Leonard Jones

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Jones.

Leonard C. Jones (1924-1998) était un avocat et un homme politique canadien. Il s'opposa farouchement au bilinguisme officiel.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Leonard Jones naît le 4 juin 1924 à Moncton, au Sud-Est du Nouveau-Brunswick[1]. Ses parents sont Leonard Jones et Edith Stackhouse, originaires de Saint-Jean, au Sud de la province[2]. Il a une sœur, Audrey Steeves[2].

Il combat durant la Deuxième Guerre mondiale[2]. De retour à Moncton, il économise en travaillent comme col blanc le jour et en vendant au porte-à-porte le soir[2]. Il entre ensuite à l'Université Dalhousie d'Halifax, en Nouvelle-Écosse, où il est diplômé en droit[2].

Il est d'abord procureur de la couronne et solliciteur du comté d'Albert[3]. Selon ce qu'en rapporte le Times & Transcript, Leonard Jones est très bon et très populaire, le tiers de sa clientèle étant même composée de francophones[2].

Il épouse Mildred Hume[4], qui est aussi une partenaire dans son cabinet[2]. Le couple a une seule fille, Helen[2].

Maire de Moncton[modifier | modifier le code]

Leonard Jones est élu pour la première fois au conseil municipal de Moncton en 1957, en tant que conseiller général[2].

En 1960, il tente de se faire élire maire mais il perd face à Sherwood Rideout[2]. Le Times & Transcript affirme que c'est ça seule défaite politique, alors qu'il en a connu d'autres par la suite[2].

Il est élu maire de Moncton le 6 avril 1963[5]. Le premier ministre du Nouveau-Brunswick à l'époque, est l'Acadien Louis J. Robichaud, un libéral élu en 1960. Il est alors en voie d'accomplir son programme Chances égales pour tous, qui prévoit la restructuration complète des municipalités, de la santé, de l'éducation et de la justice afin de réduire les écarts socio-économiques entre les différentes régions de la province. Le maire Jones s'oppose à cette réforme et il refuse de fournir les rôles d'évaluation de la municipalité[5]. Il y est forcé par le gouvernement mais parvient à faire réduire l'évaluation foncière de la cité de 400 000 $[5]. L'intermédiaire entre la cité et Fredericton est Ed Allen, qui devient plus tard membre du Confederation of Regions Party, réputé anti-biliguisme[5].

Il est connu pour son opposition au bilinguisme, qu'il décrit comme une « absurdité »[note 1],[6]. Il refuse que le français soit utilisé lors des réunions du conseil municipal[7], alors que la ville de Moncton compte un tiers de francophones. Il refuse que le drapeau de la ville contienne les mots « Cité de Moncton »[4]. Il considère que l'Université de Moncton devrait être une institution bilingue, et non unilingue française[4].

Il est réélu par acclamation au titre de maire en 1965[4]. Il est aussi réélu en 1967[4]. Selon Paul-Émile Thériault, le discours Vive le Québec libre ! prononcé par le président français Charles de Gaulle à Montréal le 24 juillet 1967 le fait « frissonner »[5]. Il s'oppose à la visite officielle de quatre représentants acadiens – Euclide Daigle, Gilbert Finn, Léon Richard, Adélard Savoie – à Paris en janvier 1968, prétextant que cela pourrait « porte[r] préjudice à la bonne atmosphère chez les Monctoniens »[5].

Le 14 février 1968, 400 étudiants en grève de l'Université de Moncton défilent dans les rues de la ville afin de demander des services municipaux bilingues[5]. Lorsque Claude Savoie, Irène Doiron et Bernard Gauvin se présentent au conseil municipal, le maire refuse même qu'ils s'expriment en français devant les élus[8]. Des étudiants planifient de mettre au défi le maire de parler français lors d'une remise de trophée et d'une mise au jeu protocolaire mais celui-ci quitte les lieux avant les cérémonies[9]. Des étudiants déposent une tête de cochon sur le perron de sa résidence en guise de protestation[note 2],[10]. Trois d'entre eux sont reconnus coupables d'inconduite le 17 février et doivent promettre de ne plus troubler la paix d'ici la fin de leurs études[5]. Dans les jours suivants, Leonard Jones exige de plus que les membres du conseil municipal prêtent un serment à la reine Élizabeth II.

