Les Âmes fortes

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Les Âmes fortes
Auteur Jean Giono
Genre Roman
Pays d'origine Drapeau de la France France
Éditeur Éditions Gallimard
Date de parution 1950
Nombre de pages 341

Les Âmes fortes est un roman de Jean Giono, paru en 1950. Il s'inscrit dans la lignée des romans d'après-guerre, comme Un roi sans divertissement, dans lesquels se cristallise une réflexion sur l'homme face à l'ennui, à la mort et au mal. En effet, Giono définit l’homme comme « un animal avec une capacité d’ennui »[1]. Lors d'une veillée funèbre, le roman fait tour à tour entendre les voix des femmes qui veillent le corps du mari de l'une d'entre elles, et c'est tout au long de cette nuit que Thérèse va raconter son histoire, qui sera à plusieurs reprises contredite par "Le Contre". Le passé remémoré est celui de Châtillon, de Thérèse et de son mari Firmin, et de leurs relations avec le couple Numance. Le roman a été adapté au cinéma en 2001 par Raoul Ruiz.

Résumé[modifier | modifier le code]

Le roman s'ouvre sur l'annonce de la veillée funèbre qui va débuter. Les voisines et amies de la veuve viennent veiller le corps d'Albert. Ainsi, il faut "passer la nuit", et parler va être le moyen pour ces femmes de passer le temps. Après quelques histoires de village et après avoir pioché dans les réserves du défunt, Thérèse prend plus amplement la parole pour conter sa jeunesse. Placée par ses parents comme lingère au château du Percy, Thérèse accepte que Firmin l'enlève, alors que sa famille refuse tout mariage avec celui-ci. Ils s'enfuient à Lus à la marche et prennent ensuite une voiture pour Châtillon, où Firmin a déjà un travail qui l' attend. Thérèse, elle, est engagée comme servante dans l'auberge du village. C'est là qu'elle fait la connaissance de ses habitants et de M. Numance, riche joueur de billard admiré par la petite société. Cependant, une dette de vingt mille francs va bouleverser la tranquillité du village et déchaîner l'imagination des habitants pour trouver l'origine de cette dette. Thérèse va même jusqu'à espionner la rencontre entre l'huissier et le couple, tout en encourageant Firmin à se rapprocher de M. Numance. Mme Numance devient l'objet de tous les soupçons alors qu'elle apparaît dans des tenues fastueuses, et tout le village lui imagine un amant. Thérèse et Firmin logent dans une « cabane à lapins » et y élèvent leur premier enfant. Firmin semble avoir exploité le dénuement du couple et la régularisation de sa situation matrimoniale pour devenir le centre d’intérêt de l’activité caritative protestante. Thérèse désire travailler chez les Numance, qui acceptent et donnent même un logement et un peu de terre au couple. Un amour maternel lie Thérèse à Mme Numance, mais Firmin sème le trouble en croyant à une infidélité de sa femme avec le mari de celle-ci. Mme Numance la protège d'autant plus, et peu à peu Thérèse devient plus raffinée et se coule dans le modèle de sa mère de coeur. Firmin, lui, spécule sur des coupes de bois et s'associe à l'usurier Réveillard. Il se trouve ruiné après avoir tenté un gros coup, mais cette ruse apparaît comme une tentative de soutirer 50 000F à Numance, qui meurt dans les bras de son épouse frappé d'une crise cardiaque. Sa femme disparaît après avoir payé les dettes de Firmin. Le dernier récit de Thérèse reprend toute l’histoire pour lui donner une autre tournure : ce serait elle, Thérèse, qui aurait tout calculé, dressant Firmin pour qu'il devienne un pantin capable d'obéir à ses stratagèmes. Elle a décidé de séduire Mme Numance, et c'est elle le "cerveau" du couple. La fin du récit est alors racontée à nouveau, et l'on voit Thérèse bouleversée par la disparition de sa "mère", la cherchant pendant trois jours dans le village. Retrouvée par les gendarmes, elle émeut Châtillon et fait porter les soupçons sur Firmin. Ils quittent le village pour Clostre où ils ont acheté l'auberge. Thérèse continue de punir son mari en déjouant toutes ses tentatives de meurtre et en le tournant en ridicule en prenant pour amant le cocher muet de Lus, de qui elle a deux enfants. Elle décide de tuer Firmin en mettant en oeuvre une manigance avec Rampal et le muet, et le roman se clôt sur sa mort.

Commentaires[modifier | modifier le code]

La structure du récit[modifier | modifier le code]

  • Les préliminaires (p. 7 – p. 53)

Le temps de l’énonciation se situe au cours de l’hiver 1949. Les femmes parlent tour à tour à la 1ère personne, racontant des histoires du village. Le lecteur découvre ainsi plusieurs récits secondaires enchâssés qui n’ont pas de liens apparents avec l’intrigue principale.

  • 1er récit de Thérèse (p. 53 – p. 69)

Thérèse prend la parole, son propos n’est coupé que par quelques commentaires ou demandes d’informations. Le récit subit un retour en arrière en 1882, soit presque soixante-dix ans plus tôt.

  • Le récit contradictoire d’une commère (p. 70 – p. 75)

Une participante à la veillée (la nièce de la Tante Junie) conteste les conditions d’arrivée de Thérèse et de Firmin à Châtillon.

  • Reprise du 1er récit de Thérèse (p. 75 – p. 80)

Thérèse décrit comment elle a vécu le service à l’auberge de Châtillon.

