Le Talisman (roman de Scott)

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Le Talisman
ou Richard en Palestine
Image illustrative de l'article Le Talisman (roman de Scott)
Suite à une plaisanterie puérile de son épouse, Richard se dispose à fracasser le crâne de Kenneth.

Auteur Walter Scott
Genre roman historique
Version originale
Titre original The Talisman
Éditeur original Archibald Constable
Langue originale anglais
Pays d'origine Écosse Écosse
Lieu de parution original Édimbourg
Date de parution originale 22 juin 1825
Version française
Traducteur Auguste-Jean-Baptiste Defauconpret
Lieu de parution Paris
Éditeur Charles Gosselin
Date de parution 1825
Type de média 3 vol. in-12
Série Histoires du temps des croisades
Chronologie
Précédent Les Fiancés

Le Talisman (The Talisman) est un roman historique de Walter Scott. C’est le deuxième volume de la série « Histoires du temps des croisades » (Tales of the Crusaders). Il paraît le même jour que le premier volume, Les Fiancés (The Betrothed) : le 22 juin 1825.

L’idée première de Scott est de montrer un Richard Cœur de Lion cruel et violent — défauts que les Occidentaux prêtent facilement aux sultans d’Orient — face à un Saladin prudent et avisé — qualités que les Occidentaux attribuent plus volontiers à leurs propres souverains. En dépit du contraste dans les caractères, les deux hommes font assaut de vertus chevaleresques telles que bravoure et générosité[1].

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Durant la troisième croisade (1189-1192), Richard Cœur de Lion affronte le sultan kurde Saladin.

Scott ne donne pas de date pour situer son récit. Il s’inspire librement d’événements ayant eu lieu au deuxième semestre 1191 (Philippe Auguste, dans le livre, est toujours présent ; historiquement, il quitte la Palestine le 3 août 1191) et au premier semestre 1192 (les négociations en vue du mariage de Jeanne d'Angleterre et d’al-Adel).

Scott le reconnaît : la plupart des événements contenus dans le récit sont imaginaires. Il s’intéresse avant tout à la vérité — « si tant est qu’elle existe » — des personnages[2].

Résumé[modifier | modifier le code]

Profitant de ce que Richard est terrassé par une fièvre, les autres princes chrétiens intriguent, voulant renoncer à la conquête de Jérusalem. Ils chargent Kenneth, un chevalier écossais sans fortune, de contacter un ermite qui vit dans l'effrayant désert où Jésus résista au Prince du Mal.

oasis près de la mer
Oasis, près de la mer Morte.

Près d'une oasis, sur les bords de la mer Morte, Kenneth est attaqué par un redoutable sarrasin du nom de Shirkouh. Ayant mesuré leurs forces et leurs adresses respectives, les deux hommes finissent par décider d'une trêve. Le sarrasin propose à Kenneth de le guider jusqu'à la grotte où vit l'ermite.

Kenneth revient au camp des croisés en compagnie du médecin personnel de Saladin, qui guérit la fièvre de Richard. Le roi se lève aussitôt pour donner libre cours à son arrogance, qui lui attire la haine de l’archiduc Léopold d'Autriche et le ressentiment de Philippe Auguste, roi de France.

Une plaisanterie puérile de la reine d’Angleterre vaut à Kenneth d’être condamné à mort par Richard. Édith, la cousine du roi, tente de pousser la reine à dire la vérité à son mari. C’est finalement le médecin sarrasin qui obtient la grâce de Kenneth, lequel part avec lui comme esclave.

Revenu au camp sous un déguisement, Kenneth permet au roi de démasquer le coupable d’un crime (la bannière d’Angleterre a été dérobée). Comme le coupable nie, Richard propose un duel judiciaire qui aura lieu en terrain neutre. Il sera organisé par Saladin, en qui Richard a toute confiance.

Les personnages[modifier | modifier le code]

Le livre est composé de scènes courtes qui s’enchaînent vivement, comme dans une pièce de théâtre. Elles font la part belle aux dialogues[3], qui dessinent vigoureusement les figures :

