Lecture rapide
La lecture rapide (ou lecture experte, parfois assimilée à la lecture globale[réf. nécessaire]) est une méthode visant à lire beaucoup plus vite tout en retenant les aspects importants (au regard des objectifs que le lecteur s'est fixés) d'un texte. Bien que contestée[réf. nécessaire], elle est utilisée pour la formation d'adultes ou d'enfants sachant déjà lire mais elle est inapplicable pour l'apprentissage de la lecture par de jeunes enfants qui ne savent pas encore lire ou par des adultes analphabètes.
On distingue deux grands types de lecture rapide :
- La lecture rapide intégrale : le lecteur lit tous les mots, mais bien plus vite qu'un lecteur lent.
- L'écrémage : le lecteur parcourt le texte à la recherche de l'essentiel.
Les deux types peuvent bien sûr être combinés, suivant le but recherché.
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Méthodes [modifier]
Elles s'appuient toutes sur :
- une lecture rapide et régulière, évitant la subvocalisation (on ne prononce pas mentalement les mots qu'on lit, mais on appréhende directement le sens de groupes de mots ou phrases) ;
- des techniques de concentration mentale et d’éducation du regard, visant à :
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- augmenter le nombre de lettres perçues simultanément (l'« empan visuel »),
- limiter les mouvements inutiles de l'œil (retours en arrière, divagation...),
- améliorer la précision et vitesse du pointage de l'œil et le délai de retour à un point recherché, ceci pour faciliter une lecture par groupe de mots, voire par lignes entières ou par paquets de lignes (dans le cas d'un texte en colonne). La rapidité et la précision des mouvements de l'œil sont essentielles, c'est pourquoi l'oculométrie cognitive est utilisée pour l'étude des performances de lecteurs ;
- des stratégies de repérage, écrémage (détection de mots clefs porteurs d'information), lecture en diagonale, anticipation et tri en fonction de questions qu'on se pose avant lecture et en cours de lecture ;
Cette double approche permet à un « lecteur-expert » d'appréhender les idées-forces, mots et passages importants d'un texte bien plus rapidement que par une lecture à voix haute, ou silencieuse mais en « mot à mot ». La méthode ne se substitue pas à une lecture approfondie des passages techniques ou complexes[réf. nécessaire], ni n'interdit une lecture lente par exemple de textes poétiques, de romans, etc.
Remarques : l'œil doit être à une distance optimale du texte, pour englober des groupes importants de mots, sans devoir faire de longs retours à la ligne. La pause de l'œil lorsqu'il « photographie » un mot ou groupe de mot est dite point de fixation. La mesure du nombre de lettres perçues simultanément est nommée l'empan. On cherche ici à l'agrandir ; un lecteur lent fixe 5 à 10 lettres par point de fixation, un « lecteur rapide » en fixe plus d'une vingtaine. Dans l'illustration proposée ci-contre, un lecteur lent aura tendance à focaliser son regard sur chacun des chiffres clignotants. Un lecteur rapide lui, ayant élargi son empan visuel, se sera habitué à percevoir chacun de ces chiffres tout en focalisant son regard sur le centre de l'image.
Lire vite, mais détecter et retenir l’important [modifier]
Les gains de vitesse et de perception visuelle permettent au lecteur rapide de consacrer plus de temps à la compréhension du texte. Ces gains également permis par une amélioration de la concentration et par l’entraînement ont plusieurs origines :
- suppression de la subvocalisation ;
- maîtrise du travail (accommodation, positionnement, mouvements de l’œil) ;
- élargissement du champ visuel.
Les spécialistes Javal, Smith et Richaudeau ont permis une meilleure compréhension de ce qu’est la perception visuelle lors de la lecture. Ils ont bénéficié des avancées techniques et des théories perceptivo-cognitives des psychologues, des psycholinguistes et des cognitivistes. Le cerveau, les mécanismes d’apprentissage, les processus mentaux d’anticipation du sens d’un texte sont mieux compris et peuvent encore éclairer nos capacités de vitesse de lecture, de perception visuelle, de tri anticipation et mémorisation.
