Mouvement breton pendant la Seconde Guerre mondiale

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Le mouvement breton a connu pendant la Seconde Guerre mondiale des attitudes divisées vis-à-vis de l'occupant nazi, du gouvernement de Vichy et de la résistance.

La quasi-totalité du mouvement politique s'engage, sous une forme ou sous une autre, dans la collaboration, notamment le Parti national breton, les Bagadou Stourm, ou le Bezen Perrot. D'autres acteurs du mouvement se retrouvent dans des mouvement de résistances comme Sao Breiz, ou le groupe Liberté de Saint-Nazaire.

Cette période de l'histoire va marquer durablement le mouvement, après-guerre comme au tournant des années 2000. Selon l'historienne Jacqueline Sainclivier « l’opprobre en a rejailli abusivement sur l’ensemble du mouvement breton dont l’image a longtemps été ternie ».

Historiographie[modifier | modifier le code]

Premiers témoignages militants (1945-1970)[modifier | modifier le code]

Pendant les années qui suivent la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'histoire du mouvement breton est surtout traitée par le biais de témoignages d'acteurs de l'époque, principalement sous la forme de plaidoyers militants. Des auteurs comme Yann Fouéré, membre de l'Union régionaliste bretonne et du Comité consultatif de Bretagne pendant cette période, qui publie La Bretagne écartelée en 1962, Ronan Caouissin qui publie Complots pour une République bretonne. Les dossiers secrets de l'autonomisme breton en 1967, ou Olier Mordrel dirigeant du Parti national breton qui publie Breiz Atao ou Histoire et actualité du nationalisme breton en 1973 sont les principales sources publiées à l'époque[1].

Premiers travaux scientifiques (1970-2000)[modifier | modifier le code]

Les années 1970 marquent un tournant dans les recherches sur ce domaine avec l'arrivée des premiers travaux scientifiques faits à partir de sources recoupées par des témoignages, et l'arrivée d'une génération n'ayant pas connu la guerre. Bertrand Frélaut soutient ainsi en 1970 une thèse à l'université de Rennes sur Les nationalistes bretons de 1939 à 1945, puis Alain Deniel publie Le mouvement breton en 1976[1]. Ces travaux sont à l'origine de conflits avec des acteurs de l'époque, car contredisant leurs versions des faits. L'historien et alors président de l'université Rennes 2 Michel Denis publie pour selon-lui « ne pas laisser le champ libre au révisionnisme » Mouvement breton et fascisme. Signification de l'échec du second Emsav dans le livre Régions et régionalisme en France du XVIIIe siècle à nos jours de Christian Gras et Georges Livet de 1977. Cette première série de recherche est complétée par Michel Nicolas avec son Histoire du mouvement breton de 1982 et par Henri Fréville et son Archives secrètes de Bretagne, 1940-1944 de 1985[2].

Situation actuelle[modifier | modifier le code]

Les travaux les plus récents comptent ceux de Kristian Hamon, Les nationalistes bretons sous l'Occupation en 2001, et le L'hermine et la croix gammée. Le mouvement breton et la collaboration de Georges Cadiou de 2001[2]. Par ailleurs les thèses et articles de Jacqueline Sainclivier et Christian Bougeard sur la Bretagne sont considérés comme faisant autorité sur la question[2].

Le sujet connait une vague de politisation à la fin des années 1990, entrainé par la question régionale en France : processus de Matignon concernant la Collectivité territoriale de Corse en 2002, campagne en faveur de la ratification de la charte européenne relative aux langues régionales[3], conséquences de l'attentat de Quévert en 2002[4]...