Leonard Jones tente de se faire élire à l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick en 1969[11]. Il est tout de même réélu à titre de maire le 9 juin 1969[5]. Au début des années 1970, il annonce, avec Gilbert Finn, la construction de la Place l'Assomption Vie, qui comprend entre autres l'hôtel de ville ; selon Paul-Émile Thériault, il se « donne l'air fier » à ses côtés[5]. En 1972, il s'oppose à l'utilisation de panneaux de signalisation bilingues[12]. Le 28 décembre de la même année, il retire le titre de maire adjoint de Louis J. Cormier, sous prétexte qu'il « (traduction) encourageait la controverse sur le français et l'anglais »[5].

À la suite de la fusion de Lewisville, Magnetic Hill et Salisbury Road avec Moncton, une élection partielle doit être organisée le 25 juin 1973[4]. Le 9 avril, à un journaliste de L'Évangéline qui lui avait demandé s'il désirait être candidat, il répond « (traduction) ça n'a pas grand bon sens de le faire pour L'Évangéline, parce que c'est un journal discriminatoire » [5]. Comme le rappelle Paul-Émile Thériault, le maire Jones achetait pourtant des pages de publicités dans ce même journal[5]. Une semaine après cette déclaration, la Société nationale de l'Acadie et certains conseillers municipaux menacent de porter une motion de blâme contre lui pour son refus de convoquer une réunion du Comité ad hoc sur le bilinguisme[5]. Il refuse de commenter[5]. Son adversaire électoral, Jack Keefe, se présente comme une alternative à son radicalisme[5]. Leonard Jones est toute de même réélu le 25 juin 1973, avec une majorité de moins de 1000 voix[5]. Il est à ce jour le maire monctonien ayant accompli le plus long mandat[4].

Député fédéral[modifier | modifier le code]

Au début 1974, il annonce sa candidature à la chefferie du Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick, un poste alors occupé par Richard Bennett Hatfield[5]. Le 25 mai suivant, il annonce qu'il sera plutôt candidat progressiste-conservateur de la circonscription de circonscription de Moncton à l'élection fédérale canadienne de 1974[5]. Le 28 mai, lors du congrès de mise en candidature, il bat le député sortant, Charles Thomas, à 499 vois contre 433[5]. Son opposition au bilinguisme officiel force toutefois le chef Robert Stanfield à refuser sa candidature[5]. Charles Thomas et alors choisi comme candidat[4]. Pensant toujours avoir des chances, Leonard Jones quitte la mairie de Moncton en juin[7]. Il se présente comme candidat indépendant et bat le libéral Léonide Cyr le 8 juillet ; Charles Thomas arrive en troisième position[5]. Léonide Cyr était l'un des conseillers municipaux s'étant le plus opposé à ses pratiques durant son passage à la mairie[5]. Plus tard, Leonard Jones se vantera être le premier député fédéral élu en tant qu'indépendant[2].

En 1975, Leonard Jones est réadmis dans le caucus progressiste-conservateur à la suite d'une convention mouvementée tenue à Moncton à l'initiative de Denis Cochrane, un progressiste-conservateur provincial, et ce malgré l'opposition des hautes figures du parti[4]. La même année, Leonard Jones conteste la validité de la Loi sur les langues officielles devant la Cour suprême du Canada ; la cour tranche à l'unanimité en faveur du gouvernement[13]. Le 25 mars de la même année, il demande à ce que son nom ne figure seulement sur une plaque commémorative en langue anglaise installée à l'hôtel de ville par le nouveau maire, Gary Wheeler, et non sur la plaque en français ; son nom est tout de même gravé[5]. De nos jours, cette plaque est conservée au Musée acadien de l'Université de Moncton[5].

Le 8 janvier 1976, Leonard Jones annonce sa candidature à la chefferie du Parti progressiste-conservateur du Canada ; il se retire de la course trente-deux jours plus tard[5].

Il n'accomplit qu'un seul mandat et quitte son poste en 1979, pour des raisons de santé selon ce que rapporte Derwin Gowan du Telegraph-Journal ou parce qu'il trouve le travail de député indépendant « trop plate (traduction) », selon Paul-Émile Thériault, de L'Acadie nouvelle[5]. Le libéral Gary McAuley remporte la circonscription de Moncton à la prochaine élection[4].