Des psychologues cognitivistes comme Smith et Charolles ont étudié l’importance des processus de mémoire (à court et long terme) pour le traitement des données lors du processus de compréhension.
Les neurologues et anatomobiologistes peuvent aujourd’hui suivre en direct les zones du cerveau actives lors de la lecture, ce qui pourrait conduire à mieux comprendre des processus à la fois proches et différents comme la lecture avec prononciation mentale des mots et sons et la lecture experte globale et rapide.
Pour la langue française, ces techniques de lecture rapide sont défendues par l'Association française pour la lecture[1], qui propose un large corpus de réflexions via sa revue Actes de lectures, et des logiciels d'entrainement visant à accroitre progressivement la vitesse de lecture. En complément, mais aux marges du champ de la lecture rapide définie ici, il existe de nombreux ouvrages, exercices et formations proposant des méthodes pour affiner ses stratégies de lecture. Ces dernières visent par exemple au repérage des éléments structurants d'un texte, en lisant la conclusion ou le sommaire avant de commencer la lecture ou en ajustant le niveau de compréhension à ce qui semble nécessaire selon les parties du texte. Ces formations sont parfois incluses dans les formations sur la gestion efficace du temps.
La photolecture [modifier]
La photolecture (photoreading all mind system) s'inscrit dans la lignée des méthodes de lecture rapide, initiée par l'Américaine Evenlyn Wood.
La Photolecture intègre simultanément les découvertes des neurosciences sur la façon dont le cerveau traite l'information et la PNL (programmation neuro-linguistique). L'idée essentielle qui sous-tend la méthode de Paul Scheele, c'est que nous pourrions utiliser beaucoup plus efficacement notre cerveau. Et notamment, notre hémisphère droit, non-dominant dans notre culture. Courir avec deux jambes est beaucoup plus efficace que courir à cloche-pied. Cette évidence lorsqu'il s'agit de performances physiques ne s'impose pas avec la même force pour des performances mentales. Pourtant, vouloir lire seulement avec le cerveau gauche, c'est se priver d'immenses ressources.
La méthode de Paul Scheele repose sur les capacités du cerveau à traiter l'information de façon non consciente. Le mental n'a pas besoin d'être tout le temps à la barre ! En fait, il limite la saisie de l'information de façon drastique et soumet son traitement à de multiples distorsions. Au cours de l'étape de photolecture qui a donné son nom à la méthode, le cerveau prend une photographie mentale du livre ou du document. Contrairement aux idées reçues, ceci peut se faire très rapidement. De même que le temps de pose d'un appareil photo s'évalue en millisecondes (1/1000e de seconde), le cerveau peut enregistrer l'information à des vitesses quantiques. Cette photographie mentale crée une sorte de canevas non conscient, un support pour les informations que les autres étapes de la méthode permettent de ramener dans le conscient. Au lieu que le sens se construise à partir de saisies analytiques, celui-ci se donne dans sa globalité.
Histoire [modifier]
Paul Scheele, co-fondateur de la Learning Strategies corporation se consacre depuis plus de trente ans au développement de nos capacités : mémoire, intuition, apprentissage rapide... Auteur de plusieurs livres sur les possibilités du cerveau[2],[3], il prépare un doctorat sur le leadership et le changement. Créée en 1985, la photolecture est enseignée dans une trentaine de pays[réf. nécessaire].
Méthode [modifier]
La Photolecture comprend cinq étapes : la préparation, la prise de vue, la photolecture, la préactivation et l'activation.
- La préparation consiste à se donner un objectif qui agit comme une directive donnée au non conscient. À cela s'ajoute une technique qui permet une lecture plus fluide.
- La prise de vue ressemble à ce que chacun fait lorsqu'il prend un livre : c'est un petit tour d'horizon : quatrième de couverture, table des matières, premier paragraphe, titres... L'essentiel est de garder cette étape très courte : juste le temps de décider : ce livre m'intéresse ou non.
