Legio XIV Gemina

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La légion XIV Gemina est une légion romaine qui fut créée par Auguste et qui est encore attestée dans l'Antiquité tardive.

L'époque augustéenne : création et installation à Mayence[modifier | modifier le code]

Il semble que la légion XIV Gemina fut une création d'Auguste, comme le rappelle son emblème, un capricorne[1]. Elle a pu être créée après Actium à partir de parties de deux légions qui avaient combattu ensemble, ce qui expliquerait son nom de Gemina[1]. Auguste installe ensuite des vétérans de cette légion dans la colonie d'Ateste en Gaule Cisalpine[2],[1]. Après avoir été stationnée dans cette région ou peut-être dans l'Illyricum, la légion est ensuite envoyée en Gaule à proximité de la frontière avec la Germanie. Vers 13 av. J.-C., elle installe sa garnison à Mogontiacum dans un camp de bois et de terre qui accueille aussi la légion XVI Gallica. Comme sa voisine la légion XIV participe aux opérations militaires en Germanie sous Auguste sous le commandement de Drusus, Tibère et Sentius Saturninus[3]. En 9 elle est sous le commandement de Lucius Nonius Asprenas un neveu de Varus et contribue à protéger le Rhin après la perte de la Germanie. En 14, à la mort d'Auguste et lors des mutineries qui agitent alors l'armée de Germanie, les soldats de la XIV se montrent hésitants au moment de prononcer le serment pour Tibère[4],[1].

De Tibère à Claude[modifier | modifier le code]

La légion participe aux opérations de Germanicus contre les Germains, menée par Publius Vitellius elle opère aux bouches du Rhin et sur le littoral de la mer du Nord[5]. En 21 elle a pu participer à la répression de la rébellion de Julius Florus et de Julius Sacrovir. En tout cas des soldats de la XIV furent détachés ensuite en Gaule et stationnèrent dans le camp d'Aulnay-de-Saintonge[6]. Ce camp, bien daté de l'époque tibérienne, semble avoir été occupé jusqu'au début des années 30[7] et témoigne de la reprise en main de la Gaule après la révolte de 21. En revanche la présence d'un de ses légionnaires à Néris-les-bains[8] n'y implique pas la présence d'un détachement de la légion, il s'agit plutôt d'un soldat mort lors d'un déplacement[9].

Claude et la conquête de la Bretagne[modifier | modifier le code]

En 43 la légion XIV quitte sa garnison de Mayence pour rejoindre le corps expéditionnaire formé en prévision de l'invasion de la Bretagne. Placée sous la direction d'Aulus Plautius, cette armée comprend aussi les légions legio II Augusta, legio IX Hispana et legio XX Valeria. On connaît toutefois très mal la participation exacte de la XIV aux premiers temps de la conquête. Vers la fin des années 50 la légion s'installe dans le camp de Viroconium-Wroxeter[10],[9]. Lors de la révolte de Boudicca, en 61, la XIV, commandée par Caius Suetonius Paulinus et associée à des détachements de la légion XX Valeria ainsi qu'à des troupes auxiliaires remporte la victoire décisive contre les rebelles bretons[11],[12]. Grâce à cette victoire la légion reçoit deux surnoms honorifiques qui s'ajoutent à sa dénomination, elle devient la legio XIV Gemina Martia Victrix[12], souvent abrégé en épigraphie G.M.V[13]. Selon Tacite cette victoire rendit la légion particulièrement fameuse et Néron la considéra avec un intérêt particulier[14]. Cela explique que vers 65 ou 66 la légion quitte sa garnison de Wroxeter et est envoyée en direction de la partie orientale de l'empire en raison des projets militaires de Néron en direction des Portes Caspiennes[15],[12].

