Le Signe du Lion

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Le Signe du Lion

Réalisation Éric Rohmer
Scénario Éric Rohmer
Acteurs principaux
Sociétés de production Ajym Films
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre Comédie dramatique
Sortie 1962
Durée 102 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Le Signe du Lion est un film français réalisé par Éric Rohmer, réalisé en 1959 mais sorti seulement en 1962. C'est le premier long métrage d'Éric Rohmer.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Pierre Wesserlin, musicien américain, mène une joyeuse vie de bohème à Paris et dépense sans compter, en attente d'un héritage. Il accumule ainsi les dettes... jusqu'à ce qu'il apprenne qu'il n'est pas héritier. Ses créanciers lui coupent alors les vivres et ceux qui se prétendaient ses amis le quittent. En plein mois d'août, sous un soleil brûlant, il se retrouve seul et démuni dans la capitale désertée et ne cherche plus qu'à survivre, mais refuse de travailler. Devenu clochard, il touche le fond, mais son signe zodiacal le protège.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Bande originale du film[modifier | modifier le code]

Accueil[modifier | modifier le code]

Réception critique[modifier | modifier le code]

« Rohmer regarde vivre le bohème seul et sans argent dans ce Paris estival. Il montre la déchéance d'un homme qui passe à l'état de clochard, parce que les structures de son univers social lui font soudain défaut. C'est un constat d'entomologiste, remarquable par la précision, le regard froid de l'auteur. On trouve, diffus dans le récit mais évident dans la dernière séquence, ce goût du jeu intellectuel qui a fait de lui le plus littéraire de nos cinéastes. »

— Jacques Siclier, Télérama, 2 mars 2002[1]

Autour du film[modifier | modifier le code]

Premier long métrage d'Éric Rohmer, Le Signe du Lion s'inscrit dans la Nouvelle Vague par sa technique (tournage économique en décors réels), faisant de Paris et de la Seine des acteurs au même titre que le personnage qui y erre et y déchoit. Mais il révèle aussi, selon Jean Douchet, l'originalité de l'approche rohmerienne pétrie de jansénisme. Pierre Wesserlin croit en sa bonne étoile. Il est confronté à des coups du sort (héritage attendu, perdu, retrouvé), soudain isolé dans un Paris estival déserté par ses amis. L'errance, la déchéance physique et morale le réduisent au rang de faire-valoir d'un clochard (Jean Le Poulain)[2].

Or, à aucun moment, il n'envisage un travail physique, fût-il momentané, pour s'extraire de cette mauvaise passe. Tenté par un petit trafic, il se rend cependant en banlieue, fait chou-blanc et n'insiste pas. C'est qu'il attend la "grâce", le don du ciel ou d'ailleurs qui seul peut le sortir de la mélasse. On le suit dans son parcours las, traversant sans communiquer des tranches de vie, des dialogues dont il est le témoin muet et impuissant, dans la chaleur d'un Paris où il a perdu ses repères et s'écoule sans plus d'initiative que la Seine.

Et le don arrive... retour des amis, mort « providentielle » du cohéritier rival. Mais cela n'est pour lui que l'ordre naturel des choses : il reprend sa bamboche où il l'avait interrompue par panne d'argent, sans rien avoir appris ni compris de l'épreuve. Le plan final, les galaxies, la constellation du Lion, renvoie à ses délires astrologiques de la séquence fête, au début du récit. Amer bouclage : on n'avance pas, seule la grâce sauve et permet de boucler la boucle[3].

Le film est avant tout une réflexion amère sur la solidarité humaine, ou plutôt son absence. Cependant l'optimisme finit par l'emporter sur le désespoir et quelques exceptions sauvent un portrait peu flatteur de l'espèce humaine, même si ce sont plutôt les astres et le hasard qui sont salvateurs. Courte apparition de Godard en Sisyphe de l'électrophone ! Peut-on l'interpréter comme spectateur désabusé de l'absurdité de la condition humaine ?

Le film ne fut pas un succès commercial : sans doute Pierre Wesserlin paraissait-il encore plus antipathique, anti-héros dans la France des « Trente Glorieuses » où trouver un emploi ne posait aucune difficulté. Le spectateur d'alors comprenait d'autant moins que le protagoniste se laisse ainsi aller du landau où le clochard éblouissant le trimballe comme un paquet de chiffons jusqu'au caniveau où, rageur, il pleurniche sur « la pierre... les gens... ».

L'effet est d'ailleurs renforcé par le choix pour ce rôle de Jess Hahn, force de la nature, que le public était habitué à voir dans des rôles de bagarreur. Pourtant on n'imagine pas un autre acteur de l'époque, même dans les grands, pour ce rôle d'un colosse touchant de spontanéité et de générosité, mais aussi extrêmement fragile. D'origine américaine, Jess Hahn est arrivé en France en 1944 avec les Alliés, lors du Débarquement de Normandie, et y est resté. Rohmer est un des rares cinéastes français à lui avoir donné un rôle principal. Il fut souvent cantonné dans des seconds rôles, voire des rôles secondaires... Robert Enrico lui offrira aussi une belle composition dans Les Grandes Gueules[4].


En 1966, Rainer Werner Fassbinder réalise Le Clochard en hommage au Signe du lion[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. site de Télérama, consulté le 30 septembre 2013
  2. Jean Douchet, en collaboration avec Cédric Anger, Nouvelle Vague, Hazan, 1998
  3. Jean Douchet, en collaboration avec Gilles Nadeau, Paris Cinéma : Une ville vue par le cinéma de 1895 à nos jours, éditions du May, 1987.
  4. Ce commentaire s'inspire largement d'une analyse du film présentée par Jean Douchet le 13 février 2010 à Florac (Lozère) lors d'une rétrospective sur la Nouvelle Vague organisée par le ciné-club. Dans l'attente d'une publication éventuelle de cette conférence, le texte présenté ici a été validé par Jean Douchet lui-même.
  5. « Le Clochard », sur arte.tv,‎ 19 juin 2012 (consulté le 27 avril 2014)

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]