Lemming

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Lemming
Nom commun ou
nom vernaculaire ambigu :
L'expression « Lemming » s'applique en français à plusieurs taxons distincts. Page d'aide sur l'homonymie
Lemmus lemmus
Lemmus lemmus
Taxons concernés

Dans la sous-famille des Arvicolinae les genres :

Lemming est un nom vernaculaire ambigu désignant différents petits rongeurs subnivaux qui vivent généralement dans les régions arctiques, dans les biomes de toundra. Ils recouvrent plusieurs genres de la sous-famille des arvicolinés (Arvicolinae) (ou Microtinae), composante du plus important rameau évolutif de l’ordre des mammifères, la super-famille des Muroidea, qui inclut notamment les rats, souris, hamsters et gerbilles. En Europe, l’espèce la plus connue est le lemming des toundras de Norvège (Lemmus lemmus). Ces animaux sont connus pour l’importance de leurs migrations[1].

Étymologie et histoire du mot[modifier | modifier le code]

D’origine norvégienne, l'usage du mot lemming est attesté en français à partir du XVIIIe siècle. Il était orthographié à cette époque « lemmer », « lemmar » ou encore « leming »[2].

Le mot lemming est absent des dictionnaires français d'autrefois[3]. Il n'est inséré qu'à partir de la 9e édition (1992-…) du Dictionnaire de l'Académie française où la première définition en est donnée : « Petit rongeur migrateur des régions boréales »[4].

D'après Émile Littré et son Dictionnaire de la langue française (1872-1877) les lemmings sont aussi appelés lapins de Norvège et la définition souligne l'importance de leurs migrations[1].

D'après Pierre Larousse, les lemmings sont appelés fréquemment Souris de montagne[5].

Physiologie, comportement et écologie[modifier | modifier le code]

Les caractéristiques générales des lemmings sont celles des rongeurs de la famille des Arvicolinés, avec des nuances pour chaque espèce : voir les articles détaillés pour plus d'informations sur leur comportement ou leur physiologie respective.

Caractéristiques communes[modifier | modifier le code]

Description et habitat[modifier | modifier le code]

Un lemming pèse environ 100 g et sa taille peut varier de 7 à 15 cm. Ces animaux ont généralement une fourrure épaisse et douce, et une queue très courte. Ils sont herbivores, et se nourrissent principalement de feuilles et de pousses, d’herbes, et en particulier d’akènes, mais aussi de racines et de bulbes. Parfois, ils avalent des chenilles ou des larves. Comme les autres rongeurs, leur incisives repoussent continuellement, ce qui leur permet de se nourrir de végétaux à tige dure voire linéeuse.

Les lemmings n’hibernent pas : ils survivent en grattant la neige pour récupérer l'herbe qu'ils ont préalablement coupée et stockée. Ce sont par nature des animaux solitaires : ils ne cherchent de partenaire que pour se reproduire puis retrouvent leurs propres habitudes, mais comme les autres rongeurs, ils se reproduisent à un rythme élevé (stratèges r) et se multiplient rapidement lorsque la nourriture est abondante.

Comportement[modifier | modifier le code]

Une sorte de hamster tricolore approchant de face et montrant les dents
Un lemming de Norvège en attitude d'agression.

Comme de nombreux rongeurs, leur population connaît des pics périodiques, ce qui les amène à se disperser à travers la toundra pour trouver la nourriture et les abris que leur territoire d'origine ne peut plus leur fournir. Le lemming de Norvège et le lemming brun sont parmi les espèces de rongeurs les plus prolifiques au monde : de ce fait, leur population fluctue de façon chaotique[6],[7] au lieu de suivre une fonction logistique (Verhulst) ou de présenter des cycles réguliers. On ignore pourquoi les populations de lemmings fluctuent autant : à peu près tous les quatre ans, elle s'effondre jusqu'à la quasi-extinction[8]. Contrairement à la plupart des rongeurs dont la fourrure sert de camouflage, leur permettant ainsi d'éviter d'attirer l'attention, les lemmings présentent souvent une fourrure bigarrée et se comportent agressivement vis-à-vis de leurs prédateurs ou des observateurs humains. On estime que le système de défense du lemming se fonde sur l'aposématisme, donnant un signal d'avertissement visuel à qui veut éviter de prendre ce bagarreur pour un placide rongeur[9].

Longtemps, on a cru que la population des lemmings suivait un cycle de population, mais de nouveaux éléments donnent à penser que c'est plutôt l'action de leurs prédateurs, et surtout celle des hermines, qui influe sur leur effectif[10].

Mythe du suicide collectif[modifier | modifier le code]

Certains lemmings se noient en traversant les rivières ou les lacs ; ici le cadavre d'un de ces animaux, en Norvège.