- Ensuite vient la photolecture, cette fameuse photographie mentale, qui prend de 3 à 5minutes pour un ouvrage de 360 pages, temps qui se réduit à 1 ou 2 minutes avec la souris. Le regard est légèrement divergent comme pour voir les stéréogrammes (les images en 3D). la photolecture se pratique dans un état de vigilance détendue.
- Tout de suite après, c'est la préactivation, étape qui dure entre 5 et 10 minutes au cours de laquelle, on parcourt le document à la recherche de titres, de mots qui accrochent et dont l'objectif est de se poser des questions.
- Après une pose pour l'imprégnation, idéalement une nuit, c'est l'étape de l'activation. Par une série de techniques appropriées, il s'agit de faire passer dans le conscient l'information qui répond à notre objectif et de la mémoriser.
Les effets sur la compréhension [modifier]
Duggan & Payne (2009)[4] donnèrent un temps limité pour lire un texte et firent la comparaison entre "scannage" (lecture rapide) et lecture normale. Ils relevèrent que les points importants d’un texte avaient été mieux compris après un scannage qu’après une lecture normale du texte. Ils constatèrent également qu’il n’y avait pas de différence entre les 2 groupes pour l’information moins importante.
Les meilleures performances de compréhension obtenues par les lecteurs rapides peuvent s'expliquer par le fait suivant : En lecture lente, quand on arrive à la fin d'une phrase ou d'un paragraphe, on peut avoir un peu oublié le début, ce qui entraîne un défaut de compréhension. La lecture rapide permet d'échapper à cet écueil.
Histoire [modifier]
C'est Claude-François Lizarde de Radonvilliers qui, en France en 1768, semble avoir le premier initié (pour les enfants du roi dont il avait été nommé sous-précepteur) une méthode associant la forme d'un mot calligraphé à une image représentant son sens, avant d'apprendre à déchiffrer et associer les syllabes pour en recomposer le son qui doit évoquer le sens du mot (si on l'a appris).
- 1787 : Nicolas Adam, en France, insiste sur le fait que le tout et la forme sont perçus avant le détail et qu'il faut commencer les apprentissages par des approches globales avant de passer aux détails (à la décomposition des mots dans le cas de la lecture).
- 1800 : les typographes notent que l'on capte globalement mieux et plus vite les formes associant des fontes connues de caractères et que cette captation est bien moins rapide pour des caractères écrits dans des fontes inconnues, facilement jugées laides par le lecteur. Les typographies deviennent des modèles déposés qui se vendent d'un pays à l'autre et les créateurs rivalisent d'originalité ou de finesse dans l'amélioration de l'existant.
- 1843 : Leclerc, un notaire français remarque que le lecteur expérimenté anticipe et devine plus qu'il ne lit réellement mot à mot. Un fragment de mot suffit souvent à la compréhension, dans le contexte du sens global de la phrase et du texte. Il démontre que tout lecteur expérimenté peut lire à une vitesse presque normale en ne disposant que de la partie supérieure des lignes (en effaçant la moitié inférieure d'une ligne, le texte reste parfaitement et rapidement lisible, sauf s'il est écrit entièrement en majuscules). Leclerc a contribué aux théories de la lisibilité typographique qui suivront. Avec humour, il propose de supprimer la partie basse de chaque lettre, ce qui diviserait par deux le volume des livres et les frais d’impression[5].
- 1848 : le médecin psychologue genevois Claparède s'intéresse à la psychologie de l’enfant et à sa psychologie de l’intelligence, définissant 3 actes principaux impliqués dans la connaissance humaine :
- vue générale et confuse d'un tout (syncrétisme) ;
- vue distincte et analytique, des parties ;
- recomposition synthétique du tout, sur la base des connaissances apportées par les parties.
- 1878 : le docteur Émile Javal (ophtalmologue, directeur du laboratoire d'ophtalmologie de l'université de la Sorbonne) note que l'œil posé sur un mot ou un petit groupe de mots n'a besoin que d'un quart à un tiers de seconde pour permettre à l'esprit d'appréhender le sens de ces mot et qu'il ne lui faut qu'un quarantième de seconde pour passer au groupe (champ visuel) suivant. L'entraînement permet à un lecteur expérimenté d'appréhender des groupes de mots de plus en plus importants (de la même manière qu'un chef d'orchestre a appris à lire plusieurs lignes et portées en même temps).