Sur l'ampleur du mouvement de collaboration par le mouvement breton, Jacqueline Sainclivier parle de « fraction ultraminoritaire (...) pro-nazie au point d’accepter et de vouloir, pour certains, la création d’une milice (la « milice Perrot ») sous uniforme allemand et dépendante du SD (Sicherheitsdienst).»[5] ou d'« infime minorité »[6]. Sur la nature des factions du mouvement breton impliqués dans la collaboration, l'historien Christian Bougeard parle des « éléments les plus engagés du mouvement, culturel ou politique, breton »[1], là où Michel Nicolas parle « la quasi-totalité du Mouvement breton organisé politiquement »[7]. Pour Luc Capdevila, « Tous les militants bretons n'étaient pas impliqués dans les faits d'armes au côté de l'Allemagne ; mais les liens étaient étroits entre le mouvement culturel, le mouvement politique et la collaboration avec les troupes d'occupation. La radicalité de certains collaborationnistes du PNB, des bagadou stourm, des proches du PNB, et plus généralement les choix politiques effectués par les cadres et la majorité des militants du deuxième Emsav, les rendaient particulièrement exposés dans le contexte politico-militaire de la Libération. »[8]

Situation à la veille de la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

À la veille de l'Occupation, les quelques membres du Mouvement breton sont partagés entre régionalisme, fédéralisme et séparatisme. Certains courants, même divisés, restent insensibles voire franchement hostiles aux valeurs démocratiques, mais d'autres s'engagent dans des combats pour la démocratie, dans la solidarité sociale ou internationale[réf. nécessaire]. Parmi ceux-ci, seul le courant ouvertement séparatiste du Parti national breton (PNB) demeure organisé ; dissous en 1939, il se reconstitue rapidement à l'automne 1940 et devient le parti politique le plus actif en Bretagne sous l'Occupation. Ayant rompu dès 1931 avec le régionalisme, ses fondateurs (Olier Mordrel/François Debeauvais) s'inspirent de la révolution irlandaise et jouent la carte nationaliste. Lorsque la guerre éclate, le PNB opte pour une ligne de ferme neutralité. Certains membres du courant dur, dont l'idéologie anti-démocratique est très complaisante à l'égard de la xénophobie et de l'antisémitisme, influencé par les celtisants allemands, s'apparente à tous les fascismes européens. Pendant la guerre l'activisme du Parti national breton a complètement dominé les autres tendances du mouvement breton, qui dès lors s'en est trouvé discrédité.

Les trajectoires des militants et mouvements bretons s'avèrent très variées au fil de la guerre, comme ce fut le cas au sein du reste de la société française: Résistance (souvent les plus jeunes du PNB et les mouvements bretons anti nazis), collaboration pro allemande pour une minorité visible, neutralité ou attentisme pour beaucoup, collaboration pro-vichyssoise culturelle ou/et politique, basculement au côté des résistants juste avant la libération, engagement dans les FFL à Londres ou ailleurs dès 1940 et après, cache de résistants, réfractaires au STO, de juifs ou d'aviateurs alliés,...

Collaboration[modifier | modifier le code]

Collaboration avec le régime de Vichy[modifier | modifier le code]

En juin 1940 il y eut bien une brève tentation allemande d'une Bretagne indépendante et en juillet une tentative des séparatistes bretons qui fit long feu (voir : "de 1940 à 1941, réapparition d'une Bretagne provisoirement incomplète, un provisoire qui dure encore" par Etienne Maignen dans bulletin et mémoires de la Sté archéologique & historique d'Ille-et-Vilaine, tome CXIV 2010, p 237 à 258).

Le régime de Vichy, influencé par le traditionalisme maurassien qui s’opposait aux « abstractions » issues de la Révolution française, se montre favorable au régionalisme. C'est pourquoi le Maréchal Pétain enjoignait les Français à retrouver leurs « particularismes » au sein de leurs anciennes provinces. Le gouvernement pétainiste tentera d'ailleurs d’introduire à l’école primaire l’enseignement des « langues dialectales » (dont le breton) à travers deux lois (1941, 1942) qui seront, comme la plupart des mesures prises par le gouvernement de Vichy, abrogées à la Libération.