La fin du règne de Néron et l'année des quatre empereurs[modifier | modifier le code]

On ignore l'endroit exact où est envoyée la légion après son départ de Bretagne. La révolte de Julius Vindex met fin rapidement aux projets de Néron et la XIV semble être rappelée dans la partie occidentale de l'empire - si elle l'avait déjà quitté. Il semble qu'elle reçoit alors une garnison temporaire dans les Balkans, peut-être en Dalmatie[12]. Huit cohortes auxiliaires de Bataves lui sont attachées, venues sans doute elles aussi de Bretagne. Lors de la révolte de Vindex ces auxiliaires semblent avoir pris un parti différent de celui de la légion[16]. Par la suite ces cohortes sont séparées de la XIV, et renvoyées en Gaule vraisemblablement en direction de la Bretagne, début janvier 69 elles se trouvent chez les Lingons[17]. Selon Tacite la XIV se montre longtemps fidèle à Néron[18]. Son comportement sous Galba n'est pas plus connu, mais Tacite souligne ensuite son attachement à Othon[19]. Des Balkans, Othon l'envoie, avec trois autres légions, sur les rives du Pô pour contrer les troupes de Vitellius qui, en mars 69, viennent de passer les Alpes. Lorsque la bataille décisive s'engage à Bedriac la XIV n'est pas encore parvenue intégralement sur le théâtre des opérations et seul un détachement participe au combat[20],[12]. Les soldats de la XIV encerclés par des forces supérieures ne peuvent guère compter dans la bataille[21]. Après sa victoire, Vitellius décide de renvoyer la XIV en Bretagne en la faisant accompagner par ses anciens auxiliaires Bataves. Ceux-ci, en raison de leurs anciennes dissensions avec la légion, doivent la surveiller[22]. C'est dans une atmosphère marquée par des velléités d'insubordination que la légion regagne la Bretagne, certains soldats tentant, en vain, de persuader leurs camarades de piller Vienne, cité qui avait été fidèle à Vindex[23]. Dans la fin de l'été 69, Vespasien contacte par courrier la XIV, espérant ainsi entraîner sa défection et affaiblir le camp de Vitellius[24]. Mais si la Bretagne rallie finalement le camp de Vespasien c'est surtout, selon Tacite, en raison de la légion II Augusta[25]. La légion XIV est ensuite rapidement rappelée sur le continent pour participer à la répression de la révolte de Julius Civilis[26],[12]. Dirigée par le légat Fabius Priscus la légion débarque en Germanie et est envoyée contre deux peuples révoltés, les Nerviens et les Tongres dont elle reçoit la capitulation[27]. Placée sous les ordres de Quintus Petillius Cerialis elle est menée au combat contre Civilis aux côtés des légions II Adiutrix et VI Victrix. Cerialis rappelle la gloire que la XIV avait gagné en Bretagne avant un affrontement décisif avec les Germains révoltés[28]. Le lendemain de cette bataille victorieuse, Cerialis envoya la XIV en Germanie supérieure, la plaçant sous le commandement d'Appius Annius Gallus[29]. Pour la seconde fois la XIV prenait sa garnison dans le camp de Mayence[30].

Nouvelle garnison en Germanie supérieure : l'époque flavienne[modifier | modifier le code]

Tuyau de plomb de la légion XIV trouvé à Wiesbaden, époque flavienne

Dans le camp de Mogontiacum la XIV s'installe à la place de la IV Macedonica, dans le côté droit du camp (sud-est), la I Adiutrix occupant le côté gauche[31]. À cette occasion, le camp fait l'objet d'une profonde rénovation, il reçoit une enceinte en pierre tandis que de nombreux bâtiments sont élevés ou restaurés et qu'un aqueduc est construit pour assurer l'approvisionnement en eau du camp[32]. Cette période voit aussi la place du camp de Mayence dans le dispositif frontalier romain changer, les implantations romaines se déplacent à l'est, au-delà dur Rhin avec l'occupation des Champs Décumates. En 73-74, avec des troupes des autres légions de Germanie supérieure, un détachement de la XIV participe aux opérations menées par Cneus Pinarius Cornelius Clemens qui aboutissent à l'occupation de la Forêt-Noire et à la construction d'une route Mayence-Augst[33],[30].

L'installation sur le Danube : la légion de Carnuntum[modifier | modifier le code]

L'aigle de la légion XIV sur un aureus de Septime Sévère

En 114 au plus tard, la XIV installe sa garnison dans le camp de Carnuntum où elle remplace la légion Apollinaris.