Contrairement à la croyance populaire et à la légende urbaine, les lemmings ne se suicident pas en masse lors des migrations. Il est vrai cependant que des lemmings tombent des falaises ou dans des étangs simplement à cause de bousculades dues à leur grand nombre.

Les préjugés à propos des lemmings sont vieux de plusieurs siècles. Dans les années 1530, le géographe Zeigler de Strasbourg émit la théorie que ces créatures tombaient du ciel pendant les tempêtes de neige (idée que l'on retrouve dans le folklore des eskimos Inupiat/Yupik du Détroit de Norton), et mouraient avec le retour du printemps[11]. Cette théorie a été battue en brèche par le naturaliste Ole Worm qui, s'il admettait qu'il pouvait pleuvoir des lemmings, estimait qu'ils étaient plutôt enlevés par les vents qu'apparus par génération spontanée. Worm fut le premier à publier des planches anatomiques de lemming, montrant qu'ils n'étaient pas différents des autres rongeurs, et les travaux de Linné ont établi l'origine naturelle de cet animal[12],[13].

Les lemmings sont victimes d'un préjugé populaire selon lequel ils pratiquent un suicide de masse lors de leurs migrations. Le nombre d'animaux qui trouvent la mort au cours de ces déplacements n'est à la vérité pas un suicide de masse, mais le résultat de leur migration. Poussées par le besoin, certaines espèces de lemmings peuvent migrer par grandes vagues lorsque la pression démographique est devenue excessive. Les lemmings peuvent nager et traverser les cours d'eau à la recherche d'un nouvel habitat. Dans ces cas-là, certains trouvent la mort si l'effort nécessaire excède leur condition physique. C’est cela, ainsi que les fluctuations inexpliquées de la population des lemmings de Norvège, qui est à l'origine de la méprise commune[14].

Noms en français et noms scientifiques correspondants[modifier | modifier le code]

Liste alphabétique de noms vernaculaires attestés[15] en français.
Note : certaines espèces ont plusieurs noms et, les classifications évoluant encore, certains noms scientifiques ont peut-être un autre synonyme valide.

voir également :

Les lemmings dans la culture[modifier | modifier le code]

Un des clichés favoris des médias[modifier | modifier le code]

Le mythe du « suicide de masse » des lemmings a, si l'on peut dire, la vie dure et divers facteurs ont contribué à sa popularité. En 1955, un illustrateur des Studios Disney, Carl Barks, dessina une bande dessinée d'Uncle Scrooge intitulée The Lemming with the Locket. Cette bande dessinée, elle-même inspirée d'un article de l’American Mercury paru[26] en 1953, montre des lemmings se jetant en masse d'une falaise en Norvège[27]. Mais de ce point de vue, c'est encore le film documentaire Le Désert de l'Arctique (White Wilderness, 1958 ; primé par l’Oscar du meilleur film documentaire) de Walt Disney montrant des lemmings se jetant du haut de falaises, qui a laissé le plus mauvais souvenir : pour tourner une prétendue scène de migration en masse, l’équipe du film a tué des milliers de lemmings. Les réalisateurs avaient en fait poussé quelques lemmings vers des falaises surplombant une rivière tout en les filmant sous différents angles[28],[29],[30]. Une équipe de journalistes de Radio-Canada a montré dans un documentaire, Cruel Camera, que les animaux avaient été capturés en Baie d'Hudson, relâchés à Calgary (Alberta), et qu’ils n'avaient pas sauté des falaises, mais qu'ils en avaient été éjectés par une table centrifuge[31].

Ce prétendu comportement suicidaire a servi de prétexte à un spot de publicité, Lemmings, tourné en 1985 pour les ordinateurs Apple à l'occasion du Super Bowl, et surtout au jeu vidéo Lemmings de 1991, dans lequel il s'agit de guider des lemmings écervelés à travers un labyrinthe de falaises et de puits. Un jeu de plateau publié en 2010 par GMT games, Leaping Lemmings, invite les joueurs à déplacer des lemmings à travers un terrain parsemé de dangers, pour leur permettre d'atteindre la falaise d'où ils vont se jeter.

