Le smoking

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Smoking.
Page d'aide sur l'homonymie Ne doit pas être confondu avec Le Smoking sorti en 2002.
Smoking Yves Saint Laurent au De Young Museum de San Francisco

Le smoking, souvent orthographié Le Smoking avec majuscules [note 1], est le nom par lequel les Américains ont désigné l'adaptation par Yves Saint Laurent du smoking masculin pour les femmes[3]. Ce vêtement, présenté lors de la collection automne-hiver de 1966, a provoqué de vives réactions avant de devenir un classique du vestiaire féminin.

Histoire[modifier | modifier le code]

Alors que, dans les années 1960, pour les soirées il sied pour les femmes de porter une robe longue et pour les hommes un habit ou un smoking, Yves Saint Laurent bouleverse ces codes en adaptant le pantalon pour les femmes, ainsi que ce vêtement masculin pour sa clientèle féminine. Le premier modèle du smoking pour femme, créé sur Danielle Luquet de Saint Germain, est présenté, en deux versions[2], dans la collection automne-hiver 1966[note 2], comportant « un pantalon droit, une chemise en organdi blanc à jabot, un nœud lavallière, une ceinture de satin et une veste longue féminisée par une coupe ajustée »[3]. Le couturier met le jabot à la place du col de chemise masculine, et un ruban de soie en remplacement du nœud papillon[4]. La « bible » WWD l’appelle le « costume pantalon[5] ».

Les réactions sont contrastées, l'accueil de la presse reste très critique[2] ; pourtant, de nombreuses personnalité telles que Françoise Hardy, Mireille Darc, Hanae Mori, la muse Betty Catroux ainsi que Loulou de la Falaise, Bianca Jagger, Liza Minnelli, Lauren Bacall[2], le mannequin anglais Penelope Tree (en), Susan Train[5] du Vogue français, et bien sur Catherine Deneuve, deviennent très rapidement les ambassadrices du smoking. Malgré tout, lorsque Françoise Hardy arbore le smoking de Saint Laurent à l'opéra, elle se fait huer, mais elle fait sensation en le portant pour la cérémonie de Thanksgiving de Macy's. En 1968, Nan Kempner, « la plus chic du monde » selon Saint Laurent[6], se voit refuser l'entrée d'un restaurant à cause du pantalon de smoking qu'elle porte — qu'elle retire pour ne garder que la tunique[2],[3],[5],[7],[8],[note 3].

Le succès du smoking de Saint Laurent se fait grâce au prêt-à-porter vendu par Saint Laurent rive gauche. Le grand couturier témoigne : « La rue court plus vite que les salons. Je l'ai constaté il y a cinq ans quand j'ai fait mon premier smoking. En couture : aucun succès. En prêt-à-porter : immense »[3]. Beaucoup voient dans Le Smoking un signe de pouvoir pour les femmes qu'Yves Saint Laurent leur accorde en faisant porter un vêtement masculin symbolique d'influence[2].

Yves Saint Laurent[10], et d'autres après lui, revisitent le concept[11] en créant le smoking short ou la robe smoking, par exemple[7]. Le Monde le décrit comme emblème des années 1960 : « Avec ce vêtement emprunté aux hommes, le couturier fait entrer le pantalon dans la garde-robe féminine du soir ».

