Le Médecin volant

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Le Médecin volant
Auteur Molière
Genre Comédie/Farce
Nb. d'actes 1
Dates d'écriture 1645
Date de parution 1819
Date de la 1re représentation en français Inconnue
Lieu de la 1re représentation en français Inconnu
Compagnie théâtrale Troupe de Molière
Metteur en scène Molière
Rôle principal Sganarelle

Le Médecin volant est une pièce de théâtre de Molière écrite à une date incertaine, mais sans doute dans les débuts de la carrière dramatique de Molière. Cette courte farce en prose ne fut pas publiée du vivant de son auteur et l'on ignore dans quelles circonstances une version manuscrite en fut établie, manuscrit qui fut exhumé au XIXe siècle.

L'intrigue des seize scènes du Médecin volant est calquée sur un schéma traditionnel italien, le thème du « medico volante » que l'on retrouve dans plusieurs pièces de la commedia dell'arte, et qui est ici associé à une structure héritée de la tradition de la farce française.

La Pièce[modifier | modifier le code]

Liste des personnages[modifier | modifier le code]

  • Valère : amant de Lucile
  • Sabine : cousine de Lucile
  • Sganarelle : valet de Valère
  • Gorgibus : père de Lucile et vieillard
  • Gros-René : valet de Gorgibus
  • Lucile : fille de Gorgibus
  • Un avocat.

Résumé[modifier | modifier le code]

Sabine explique à Valère que son oncle Gorgibus est décidé à donner sa fille Lucile comme épouse à Villebrequin. La jeune femme, qui aime Valère, simule la maladie afin de retarder le mariage. Sabine propose à Valère de faire passer son valet pour un médecin, afin que celui-ci ordonne à Lucile de se reposer dans un pavillon éloigné, d'où Valère viendra l'enlever pour l'épouser en secret. (Scène 1) Valère fait part de ce plan à son valet, Sganarelle. (Scène 2)

Gorgibus demande à son valet Gros-René d'aller chercher un médecin pour sa fille. Celui-ci s'exécute, après avoir déconseillé à son maitre de marier de force sa fille à un vieillard. (Scène 3) Entre alors Sabine, qui présente Sganarelle comme le meilleur médecin du monde. Sganarelle tient des discours incompréhensibles et bouffons, et prétend déduire l'état de santé de Lucile de l'examen de ses urines. il conseille ensuite à la jeune fille de se reposer dans le pavillon au fond du jardin. (Scènes 4 et 5)

Alors que tous sont partis visiter le pavillon, entre en scène un avocat, qui vient s'enquérir de la santé de Lucile auprès de Gorgibus, qui lui présente Sganarelle. L'avocat fait assaut d'érudition pour impressionner Gorgibus et le faux médecin. (scéne6a8)

Valère s'inquiète du déroulement des évènements. Sganarelle, qui a ôté son déguisement de médecin, le rassure. Puis, alors que Valère repart, Sganarelle rencontre malencontreusement Gorgibus. Pour ne pas donner de soupçons aux vieillard, il se fait passer pour un certain Narcisse, frère jumeau du médecin, avec lequel il explique qu'il vient de se disputer. (Scènes 9 à 11).

Sganarelle, qui a retrouvé ses habits de médecin, rencontre à nouveau Gorgibus, qui lui demande de pardonner à Narcisse. Le faux médecin accepte. Croisant Valère un peu plus tard, alors qu'il a retrouvé ses habits de valet, il se vante de son stratagème, quand apparait de nouveau Gorgibus, qui veut à tout prix être présent pour assister à la réconciliation des deux frères. Il enferme donc Sganarelle chez lui. (Scènes 12 à 14)

Sganarelle s'échappe par la fenêtre, s'habille en médecin, et se laisse mener par Gorgibus à la rencontre de son frère. Le vieillard assiste depuis la rue à la dispute puis à la réconciliation de Sganarelle avec lui-même, qui se présente à la fenêtre en interprétant successivement les rôles du médecin et de Narcisse. Finalement, Gros-René, qui a éventé la supercherie, prévient Gorgibus du tour que le valet est en train de lui jouer. Le vieillard est furieux, quand entrent en scène Valère et Lucile, qui implorent son pardon. Gorgibus accepte de bon cœur, et propose que tous aillent « faire noces, et boire à la Santé de toute la compagnie. »(Scènes 15 et 16)

Éléments d'analyse[modifier | modifier le code]

Trivelin, l'une des figures du valet rusé de la commedia dell'arte (d’après une vignette du XVIIe siècle.)