Le 15 décembre 1940, on remet au maréchal Pétain un Placet signé par 46 personnalités bretonnes sollicitant une « autonomie administrative » dans le cadre de l'indivisibilité de la France. Le 22 janvier 1941, Hervé Budes de Guébriant est nommé par Vichy, président de la Commission nationale d’organisation de la coopération agricole. Le quotidien La Bretagne est créé par Yann Fouéré le 21 mars 1941). Il développe un point de vue régionaliste opposé à l’autonomisme du PNB. On retrouve aussi un certain nombre de nationalistes bretons dans le Comité consultatif de Bretagne, crée le 11 octobre 1942 par Jean Quénette, préfet de la région Bretagne. « Organisme d'étude et de travail », selon Yvonnig Gicquel, il ne dispose d'aucun des pouvoirs de décision et d'exécution (contrairement au vœu d'un parlement provincial tel que le concevaient les adeptes de la doctrine régionaliste bretonne). La volonté de ses membres (dont des membres du PNB : Yann Fouéré, Joseph Martray, etc.) fut de transformer ce comité consultatif en véritable assemblée légiférante sur le plan des problèmes régionaux. On retrouve certains de ses membres lors de la création du CELIB.

Collaboration avec l'Allemagne[modifier | modifier le code]

Dès la déclaration de la guerre en septembre 1939, les dirigeants du PNB s'exilent en Allemagne où ils se présentent comme le « gouvernement breton en exil » (Bretonische Regierung). Durant la drôle de guerre, l'Allemagne prévoit de favoriser les mouvements régionaux (notamment flamand et breton) afin de saper la France afin que l'Allemagne reste la seule puissance continentale, sans aucune menace sur sa frontière occidentale. De même qu'en Irlande en 1916, quelques armes sont livrées mais ne sont pas utilisées. La puissance occupante qu'était l'Allemagne avait tout intérêt à briser l'unité nationale française : son appui aux régionalismes entrait dans le cadre de cette politique plus vaste, qui comprenait d'autres aspects, par exemple la division entre zone libre (Vichy) et zone occupée (Paris). Très rapidement, les nationalistes bretons se rendent compte que l'Allemagne privilégie les intérêts de ses alliés de Vichy et accorde peu d'importance aux revendications nationalistes bretonnes.

Après l'armistice de 1940, l'Allemagne soutient le Régime de Vichy. Constatant le peu de base populaire qu'ont les idées nationalistes en Bretagne, les Allemands limitent leur soutien aux nationalistes ; ainsi, il leur est formellement interdit de proclamer un état breton ou de nuire à l'ordre public. Les projets de découpage de la France sont abandonnés[9]. Après l'entrevue de Montoire, les groupuscules sont simplement tolérés (ausweiss de transport, autorisations d'achats de carburant qui deviennent rapidement théoriques) ou manipulés par les nazis en vue du démantèlement de la France dans le cadre de l’Europe des ethnies à mettre en place après la victoire.

Organisations collaborationnistes[modifier | modifier le code]

Le drapeau des Bagadoù Stourm reprend la Croix Noire Bretonne et y incorpore le triskell celte
Article détaillé : Parti national breton.

Des membres du Parti national breton comme Olier Mordrel ou Alan Heusaff basculent dans une collaboration plus ou moins durable et importante avec les nazis. L'exemple de l'Irlande - voire l'idéal d'une Bretagne indépendante - continuait d'être la référence. De récentes études ont montré les liens étroits entretenus bien avant la guerre, depuis la fin des années vingt, par des dirigeants autonomistes bretons (tel Célestin Lainé, Alan Louarn) avec l'Abwehr (services de renseignement militaire de la république de Weimar, opposés aux nazi jusqu'en 1935). Après la défaite de 1940, écartant la question de l'autonomie de la Bretagne, les Allemands ont utilisé ces agents autonomistes dans des opérations militaires ou des actions de répression contre les résistants. Une faction déviationniste éphémère du PNB, crée en 1941, le Mouvement ouvrier social-national breton est dirigée par Théophile Jeusset.

