Lectio divina

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La Lectio divina est une expression latine qui fait référence à une méthode de prière développée dans la tradition monastique occidentale. Partant de la lecture d'un texte à caractère spirituel (de préférence la Bible) [Lectio] elle se prolonge dans la réflexion sur ce même texte [Meditatio], se poursuit par un dialogue avec Dieu [Oratio] se terminant par une écoute silencieuse de Dieu [contemplatio].

Histoire[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Les principes de la Lectio divina ont été exprimés vers l’an 220 de notre ère par Origène. Il affirma que, pour lire fructueusement la Bible, il est nécessaire de le faire avec attention, constance, prière. La Lectio divina a été introduite en Occident par saint Ambroise.

Fondement : quatre sens de l'Écriture[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Quatre sens de l’Écriture.

Origène insista aussi sur l’importance de lire l’Écriture en prêtant attention à plusieurs niveaux possibles de significations.

La Lectio divina se fonde ainsi sur la doctrine des quatre sens de l’Écriture, définie également par Origène. Les quatre sens sont les suivants :

  • historique,
  • allégorique,
  • tropologique,
  • et anagogique.

Développement[modifier | modifier le code]

La lectio divina est l’opération de l’Écoute de Dieu qui veut nous parler par les Écritures. Pratiquement, elle est le temps fort quotidien que l’on accorde à cette Écoute. En un certain sens, elle est l’Art spirituel premier. Cet art, si vital, nous enseigne comment recevoir la « Parole du Jour » et comment la mettre en pratique. C’est ce que nous demandons dans le Notre Père quand nous disons : « que ta volonté soit faite sur la terre comme au Ciel » et puis « donne-nous aujourd’hui notre Pain de ce jour. » Apprendre cet art a toujours été l’urgence du chrétien.

L’opération de l’Écoute résume à elle seule tous les commandements[1], et tout l’Évangile. Le cœur du message biblique est d’aimer, aimer Dieu et aimer son prochain. Or aimer c’est écouter la Parole du Christ et la mettre en pratique : « si quelqu’un m’aime, il gardera ma Parole » (Jn 14,23, cf. Jn 14,15.21).

L’opération complète de l’Écoute se résume ainsi : « Écouter la Parole de Dieu et la mettre en pratique ». Rien de plus simple dans l’énoncé, cependant la pratique montre qu’aucun défi humain n’est plus grand que celui-là. De fait, 1- la mise en pratique n’est pas une œuvre purement humaine. Elle ne peut être réalisée en s’appuyant uniquement sur nos propres forces. De plus, 2- l’Écoute est une opération qui part de Dieu : nous ne choisissons pas quelle Parole mettre en pratique, mais c’est Dieu qui, dans sa sagesse de vue, nous donne « la Parole du jour ». Cette dernière est plus adaptée à notre vrai besoin le plus immédiat de ce jour.

Durant l’opération de l’Écoute nous nous heurtons à deux choses : 1- a) L’abîme qui existe entre ce que nous savons (notre intelligence, nos pensées) et ce que nous faisons (notre volonté, nos actes). 1- b) Nous constatons que notre volonté est malade, qu’elle fait autre chose que de mettre en pratique la Parole reçue. 2- Nous ne savons pas comment faire pour nous en sortir ; le côté pratique de l’Écoute, nous échappe. C’est la lectio divina qui nous enseignera pratiquement comment combler cet abîme.

Les Pères du Désert et les Pères de l’Église nous enseignent l’opération de l’écoute quand, par exemple, ils prient Dieu ainsi : « Donne ce que tu ordonnes, et ordonne ce que tu veux »[2]. Cette maxime, mise dans l’ordre, offre les deux temps de la lectio : 1- « Dis-moi, par ta Parole, ce que tu veux de moi. » 2- « Donne-moi ton Esprit Saint pour mettre en pratique ce que tu veux de moi. »

Selon les règles monastiques de saints Pacôme, Augustin d’Hippone, Basile de Césarée, et Benoît de Nursie, la pratique de la lectio divina est, avec le travail manuel et la participation à la vie liturgique, l’un des trois piliers de la vie monastique.

La systématisation de la lectio divina en quatre étapes remonte au XIIe siècle. Vers 1150, Guigues II le Chartreux, un moine chartreux, a écrit un livre intitulé « l’échelle du moine » (Scala Claustralium) dans lequel il a établi la méthode des quatre étapes : lecture, méditation, prière et contemplation. La lecture cherche la vie bienheureuse, la méditation la trouve, la prière la demande, la contemplation la goûte (cf. Sources Chrétiennes no 163).