Suites[modifier | modifier le code]

Leonard Jones retourne à la pratique du droit en 1979[2].

En 1982, il n'est pas invité aux cérémonies du rapatriement de la Constitution du Canada, comme tous les autres anciens députés, ce qu'il affirme être de la « pure discrimination » et que Roméo LeBlanc explique par son statut d'indépendant[14]. La même année, il décrit l'imposition du système métrique[note 3] comme une absurdité, le comparant même au bilinguisme[6]. Il est également accusé d'évasion fiscale[3].

Il vend son cabinet d'avocat à Garry MacLean en 1991[2]. L'année suivante, il part avec son épouse Mildred vivre à Olds, près de Calgary, en Alberta, où vit leur fille Helen[2]. Gérald Leblanc affirme qu'il devient clown[15]. Leonard Jones meurt du cancer dans un hôpital de Calgary le 23 juin 1998, après une longue maladie[1]. Ses funérailles ont lieu le 25 juin suivant[2].

Dans la culture[modifier | modifier le code]

La grève étudiante de 1968 à 1969 est immortalisée dans le documentaire L'Acadie, l'Acadie, de Michel Brault et Pierre Perrault, produit par l'Office national du film du Canada en 1971[7].

Robert Thibault, qui préside un comité de citoyens monctoniens pour le bilinguisme, remporte en 1972 un concours du magazine Maclean's visant à choisir le pire maire du Canada; il avait proposé le nom de Leonard Jones[7]. Selon Robert Thibault, ce prix ainsi que la production du documentaire ont eu un impact important sur la progression des droits des francophones dans la ville[7].

En 1973, la pièce Médium saignant de Françoise Loranger est adaptée en 1973 sous le titre Qu'est-ce qu'on fait monsieur le maire?, avec le personnage de Leonard Jones[16].

Héritage[modifier | modifier le code]

Selon le juge George Rideout, il était un « ennemi redoutable » (formidable foe) au palais de justice[2]. Selon le Times & Transcript, ses collègues le décrivent comme « un homme de caractère et de principes » (a man of character and principles), « bien préparés lors de ses batailles légales » (well prepared for whatever legal battle he faced) et « toujours prêt à faire un effort particulier pour ses clients » (would go the extra mile on behalf of his clients)[2]. Selon Gary MacLean, qui acheta son cabinet en 1991, il était un « véritable gentilhomme » (a real gentleman)[2].

Selon Gary Wheeler, son successeur à la mairie, il était un « maire populiste très efficace » (a strong, populist mayor)[2]. Son attitude cause des frictions entre lui et le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Louis Robichaud, connu pour ses politiques favorisant le bilinguisme[12]. Richard Bennett Hatfield, le successeur de Louis Robichaud, a qualifié Leonard Jones de « bigot », autrement dit une personne intolérante aux idées d'autrui dans le sens du mot en anglais[12]. L'éditorialiste Nelson Landry, de L'Évangéline, déclare que Leonard C. Jones « compare des pommes à des oranges », est « têtu », « souffre d'étroitesse d'esprit » et que l'unilinguisme qu'il défend est synonyme de « discrimination » et de « génocide linguistique »[17]. Le poète Gérald Leblanc le décrit en 1998 comme un « maire mange-acadien »[15].

À sa mort, le Times & Transcript affirme que Leonard Jones est probablement « le maire le plus controversé » (perhaps his most controversial) de l'histoire de Moncton[2]. Selon le même journal, il se serait trouvé au centre d'une controverse (found himself at the centre of controversy) et que quelques francophones et étudiants furieux (infuriated some French-speaking residents and students) auraient « riposté de manière tapageuse et par des gestes de défiance » (retaliated with boisterous demonstrations and acts of defiance)[2]. Un éditorialiste décrit toutefois les aspirations des Acadiens comme « légitimes » (legitimate)[18]. Le Times & Transcript soutien aussi qu'il a « fait beaucoup pour la ville » (did much for the city)[2] mais qu'il sera jugé par l'histoire ; un éditorial le compare d'ailleurs à W.A.C. Bennett et Joey Smallwood[18].

