Les Bains Douches

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48° 51′ 51″ N 2° 21′ 07″ E / 48.864064, 2.352083

Les Bains Douches était une boîte de nuit située 7, rue du Bourg-l’Abbé dans le 3e arrondissement de Paris. Haut lieu des nuits parisiennes durant les années 1980, Les Bains Douches deviennent le rendez-vous de la société mondaine et artistique internationale. Après maintes péripéties au cours des décennies, la discothèque ferme ses portes en 2010. Jean-Pierre Marois, propriétaire historique du lieu, fonde en 2011 la société Les Bains dans le cadre de la rénovation du nouveau projet.

Historique[modifier | modifier le code]

À l'origine l'immeuble abrite les Bains Guerbois, des thermes, créés en 1885 par François Auguste Guerbois (1824- 1891) et son fils Albert Guerbois (1857-1926) qui exploitent également le fameux « Café Guerbois » haut lieu de rencontre des artistes et intellectuels de l’époque, immortalisé par Manet. La plaque à l'entrée indique « Bains Guerbois, piscine, bains turcs et russes, douches vapeur sulfureuses »[1]. En cette fin du XIXe siècle, l'endroit attire de nombreuses personnalités influentes et une mouvance homosexuelle, dont Proust[2]. Déjà à l'époque la nuit rythme la vie de cet établissement privé, les Halles apportant nombre de clients[2].

1978 - 1984[modifier | modifier le code]

Maurice Marois achète le lieu à la fin des années 1960 avant de céder le bail bien des années plus tard[3] : l'établissement est créé en 1978 par Jacques Renault, antiquaire-brocanteur, et son associé Fabrice Coat[4] qui transforment les bains en une boite de nuit inédite dont l'espace est entièrement modulable et privatisable[5] ; à la fois salle de concert, discothèque, restaurant et bar, il ouvre le 21 décembre 1978. Pierre et Gilles dessinent le carton d'invitation et ce sont 3 000 personnes qui sont présentes ce jour là[6]. Philippe Starck alors à ses débuts a redécoré l'endroit, qui était devenu un cloaque ces derniers temps, tout de carrelage blanc et noir[3] : six mois de travaux sont nécessaires[6]. Plus tard, ce sera David Rocheline qui retouchera l’aspect de l'entrée[4]. La piscine comporte au fond de l'eau un échiquier géant dont les pièces sont déplacées par un homme grenouille[6]. Loin des tendances disco du moment, Les Bains Douches deviennent le point de rencontre des mondes du spectacle, des médias et des arts à la même époque que Le Palace et son espace privé, Le Privilège : on y croise tout ce que Paris compte d'intellectuels, personnalités, artistes… L'époque, pleine d'optimisme et de prospérité économique, est à la fête et l’ostentatoire : se faire voir et remarquer ; Paris retrouve son « effervescence »[7]. Le disc jockey et chanteur Philippe Krootchey y anime alors un grand nombre de soirées sur les titres des Talking Heads et The B-52's[6]. La scène des Bains Douches accueille les références de la musique punk ou new wave, tels que Dead Kennedys, Joy Division[6], Suicide ou Les Rita Mitsouko[8] ; Depeche Mode donne son premier concert en France aux Bains Douches en septembre 1981. Farida Khelfa est la « physionomiste » du club durant deux ans[9] avant d'être remplacée un temps par Caroline Loeb[10] et Paquita Paquin[11] ; c'est là que Farida croise Jean-Paul Goude pour la première fois, avant de devenir sa muse et sa compagne. Mais la physionomiste-vedette des Bains Douches, c'est Marie-Line, auteure de la phrase culte « Je crois que ça va pas être possible »[12],[10],[3]. « Riches ou pauvres, jeunes ou vieux, célèbres ou inconnus, mais pas de gens ordinaires[13]. » « L'entrée est à la tête du client[12] », « il n'y a pas de critère d'entrée formel aux Bains » précise Paquita Paquin[14] mais Fabrica Coat veille nuit après nuit à sa clientèle[15]. Jenny Bel'Air tient également la porte un temps[16].

Depuis 1984[modifier | modifier le code]

En 1984, Jacques Renaud et Fabrice Coat décident de vendre le club. Les nouveaux propriétaires du fonds de commerce sont alors Hubert Boukobza et Claude Challe, un habitué de la nuit[7]. Avec le soutien de Sylvie Grumbach qui officiait jusque là au Palace[3], le duo en fait un endroit incontournable, un temple de la nuit[17]. « Jamais un club n'a connu sur une aussi longue durée une clientèle mêlant les stars et les plus belles filles du monde »[18]. Le tout-Paris continue de s'y bousculer : Claude Montana le fidèle du Palace, Bambou, Alain Pacadis, Jean Paul Gaultier, Étienne Roda-Gil, Pauline Lafont, Emmanuelle Seigner[19], Loulou de la Falaise, Sophie Favier ou Frédéric Beigbeder. L'endroit devient le passage obligé de toute vedette en visite à Paris[18] : Mick Jagger, Robert De Niro, Jack Nicholson, Linda Evangelista, Joe Cocker, Basquiat ou Warhol[3],[13],[20]. Le Café Costes le jour, les Bains la nuit est le leitmotiv[2].

