Le père Noël est une ordure

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Le père Noël est une ordure

Réalisation Jean-Marie Poiré
Scénario Jean-Marie Poiré, Josiane Balasko, Marie-Anne Chazel, Christian Clavier, Gérard Jugnot, Thierry Lhermitte et Bruno Moynot
Acteurs principaux
Sociétés de production Trinacra Films
Films A2
Les Films du Splendid
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre Comédie burlesque
Sortie 1982
Durée 87 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Le père Noël est une ordure est un film français de la troupe du Splendid, réalisé par Jean-Marie Poiré et sorti au cinéma le 25 août 1982. Il est adapté de la pièce de théâtre éponyme créée en 1979 par la troupe.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Soir de Noël burlesque où, à la permanence téléphonique parisienne de SOS détresse amitié, des bénévoles sont perturbés par l'arrivée de personnages marginaux et farfelus, qui provoquent des catastrophes en chaîne.

Au fil de la soirée, Pierre Mortez et Thérèse reçoivent tour à tour la visite : de leur voisin bulgare, monsieur Preskovitch, qui leur présente des spécialités gastronomiques de son pays toutes aussi infectes les unes que les autres, de Katia, un travesti homosexuel désespéré, de Josette, la « petite protégée » de Thérèse ainsi que de Félix, fiancé miteux de Josette (individu violent au sein du couple et voleur invétéré) déguisé en père Noël, sans oublier madame Musquin coincée dans l’ascenseur à deux reprises et les récurrents coups de fil de l'obsédé qu'on ne voit jamais. Alors que tout semble redevenir normal, Josette, pour vider le pistolet de Félix et le rendre inoffensif, abat malencontreusement le dépanneur de l'ascenseur.

Josette et Félix découpent le cadavre en morceaux et les emballent dans des cadeaux. Ils se rendent par la suite au zoo pour jeter les morceaux de viande dans les enclos des animaux carnivores.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

  • Félix, un pauvre homme déguisé en père Noël. Il est mythomane et très violent, frappant un enfant le prenant pour un père Noël normal, menaçant Katia avec son pistolet ou étranglant Josette avec le tuyau de la douche. Au début du film, il se fait renvoyer de son métier de père Noël-homme sandwich pour le cabaret Pigallos. Il débarque dans l'immeuble de SOS détresse amitié pour rattraper sa femme Josette et lui passer un savon. Il garde alors son costume toute la soirée. C'est lui qui prend l'initiative de dépecer avec une scie le réparateur de l'ascenseur et d'emballer dans du papier cadeau les morceaux du cadavre. Il est accompagné d'un lapin nommé Pinouille.
  • Josette, ou Zézette, la compagne de Félix. Une femme enceinte, simple d'esprit. Elle se promène avec un caddie rempli de bibelots. Elle est affublée d'un cheveux sur la langue et parle d'une voix suraiguë. Elle est la « petite protégée » de Thérèse, qu'elle a connu à l'AJCD, sans doute une association de réinsertion sociale. Elle vit avec Félix dans une cabane.
  • Pierre Mortez, le bénévole maladroit et hypocrite de SOS détresse amitié. Il peint pour Thérèse un grand tableau représentant Thérèse nue, tenant un porc par la main, avec au loin un petit village. Il est marié et père de famille, mais selon madame Musquin, il a une liaison. Il emploie souvent l'expression « c'est cela, oui ».
  • Thérèse de Monsou, la bénévole un peu coincée, titulaire de son diplôme d'assistante sociale. Son hobby est le tricot : elle tricote des gants à trois doigts pour les petits lépreux de Jakarta et un gilet, d'abord pris pour une serpillière par Pierre. Il est fort probable qu'elle soit secrètement amoureuse de ce dernier. Thérèse est très sensible. Elle a une relation sexuelle avec Pierre dans la baignoire.
  • Jean-Jacques le travesti, qui se fait appeler Katia, dépressif, sans-gêne et la principale victime de Félix. Il est surnommé par sa famille Charles Bronson pour plaisanter avec le contraste entre la virilité de Charles Bronson et le fait que Katia soit efféminé.
  • Marie-Ange Musquin, BCBG très froide et sévère. Elle reste bloquée deux fois dans l'ascenseur, s'électrocute et sa voiture tombe en panne. Elle est très en retard pour le réveillon chez sa soeur Marie-Cécile à Créteil. Lorsqu'elle est bloquée dans l'ascenseur elle utilise les cadeaux de ses neveux : une trompette en plastique pour appeler à l'aide et un tournevis d'une boite à outils d'enfant pour dévisser le panneau de commande.
  • Monsieur Preskovitch, voisin bulgare, généreux, doté d'un fort accent et de sourcils épais. Il offre avec attention ses spécialités culinaires immondes à Thérèse et Pierre : Les doubitchous de Sofia - pâtisserie « roulée à la main sous les aisselles », puis le kloug aux marrons, sorte de bûche de noël dégageant une odeur nauséabonde, qu'il colmatera ensuite avec du chpoutz. Très envahissant, Thérèse et Pierre ne l'apprécient pas beaucoup. Il travaille de nuit au péage de Corbeil-Sud.

