Le Maître de Ballantrae

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Le Maître de Ballantrae
Image illustrative de l'article Le Maître de Ballantrae
Couverture de la première édition

Auteur Robert Louis Stevenson
Genre roman d'aventures,
roman historique
Version originale
Titre original The Master of Ballantrae: A Winter's Tale
Éditeur original Cassel and Company
Langue originale anglais
Pays d'origine Écosse Écosse
Lieu de parution original Londres, Paris, New York, Melbourne
Date de parution originale 20 septembre 1889
Version française
Traducteur Théo Varlet
Lieu de parution Paris
Éditeur La Sirène
Date de parution 1920

Le Maître de Ballantrae (The Master of Ballantrae) est un roman d'aventures de l'écrivain écossais Robert Louis Stevenson.

L'auteur commence à l’écrire dans les Adirondacks, durant l’hiver 1887, alors qu’il vient de relire The Phantom Ship de Frederick Marryat[1], écrivain de la mer, des conflits familiaux et du statut social. Le récit paraît tout d'abord dans la revue américaine Scribner's Magazine, sous forme d'un feuilleton en douze épisodes, de novembre 1888 à octobre 1889. La publication de l'œuvre en volumes, sous le titre The Master of Ballantrae: A Winter's Tale (Le Maître de Ballantrae : un conte d'hiver), a lieu le 20 septembre 1889[2].

Résumé[modifier | modifier le code]

En Écosse, au XVIIIe siècle, au manoir des Durrisdeer, vivent les deux frères Durie : James, le Maître[3] de Ballantrae, l'aîné de la famille, est un libertin calculateur, ambitieux, amoral, mais charismatique et respecté ; Henry, le cadet, est quant à lui modéré, plus vertueux, mais injustement mal-aimé.

En 1745, le pays est plongé dans une guerre civile opposant les jacobites, partisans du prétendant Jacques François Stuart, à l’armée du roi en place, George II. Par opportunisme, James souhaite soutenir la cause des rebelles, malgré l'avis contraire de son père et de son frère. Ces derniers pensent qu'en tant qu'aîné, il devrait rester au manoir afin de montrer sa fidélité au roi George ; et que c'est plutôt à Henry de s'engager auprès des jacobites. James scelle son destin et celui des Durrisdeer en allant malgré tout combattre aux côtés du prince Charles. Le 16 avril 1746, la célèbre bataille de Culloden voit l’écrasement de la rébellion jacobite et James est présumé mort. Ayant en fait survécu, le Maître conçoit alors une haine féroce à l'encontre de Henry, auquel il reproche sa disgrâce et la spoliation de ses biens. Dès lors, et tout au long de son existence, James n'aura de cesse de persécuter son frère. Au début, Henry endurera toutes les humiliations. Puis il finira dévoré par cette même haine qui anime son frère. L'ultime confrontation se terminera tragiquement, au cœur de la forêt sauvage des Adirondacks.

Thèmes[modifier | modifier le code]

  • Six ans après la publication de L'Île au trésor (Treasure Island, 1883) et trois ans après celle de L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde (The Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde, 1886), Stevenson reprend ici tous les thèmes ayant contribué au succès de ces deux ouvrages.
  • Les prénoms des deux frères ennemis forment un hommage de la part de Stevenson à son grand ami, l'écrivain Henry James.

Publication[modifier | modifier le code]

L'édition originale contenait ce que Stevenson qualifia lui-même de « bourde inconcevable », d'« exagération à faire frémir Hugo ». En effet, à l'issue du duel entre les deux frères (chapitre V), Mrs Henry enfonçait jusqu'à la garde l'épée de son mari dans le sol gelé. Dans une lettre adressée à Marcel Schwob, Stevenson demande au traducteur de corriger ce passage afin de le rendre plus plausible[4].

Accueil critique[modifier | modifier le code]

Après L’Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde qui l’a consacré en 1886, Stevenson publie cinq livres d’un retentissement moindre, donnant à penser que son talent décline. Le Maître de Ballantrae est salué comme un brillant retour : on retrouve le suspense et l’exotisme de L’Île au trésor, la complexité psychologique de Dr Jekyll et Mr Hyde, et surtout un remarquable art de la construction du récit[5]. Peu connu du grand public, ce livre contiendrait, selon les critiques, les scènes les plus puissantes jamais écrites par Stevenson. Le Maître de Ballantrae est généralement considéré comme le chef-d’œuvre de son auteur — exception faite des derniers chapitres, que la critique anglaise a dénoncés pour faibles et invraisemblables[6]. The Times estime que peu de livres approchent à ce point de la perfection[5]. Henry James partage cet enthousiasme, affirmant dans une lettre à l’auteur que ce « pur joyau » lui aurait procuré « l’émoi le plus intense » de sa vie littéraire[7]. [Ces références datent de l'époque où le roman est sorti. En réalité, Stevenson a écrit d'autres choses par la suite. Au moment de sa mort, son chef d'oeuvre, de son propre aveu, était Catriona. Hermiston, s'il avait été achevé aurait certainement détroné Catriona. Donc Ballantrae n'est pas son chef d'oeuvre...]