Pour le dernier défilé haute couture en présence du couturier, Casta et Deneuve entourent Yves Saint Laurent : ils sont tous trois en smoking[12],[13] ; le couturier aura ravivé une dizaine de fois et jusqu'à 200 déclinaisons[4] ce vêtement emblématique au sein de ses collections et précise que « l'idée d'une femme en costume d'homme n'a cessé de grandir, de s'approfondir, de s'imposer comme la marque même d'une femme d'aujourd'hui. Je pense que, s'il fallait représenter la femme des années 1970 un jour dans le temps, c'est une femme en pantalon qui s'imposerait […][10] » Le couturier, dépassant les tendances, a imposé ce vêtement comme un élément permanent de la garde-robe féminine[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Si l'orthographe avec les majuscules n'est pas systématique, il se retrouve, par exemple, dans l'encyclopédie Fashion Designer A-Z : « On lui doit de nombreux modèles de référence : […], tailleur-pantalon Le Smoking en 1966[1] » ; ainsi que dans l'ouvrage Fifty fashion looks that changed the 1960s : « When Yves Saint laurent first presented 'Le Smoking' as part of his 'Pop Art' collection […][2] ».
  2. Juillet 1966 : Collection Pop-Art et Premier Smoking (automne-hiver 1966)
  3. Bien que très largement reprise sous des versions diverses mais proches, par de nombreuses sources, Laurence Benaïm, biographe de Saint Laurent, donne une autre version, et nomme cette anecdote un « conte » :
    « Chez Saint Laurent, l'histoire est devenue un conte : à New York, en 1968, une femme arrive au restaurant dans une tunique et un pantalon Saint Laurent. La direction lui refuse l'entrée. Elle se rend aux « Ladies », en ressort cinq minutes plus tard, en minirobe. « Bienvenue. » Sao Schlumberger assure avoir été l'héroïne de cette aventure, au restaurant La Côte basque. mais d'autres clientes la revendiquent. On cite le Twenty-One. Le Lafayette[9]. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. (mul) Valerie Steel et Suzy Menkes, Fashion Designer A-Z, Taschen,‎ 2013, 654 p. (ISBN 978-3836543026, présentation en ligne), « Yves Saint laurent », p. 514
  2. a, b, c, d, e et f (en) Design Museum et Paula Reed, Fifty fashion looks that changed the 1960s, Londres, Conran Octopus,‎ 2012, 114 p. (ISBN 978 1 84091 604 1, présentation en ligne), « Le Smoking 1967 », p. 70 à 71
  3. a, b, c et d Farid Chenoune, Florence Müller, Jéromine Savignon et Bernard Blistène, Yves Saint Laurent, La Martinière,‎ 2010, 384 p. (ISBN 978-2732440781), p. 142
  4. a, b et c Marie-Christine Lasnier, « Yves Saint Laurent, musée du Petit Palais », sur nationetrepublique.fr,‎ 14 juillet 2010 (consulté le 15 janvier 2013) : « Un smoking Saint Laurent noir […] c’était un vêtement de style et non un vêtement de mode passagère. »
  5. a, b et c (en) « Le Smoking », Vogue (consulté le 2 juin 2013)
  6. (en) Justine Picardie, « New York doll », sur telegraph.co.uk, The Daily Telegraph,‎ 10 décembre 2006 (consulté le 8 décembre 2012)
  7. a et b Pierre-Dominique Burgaud, Alain Chamfort et Robert Murphy, Une vie Saint Laurent, Albin Michel,‎ 2010, 96 p. (ISBN 2226181822), p. 40-43
  8. (en) Horacio Silva, « Fashion Scandals! », Fashion, sur wmagazine.com, Condé Nast,‎ novembre 2012 (consulté le 3 juin 2013) : « New York socialite Nan Kempner had outraged society when she wore an Yves Saint Laurent tuxedo to Manhattan’s La Côte Basque (the maître d’ told her she could not enter wearing trousers, so Kempner doffed her pants and dined only in her jacket); »
  9. Laurence Benaïm, Yves Saint Laurent : Biographie, Le Livre de poche,‎ 2002 (1re éd. 1995), poche, 928 p. (ISBN 978-2253137092), « L'esprit Rive Gauche... », p. 281
  10. a et b Florence Evin, « Un homme qui aimait la femme », Disparitions, sur lemonde.fr, Le Monde,‎ 2 juin 2008 (consulté le 3 juin 2013) : « smoking bermuda avec blouse de cigaline (1968), smoking combinaison de gabardine (1975), ou smoking spencer sur dentelle noire (1978), mais aussi robe-smoking (1983), manteau-smoking (1984), smoking-kimono (1992), smoking-knickers (1993), cape-smoking (1998), etc. »
  11. Philippe Azoury, « Smoking Girls », Obsession, no 7,‎ décembre 2012, p. 118 à 122 (ISSN 0029-4713, lire en ligne)
  12. « YSL présente "Smoking forever" », Culture, sur nouvelobs.com, Le Nouvel Observateur,‎ 6 octobre 2005 (consulté le 15 janvier 2013) : « Une des créations les plus emblématiques du couturier Yves Saint Laurent. »
  13. [image] « Yves Saint Laurent forever », Style, sur lexpress.fr, L'Express,‎ 2 juin 8 (consulté le 3 juin 2013)

Annexes[modifier | modifier le code]

Exposition[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]