Le Roi pêcheur

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Le Roi pêcheur ou Roi blessé (en vieux français le « Roi Méhaignié ») figure dans la légende arthurienne comme le dernier d'une lignée chargée de veiller sur le Saint Graal. Dans les textes du Moyen Âge tardif, on le qualifie de ce fait souvent de « Riche Roi Pécheur » en référence à l'inestimable trésor dont il assure la garde (un trésor spirituel plus que matériel).

Le récit de son histoire varie largement, mais il est à chaque fois blessé aux jambes ou à l'aine, et incapable de se mouvoir seul. Depuis sa blessure, son royaume semble partager ses souffrances, comme si l'infirmité du roi rendait la terre stérile. C'est le mythe de la Terre Désolée (en ancien français : Terre Gaste, à rapprocher de l'anglais « Waste Land »). Il ne lui reste plus rien à faire que de pêcher dans la rivière auprès de son château de Corbenic. De tous les horizons, les Chevaliers accourent afin de soigner le Roi pêcheur mais seul l'élu, le bon chevalier, peut accomplir ce miracle. Dans les premiers récits, Perceval est souvent assimilé au "bon chevalier" mais la légende la plus connue serait que ce soit le fils de Lancelot du lac, Galaad, accompagné de Gauvain et de Bohort qui le découvrit. Ce qui prête à confusion, c'est la présence à plusieurs reprises de deux Rois blessés[réf. nécessaire] – un père (ou grand-père) et son fils – vivant dans le même château et protégeant le Graal. Le père, plus sérieusement blessé[réf. nécessaire], reste au château, uniquement gardé en vie par le pouvoir du Graal, alors que le fils, plus alerte, peut accueillir les invités et aller pêcher. Afin de faciliter la compréhension tout au long de l'article, le père sera appelé le Roi blessé et le fils le Roi pêcheur.

Pourquoi le « Roi pêcheur » ?[modifier | modifier le code]

On attribue à ce titre diverses origines, qui ne s'excluent pas les unes par rapport aux autres.

Perceval de Chrétien de Troyes[modifier | modifier le code]

Le Roi pêcheur apparaît pour la première fois dans le roman inachevé de Chrétien de Troyes, Perceval ou le Conte du Graal, aux environs de 1180. Ni sa blessure ni celle de son père ne sont expliquées, mais Perceval découvre par la suite que les rois auraient été guéris s'il les avait questionnés sur le Graal, alors que son tuteur lui avait enseigné de ne point poser trop de questions. Perceval apprend qu'il est lié aux deux rois par sa mère, la fille du Roi blessé. Le récit s'interrompt avant le retour de Perceval au château qui abrite le Graal.

À noter que Chrétien de Troyes ne désigne jamais l'objet de la quête par le terme de Saint Graal. Il semble donc clair qu'il a utilisé le mot graal en sachant que l'item serait familier au lecteur. Ce n'est pas avant Robert de Boron (voir ci-dessous) que le Graal est lié à Jésus. De la même manière, des auteurs plus tardifs ont associé la Sainte Lance, utilisée par le centurion romain Longinus qui a blessé Jésus au flanc et sur laquelle se trouvait le sang du Christ, avec la Lance de la Destinée.

Mythologie celtique[modifier | modifier le code]

Bien qu'il apparaisse pour la première fois dans Perceval, le Roi pêcheur trouve ses racines dans la mythologie celtique. Il pourrait s'agir d'une figure plus ou moins dérivée de Nodens, dieu des morts, qui pêchait les âmes des morts telles des poissons, et/ou de Bran le Béni, personnage des Triades galloises. Bran possède un chaudron pouvant redonner vie – de manière imparfaite il est vrai – qu'il offre comme cadeau au mariage de sa sœur Branwen et du roi d'Irlande Matholwch. Par la suite, il déclare la guerre aux Irlandais et est blessé au pied ou à la jambe – le chaudron est détruit. Il ordonne à ses compagnons de couper sa tête et de la rapporter en Grande-Bretagne. La tête séparée de son corps continue à parler et leur tient compagnie durant tout le voyage. La troupe arrive au château de Grassholm, une petite île galloise, où les hommes passent quatre-vingt années dans la joie et l'abondance. Ils décident finalement de repartir et ramènent la tête de leur chef jusqu'à Londres.

En comparaison, dans le conte du Mabinogion Culhwch et Olwen, les hommes d'Arthur doivent aller jusqu'en Irlande pour y récupérer un chaudron magique. Le poème gallois The Spoils of Annwn (Le Butin d'Annwn) relate la quête similaire d'un mystérieux chaudron.

