Le Pays des sourds

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Le Pays des sourds

Réalisation Nicolas Philibert
Scénario Nicolas Philibert
Acteurs principaux

Jean-Claude Poulain
Odile Ghermani
Babette Deboissy

Sociétés de production Les Films d'ici
La Sept cinéma
CEC Rhône-Alpes[1]
Canal+
BBC Films
Radio RTSR
Fondation GAN
Rai Tre
Pays d’origine France
Genre Documentaire
Sortie 1993
Durée 99 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Le Pays des sourds est un film documentaire français écrit et réalisé par Nicolas Philibert, produit par Serge Lalou. Sorti le 3 mars 1993, le film a connu un succès faisant 15 000 entrées à Paris, 100 000 en France[2] et a été récompensé par de nombreux Prix en France ainsi qu'à travers le monde.

Synopsis[modifier | modifier le code]

À quoi ressemble le monde pour les milliers de gens qui vivent dans le silence ?

Quiconque s'est aventuré au Pays des Sourds aura été frappé par l'étrangeté de cette chorégraphie de signes qui leur permet de s'exprimer. Élaborés depuis la nuit des temps, ces signes constituent une véritable langue, où chaque mot, chaque unité de sens, se traduit par une image que l'on trace dans l'espace. Ces signes, aussi précis et nuancés que la parole, peuvent, au moins autant qu'elle, se prêter aux déclarations amoureuses comme aux descriptions techniques les plus détaillées.

Jean-Claude, Abou, Philo, Hubert, Karine et tous les autres, sourds profonds depuis leur naissance ou les premiers mois de leur vie, rêvent, pensent, communiquent en signes et voient le monde différemment. Avec eux, nous irons à la découverte de ce pays lointain où le regard et le toucher ont tant d'importance. Ce film raconte leur histoire, et nous fait voir le monde à travers leurs yeux.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Intervenants[modifier | modifier le code]

  • Le professeur de la langue des signes : Jean-Claude Poulain
  • Professeur : Odile Ghermani
  • Éducatrice : Babette Deboissy
  • Le directeur de l'école : Denis Azra
  • Le jeune marié : Hubert Poncet
  • La jeune mariée : Marie-Hélène Poncet

Production[modifier | modifier le code]

Développement[modifier | modifier le code]

En septembre 1983, Nicolas Philibert a été contacté par un psychiatre[3] pour le besoin de la réalisation de cassettes pédagogique sur la langue des signes pour enseigner les parents d'enfants sourds et, ne sachant rien au monde des Sourds, participe au cours de la langue des signes organisé par un jeune professeur sourd dans l’enceinte de l’Institut national des jeunes sourds de Paris et y découvre la beauté du langage, l'étendue de ses possibilités, l'importance du visuel, l'acuité de leur regard et la mémoire visuelle.

« Ce fut un vrai choc ! Jusqu'ici, je voyais les sourds comme des handicapés, un point c'est tout. Et voilà que je me trouvais devant un homme d'une richesse d'expression tout à fait exceptionnelle, une sorte d'acteur-né, capable de faire passer par les seuls mouvements de ses mains et les expressions de son visage toutes les nuances de la pensée. Pour des raisons que j'ai un peu oubliées, le projet de ces psychiatres resta en plan, mais j'ai commencé de mon côté à rencontrer de plus en plus de sourds et à me passionner pour leur manière de communiquer. (…) J'ai commencé à me dire qu'un film sur les sourds serait de nature à travailler la matière même du cinéma, puisqu’il s'agit d'une langue où chaque mot, chaque idée se traduit par des images tracées dans l'espace. »

— Nicolas Philibert[4].

Il abandonne le projet pédagogique et commence alors à écrire un scénario, mais, en même temps, ne trouve pas le financement. Par déception, il passe à autres choses tournant de divers documentaires de montagne et d'aventure sportive pour la télévision à la réalisation de long-métrages documentaires avant qu'en 1991, l'idée lui revienne sous forme d'un film documentaire, et non plus d'une fiction, avec de vrais personnages vivant leur véritable vie : seulement les sourds profonds, ceux qui sont nés sourds ou devenus sourds, et il préfère laisser les malentendants de côté.