Personnages secondaires[modifier | modifier le code]

  • Le suicidé de la cabine téléphonique : le pistolet sur la tempe, et Thérèse au bout du fil, celle-ci ne l'entend pas bien et lui dit « appuyez sur le bouton », et l'homme appuie sur la gachette et sa cervelle se fracasse contre les vitres.
  • Monsieur Leblé, voisin d'immeuble râleur, il passe le réveillon avec sa famille et est dérangé par les cris venant de l'appartement de l'association : il passe son temps à se plaindre de SOS détresse amitié.
  • Monsieur Poisseau, le directeur de la pharmacie. Il soigne Félix en vitesse avec du Synthol car il a un important réveillon chez Castel et une jeune blonde surnommée Bijou l'attend dans un taxi. Sa veste de smoking est fichue par le kloug aux marrons de Preskovitch.
  • L'obsédé du téléphone, jamais filmé téléphone plusieurs fois mais fait plusieurs appels téléphoniques obscènes.
  • Le réparateur de l'ascenseur : tué accidentellement par Zézette, il est dépecé dans la cuisine par Félix. Les morceaux sont emballés dans du papier-cadeaux, et à la fin du film les personnages vont distribuer les paquets aux animaux du zoo de Vincennes.

Genèse[modifier | modifier le code]

À la suite du succès de la pièce homonyme, Yves Rousset-Rouard lance l'idée d'une adaptation cinématographique, avec Jean-Marie Poiré à la réalisation. Jean-Marie Poiré a rencontré la troupe par le biais de Josiane Balasko, avec qui il avait tourné son premier film, Les Petits Câlins, en 1977, et Les hommes préfèrent les grosses en 1981. Le réalisateur est arrivé avec l'intention de faire « un vrai film », de « repartir dans une autre logique ». D'après lui, la fin de la pièce était « très très mauvaise » et « s'emballait dans une espèce de caricature de grand guignol[3] ».

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • La première scène du film a réellement été tournée sur les grands boulevards de Paris au moment de Noël, et ce sans autorisation de la part des grands magasins. Gérard Jugnot, caché dans une camionnette, sortait quelques instants pour les prises. L'équipe de tournage utilisera par la suite un nom de code : Les bronzés fêtent Noël[4]. Le reste du film a été tourné dans les studios d'Épinay-sur-Seine. Tout un immeuble a été reconstruit, avec un ascenseur pouvant monter trois étages.
  • Dans le film, Katia est surnommé Charles Bronson par son père. Lorsqu'il quitte l'appartement après avoir été rejeté par Pierre, on le voit passer devant deux affiches de films avec Charles Bronson. Ces affiches ne représentent pas de vrais films, elles ont été créées par Willy Holt.
  • Le slow entre Pierre et Katia est dansé sur la chanson de Guy Marchand, Destinée, qui n'était pas celle prévue à l'origine. Les images ont été tournées avec Pauvres Diables de Julio Iglesias en fond sonore, mais il s'est avéré impossible d'obtenir les droits de la chanson. Vladimir Cosma, chargé de trouver une chanson avec un rythme similaire, a repris Destinée, qu'il avait composée avec Guy Marchand pour le film Les Sous-doués en vacances, sorti en 1981. Les dialogues ont été réenregistrés, on entend Katia demander « Vous aimez ce genre de musique ? » alors qu'il dit en réalité « Vous aimez Julio Iglesias ? », tandis que la réponse « c'est un grand chanteur » de Pierre est remplacée par « c'est très joliment chanté ».
  • Julio Iglesias est néanmoins présent dans le film. En effet, la caravane de Josette et Félix est décorée de photos du chanteur, et Josette porte un badge « I love Julio ». De plus, sa chanson Je n'ai pas changé est reprise par Jacques Villeret l'année suivante dans Papy fait de la résistance, qui réunit également Jean-Marie Poiré et le Splendid.
  • Guy Marchand devait faire un caméo dans le film, mais frustré par le tube Destinée, chanson qui figurait déjà dans le film Les Sous-doués en Vacances, il ne souhaitait plus être associé à cette chanson, tube qu'il trouvait fait « facilement », et ne pas être considéré comme un chanteur de variétés de l'époque, alors qu'il était avant tout un jazzman ou musicien de jazz, avec des années de carrière derrière lui, d'autant plus qu'il avait l'estime de grands noms du jazz comme Michel Petrucciani, Al Jarreau, George Benson, Claude Nougaro… Mais cette chanson restera, pour le grand public, la plus connue de ce crooner, bien malgré lui. Guy Marchand renoncera finalement à faire un caméo pour le film, mais autorisera la diffusion de la chanson Destinée dans le film.
  • Dans la première version du scénario, Thérèse et Pierre sortaient du zoo et se rendaient dans une église pour se confesser à un prêtre, qui aurait été interprété par Michel Blanc. Horrifié, le prêtre dénonçait les agissements de la bande à la police. Le film se serait terminé par une photo des protagonistes dans le box des accusés à la une d'un journal[5].