- 1905 : poursuivant ses travaux, le docteur Javal conclut que l’œil fonctionne avec des mouvements de saccade et qu’il reconnaît les lettres par leurs différences globales sans besoin d’analyser chaque lettre dans le détail. Il a dessiné un caractère plus rapidement lisible dans lequel il accentue les lettres aux endroits qu’il juge importants pour la vision et il montre ainsi que les formes les plus simples ne sont pas forcément les mieux lisibles, car occasionnant plus de risques de confusion entre lettres.
- 1923 : le suisse Jean Piaget développe la méthode globale de Radonvilliers.
- 1930 : aux USA, le docteur William H. Bates, cherche à comprendre l'accommodation et constate que la vision change selon l'état psychique et la concentration de chacun et qu'un comportement visuel conscient et optimal peut améliorer la presbytie, la myopie, l'astigmatisme, l'hypermétropie, le strabisme chez les enfants et les adultes sans recourir aux lunettes. De même, un lecteur peut volontairement, s'il s'entraîne, utiliser et associer des stratégies et techniques variées de lectures, plus ou moins performantes pour la vitesse de lecture, la compréhension et la mémorisation du contenu. Il identifie des moyens d'élargir le champ visuel en étant conscient de la vision périphérique.
- 1936 : le belge Ovide Decroly promeut et expérimente une méthode donnant d'abord de l'importance à l'oral pour ensuite conduire le lecteur vers l'écrit. Il insiste sur l'importance des objectifs et stratégies associées que le lecteur peut et doit se fixer pour retirer l'information d'un texte.
- 1940 : l'armée américaine donne des cours de lecture rapide à ses officiers, alors que la méthode avait toujours été utilisée avec des enfants.
- 1959 : L'Américaine Evenlyn Wood, décide de créer une méthode de lecture rapide et fonde le Dynamic Reading Institute. L'histoire d'Evelyn Wood est esquissée dans un ouvrage de Tony Buzan[6] : Venue rendre son mémoire de 80 pages, elle fut sidérée par la vitesse à laquelle son professeur le parcourut - une dizaine de minutes - et la qualité de ses remarques. Ceci décida de sa vocation. S'il existait de tels lecteurs, c'était une compétence qui pouvait s'acquérir.
- 1968 : Richaudeau s’intéresse à la lecture rapide et à la lisibilité des textes pour les rendre plus compatibles à une certaine capacité naturelle à saisir rapidement des groupes de lettres, chiffres et/ ou de mots.
- 1985 : Paul Scheele crée la photolecture.
Notes et références [modifier]
- Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Photolecture » (voir la liste des auteurs).
- Historique de l'AFL Site de l'Association française pour la lecture
- Photoreading, 1993, Lire à toute vitesse, 2010, Interéditions
- Genius code with Win Wenger, natural brillance, Drop into genius
- Voir Text Skimming: The Process and Effectiveness of Foraging Through Text under Time Pressure [PDF]
- Voir à ce sujet Typographie [PDF] d'Olivier Nineuil.
- The speed reading book, BBC, 2010
Bibliographie [modifier]
- François Richaudeau, Méthode de Lecture rapide, Retz, 2004 (ISBN 978-2725623436).
- Tony Buzan, Larry Cohen, La lecture rapide, Éditions d'Organisation, 2004 (ISBN 978-2708130357).
- Gabriel Putto, Lecture rapide - Lire vite, c'est lire mieux, ALM-Formation, 2005 (ISBN 978-291343001).
Articles connexes [modifier]
- Lecture
- Apprentissage de la lecture
- Fixation (vision)
- Lecture lente
- Subvocalisation
- Mot par minute
- Oculométrie
Liens externes [modifier]
- (en) www.learningstrategies.com
- (en) www.photoreading.com
- (fr) www.cpossible.be
- (fr) www.therapeutia.com
- (fr) www.photolecture.fr