Date de composition de la pièce[modifier | modifier le code]

La date à laquelle Molière a écrit Le Médecin volant est incertaine, la pièce n'ayant jamais été publiée du vivant de Molière. Il s'agit vraisemblablement de l'une des farces dont le texte semble définitivement perdu (telles que La Jalousie du Gros-René, Gros-René, petit enfant, etc.) que Molière composa au début de sa carrière dramatique, mais l'on ne possède aucune certitude à ce sujet[1]. L'hypothèse d'une création en province[N 1], si elle est plausible, reste conjecturale[1]. Dans le registre qu'il tenait des représentations de la troupe de Molière, le comédien La Grange mentionne toutefois qu'une pièce intitulée Le Médecin volant a été représentée à seize reprises entre 1659 et 1664[2].

Il est par ailleurs possible, même s'il s'agit de l'une des premières pièces écrites par Molière, que le texte qui nous en est parvenue soit celui d'une version remaniée plus tardivement. C'est ce qui expliquerait notamment le choix étonnant de donner le nom de Sganarelle au héros du Médecin volant, alors que son caractère ressemble beaucoup à celui du zanni (le valet rusé) de la commedia dell'arte, qui dans les premières pièces de Molière apparait généralement sous le nom de Mascarille. Dans cette hypothèse, il s'agirait d'une version de la pièce retravaillée pour les quatre représentations de 1664, à une époque où les personnages qu'incarnait Molière au théâtre (hormis dans les « grandes comédies ») portaient généralement le nom de Sganarelle[3].

Origine du sujet du « médecin volant »[modifier | modifier le code]

La tradition du « Medico volante »[modifier | modifier le code]

Le thème du « medico volante » appartient au répertoire traditionnel de la comédie italienne du XVIIe siècle, comme l’atteste l'existence des manuscrits de deux scenari anonymes de la commedia dell'arte connus sous ce titre, ainsi que du texte d'une comédie italienne, anonyme elle aussi, intitulée Truffaldino medico volante, comedia nova e ridicula[4],[N 2]. Ces pièces mélangeaient les motifs du faux médecin, de la fausse malade, et de l'ubiquité d'un personnage contraint à jouer un double rôle à des intervalles de plus en plus rapprochés, jusqu'à l'inévitable et impossible présence simultanée des deux personnages qu'il incarne[5]. Le titre donné aux pièces qui reprenaient ce schéma dramatique s'explique par le fait qu'avant de se voir contraint à se donner à lui-même la réplique, le faux médecin, qui devait passer rapidement du haut d'une maison dans la rue pour donner l'illusion qu'il était double, était attaché à un arceau relié à la poutre principale de la scène qui permettait de donner l'illusion qu'il s'envolait[5].

C'est de cette tradition italienne que Molière a vraisemblablement repris l'idée du Médecin volant, hypothèse confortée par le fait que la vogue du « medico volante » avait touché toute l'Europe, et que les comédiens italiens qui étaient installés à Paris (où ils partageaient la même salle du Petit-Bourbon que la troupe de Molière) avaient représenté à plusieurs reprises dans les années 1640 une pièce de ce type, sous la conduite de Scaramouche[6], dont on sait par ailleurs l'influence que ce comédien exerça sur les conceptions du jeu scénique de Molière[7].