  • Interruption par une commère (p. 80 – p. 82)

Une commère cherche à savoir quand sont intervenues les dames de Sion.

  • Reprise du 1er récit de Thérèse (p. 82 – p. 120)

Thérèse continue l’évocation de son service à l’auberge de Châtillon. Puis elle raconte la visite de l’huissier chez les Numance et les signes conséquents de la baisse d’estime des Châtillonnais pour le couple.

  • Prise de parole contestataire par le contre (p. 120 – p. 272)

Cette interruption débute par une prolepse sur le séjour de Firmin et de Thérèse à Clostre, puis sur leurs liens avec Rampal dit Cartouche. La commère apostrophe Thérèse sur un ton menaçant ou soupçonneux. Elle se livre à un portrait acide et croustillant de Firmin. L’intervention se poursuit par une analepse à Châtillon, puis à Carpentras pour rapporter l’histoire des Numance. Dans l’histoire de la relation entre le couple des Numance et celui de Thérèse, la narratrice passe peu à peu de la focalisation interne à la focalisation omnisciente en rapportant des propos ou des scènes auxquels elle n’a pu manifestement assister. De plus ses propos sont assortis de remarques et de commentaires qui dépassent sa culture, sa logique, sa psychologie ou sa perspicacité. La narratrice intradiégétique s’est muée en porte-parole de l’auteur.

  • 2ème récit de Thérèse (p. 272 – p. 332)

La commère interpelle Thérèse et l’invite à reprendre le fil de l’histoire à l’auberge. Thérèse rapporte la conquête de Mme Numance.

  • 2ème prise de parole contestataire par la commère (p. 332 – p. 366)

La narratrice disparaît au profit d’une 3e personne extradiégétique omnisciente.

  • Fin du 2ème récit de Thérèse (p. 366 – p. 370)

Thérèse redevient narratrice et maîtresse du jeu jusqu’à la fin. C’est elle qui a le dernier mot.

  • Épilogue (p. 370)

Retour à l’hiver 1949.

Chronologie romanesque déductive[modifier | modifier le code]

  • 1813 : naissance de Bernard Numance (p. 166)
  • Vers 1817 : naissance de Sylvie Numance (2e version)
  • 1843 : mariage de Bernard et de Sylvie (p. 176)
  • 1851 : Bernard Numance prend une part active contre le coup d’État napoléonien.
  • 1852 ou 1854 : naissance de Sylvie Numance dans la 1re version
  • 1857 : naissance de Firmin
  • 1860 : naissance de Thérèse
  • 1870 : Bernard et Sylvie Numance participent à la résistance contre l’envahisseur prussien.
  • 1871 : Sylvie et Bernard noient un uhlan dans le Rhône.
  • Mai 1882 : Thérèse se fait enlever par Firmin
  • Hiver 1882-1883 : un huissier vient réclamer 20 000 francs aux Numance.

Incident entre Mmes Carluque et Numance.

  • Printemps 1883 : Fête chez les Carluque qui veulent marquer leur ascendant sur les Numance.
  • Hiver 1883-1884 : Châtillon tente de savoir qui serait l’amant supposé pour lequel Mme Numance se serait endettée. La commère atteste que Thérèse a eu son premier enfant.
  • 1882 : mariage de Thérèse et de Firmin
  • Hiver 1882-1883 : Thérèse et Firmin s’installent chez les Numance.
  • Mars 1883 : Thérèse (2e version) se fait renvoyer de l’auberge et accepte la cabane à lapins.
  • 1883 : Firmin roue Thérèse de coups.
  • Hiver 1883-1884 : Firmin spécule sur les coupes de bois, il demande à Thérèse de dépenser ostensiblement.
  • Hiver 1884-1885 : Firmin et Réveillard tendent un traquenard aux Numance.
  • Printemps 1885 : Firmin espionne sans arrêt Mme Numance.
  • Été 1885 : Réveillard vient exiger son dû. Mort de M. Numance et disparition définitive de son épouse.
  • Été 1886 ? : Thérèse et Firmin quittent Châtillon pour s’installer à Clostre.
  • Juillet 1888 : naissance du deuxième enfant de Thérèse.
  • Octobre ou novembre 1889 : naissance du troisième enfant de Thérèse.
  • 1902 : Firmin et Thérèse s’installent comme gérants de la cantine du village nègre2.
  • 1904 : décès de Firmin
  • 1949 : temps de l’énonciation

On s’aperçoit qu’entre les deux récits, celui de Thérèse et de la commère, il existe d’importantes divergences de dates.

Adaptation[modifier | modifier le code]

Le roman est adapté par Raoul Ruiz, sorti en 2001.

  • Laetitia Casta : Thérèse
  • Frédéric Diefenthal : Firmin
  • Arielle Dombasle : Madame Numance
  • John Malkovich : Monsieur Numance
  • Charles Berling : Reveillard
  • Johan Leysen : Rampal
  • Edith Scob : Première femme veillée
  • Christian Vadim : Le pasteur

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Entretiens avec Jean Amrouche et Taos Amrouche, NRF, Gallimard, 1990, entretien n°3, p.58

L’édition utilisée est celle du Folio n° 249 chez Gallimard. La préface de Robert Ricatte à l'édition La Pléiade a servi à l'élaboration de cette page.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

http://www.etudes-litteraires.com/ames-fortes.php