Bien qu'il ait oublié quelques mots en langue des signes après des années sans cours, il retourne dans l'apprentissage avec son assistant Valéry Gaillard[5] car il ne veut pas faire venir un interprète, préfère avoir une relation directe avec les sourds. C'est un autre enseignant, ce n'est qu'autre que le professeur Jean-Claude Poulain[5] que l'on trouvera dans le film.

« (…) je n'ai pas cherché à rencontrer des spécialistes. Si j'étais allé voir ceux qui ont un discours sur la surdité, j'aurais abordé les sourds d'une tout autre manière. J'aurais cherché à vérifier sur le terrain le bien-fondé de ce qu'on m'avait dit. Ma relation au documentaire part toujours de mon ignorance et d'une envie de découvrir. »

— Nicolas Philibert[6].

Les personnages réels[modifier | modifier le code]

Au départ, il n'a pas prévu autant de personnages, cela venait au fur et à mesure. Nicolas Philibert rencontre le professeur de langue des signes Jean-Claude Poulain, les professeurs, les huit enfants de la classe, leurs parents… et le jeune couple Hubert Poncet et Marie-Hélène Da Costa prévoyant leur mariage et l'idée de les filmer viendra plus tard. Quant au groupe de jeunes américains qui se sont retrouvés dans le film, il ne s'agit que d'une simple coïncidence.

Le tournage[modifier | modifier le code]

Le tournage s'est déroulé en Rhône-Alpes[7] à Grenoble, Chambéry et Saint-Étienne.

Huit mois écoulés, le réalisateur filme finalement les sourds et leurs situations et, dans les premiers jours suivants, se sent complètement perdu : il ne comprend plus rien de ce que disent les gens.

« C'était désastreux ! Lorsqu'un sourd s'adressait à moi, ça allait à peu près parce qu'il faisait l'effort de signer lentement ; mais je ne déchiffrais pas assez bien la langue des signes pour suivre les conversations des sourds entre eux, ça allait cent fois trop vite ! Et puis filmer des sourds, du fait qu'ils s'expriment par signes, bouscule toutes les conventions : vous ne pouvez plus faire de gros plans, ni de plans de coupe... sous peine de perdre le fil. Chez les sourds le « off » n'existe pas, il n'y a pas de hors champ. Il a donc fallu que nous fassions tout un apprentissage pour déterminer les méthodes de filmage qui convenaient, les cadrages, les places de caméra, les bonnes distances… »

— Nicolas Philibert[4].

Festivals de cinéma[modifier | modifier le code]

Ce film documentaire a été récompensé par de grands Prix en France, également au Japon, en Italie, au Canada, en Espagne, en Inde, en Allemagne et aux États-Unis[8].

  • Prix Humanum, décerné par l’Association de la Presse Cinématographique de Belgique (Belgique), 1993[9].
  • Stephanie Beacham Award, 13th Annual Communication Awards (États-Unis) 1994[9].
  • Peabody Award (États-Unis), 1997[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b CEC Rhône-Alpes = Centre européen cinématographique Rhône-Alpes.
  2. « Histoire de Lazennec », sur le site officiel de Lazennec, en 1991.
  3. « Nicolas Philibert », sur le site de Images documentaires, n° 45-46, page 30.
  4. a et b « Entretien avec Nicolas Philibert », sur le site officiel de Nicolas Philibert, en 1991.
  5. a et b « Nicolas Philibert », sur le site de Images documentaires, n° 45-46, page 50.
  6. « Nicolas Philibert : “La relation filmeur-filmés doit reposer sur la liberté de chacun” », sur le site de Télérama, n° 3100, le 23 juin 2009.
  7. « Fiche : Le Pays des Sourds », sur le site de Cinéma en Rhône-Alpes.
  8. Boiron, Michel. Le pays des sourds. TV5Monde l'émission de mois: Fiche No. 57, Avril 2004.
  9. a, b, c, d, e, f et g France Diplomatie: Le pays des sourds.
  10. Yamagata International Documentary Film Festival: YIDFF ’93 Screening List
  11. Ciné-resources: Le pays des sourds; Philibert, Nicolas. Retour en Normandie, Bande Annonce. October 2007.
  12. Festival dei Popoli: Le pays des sourds.
  13. Mumbai International Film Festival (MFII): Best non-fiction film over 40 min.
  14. George Peabody Award: 1997 winners, p. 64.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles contextes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]