Traitement du sujet par Molière[modifier | modifier le code]

Molière, s'il reprit les principaux thèmes des pièces italiennes dans Le Médecin volant, les condensa et les simplifia, laissant notamment de côté une intrigue parallèle systématiquement présente dans ses modèles, celle qui mettait en scène les péripéties d'un second couple d'amoureux[8]. On les retrouve toutefois à l'état de traces dans des péripéties dont la motivation semble problématique si l'on oublie le fond dont elles sont issues : ainsi, la raison pour laquelle Gros-René dévoile à Gorgibus le stratagème de Sganarelle se comprend par le fait que, dans les modèles italiens, la rivalité entre les deux valets traversait toute la pièce. De même, l'un des scenari italiens conservés explique pourquoi Gorgibus enferme Sganarelle chez lui : dans cette pièce en effet, le faux médecin avait feint de poursuivre son frère pour échapper au père de la jeune fille. Le retrouvant un peu plus tard en habits de valet, et croyant donc qu'il s'agissait du frère en question, le vieillard l'enfermait chez lui et faisait appeler le médecin qui disait être à sa recherche[9].

Cette simplification de l'intrigue dans la pièce de Molière, qui se concentre sur le bon tour à répétition joué à Gorgibus, évoque ainsi à la structure de la farce médiévale française, de même qu'y renvoie la découverte finale de la supercherie de Sganarelle. Dans la mécanique farcesque en effet, les personnages qui montent une machination finissent souvent par être pris au piège de la machine qu'ils ont mis en branle, et elle finit par les emporter à leur tour[10].

Le jeu des masques[modifier | modifier le code]

Patrick Dandrey, dans une des études qu'il a consacrées au théâtre de Molière, propose de voir dans Le Médecin volant un jeu de masques successifs. Le premier masque, le « masque grotesque », concentre le comique sur la bouffonnerie du faux médecin, qui fait subir une déformation grotesque au discours réputé sérieux de la science médicale. Dans un second temps, qui se situe au milieu de la pièce, avec l'apparition de l'avocat, la satire du discours pédant se fait moins bouffonne, et les réactions de Sganarelle, plus mesurées, tendent vers un certain réalisme : il s'agirait là d'une esquisse de la comédie du « masque social et moral » que devait développer Molière dans ses comédies ultérieures[11]. Enfin, « le masque dramatique », qui s'appliquerait à la dernière partie de la pièce, à partir du moment où Sganarelle s'invente un double, viserait moins à provoquer le rire par la dimension comique des actions que l'allégresse face au spectacle des prouesses du comédien, qui joue un double, voire un triple jeu (Sganarelle, le faux médecin, Narcisse[12].)

Ces masques successifs que prendrait la comédie se superposent évidemment aux masques pris par Sganarelle, dont le Médecin volant montre le cheminement, depuis le « lourdaud » évoqué par Valère à la première scène, jusqu'au roi des fourbes qu'il devient à la fin de la pièce[13]. Cette évolution de Sganarelle se fait par le biais des identités multiples qu'il emprunte, autrement dit des masques dont il s'affuble : celui du médecin d'abord, derrière lequel s'efface le valet maladroit du début ; puis, une fois parvenu à l'émancipation par la pratique de l'art de la tromperie, le Sganarelle du début, poltron et niais, ressurgit à travers la figure de Narcisse, démontrant ainsi la maitrise acquise par Sganarelle, qui va jusqu'à reprendre son ancien visage pour s'en servir comme d'un nouveau masque[14].

Postérité du Médecin volant[modifier | modifier le code]

Postérité immédiate[modifier | modifier le code]

Une pièce de Boursault (adversaire de Molière, il avait été notamment caricaturé dans L'impromptu de Versailles[15]) intitulée également Le Médecin volant, fut publiée en 1665. Écrite en vers, elle présente de nombreux points communs thématiques avec la pièce du même titre de Molière, dont elle est vraisemblablement un plagiat[4]. Dans sa préface, Boursault mentionne une autre pièce portant le même titre, interprétée par les comédiens du Théâtre du Marais (la sienne ayant été jouée par les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne[15].)

Molière lui-même reprit certains éléments de sa pièce dans des œuvres ultérieures : ainsi, le thème de la gémellité de Sganarelle fut réutilisé dans la scène du Malade imaginaire où Toinette se travestit en médecin, tandis que les motifs de la fausse maladie et du faux médecin devaient refaire leur apparition dans L'Amour médecin (1665) et Le Médecin malgré lui (1666)[16].