La controverse causée par son attitude « se ressentirait toujours » selon le Times & Transcript (still stir passions in many quarters today)[18].

Moncton accueille le Sommet de la Francophonie en 1999, l'année suivant sa mort[15]. La cité devient officiellement bilingue en 2002[7]. Le Soleil annonce que l'époque du maire Jones est « définitivement révolue ». Le 15 février 2008, la municipalité invite la délégation d'étudiants de la grève de 1968 à signer le livre d'or à l'hôtel de ville ; Claude Savoie étant décédé, il est représenté par sa fille Yolande Arsenault[8].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Depuis l'adoption de la Loi sur les langues officielles en 1969, le Nouveau-Brunswick est officiellement bilingue, c'est-à-dire que le français et l'anglais y ont un statut égal. Au niveau fédéral, la Charte canadienne des droits et libertés protège le bilinguisme depuis 1982.
  2. Tête de cochon est une expression signifiant « entêté ».
  3. Le Canada utilise le système international d'unités mais le nom de système métrique, d'usage courant, était utilisé dans les textes de loi.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « JONES, Leonard C., B.Sc., LL.B. », sur PARLINFO (consulté le 15 décembre 2011)
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v et w (en) « Leonard Jones », Times & Transcript,‎ 24 juin 1998, A1
  3. a et b Bernard Bujold, « Jones accusé d'évasion fiscale », L'Évangéline, vol. ?, no 83,‎ 29 avril 1982, p. 4 (lire en ligne)
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j (en) Derwin Gowan, « Controversial ex-Moncton MP and mayor Leonard Jones dies », Telegraph-Journal,‎ 25 juin 1998
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z et aa Paul-Émile Thériault, « Peu de politiciens ont reçu une tête de cochon! », L'Acadie nouvelle,‎ 3 avril 2006, p. 6
  6. a et b BB, « Jones: le bilinguisme est une absurdité », L'Évangéline, vol. ?, no 184,‎ 23 septembre 1982, p. 6 (lire en ligne)
  7. a, b, c, d, e et f Daphnée Dion-Viens, « L'époque du redoutable maire Leonard Jones », Le Soleil,‎ 2 août 2010, p. 9
  8. a et b Paul-Émile Thériault, « Douce revanche sur l'histoire », Radio-Canada Acadie,‎ 15 février 2008
  9. « La leçon de la tête de cochon », L'Acadie nouvelle,‎ 11 février 2008, p. 4
  10. (en) La Presse canadienne, « Man barred from UMoncton in 1970 allowed back on campus », Mcleans.ca,‎ 1er juin 2009, p. 6 (lire en ligne)
  11. (en) Richard Starr, Richard Hatfield : The Seventeen Year Saga, Formac Publishing Company,‎ 1988, 258 p. (lire en ligne), p. 61.
  12. a, b et c Catherine Steele, Can Bilingualism Work? Attitudes Toward Language Policy in New Brunswick: The 1985 Public Hearings into the Poirier-Bastarache Report. Fredericton: New Ireland Press, 1990, p. 16.
  13. « L'affaire Jones », sur J’ai un rêve: les droits linguistiques au Nouveau-Brunswick (consulté le 15 décembre 2011)
  14. La Presse canadienne, « Rapatriement: Leonard Jones n'est pas invité », L'Évangéline, vol. ?, no 74,‎ 16 avril 1982, p. 2 (lire en ligne)
  15. a, b et c Gérald Leblanc, « Moncton en route vers le Sommet de la francophonie », La Presse,‎ 20 juin 1998, B5
  16. Lonergan 2010, p. 17-21.
  17. Nelson Landry, « Chez Len Jones, rien de nouveau », L'Évangéline, vol. ?, no 185,‎ 24 septembre 1982, p. 6 (lire en ligne)
  18. a, b et c (en) « Leonard Jones' ironic legacy », Times & Transcript,‎ 25 juin 1998, D11

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • David Lonergan, Paroles d'Acadie : Anthologie de la littérature acadienne (1958-2009), Sudbury, Prise de parole,‎ 2010 (ISBN 978-2-89423-256-9)

Articles connexes[modifier | modifier le code]