Différences entre la pièce et le film[modifier | modifier le code]

  • Madame Musquin n'apparaît pas dans la pièce. Un monsieur Musquin est simplement évoqué. Le personnage et ses mésaventures dans l'ascenseur ont été inventés afin que Josiane Balasko, qui ne jouait pas dans la pièce, puisse figurer dans le film.
  • Dans le film, Thérèse dit qu'elle a rencontré Josette à l'AJCD. Dans la pièce, elles sont cousines.
  • Thérèse couche avec Félix dans la pièce, alors que c'est avec Pierre dans le film.
  • Dans la pièce, Katia révèle qu'il s'appelle Jean-Jacques et qu'il a été marié à Thérèse. Il finit par se suicider avec l'arme de Félix. Tous ces éléments sont absents du film, tout comme la chute mortelle de Thérèse.
  • La pièce se termine par l'explosion de l'immeuble, à cause de Preskovitch qui se suicide au gaz.
  • Dans le film, Katia est martyrisée sans cesse par Félix, dans la pièce, ce dernier se montre plus magnanime avec elle.
  • Dans le film, Pierre coince les doigts de Preskovitch en claquant la porte, dans la pièce c'est Félix qui se fait coincer le doigt par la porte.
  • Dans la pièce, une fois que Pierre a montré son tableau à Thérèse, plus tard, elle le montre à Félix. Dans le film, elle cache le tableau et ne le montre à personne.
  • Dans la pièce Josette et Katia échangent leurs tenues, dans le film, elles gardent leurs tenues respectives.
  • Dans la pièce, Françoise la femme de Pierre, appelle ce dernier, pour lui dire qu'il est infidèle et qu'elle le quitte. Dans le film, cette scène n'est pas présente.

Accueil[modifier | modifier le code]

  • À sa sortie en salles, le film fut boycotté par la RATP qui refuse de louer des panneaux publicitaires pour l'affiche en raison de son titre provocant. Certains cinémas ont ajouté diverses mentions sur leurs affiches : Le père Noël est une ordure… pas le vrai, ou encore Le père Noël est… presque… une ordure.
  • Le film a attiré 1 604 220 spectateurs en 1982, moins que Les Bronzés, mais plus que Les bronzés font du ski. Le film devient un film culte après ses diffusions à la télévision[6].
  • Les critiques de la presse ont été en grande majorité négatives. Serge Toubiana des Cahiers du cinéma a écrit : « Bonne nouvelle, stop - Café-théâtre en progrès, stop - Pas de contenu, stop - Comédie parfois noire, stop - Comédie sans message, stop - Point fort : unités de temps et de lieu respectées, stop - Adaptation rigoureuse pièce de théâtre, stop - Découpage plutôt serré, stop - Pas trop « théâtre filmé », stop - Tient compte des contraintes de temps et d'espace : un appartement, une nuit, des personnages, stop - Acteurs du Splendid meilleurs que d'habitude, stop - Chacun joue pour soi-même, stop - Idée d'enfermer Balasko dans cage d'escalier pendant tout le film excellente, stop - Ne pas espérer plus, mais quand même… stop[7]. »

Critique[modifier | modifier le code]

Certaines scènes et appréciations du film, concernant le personnage de Preskovitch et les spécialités du « dobitchu » – « que des bonnes choses, c'est du cacao de synthèse, avec de la margarine et de la saccharose » – et du « kloug aux marrons », ont fait dire à des connaisseurs de la culture balkanique tels Jean-Marie Martin que « ne pouvant pas, légalement, se moquer des pays voisins de la France et encore moins des Africains, des Arabes ou des Juifs, certains humoristes comme la troupe du Splendid se sont engouffrés dans le vide juridique qui leur permet de véhiculer les pires clichés sur les Européens de l'Est, et ces comédiens ne sont pas les seuls, loin de là[8] ».

Reprise[modifier | modifier le code]

En 1994, Le père Noël est une ordure a fait l'objet d'une reprise américaine réalisée par Nora Ephron sous le titre Mixed Nuts.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Détails du film « Le Père Noël est une ordure » », sur le site du CNC (consulté le 10 mars 2014)
  2. À 5 minutes 35 du film, on peut voir son nom sur la pochette qui est devant elle.
  3. DVD Le père Noël est une ordure, studio Canal.
  4. Génération Splendid, Mathias Goudeau, City Éditions.
  5. « Le Père Noël est une ordure », sur Eighties.fr (consulté le 8 mars 2014)
  6. Véziane de Vezins, « Le Père Noël est une ordure décrypté », sur lefigaro.fr,‎ 21 décembre 2011 (consulté le 23 novembre 2012).
  7. Les Cahiers du cinéma no 340, octobre 1982.
  8. Jean-Marie Martin sur [1].

Vidéographie[modifier | modifier le code]

  • Daniel Ablin, Il était une fois… Le père Noël est une ordure, 2011, documentaire de la série Un film et son époque.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]