réalisera le film. Le producteur Daniel Melnick lui propose comme nouveau sujet d'adapter le roman The Siege of Trencher's Farm dont il a obtenu les droits. Les scénaristes modifient et prennent des libertés avec l'œuvre de l'auteur écossais Gordon M. Williams (en) en ajoutant une scène de viol et ne gardant du texte original que l'agression du couple et le siège de la ferme. Le titre Straw Dogs (Chiens de paille) est tiré d'une traduction du Dao De Jing[2] :

« Rudes sont le ciel et la terre qui traitent en chiens de paille la multitude d'êtres. Rude est le sage qui traite le peuple en chien de paille. »

— Lao-tseu, verset V du Dao De Jing

Lors de la rédaction du scénario, Peckinpah prend connaissance des écrits de l'anthropologue Robert Ardrey, African Genesis et The Territorial Imperative, dont la thèse principale est que les comportements humains sont mûs par des instincts animaux. Ce postulat servira de base au récit du film[3]. Il ne s'agit pas d'un film sur l'autodéfense, mais d'un film sur une réaction instinctive aux attaques des villageois, par un homme qui au départ refuse de recourir à la violence. Ainsi le viol de la femme du professeur n'est pas le motif du déchaînement de violence de celui-ci, puisque durant tout le récit il ne sait pas que son épouse a été violée[4].

Casting[modifier | modifier le code]

Peckinpah pense pour le rôle du professeur à Jack Nicholson, Beau Bridges, Stacy Keach, Sidney Poitier ou Donald Sutherland et celui de son épouse à Judy Geeson, Jacqueline Bisset, Diana Rigg, Helen Mirren, Carol White, ou Charlotte Rampling, mais c'est Dustin Hoffman qui, intéressé par l'histoire, obtient le rôle, et son épouse est incarnée par une jeune actrice anglaise Susan George contre la volonté de Dustin Hoffman qui trouvait l'actrice trop jeune pour le rôle. Le reste de la distribution est constituée d'acteurs britanniques, avec entre autres David Warner (non crédité au générique), acteur présent dans deux autres films de Peckinpah Un nommé Cable Hogue et Croix de fer. Dustin Hoffman, disciple de la méthode de l'Actors Studio, a lui-même choisi les costumes, et l'allure introvertie qui correspondait à l'idée qu'il se faisait du personnage[5].

Tournage[modifier | modifier le code]

L'équipe tourne en Cornouailles à l'extrême sud-ouest de l'Angleterre. Les extérieurs sont filmés dans le village de St Buryan (en)[6]. Au début du tournage, le directeur de la photographie Brian Probyn est remplacé par John Coquillon[7]. Les conditions de tournage et la pneumonie de Peckinpah, qui continue de diriger tout en s'alcoolisant, vont rendre l'atmosphère du film difficile. Des tensions vont se créer entre les comédiens et le réalisateur. Ainsi Peckinpah refuse d'employer une doublure pour la scène du viol avec Susan George[7].

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

La musique du film est composée par Jerry Fielding, le compositeur attitré des films de Peckinpah, qui composa les musique de La Horde sauvage, Junior Bonner, le dernier bagarreur, Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia, et Tueur d'élite. La composition de Fielding marque une évolution dans le style du musicien, en se tournant vers un langage moderne hérité du sérialisme et de l'atonalité[8]. La musique est marquée par son austérité, et par des références à la musique de Stravinsky et en particulier à l'Histoire du soldat[9].

Bande originale[modifier | modifier le code]

La bande originale du film est dirigée par le compositeur. Elle fut éditée en disque vinyle en 1978, comprise dans une anthologie regroupant quatre musiques de films composées par Fielding Four Film Suites, Straw Dogs, The Mechanic, Lawman, Chato's Land, dix compositions figuraient dans cet album édité par Citadel Records en 1978 (réédité par Bay Cities en 2010). La bande originale a été rééditée intégralement en 2010 par le label indépendant Intrada[10].

Straw Dogs (Original Motion Picture Soundtrack) composition et direction Jerry Fielding, production Douglass Fake et Nick Redman
No Titre Durée
1. Prologue 1:08
2. Amy's Noise 0:55
3. Math Trick / Playing With The Help / Dinner Time 2:50
4. Peeping Toms 2:28
5. Don't Play Games / Window Display 4:33
6. Dead Cat 1:25
7. The Man Trap 4:10
8. Did I Catch You Off Guard? 0:44
9. The Hunting Party 1:47
10. The Infamous Appassionata 8:19
11. Suffering Amy 0:30
12. Trencher's Farm 2:01
13. The Wakely Arms / Janice Hedden's Death 3:42
14. Death Of The Major / Shotgun / David Versus Charlie 2:27
15. I Got 'Em All - David Verses Riddaway 2:22
16. Epilogue 1:47

Réception[modifier | modifier le code]

Controverse[modifier | modifier le code]

Le film provoqua la controverse lors de sa sortie en 1971, principalement à cause de la longue séquence du viol qui constitue la scène centrale du film. Les critiques ont accusé le réalisateur Sam Peckinpah d'idéaliser le viol et de s'engager dans un sadisme misogyne[11], notamment à cause du caractère ambiguë de la scène — après avoir d'abord résisté Amy semble ensuite bienveillante envers son agresseur, cependant elle ressent des flash-back traumatisants. Les défenseurs de Peckinpah affirment que la scène est sans ambiguïté, et que le traumatisme d'Amy est traité avec véracité[12].