La légion au troisième siècle[modifier | modifier le code]

En 193 la XIV Gemina est la première légion à soutenir Septime Sévère lors de sa proclamation comme empereur, à Carnuntum. Des soldats de la XIV participent à la marche de Septime Sévère vers Rome et vers l'Italie. Certains soldats de la XIV sont transférés dans les prétoriens qui sont complètement réorganisés par Septime Sévère[34],[35].

L'antiquité tardive[modifier | modifier le code]

La Notitia Dignitatum donne les dernières traces connues de la légion. Pour la partie occidentale de l'empire elle signale, sous les ordre du dux de Pannonie première, à Carnuntum un préfet de la légion[36] et à Arrabona (Győr) un préfet pour les légions X et XIV Gemina[37]. Pour la partie orientale de l'empire elle mentionne, parmi les légions Comitatenses, des Quartodecimani placés sous les ordres du Magister militum per Thracias[38]. On perd par la suite toute trace de la légion XIV Gemina.

Prosopographie[modifier | modifier le code]

Legati legionis[modifier | modifier le code]

  • Fabius Priscus, en 70[39].
  • P.Baebius Italicus, vers 82-84[40].
  • Cn. Minicius Faustinus Sex. Iulius Severus, vers 117-120[41].
  • L. Roscius Maecius Celer [Manlius ?] Postumus Mam[ilianus] Vergilius Staberianus, vers 125-130.
  • Cn. Papirius Aelianus Aemilius Tuscillus, vers 130.
  • [Q. Pompeius Vopiscus C. Arr]unt[ius Cate]llius Celer Allius Sabinus, vers 132-133.
  • T. Caesernius Statius Quintius Statianus Memmius Macrinus, vers 135-138.
  • P. Cluvius Maximus Paullinus, vers 138-141
  • T. Prifernius Paetius Rosianus Nonius [?Agric]ola C. Labeo [T]e[tius], vers 139-141?
  • M. Nonius Macrinus, vers 150[42].
  • M. Statius Priscus, vers 155[43].
  • C. Vettius Sabinianus Iulius Hospes, vers 170[44].
  • L. Ragonius Quintianus, vers 180[45].
  • T. Flavius Secundus Philippianus, vers 193.
  •  ?[...] vers 197[46].
  • C. Petronius Probatus Iunior Iustus, vers 222-235.

Tribuni militum laticlavii[modifier | modifier le code]

Tribuni militum angusticlavii[modifier | modifier le code]