Le Parti national breton ne se démarquait pas des autres mouvements fascistes qui naissaient en Europe :

« Avec ses rites, ses pratiques et ses symboles — noyau commun à tous les partis fascistes — le service d’ordre du PNB ne diffère pas fondamentalement de ceux de mouvements comme le PPF ou le Parti franciste de Marcel Bucard. Par leur décorum, calqué sur la liturgie nazie, les congrès du PNB se donnent des allures de mini-Nuremberg, effets de masse en moins. Le culte du chef y est de règle, bien que Raymond Delaporte soit vraiment peu charismatique. C’est précédé d’un sonneur que le chef fait son entrée au congrès, les Bagadou Stourm formant la clique[10].. »

Article détaillé : Bagadou Stourm.

Les Bagadou stourm (« groupes de combat » en français), appelés de façon passagère Strolladou Stourm pour que les initiales forment le sigle SS[11], étaient le service d'ordre du Parti national breton. Une poignée de leurs membres se trouve pris à partie dans un affrontement contre la population de Landivisiau, le 7 août 1943. Yann Goulet, leur chef, interdit toute participation au Bezen Perrot.

Cette organisation a « toutes les caractéristiques des Chantiers de jeunesse du Maréchal Pétain. Si le terme de milice est impropre du fait qu’ils ne sont pas armés, les jeunes des Bagadou Stourm ne sont pas pour autant des boy-scouts. N’hésitant pas à faire le coup de poing. Au fil du temps l’organisation de jeunesse prend en effet de plus en plus l’apparence d’une formation paramilitaire[12]. ».

Article détaillé : Bezen Perrot.

Un certain nombre de nationalistes bretons choisiront de s'enrôler dans un service d'ordre allemand, l'organisation Bezen Perrot, de Célestin Lainé et d'Alan Heusaff (qui verra passer jusqu'à 70 à 80 personnes dans ses rangs pour un effectif variant de 30 à 66 en fonction des engagements et des défections[réf. nécessaire]). Le Bezen Perrot est créé sous l'influence de Lainé qui n'entrevoit d'indépendance que par le fait militaire : son rêve demeure de constituer une armée bretonne régulière, si besoin est avec le support logistique allemand. Cette section est équipée avec des armes de récupération et ne peut en aucun cas être considérée comme une unité militaire de qualité. L'uniforme est celui de la SS. Mis en perspective avec les 17 000 volontaires flamands issus du mouvement national (pour une population égale), ces 60 personnes, dont une dizaine d'administratifs, constitue un effectif dérisoire. En outre les interventions ne se font jamais de manière groupée, mais par paquet de 5 ou 6 hommes aux côtés d'unités allemandes, elles rompues au combat. La formation du Bezen est aussi une réponse à l'exécution par la Résistance de plusieurs personnalités du mouvement culturel tel l'abbé Perrot. Devant se dénommer à l'origine Bezen Kadoudal, l'exécution sur ordre de Londres en 1943 du prêtre, décida Lainé à nommer son organisation de son nom en mars 1944.

Article détaillé : Kommando de Landerneau.

À partir d'avril 1943, la Gestapo avait créé des unités spécialement destinées à lutter contre la résistance. Constituée fin avril 1944 à Landerneau, Le Kommando de Landerneau faisait partie de ces unités. Il est composé de 18 hommes de troupe allemands et une dizaine d'agents de renseignement français (dont quelques autonomistes bretons) ainsi que des résistants retournés. Elle fut engagée contre les maquis de Trégarantec, Rosnoen, Ploumordien... Plusieurs résistants seront torturés. Le Kommando procédera également à des exécutions sommaires.

Journaux et revues collaborationnistes[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Breiz Atao, L'Heure bretonne et War sao.

Breiz Atao était le nom de plusieurs revues autonomistes de l'entre-deux guerres, mais ne paraît pas durant le conflit, mise à part, très tardivement (à partir de mai 1944), une feuille qui porte ce nom et dirigée par Célestin Lainé. Par extension, le terme « Breiz Atao » a servi à désigner les nationalistes bretons compromis avec l’occupant.