Le film a suscité de vives réactions, plusieurs critiques y ont vu une conception de la violence comme une forme de rédemption, et comme la célébration fasciste de la violence et de l'autodéfense, tandis que d'autres le considèrent comme anti-violent, soulignant la fin pessimiste comme la conséquence de cette violence[13]. Peckinpah défend son film et le présente comme une exploration, et non une approbation de la violence, où il expurge ses obsessions. La violence comme résultat de l'incapacité humaine à communiquer : David est le vrai méchant de l'histoire, délibérément, mais inconsciemment, il provoque la violence, les ravages homicides de la scène finale révélant son vrai visage[13].

Censure[modifier | modifier le code]

Le studio a coupé la première scène du viol avant la sortie du film aux États-Unis, pour obtenir la classification R du MPAA[13].

En 1984, Les Chiens de paille gagne en notoriété au Royaume-Uni après que le British Board of Film Classification a interdit de sortie vidéo le film en application de la loi sur les enregistrements vidéo alors nouvellement introduite, à cause de la scène du viol. Le film était sorti en salles au Royaume-Uni, classé X en 1971, et interdit aux moins de 18 ans pour la version coupée sortie en 1995.

En 1999, la licence pour une version vidéo partiellement coupée est à nouveau refusée au Royaume-Uni, le BBFC s'opposant à ce qu'il considérait comme « l'indication claire que le personnage d'Amy apprécie de se faire violer ». Le 1er juillet 2002, Les Chiens de paille obtient finalement l'autorisation de sortie en VHS et DVD. Cette version est non censurée et inclut donc la seconde scène de viol car, selon l'avis de la BBFC, « Amy montre clairement qu'elle ne profite pas du viol[14].,[15] »

Le BBFC note aussi que :

« Les coupes faites pour la distribution américaine, destinées à réduire la durée de la séquence, ont eu paradoxalement pour conséquence d'aggraver la difficulté avec le premier viol, laissant le public avec l'impression qu'Amy apprécie l'expérience. Le Conseil a estimé en 1999 que la version pré-coupée érotisait le viol et soulevait donc des problèmes avec les enregistrements vidéos enfreignant la loi contre la promotion des activités nuisibles.

La version autorisée de 2002 est sensiblement la version originale du film non coupée, restaurant une grande partie de la seconde scène de viol dont la violence est sans ambiguïté. L'ambiguïté de la première scène de viol étant mise en contexte par ce second viol, qui rend désormais tout à fait clair que l'agression sexuelle n'est finalement pas voulue par Amy. »

Références culturelles[modifier | modifier le code]

  • Le film a donné son nom à un groupe pop-rock français The Straw Dogs ainsi qu'à plusieurs groupes rock anglais, allemands et américains ainsi qu'à une chanson de Johnny Hallyday (Les chiens de paille, 1976).
  • Le groupe de rap français Chiens de Paille tire également son nom du film de Sam Peckinpah.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Analyse détaillée sur DevilDead
  2. Olivier Père, Les Chiens de paille, p. 4.
  3. Jean-Baptiste Thoret, Le Cinéma américain des années 70, p. 75.
  4. Jean-Baptiste Thoret, ibid., p. 76.
  5. François Causse Sam Peckinpah, la violence du crépuscule p. 105.
  6. David Weddle The Life and Times of Sam Peckinpah p.411
  7. a et b Olivier Père, ibid., p. 5.
  8. Jerry Fielding, du swing à l’avant-garde site underscores
  9. Royal S. Brown Overtones and undertones: reading film music, p. 344
  10. Référence Discogs
  11. David Weddle (1994) : If They Move... Kill 'Em!, Grove Press, pp. 399–400 et 426–428.
  12. David Weddle, ibid., p. 399.
  13. a, b et c Simmons, Garner (1982) : Peckinpah, A Portrait in Montage, pp. 137–138.
  14. Article du BBFC juillet 2002.
  15. « So what has changed in 30 years to make 'Straw Dogs' acceptable home entertainment ? », article de The Independant.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Stephen Price, Sam Peckinpah and the rise of ultraviolent movies, éditions University of Texas Press 1998. (ISBN 0292765827)
  • (en) David Weddle, If They Move . . . Kill 'Em!: The Life and Times of Sam Peckinpah, Grove Press 2001. (ISBN 0802137768)
  • Gérard Camy Sam Peckinpah, un réalisateur dans le système hollywoodien des années soixante et soixante-dix, éditions de L'Harmattan (Paris) 1997
  • François Causse Sam Peckinpah, La violence du crépuscule, éditions Dreamland (Paris) 2001 (ISBN 2-910027-72-4)
  • Jean-Baptiste Thoret, Le Cinéma américain des années 1970, éditions Les Cahiers du Cinéma (Paris) 2006 (ISBN 2-86642-404-2)

Vidéographie[modifier | modifier le code]

VHS

  • Les Chiens de paille version française, édition Antares Travelling 1991

DVD

  • Straw dogs, Région 1 (États-Unis et Canada), Criterion 2004 (version remastérisée en 2 dvd avec commentaire du biographe Stephen Price)
  • Les Chiens de paille, Région 2 (Europe), Aventi, Les inrockuptibles 2007 (livret rédigé par Olivier Père)

Liens externes[modifier | modifier le code]