La découverte du texte du Médecin volant[modifier | modifier le code]

L'existence d'un manuscrit du Médecin volant est mentionnée dans plusieurs lettres de Jean-Baptiste Rousseau[N 3], qui indiquait en 1731 être en possession de deux pièces inédites de Molière (l'autre pièce étant La Jalousie du barbouillé[17].) Ce document (ou un autre document similaire) fut retrouvé par l'érudit Emmanuel-Louis-Nicolas Viollet-le-Duc en 1819 et publié sous le titre de Deux pièces inédites de J.-B. P. Molière. Enfin, Eugène Despois, préparant une édition des Œuvres de Molière, retrouva à la bibliothèque Mazarine de Paris une version manuscrite de ces deux pièces dont on ne sait s'il s'agit du même exemplaire que celui dont s'était servi Viollet-le-Duc (de nombreuses divergences existent entre les deux versions[18]), et qui constitue la base des éditions modernes du Médecin volant[19].

On ignore à peu près tout des circonstances dans lesquelles le texte de cette pièce a été conservé : le fait que certains passages ne soient pas rédigés (la première réplique de Gros-René à la scène 3, les salutations de Gorgibus à la scène 7, qui toutes deux se concluent par « etc. »), peuvent être l'indice de ce qu'il s'agissait à l'origine de notes prises pour les comédiens, à la façon des scenari de la commedia dell'arte, à partir desquelles les comédiens improvisaient, notes qui n'étaient pas destinées à être conservées une fois les représentations achevées[20]. Il pourrait s'agit également d'un texte noté au cours d'une représentation pour le compte d'une troupe de comédiens concurrente ou pour celui d'un libraire qui aurait finalement renoncé à publier la pièce[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cette hypothèse est retenue sur le site CESAR, qui mentionne des représentations de la pièce en province dans les années 1650.
  2. Voir le texte de cette pièce (en italien) sur le site Molière21.
  3. Le texte de ces lettres est accessible sur Gallica, via la page intitulée « Autour du Médecin volant » du site Molière21.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Forestier et Bourqui, notice du Médecin volant, p. 1720
  2. Forestier et Bourqui, notice du Médecin volant, p. 1719. Le site [CESAR] ne mentionne quant à lui que représentations à Paris.
  3. Forestier et Bourqui, notice du Médecin volant, p. 1721 et 1720
  4. a et b Bourqui 1999, p. 437-438
  5. a et b Forestier et Bourqui, notice du Médecin volant, p. 1721 et 1723
  6. Forestier et Bourqui, notice du Médecin volant, p. 1724
  7. Georges Forestier et Claude Bourqui, « Notice de L'École des Femmes », dans Georges Forestier (dir.), Théâtre complet de Molière, t. I, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2010, p. 1358.
  8. Bourqui 1999, p. 433
  9. Bourqui 1999, p. 441-442
  10. Rey-Flaud 1996, p. 47.
  11. Dandrey 1998, p. 102
  12. Dandrey 1998, p. 102-103
  13. Dandrey 1998, p. 103
  14. Dandrey 1998, p. 103-104
  15. a et b Forestier et Bourqui, notice du Médecin volant, p. 1725
  16. Dandrey 1998, p. 74
  17. a et b Forestier et Bourqui, notice de La Jalousie du barbouillé, p. 1711
  18. Forestier et Bourqui, notice de La Jalousie du barbouillé, p. 1710-1711
  19. Forestier et Bourqui, notice de La Jalousie du barbouillé, p. 1715
  20. Forestier et Bourqui, notice du Médecin volant, p. 1720-1721

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Bourqui, Les Sources de Molière. Répertoire des sources littéraires et dramatiques., SEDES, coll. « Questions de littérature »,‎ 1999
  • Patrick Dandrey, Sganarelle et la médecine. De la mélancolie érotique., t. I, Klincksieck,‎ 1998
  • Georges Forestier et Claude Bourqui, « Notices de La Jalousie du barbouillé et du Médecin volant », dans Georges Forestier (dir.), Théâtre complet de Molière, t. II, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade »,‎ 2010
  • Bernadette Rey-Flaud, Molière et la Farce, Droz,‎ 1996

Liens externes[modifier | modifier le code]

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