Raisons de la collaboration[modifier | modifier le code]

La collaboration avec le gouvernement de Vichy ou avec les autorités allemandes n'est pas seulement due à l'opportunisme de militants bretons voyant dans la victoire nazie le moyen d'atteindre leurs objectifs, mais elle est due pour d'autres à la proximité idéologique de certains leaders militants bretons avec le pétainisme et/ou le nazisme. Au moment de mourir dans une clinique SS, Francez Debauvais déclarait encore :

«  Camarades de la formation Perrot, je vous salue. (…) Ce n'est pas parce que nous croyons que l'Allemagne sortira victorieuse du gigantesque conflit, que depuis le premier jour de la guerre nous sommes à ses côtés. Notre choix ne relève pas de l'opportunisme, mais d'une conception du monde commune sur des points essentiels. (…) La situation est déjà toute clarifiée, en revenant à la politique de Breiz Atao qui était toute de clarté. Cette politique consistait, au point de vue extérieur, à rechercher l'appui allemand. Nous y avons travaillé avec d'autres, pendant près de vingt ans.[13]  »

La « Révolution nationale », l'idéologie officielle du régime de Vichy, trouve un écho favorable auprès des autonomistes ; car plutôt qu'une révolution, il s'agit en réalité d'une contre-révolution d'inspiration monarchiste qui vise à détruire la République et les apports de la Révolution française[14].

Pour les « scientifiques » racistes allemands, les Bretons, au même titre que les Flamands par exemple, n'étaient pas considérés par ces théoriciens comme des « sous-hommes » (Untermenschen). Ils distinguaient racialement les Français latins des Bretons d'une manière qu'ils pensaient objective. Cette théorie concernant l'existence objective d'un « peuple breton » est fondamentale dans le discours des militants nationalistes bretons[réf. nécessaire].

Perception par la population et la résistance[modifier | modifier le code]

Les cercles nationalistes peinent à rallier des membres à l'époque. Le premier congrès du Parti nationaliste breton qui s'était tenu à Landerneau le 27 décembre 1931 comptait 25 militants[15]. Ces groupuscules s'attirèrent en plusieurs occasions l'hostilité d'une partie de la population. Par exemple, le 8 août 1943, les Bagadoù Stourm défilant au pas de l'oie dans les rues de Landivisiau (Finistère) se battirent avec une partie de la population locale à la sortie de la messe. La police allemande dut intervenir pour rétablir l'ordre[16].

Plusieurs nationalistes bretons furent abattus par la résistance en 1943, le plus connu est l'abbé Perrot abattu le 12 décembre 1943 par Jean Thépaut, membre de l'Organisation spéciale du PCF. Auparavant, le 3 septembre 1943, Yann Bricler est abattu dans son bureau par 3 FTPs, de même pour Yves Kerhoas abattu par la résistance à la sortie d'une fête dans le village de Plouvenez. Les résistants bretonnants parlaient des autonomistes en disant : « Breiz Atao, mad da la(zh)o »[17] (« Breiz Atao, bon à tuer »), formule imaginée par le curé de Gouézec à la fin des années 1920 et qu'il faisait répéter à ses ouailles pour les pousser à s'en prendre aux « autonomistes »[18].

Les réseaux de résistance bretonne risquaient à tout moment de se faire infiltrer par des membres du Parti national breton. Les autonomistes bretons étaient une cible prioritaire selon Roger le Hyaric, commandant des FTP du Morbihan : « Pour développer au mieux ses nouvelles possibilités, la Résistance doit prendre ses responsabilités, en priorité celle d’assurer la sécurité des maquis, donc de mater les autonomistes bretons, de faire entrer les collabos dans leur coquille. La bande de Breiz Atao de Ruyet à Bubry était l’une des plus vomies par la population. Ces gars s’introduisaient d’autant mieux dans les campagnes qu’ils parlaient breton et étaient capables de tout[19] »

L'engagement de nationalistes bretons dans la Résistance[modifier | modifier le code]

L'historienne Jacqueline Sainclivier décrit en 2001 la spécificité de la Résistance bretonne comme étant « due à ses côtes et ne relèvent (sic) pas d'une identité régionale particulière »[20]. Dans un ouvrage de 2007, l'historien Jean-Jacques Monnier identifie près de trois cents personnes engagées dans la Résistance et les FFL et qui ont été avant ou après la guerre militants régionalistes, fédéralistes, autonomistes ou nationalistes bretons. Il en conclut que celles-ci sont trop personnelles pour en tirer des conclusions générales.