  • Kenneth, le chevalier au léopard, pauvre et vaillant écossais. Méprisé des puissants, il est amoureux d’Édith Plantagenêt, la cousine de Richard. Le personnage est inspiré de David d’Écosse, comte de Huntingdon, parti guerroyer loin de sa patrie, puis héros d’aventures romanesques sur le chemin du retour[4].
  • Shirkouh, l’adversaire de Kenneth dans le désert. Plein d’agilité et de vaillance, il est l’équivalent sarrasin de l’Écossais. Les deux hommes débusquent leurs préjugés respectifs, établissant de savoureux parallèles et se livrant à de sévères mises en boîte, tout en s'efforçant de dompter leur tempérament.
  • L’ermite Théodoric a ses entrées dans tous les camps, dans les conciles et chez le pape. Il lit l’avenir dans les astres. Il est la proie d’une spectaculaire folie, réelle ou simulée.
deux statues équestres se faisant face
Richard et Saladin.
  • La stature, les outrances et les dangereuses colères de Richard Cœur de Lion dominent le livre. Brute sanguinaire, rustre arrogant et emporté, plus guerrier que politique, il ne songe qu’à la gloire militaire. Mais, s’il écrase tout le monde de sa vaillance et de sa personnalité tonitruante, il souffre de la comparaison avec le sage Saladin. La défection de ses alliés et l’échec de la croisade sont clairement attribués aux insuffisances de son caractère. Scott cependant ne fait pas allusion au massacre de Saint-Jean-d'Acre, qui cadrerait mal avec un Richard Cœur de Lion chevaleresque. La rumeur qui en fait un cannibale n’est pas non plus mentionnée dans le récit. Dans l’introduction, Scott la présente comme une pure légende. Légende que, dans un « appendice à l’introduction », il prend soin de détailler.
  • Thomas de Vaux, rude et fidèle compagnon de Richard, plein de bon sens (« borné », dit Richard).
  • L’archevêque de Tyr, imposant et vaniteux. Scott ne donne pas son nom. Il s’agit de Josse, l’ancien évêque de Saint-Jean-d’Acre.
  • Adonbec el-Hakim, médecin personnel de Saladin, bon, humble et subtil. Dans une des meilleures scènes du livre, il n’hésite pas à accabler de son mépris le terrifiant Richard, arrachant ainsi la grâce de Kenneth, que ni la reine, ni Édith, ni l’ermite n’avaient pu obtenir.
  • Gilles Amaury de Bauséant, le maître du Temple, sombre et mystérieux intrigant, avare et totalement dénué de scrupules (Bauséant était en réalité le nom de la bannière blanc et noir des templiers ; le maître du Temple, de 1191 à 1193, était Robert IV de Sablé).
  • Le marquis Conrad de Montferrat, versatile et égoïste. Le personnage historique meurt bien assassiné en 1192 (mais par des ismaéliens, non comme indiqué dans le livre).
  • Léopold, archiduc d’Autriche, vaniteux et faible. Humilié par Richard, il lui en garde rancune.
  • Les amuseurs de Léopold :
    • Le spruch-sprecher (diseur de dictons) parle sur un ton grave.
    • Jonas Schwanker, le hoff-nar, bouffon de cour, lance des plaisanteries.
  • Philippe Auguste, roi de France. Digne et fin politique, il n’apprécie pas les façons abruptes de Richard. Il ne pense qu'à laisser là cette croisade absurde, et à s’en aller reprendre en main les affaires de son royaume (et, pourquoi pas, celles du royaume de Richard).
  • Bérengère de Navarre, épouse de Richard. Futile, séductrice et lâche.
  • Édith Plantagenêt, cousine de Richard Cœur de Lion, dame des pensées de Kenneth, mais promise à Saladin. Le personnage est fictif. Historiquement, Richard avait proposé de donner sa sœur Jeanne, veuve de Guillaume, roi de Sicile, en mariage à al-Adel, frère de Saladin.
  • Saladin apparaît sous deux déguisements, avant de se montrer sous son vrai jour. Nous livrant des facettes contrastées de sa personnalité, il fait toujours montre de beaucoup de discernement et de noblesse. Et ses propos sont tout empreints de poésie orientale, qui donne beaucoup de charme au récit. Saladin aura le mot de la fin, rappelant au tumulteux Richard la Parole de l'Écriture.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Introduction » de Walter Scott, Le Talisman, Phébus, 2007, « Libretto », p. 9.
  2. id., p. 12.
  3. Les dialogues de Scott, dit Louis Maigron, constituent « sa plus grande originalité et son triomphe, la partie de son art dans laquelle on ne lui a jamais connu d'autre rival que Shakespeare ». Louis Maigron, Le Roman historique à l’époque romantique : essai sur l’influence de Walter Scott, H. Champion, 1912, p. 104, ebook de la réédition H. Champion, 1912.
  4. « Introduction » de Walter Scott, op. cit., p. 9.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Marie-Cécile Revauger, « Historicité et symbolisme maçonnique dans Le Talisman de Walter Scott », Écosse : littérature et civilisation, no 11, Publications de l'université de Grenoble, 1991.