Les tribuns angusticlaves étaient des officiers équestres accomplissant, après Claude, leur deuxième milice[54].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Franke, 2000, p. 191
  2. CIL V, 2497
  3. Franke, 2000, p. 192
  4. Tacite, Annales, I, 37
  5. Tacite, Annales, I, 70
  6. CIL XIII, 1121 et 1123
  7. M. Reddé et alii, L'architecture de la Gaule romaine. Les fortifications militaires, Bordeaux - Paris, 2006, p. 205-207
  8. CIL XIII, 1383
  9. a et b Franke, 2000, p. 193
  10. RIB, 292, 294 et 296
  11. Tacite, Annales, XIV, 34-38
  12. a, b, c, d, e et f Franke, 2000, p. 194
  13. Jean-Marie Lassère, Manuel d'épigraphie romaine, Picard, Paris, 2007, p. 1080.
  14. Tacite, Histoires, II, 11 et 32
  15. Suétone, Néron, XIX
  16. Tacite, Histoires, II, 27 et 66.
  17. Tacite, Histoires, I, 59 et 64
  18. Tacite, Histoires, II, 11 : « longa illis erga Neronem fides ».
  19. Tacite, Histoires, II, 11 : « et erecta in Othonem studia ».
  20. Tacite, Histoires, II, 32 et 66
  21. Tacite, Histoires, II, 43
  22. Tacite, Histoires, II, 66, 1
  23. Tacite, Histoires, II, 66, 2-3
  24. Tacite, Histoires, II, 86
  25. Tacite, Histoires, III, 44
  26. Tacite, Histoires, IV, 68 et 76
  27. Tacite, Histoires, IV, 79
  28. Tacite, Histoires, V, 16
  29. Tacite, Histoires, V, 19
  30. a et b Franke, 2000, p. 195
  31. D. Baatz, Mogontiacum. Neue Untersuchungen am römischen Legionslager in Mainz, Berlin, 1962, p. 70
  32. D. Baatz, Mogontiacum. Neue Untersuchungen am römischen Legionslager in Mainz, Berlin, 1962, p. 20-26, 87
  33. CIL XIII, 9082 (ILS, 5832)
  34. CIL VI, 2758
  35. Brian Campbell, The Roman army, 31 BC-AD 337, Londres New-York, 1994, p. 40, n°65.
  36. Notitia Dignitatum, Occ., XXXIV, 17 (C. Neira Faleiro, La Notitia Dignitatum. Nueva edición crítica y comentario histórico, Madrid, 2006, p. 451) : « praefectus legionis quartaedecimae geminae militum liburnariorum cohortis <quinque> partis superioris, Carnunto »
  37. Notitia Dignitatum, Occ., XXXIV, 29 (C. Neira Faleiro, La Notitia Dignitatum. Nueva edición crítica y comentario histórico, Madrid, 2006, p. 452) :« Praefectus legionis decimae et quartaedecimae gemina<rum> militum liburna<rio>rum, Arrabonae. »
  38. Notitia Dignitatum Or., VIII, 39 (C. Neira Faleiro, La Notitia Dignitatum. Nueva edición crítica y comentario histórico, Madrid, 2006, p. 183)
  39. Géza Alföldy, Die Legionslegaten der römischen Rheinarmeen, Cologne, 1967, n°21
  40. Géza Alföldy, Die Legionslegaten der römischen Rheinarmeen, Cologne, 1967, n°25
  41. a et b E. Dabrowa, The Governors of Roman Syria from Augustus to Septimius Severus, Bonn, 1998, p. 94-96
  42. J. Fitz, Die Verwaltung Pannoniens in der Römerzeit, II, Budapest, 1993, n°288
  43. J. Fitz, Die Verwaltung Pannoniens in der Römerzeit, II, Budapest, 1993, n°342
  44. J. Fitz, Die Verwaltung Pannoniens in der Römerzeit, II, Budapest, 1993, n°294
  45. J. Fitz, Die Verwaltung Pannoniens in der Römerzeit, II, Budapest, 1993, n°350
  46. F. Bérard, « Un nouveau cursus sénatorial à Allonnes (Sarthe) », MEFRA, 116-2, 2004, p. 1039-1112
  47. IGR III, 1281 ; E. Ritterling c. 1743
  48. CIL VI, 31706 ; E. Ritterling c. 1743
  49. CIL XIV, 3595 ; E. Ritterling c. 1743
  50. B. Rémy, « L'itération du tribunat laticlave au Haut-empire », Mémoires VII, Centre Jean Palerne, Saint-Étienne, 1986, p. 102-105, n°7
  51. AE, 1957, 161
  52. B. Rémy, « L'itération du tribunat laticlave au Haut-empire », Mémoires VII, Centre Jean Palerne, Saint-Étienne, 1986, p. 122-125, n°22
  53. B. Rémy, « L'itération du tribunat laticlave au Haut-empire », Mémoires VII, Centre Jean Palerne, Saint-Étienne, 1986, p. 126-128, n°25
  54. PME, t. VI, p. 174-175
  55. PME, N 7
  56. PME, P 9bis
  57. PME, Inc. 226
  58. PME, C 242
  59. PME, O 15
  60. PME, R 25
  61. PME, A 217
  62. PME, P 26
  63. PME, C 133bis
  64. PME, Inc. 25bis
  65. PME, A 13
  66. PME, C 251
  67. PME, P 30

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • T. Franke, « Legio XIV Gemina », dans Yann Le Bohec et Catherine Wolff éd., Les légions de Rome sous le Haut-Empire, Lyon, 2000, p. 191-202.
  • E. Ritterling, « Legio » (XIIII gemina), dans Realencyclopädie der classischen Altertumswissenschaft (RE), Band XII,2, Stuttgart 1925, c. 1727–1747.