De son côté, l'historienne Mona Ozouf a raconté comment une partie des amis de son père, Yann Sohier, de cette mouvance ont sombré dans diverses formes de collaboration pro-vichyste et/ou pro-allemande, pendant que d'autres militants bretons rejoignaient la Résistance.

Sao Breiz[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sao Breiz.

En 1940, l'association Sao Breiz (Debout Bretagne), destinée à aider les Bretons des Forces françaises libres, compte dans ses rangs plusieurs membres de l'Union régionaliste bretonne et de l'association Ar brezoneg er skol, fondé avant-guerre par Yann Fouéré. Ainsi Maxime de Cadenet, membre du dernier groupement, élabora avec quelques camarades, un projet de statut accordant un certain nombre de libertés politiques à la Bretagne au moment de la signature de la paix, qui fut présenté au général de Gaulle. Selon Yann Fouéré, ce plan aurait été assez proche, en esprit, de celui que le Comité consultatif de Bretagne se proposait de soumettre en 1943 au maréchal Pétain. Ces deux plans ne connurent pas de suite.

Groupe Liberté[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Groupe Liberté de Saint-Nazaire.

Six sympathisants et neuf jeunes du PNB ont, selon Jean-Jacques Monnier, rejoint le groupe Liberté de Saint-Nazaire, leur anglophilie aurait été déterminante. Toujours selon Monnier, le groupe « Liberté ou thimoléon » a participé, à des actions de résistance durant l'occupation, puis sous le nom de « Bataillon de la Poche », à la libération de la poche de Saint-Nazaire en mai 1945.

Des liens nationalistes / Résistance à Londres[modifier | modifier le code]

Le peintre René-Yves Creston, malgré sa participation à l'Heure Bretonne, était affilié au réseau de Résistance du musée de l'Homme. Il aurait reçu par Yann Fouéré en octobre 1940, un petit mémoire pour un projet de décentralisation de la Bretagne (continué selon lui par le Comité Consultatif de Bretagne), précédé d'un court préambule précisant les origines de la question bretonne destiné à Londres. Le 5 mai 1946, René-Yves Creston reçoit le Certificat of Service signé du Maréchal Bernard Montgomery pour son action au service des alliés[21].

Engagement[modifier | modifier le code]

  • La participation avant guerre à des mouvements autonomistes ou fédéralistes minoritaires, tels le Parti autonomiste breton (PAB) ou la Ligue fédéraliste de Bretagne, dont l'antifascisme et la critique de l'extrême droite étaient avérés, a favorisé un engagement résistant (comme Francis Gourvil, Youenn Souffes-Després ou Jean Le Maho).
  • d'autres enfin se sont engagés dans la Résistance à titre personnel, ou en groupe (Groupe FTP Bleiz Mor constitué de plusieurs militants du PNB du secteur de Paimpol et Rostrenen opérant dans le Mené et le Trégor, le groupe Liberté à St Nazaire et Missilac, les régionalistes regroupés au sein des FFL de Sao Breiz, et plusieurs dizaines de militants régionalistes et nationalistes bretons se sont engagés dans divers réseaux de résistance), puis ont renoué pour certains d'entre eux avec le militantisme breton après la Libération. De plus, plusieurs dizaines d'anciens résistants FFI/FTP ou FFL, non militants bretons avant guerre, se sont engagés après guerre dans de nouveaux mouvements régionalistes, autonomistes ou de défense de l'identité bretonne (cf ouvrage de Jean Jacques Monnier, Résistance et Conscience Bretonne, 2007).