Le 16 septembre 2005, le pape Benoît XVI relançait la lectio divina lors de la commémoration des 40 ans de la publication de la constitution du Concile Vatican II « Dei Verbum » sur la Révélation :

« Je voudrais en particulier rappeler et recommander l’ancienne tradition de la Lectio divina : la lecture appliquée des Saintes Écritures accompagnée par la prière apporte ce dialogue intime dans lequel la personne qui lit entend Dieu qui parle, et dans la prière, lui répond en lui faisant confiance par l’ouverture du cœur (cf. Dei Verbum, no 25). Si elle est effectivement mise en œuvre, cette pratique apportera à l’Église - J’en suis convaincu - un renouveau spirituel. »

Méthode[modifier | modifier le code]

La Lectio est pratiquée en général pendant une heure en continu chaque jour. On choisit à l’avance une sélection des Écritures saintes, souvent comme une progression quotidienne à travers un livre particulier de la Bible. Depuis le Concile Vatican II, et le nouveau Lectionnaire, beaucoup font leur lectio divina à partir des lectures du jour de la Messe (la Table de la Parole).

Moment[modifier | modifier le code]

Le choix du moment pour la Lectio divina est important. En général, les méthodes consistent à prier pendant une heure dans la matinée, ou à la diviser en deux périodes d’une demi-heure, l’une dans la matinée et l’autre dans l’après-midi. Il est essentiel de choisir préalablement le moment qui sera consacré à la prière, et de s’y tenir. Garder le même moment chaque jour conduit à une habitude quotidienne qui devient hautement efficace.

Endroit[modifier | modifier le code]

L’endroit de la prière doit être éloigné des sources de distraction. Cela signifie qu’il doit être isolé des autres gens, des téléphones, des distractions visuelles, d'Internet, etc. Certains trouvent que les icônes religieuses peuvent aider. Si possible, on utilisera toujours le même endroit pour la Lectio, particulièrement lorsque l’on commence à la pratiquer. S’habituer à un endroit permet d’écarter les risques de distraction de la personne qui prie. Certaines personnes pratiquent d’autres dévotions, comme la prière devant le Saint-Sacrement, l’eucharistie, comme préparation à la Lectio divina.

Préparation[modifier | modifier le code]

Avant de lire, il est important de se préparer progressivement à la transition entre l’état d’esprit normal et un état contemplatif et priant. Quelques moments de respiration profonde, régulière, et une prière courte qui invite l’Esprit Saint à guider le temps de prière aide à se préparer et améliore l’efficacité de la Lectio.

Une fois préparé, il est temps de commencer la prière. Il y a quatre phases dans la prière, qui ne présentent pas forcément dans un ordre préétabli. On peut changer très librement entre différentes phases de la prière en fonction de l’Esprit.

Les quatre moments[modifier | modifier le code]

Lectio Divina.svg

Tels que décrits notamment par Guigues II le Chartreux (XIIe siècle), dans L’échelle des moines[3] :

Lectio[modifier | modifier le code]

Lire le passage lentement plusieurs fois.

Meditatio[modifier | modifier le code]

Réfléchir sur le texte du passage, et sur la manière de l’appliquer dans sa vie. Réfléchir autour d’expressions ou de mots particuliers qui semblent avoir une signification particulière. Il ne faut pas confondre cela avec l’exégèse, mais c’est une lecture très personnelle de l’Écriture et son application à sa propre vie.

Oratio[modifier | modifier le code]

Répondre au passage en ouvrant son cœur à Dieu. Cela n’est pas un exercice intellectuel, mais plutôt le début d’une conversation avec Dieu.

Contemplatio[modifier | modifier le code]

Écouter Dieu. C’est une libération de ses propres pensées, à la fois quotidiennes et saintes. Cela consiste à écouter Dieu nous parler. Ouvrir notre esprit, notre cœur et notre âme à l’influence de Dieu. Toute conversation doit autoriser les deux parties à communiquer, et cet acte qui n’est pas particulièrement familier autorise à s’ouvrir à l’écoute de Dieu.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (it) Enzo Bianchi, Pregare la parola. Introduzione alla « Lectio divina ». Milano, 1973, 1990²,
    • trad. française : Prier la Parole. Une introduction à la Lectio divina, Abbaye de Bellefontaine (Vie monastique 15), Bégrolles-en-Mauges, 1996, (ISBN 2-85589-972-9)
  • Enzo Bianchi, Écouter la Parole. Les enjeux de la lectio divina, Lessius (Le livre et le rouleau 28), Bruxelles, 2006, (ISBN 978-2-87299-154-9)
  • Sr Pascale-Dominique Nau, Quand Dieu parle : Saint Jean de la Croix et la lectio divina (Saint-Sébastien, Espagne, 2009). [1]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://regle-de-saint-benoit.blogspot.fr/
  2. Saint Augustin, « Confessions » X,29, 31, 37 : « Da quod jubes, et jube quod vis ».
  3. Lettre sur la vie contemplative suivi de Douze méditations, Cerf, Sources chrétiennes, 1970.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]