Dans le roman gallois Peredur, qui se base sur le récit de Chrétien de Troyes tout en apportant de nombreuses évolutions, le Graal a totalement été abandonné. Le personnage du Roi pêcheur, même s'il n'est plus nommé ainsi, apparaît et présente à Peredur une tête coupée sur un plateau. Ce dernier apprend ensuite qu'il a des liens de consanguinité avec ce roi, et que la tête coupée est celle de son cousin, dont il devra venger la mort.

Mais le Roi pêcheur fait surtout penser au Dagda de la mythologie celtique irlandaise, dont le chaudron était aussi l’un des talismans. Ce dieu-druide était le plus important de la hiérarchie divine des Tuatha Dé Danann, juste après Lug le Polytechnicien. Sa blessure et son infirmité représentent sa déchéance par le christianisme et la « Terre Gaste », la désolation des anciens temps, voués au paganisme.

Travaux médiévaux[modifier | modifier le code]

L'évolution suivante du Roi pêcheur se trouve dans Joseph d'Arimathie de Robert de Boron, qui établit la première connexion entre le Graal et Jésus-Christ. Ici, le « riche pêcheur » est appelé « Bron », nom assez semblable à celui de Bran pour suggérer une relation. Il est également décrit comme le beau-frère de Joseph d'Arimathie, ce dernier ayant recueilli le sang du Christ grâce au calice. Joseph découvre une communauté religieuse qui voyage jusqu'en Grande-Bretagne, où il confie le Graal à Bron, appelé le « riche pêcheur ». Bron, appelé ainsi car il attrape le poisson qui nourrit toute la table du Graal, trouve ensuite la lignée des gardiens du Graal dont Perceval ferait partie.

Dans le Didot-Perceval, qui serait la transposition en prose d'un travail perdu de Robert de Boron, Bron est appelé le « Roi pêcheur » et son histoire est relatée alors que Perceval revient à son château pour en découvrir plus sur le mystère de la guérison du roi. Ce dernier est ici présenté comme le Grand-père de Perceval et non comme son oncle maternel comme dans les œuvres précédentes.

Wolfram von Eschenbach s'appuie sur l'histoire de Chrétien de Troyes et l'étend largement dans son roman épique Parzival. Il retravaille le concept du graal et la communauté qui l'entoure, en nommant notamment des personnages que l'auteur initial avait laissés dans l'anonymat : le Roi blessé est « Titurel » et le Roi pêcheur « Anfortas ».

Le cycle associant le Graal et Lancelot va plus en avant dans l'histoire qui entoure le Roi pêcheur, dont de nombreux parents auraient été blessés pour leurs échecs. Les deux seuls rois survivant à l'époque arthurienne sont Pellam (ou Pelleham), le roi blessé, et Pellès, qui fomente la naissance de Galahad en amenant Lancelot à convoler avec sa fille Élaine de Corbénic (cette dernière prenant sous l'effet d'un sort de Brisène l'enchanteresse les traits de Guenièvre). Selon la prophétie, Galaad découvrira le Graal et ramènera à la vie la Terre désolée.

Dans le Roman du Graal, aussi appelé « cycle Post-Vulgate » de même que dans Le Morte d'Arthur de Sir Thomas Malory (écrit vers 1470), le Roi pêcheur Pellam est blessé par le seigneur Balin, qui pour se défendre face au roi enragé lui inflige le « coup douloureux », avec la Lance de la Destinée. Pellam et son royaume doivent alors traverser une période de désolation jusqu'à la venue de Galahad. Chez Malory, quatre personnages, dont certains se recoupent sans doute, correspondent au Roi blessé ou au Roi pêcheur.

  1. Le roi Pellam, blessé par Balin, comme dans le Roman du Graal.
  2. Le roi Pellès, grand-père de Galahad, décrit comme le « roi mutilé ». Dans un passage, il est clairement identifié comme étant Pellam ; en revanche, dans un autre passage, les circonstances dans lesquelles il a été blessé sont différentes.
  3. Le roi Pescheour ou Petchere, seigneur du château du Graal, qui n'apparaît vraiment dans aucune scène (en tout cas pas sous ce nom), doit sans doute son existence à une erreur de Malory, qui aura pris l'épithète « le Roi Pêcheur » en français pour un nom. Néanmoins, Malory le dinstingue clairement de Pellès.
  4. Un roi mutilé anonyme, cloué au lit, soigné par Galahad à l'apogée de la quête du Graal. Il est lui aussi clairement dinstingué de Pellès, qui dans le passage vient juste d'être envoyé hors de la pièce, et qui en tout cas est capable de se déplacer.

Il semblerait que Malory ne souhaitait qu'un seul Roi mutilé, blessé par Balin et souffrant jusqu'à ce que son petit-fils Galahad le guérisse, mais il n'a jamais réussi à concilier toutes ses sources.

Œuvres modernes inspirées de la légende[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]