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bertrand Frelaut, Les nationalistes bretons de 1939 à 1945, coll. Les Bibliophiles de Bretagne, éditions Beltan, 1985, ISBN 2-905939-01-X
  • Marc Bergère, « Les usages politiques de la Seconde Guerre mondiales en Bretagne : Histoire, mémoire et identité régionale », colloque "Bretagne et identités régionales pendant la Seconde Guerre mondiale",‎ 15-17 novembre 2001, p. 10 (lire en ligne)
  • Jean-Jacques Monnier, Résistance et conscience bretonne, 1940-1945,l'hermine contre la croix gammée, 400 p., Yoran embanner, Fouesnant, 2007 (300 notes biographiques de militants politiques ou culturels bretons engagés dans la résistance.
  • Etienne Maignen, De 1940 à 1941, Réapparition d'une Bretagne provisoirement incomplète, un provisoire destiné à durer, bulletin et mémoires de la société archéologique et historique d'Ille-et-Vilaine, tome CXIV, p. 237 à 258, 2010
  • Christian Bougeard, La Bretagne pendant la seconde guerre mondiale et les identités régionales : actes du colloque international, 15-17 novembre 2001, Brest, Université de Bretagne Occidentale,‎ 2002, 409 p. (ISBN 2-901737-53-6)

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Bougeard 2002, p. 2
  2. a, b et c Bougeard 2002, p. 3
  3. Bougeard 2002, p. 4
  4. Bougeard 2002, p. 5
  5. Jacqueline Sainclivier, « Le retour à la paix dans l'Ouest, de 1944 à ? », Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, vol. 104, no 1,‎ 1997, p. 99-111 (lire en ligne) :

    « Le mouvement breton dont une fraction ultra-minoritaire a été nazi »

  6. Jacqueline Sainclivier, « Du CELIB à la région Bretagne : réussite et limites d’une affirmation identitaire », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, tome 111, n° 4, 2004., vol. 111, no 4,‎ 2004, p. 99-111 (lire en ligne) :

    « À l’intérieur du mouvement breton, une fraction des autonomistes a été non seulement vichyssoise mais a aussi été pro-nazie au point d’accepter et de vouloir, pour certains, la création d’une milice (la « milice Perrot ») sous uniforme allemand et dépendante du SD (Sicherheitsdienst). Infime minorité (pas plus de 80 hommes), il n’empêche quel’opprobre en a rejailli abusivement sur l’ensemble du mouvement breton dont l’imageen a longtemps été ternie. »

  7. Michel Nicolas, Histoire du mouvement breton, Syros, 1982, p. 102.
  8. Bougeard 2002, p. 340
  9. L'annexion de l'Alsace-Lorraine ne sera jamais proclamé de jure
  10. Kristian Hamon, Les nationalistes bretons sous l'occupation, An Here, 2001.
  11. Ronan Caerléon (Caouissin), Le rêve fou des soldats de Breiz Atao, p.77
  12. Kristian Hamon, Les nationalistes bretons sous l’Occupation, An Here, 2001, p. 156.
  13. « Mémoires du chef breton : Fransez Debauvais », tome 4, p. 245-246 ; dans « Le rêve fou des soldats de Breiz Atao », Ronan Caerléon-Caouissin publie cette dernière déclaration de François Debauvais, en omettant (p. 96 et 97) les passages cités.
  14. André Versaille, Les 100 discours qui ont marqué l'histoire, p.204. : « (...) plus fondamentalement encore, il remet en cause les grands principes de 1789 et entend, par une sorte de contre-révolution, leur substituer de nouvelles valeurs... »
  15. Michel Nicolas, Histoire du Mouvement Breton, Syros, 1982, Paris, p. 80.
  16. Kristian Hamon, op. cit..
  17. Francis Favereau, Dictionnaire du breton contemporain, p. 874, Skol Vreizh, 1992.
  18. Yeun ar Gow, « Eñvorennoù (souvenirs) », Al Liamm, n° 178, 1978, p. 343?
  19. Roger Le Hyaric, Maquisard !, Bannalec, 1992, p. 235-6.
  20. Bougeard 2002, p. 88
  21. document hors-texte in Jean-Jacques Monnier, Résistance et conscience bretonne - L'hermine contre la croix gammée, Éditions Yoran Embanner, Fouesnant, octobre 2007.

Articles connexes[modifier | modifier le code]