L'établissement sert de décor pour les films Les Nuits de la pleine lune d'Éric Rohmer en 1984 et Frantic de Roman Polanski en 1988 qui en reconstitue la réplique en studio[21],[12]. Thierry Ardisson y présente son premier talk-show, Bains de minuit, en 1988[22] ; la piscine fait partie du générique[12]. Jusque dans les années 1990, Les Bains restent un lieu incontournable des fêtes parisiennes[3].

Cathy et David Guetta en sont les directeurs pendant la fin des années 1990[réf. nécessaire]. Mais après leur départ au début des années 2000, le lieu perd de sa renommée[18] ; il est repris par Philippe Corti[12]. Les boites à la mode sont maintenant dans le 8e : le Man Ray, Le Baron, le Pink Platinium, etc.[23]. Hubert Boukobza tente sans grand succès d'en faire une boite gay[23].

En juillet 2005, Thibault Jardon, directeur artistique du Queen pendant douze ans, reprend les rênes de l'établissement avant de s'associer, en septembre 2006, avec Arnaud Courté, restaurateur parisien.

Début 2010, Hubert Boukobza le gérant est sous procédure d'expulsion, ne payant plus le loyer depuis longtemps ; drogué à la cocaïne, il décide de détruire un mur[1]. L'établissement ferme finalement en juin 2010 en raison d'un péril grave et imminent du bâtiment et de la mise en danger du public dus à des travaux effectués par le locataire sans l'avis du propriétaire Jean-Pierre Marois l'ex-producteur de cinéma. Les travaux touchent en particulier la suppression de piliers porteurs de l'immeuble[24],[18],[25].

Le lieu récupéré à l'état de ruine[2] en 2011, est intégralement rénové et transformé en hôtel de luxe en 2015, à l'image de l'hôtel du Château Marmont à Los Angeles[24]. Avec la partie « discothèque » réduite de moitié, « il ne s'agit pas de faire revivre la nostalgie du clubbing d’antan » précise le propriétaire[3]. Ce sont les décorateurs et architectes Vincent Bastie, habitué des rénovations d'hôtels parisiens[3], Denis Montel et Tristan Auer, architecte d'intérieur, qui mènent à bien ce projet. La symbolique piscine est remise en état à l'identique[2], plusieurs dizaines de chambres sont créées dont un penthouse de 80 m2[3]. Pendant les travaux, à l'occasion d'une exposition éphémère, se sont installés des street artistes de renoms qui ont investi les lieux pour en faire une œuvre d'art géante (Mr Brainwash, Jef Aérosol, ou Tanc).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Vignando-L'Obs 2015, p. 112
  2. a, b, c, d et e Dahan 2013, p. 246
  3. a, b, c, d, e, f, g, h et i Vignando-L'Obs 2015, p. 113
  4. a et b Paquin 2005, Les Bains-Douches, p. 127
  5. Gilles Renault, « Jacques Renault, mort d'un agitateur de scène », sur Libération,‎
  6. a, b, c, d et e Dahan 2013, p. 250
  7. a et b Dahan 2013, p. 253
  8. Paquin 2005, Les Bains-Douches, p. 128
  9. Dahan 2013, p. 248
  10. a et b Dahan 2013, p. 251
  11. Paquin 2005, Les Bains-Douches, p. 127 et 129
  12. a, b, c, d et e Technikart, « Les Bains », sur technikart.com,‎ (consulté le 22 novembre 2014)
  13. a et b Éric Dahan, « A en rester baba. », sur liberation.fr,‎ (consulté le 22 novembre 2014)
  14. Paquin 2005, Les Bains-Douches, p. 129
  15. Paquin 2005, Les Bains-Douches, p. 130
  16. Éric Dahan, «Jenny Bel'Air a imposé sa différence», Culture, sur liberation.fr,‎ (consulté le 22 novembre 2014)
  17. Dahan 2013, p. 254
  18. a, b, c et d « Paris : la mythique boîte de nuit Les Bains-Douches est fermée », sur leparisien.fr,‎ (consulté le 22 novembre 2014)
  19. Dahan 2013, p. 245 et sv.
  20. Delphine Peras, « Les folles années Bains Douches », sur lexpress.fr,‎ (consulté le 22 novembre 2014)
  21. Jean-Marie Durand, « Les Bains douches : quatre mois d’immersion dans un chantier à ciel couvert », sur Les Inrockuptibles,‎
  22. Patrice Gascoin, « Thierry Ardisson toujours dans le bain », sur Le Figaro,‎
  23. a et b Dahan 2013, p. 255
  24. a et b Béatrice De Rochebouet, « Renaissance des Bains Douches en hôtel de luxe en 2014 », Le Figaro,‎
  25. « L'exploitant des Bains-Douches frappé d'expulsion », sur leparisien.fr,‎ (consulté le 21 novembre 2014)

Sources[modifier | modifier le code]

Documentaire[modifier | modifier le code]

  • Jacques Braunstein, Nightclubbing : 50 ans de nuit parisiennes, Paris Première, 2010, 52 min, Présentation en ligne.

Lien externe[modifier | modifier le code]