André Gide se plaint d’avoir du mal à en achever la lecture : « Curieux livre, où tout est excellent, mais hétérogène, au point qu’il semble la carte d’échantillons de tout ce où peut exceller Stevenson »[8].

Certains critiques dénoncent le côté sombre du livre, parfois à la limite du morbide. D’autres, au contraire, sont sensibles à la dimension nouvelle que confère au roman d’aventures l’apport du tragique[5].

Bertolt Brecht souligne l’extraordinaire originalité de la narration. Par exemple, le personnage central (le Maître de Ballantrae) nous est surtout connu par le témoignage d’une personne qui lui est profondément hostile (l’intendant MacKellar, narrateur principal). Autre originalité, on sait qu’un roman d’aventures vit exclusivement de la sympathie que le lecteur éprouve pour l’aventurier. Or, ici, la sympathie est très péniblement acquise[9].

Enfin, le cheminement du narrateur ne laisse pas les critiques indifférents. À la première page de son récit, l'intendant MacKellar affirme écrire dans le but de réhabiliter Henry, le plus jeune des frères, la victime. Et, en effet, dans la plus grande partie du livre, il prend résolument le parti de Henry : on le voit longtemps batailler, homme de raison, contre l’aveuglement passionnel du père et de l’épouse, subjugués par le criminel. Puis MacKellar se laisse prendre lui aussi, peu à peu, au charme pervers de l’aîné. Et les deux épitaphes qu’il dédie aux deux frères, à la dernière page, ne laissent aucun doute sur la transformation qui s’est opérée en lui[10]. Comme le dit Michel Le Bris, parlant de la théorie littéraire de Stevenson : « Il ne s'agit pas d'interpréter autrui, mais de manifester l'évidence de son étrangeté, étrangeté constitutive de votre propre mystère. Car vous écrivez toujours sur l'étranger qui est en vous... c'est peut-être même l'étranger qui est en vous qui écrit ! »[11].

Adaptations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Echenoz, « La nuit dans les Adirondacks », in Robert Louis Stevenson, Le Maître de Ballantrae, Gallimard, coll. « folio classique »,‎ 2000 (ISBN 2-07-040354-8), p. 325
  2. Date de l’édition Cassel and Company, Londres, Paris, New York, Melbourne. L’édition américaine de Charles Scribner’s Sons paraît le lendemain, 21 septembre. Sumner & Stillman. La date du 20 septembre 1889 est, dans le livre, celle de l’ouverture du paquet contenant le manuscrit de MacKellar, p. 29 de l’édition « folio classique ».
  3. Le terme « Maître » (« Master » en anglais) est le titre porté par le fils aîné dans certaines familles écossaises.
  4. Lettre à Marcel Schwob (Sydney, 19 janvier 1891, in The Letters of Robert Louis Stevenson, Volume 2, Chapter XI).
  5. a, b et c Alain Jumeau, « Notice », in Robert Louis Stevenson, op. cit., p. 342.
  6. Le Nouveau Dictionnaire des œuvres, vol. IV, Bompiani et Robert Laffont, coll. « Bouquins »,‎ 1994 (ISBN 2221900960), p. 4329. Jean Echenoz parle d’une « fin splendidement mal foutue [...] pleine de rustines et de chevilles narratives ». Jean Echenoz, id., p. 331.
  7. Cité par Jean Echenoz, id., p. 330.
  8. André Gide, Journal : 1889-1939, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade »,‎ 1951, p. 393
  9. Bertolt Brecht, Berliner Börser-Courier, 19 mai 1925.
  10. Alain Jumeau, « Introduction », dans Robert Louis Stevenson, op. cit., p. 19 et 20.
  11. Recueilli par Thomas Régnier, « Stevenson et Le Bris », 6 août 2001, sur parutions.com.

Liens[modifier | modifier le code]

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