Par allusion à ce cliché, le « suicide du lemming » sert souvent aux États-Unis de synonyme pour « mouton de Panurge ». On retrouve par exemple cette métaphore dans le jeu vidéo Lemmings, dans certains épisodes de Red Dwarf et de la série télévisée Robot Chicken diffusée par la chaîne de télévision américaine Adult Swim. Dans le 9e épisode de la première saison de l'émission Les Borgia (2011), le fils cadet du pape, Juan, compare le collège des cardinaux en fuite à l'annonce d'une invasion française, à des lemmings. La chanson Lemmings du groupe de rock progressif Van der Graaf Generator (parue dans leur album de 1971 intitulé Pawn Hearts) tourne encore autour de cette métaphore, ainsi qu’un sketch de 1973 de John Belushi, National Lampoon's Lemmings, où l'artiste tourne en dérision la pensée de groupe post-Woodstock[32].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Faisant généralement en allusion au mythe du suicide collectif des lemmings, plusieurs œuvres portent ce nom :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Émile Littré. Dictionnaire de la langue française (1872-77). Lemming. Consulté en mai 2010
  2. Lemming dans le TLFi, issu du Trésor de la Langue Française (1971-1994). Sur le portail Atilf
  3. Lemming dans les dictionnaires d'autrefois, des 17e, 18e, 19e et 20e siècles, sur Atilf
  4. Lemming dans la 9e édition (1992-...) du Dictionnaire de l'Académie française, sur Atilf
  5. « Souris », dans Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, 15 vol., 1863-1890 [détail de l’édition].
  6. (en) Peter Turchin, Complex Population Dynamics: A Theoretical/Empirical Synthesis, Princeton University Press,‎ 2003 (ISBN 978-0-691-09020-7 et 978-0-691-09021-4, lien OCLC?), p. 391
  7. Cf. Turchin & Ellner, op. cit., 1997
  8. Hinterland Who's Who - Lemmings
  9. D'après Malte Anderson, « Lemmus lemmus: A possible case of aposematic coloration and behavior », Journal of Mammalogy, vol. 57, no 3,‎ août 1976, p. 461 - 469
  10. Cf. (en) Des prédateurs conditionne le cycle de reproduction des lemmings du Groënland
  11. Cf. (en) ABC.net.au - Lemmings Suicide Myth
  12. (en) Jan Bondeson, The Feejee Mermaid and Other Essays in Natural and Unnatural History, Cornell University Press,‎ 1999, 336 p. (ISBN 0801436095 et 978-0-801-43609-3), p. 256–257
  13. Museum Wormianum seu historia rerum rariorum Ole Worm (1655)
  14. Cf. l'article du gouvernement de l'État de l'Alaska : Lemming Suicide Myth: Disney Film Faked Bogus Behavior
  15. Attention aux appellations et traductions fantaisistes circulant sur l'Internet
  16. a, b, c, d, e, f, g, h et i (en) Murray Wrobel, 2007. Elsevier's dictionary of mammals: in Latin, English, German, French and Italian. Elsevier, 2007. ISBN 0-444-51877-0, 9780444518774. 857 pages. Rechercher dans le document numérisé
  17. Jean Bouchud. Étude des Rongeurs et des Oiseaux de l'abri Castanet. In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1952, tome 49, N. 5-6. p. 267-271. doi : 10.3406/bspf.1952.5048. Consulté le 11 janvier 2010. Lire en ligne page 268
  18. a, b, c et d (en) Derwent, Thesaurus of agricultural organisms: pests, weeds and diseases, Volume 1. Derwent Publications, Ltd. Éditions CRC Press, 1990. 1529 pages. ISBN 0-412-37290-8, 9780412372902. Rechercher dans le document numérisé
  19. a, b, c, d et e Meyer C., ed. sc., 2009, Dictionnaire des Sciences Animales. consulter en ligne. Montpellier, France, Cirad.
  20. Nom mentionné sur la page Lupin arctique, Lupinus arcticus du site canadien nature.ca
  21. Nom attesté par exemple sur la liste d'espèces données sur le site du Gouvernement du Nouveau-Brunswick, au Canada. Lire le document pfd
  22. Nom mentionné dans la page Lemming du site GROMS (Global Register of Migratory Species)
  23. Lemmus lemmus sur cartage.org, consulté en mars 2010
  24. Nom vernaculaire français d'après Dictionary of Common (Vernacular) Names sur Nomen.at
  25. Nom attesté par exemple dans : (en) R.E. Morlan Paleoecological implications of Late Pleistocene and Holocene microtine rodents from the Bluefish Caves, northern Yukon Territory. Dans la Revue canadienne des sciences de la terre.
  26. Il s'agit de Muriel Lederer, « Return of the Pied Piper », The American Mercury,‎ décembre 1953, p. 33–4 (lire en ligne)
  27. Cf. Geoffrey Blum, « One Billion of Something », Uncle Scrooge Adventures by Carl Barks, no 9,‎ 1996.
  28. snopes.com: White Wilderness Lemmings Suicide
  29. (en) Riley Woodford, Lemming Suicide Myth. Disney Film Faked Bogus Behavior sur le site Wildlife Conservation, consulté en mai 2010.
  30. Suicide des lemmings sur l'Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu online, consulté en mai 2010.
  31. Cf. ce reportage sur Cruel Camera plage : 14 min 01 s–15 min 27 s ou sur YouTube (plage 3 min 26 s-4 min 51 s).
  32. Elizabeth West Marvin et Richard Hermann, Concert Music, Rock, and Jazz Since 1945: Essays and Analytic Studies, University Rochester Press,‎ 2002 (ISBN 1-58046-096-8), p. 403

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]