Le Jugement dernier (Rogier van der Weyden)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le Jugement dernier
Image illustrative de l'article Le Jugement dernier (Rogier van der Weyden)
Le Jugement dernier de Rogier van der Weyden exposé en deux parties ouverte et fermée, aux Hospices de Beaune.
Artiste Rogier van der Weyden
Date 1443-1452
Type Retable polyptyque recto-verso, peinture gothique de l'âge d'or de la peinture néerlandaise
Technique Peinture à l'huile sur bois
Dimensions (H × L) 220 × 548 cm
Localisation Hospices de Beaune, Beaune (France)
Commentaire Logo monument historique Classé MH (1891)

Le Jugement dernier est un retable sous la forme d'un polyptyque en quinze panneaux du peintre flamand Rogier van der Weyden, peint entre 1443 et 1452 pour l'Hôtel-Dieu de Beaune sur commande de son fondateur le chancelier de l'État bourguignon Nicolas Rolin. Représentation du thème chrétien du Jour du jugement, il est à l'origine exposé au-dessus de l'autel de la chapelle de la grande salle des malades pauvres, pour que les malades pussent le voir de leur lit pendant les offices[1] ; le retable était fermé les jours de semaine et ouvert les dimanches et jours de fêtes solennelles. L'oeuvre est classée aux monuments historiques depuis le 10 octobre 1891[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1836, cette œuvre magistrale, un des chefs-d'œuvres absolus de l'âge d'or de la peinture néerlandaise, est découverte entièrement recouverte de badigeon à l'Hôtel-Dieu de Beaune. En 1875 les administrateurs des lieux décident de faire restaurer à neuf le panneau le plus abîmé, celui de l’Enfer, par le Musée du Louvre de Paris, suivi du restant du retable, travail achevé en 1878. Les panneaux du retable ont été sciés dans leur épaisseur pour en exposer à la fois l'envers et l'endroit.

En 1975, il est exposé dans une salle aménagée du musée à température et degré hygrométrique constants, pour éviter les détériorations dues aux 350 000 visiteurs annuels des lieux. Il est un rare exemple, avec L'Agneau mystique des frères Hubert et Jan van Eyck, d'une œuvre demeurée sur les lieux d'origine[1].

Description[modifier | modifier le code]

Sur l'extérieur des volets, des grisailles, au centre, imitent des sculptures (saint Sébastien et saint Antoine abbé surmonté de l'« Ange annonciateur » et de la « Vierge annoncée »), tandis que les donateurs et fondateur des Hospices de Beaune, Nicolas Rolin et son épouse Guigone de Salins sont représentés dans des niches à gauche et à droite. Des anges portent leurs armes, comme s'ils étaient des saints[3].

Retable fermé, avec l'Ange annonciateur et la Vierge annoncée en haut, Nicolas Rolin et son épouse Guigone de Salins aux extrémités, et les deux saint patrons des Hospices de Beaune saint Sébastien et saint Antoine au centre.

À l'intérieur, la représentation du Jour du jugement, si elle fait appel à la tradition iconographique de ce thème chrétien populaire à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance, laisse une grande place à l'imagination de son auteur, ce qui en fait l'originalité. Au centre, le Juge suprême, assis sur un arc-en-ciel, surveille saint Michel rendant son jugement (avec immédiatement de part et d'autre la Vierge et saint Jean le Baptiste). Saints et apôtres indifférenciés (sans leurs attributs respectifs), sont posés sur des nuages et forment une cour céleste. À terre, les morts se relèvent et saint Michel pèse leurs bonnes et mauvaises actions. Jésus bénit de sa main droite (près des fleurs de lys, symbole de la Pureté d'ordre divine de la Vierge Marie) les justes et de sa main gauche (près de l'épée, symbole de justice divine) maudit les damnés. Les uns sont précipités dans le feu éternel (à droite), tandis que les autres sont accueillis par un ange à la porte des cieux (à gauche). L'absence de démons exerçant une contrainte physique sur les pécheurs, la force de la conscience se suffisant à elle-même, fait de cette œuvre un cas unique dans les représentations du Jugement dernier[3].

Retable ouvert avec le Christ / juge suprême au sommet, l'archange saint Michel pèsant les âmes à ses pieds, entouré de quatre anges buccinateurs, et du tribunal céleste composé de la vierge Marie, de Jean le Baptiste et des saints et des douze Apôtres indifférentiers, de l'humanité en bas, le Paradis à gauche et l'Enfer à droite.

Certains détails ne sont visibles que par un examen minutieux (avec une loupe télécommandée sur les lieux de son exposition) :

Le Christ sur le globe terrestre, et des inscriptions en latin.
  • Sous les lys le texte écrit en blanc : « venite benedicti Patris mei possidete paratum vobis regnum a constitutione mundi » (venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde en latin);
  • Sous l'épée écrit en noir : « discedite a me maledicti in ignem aeternum qui paratus est diabolo et angelis eius » (allez loin de moi, maudits, au feu éternel préparé pour le diable et pour ses anges);
  • un parterre de fraises des bois à l'entrée du Paradis, à gauche ;
  • un séraphin rouge dans un profil de fenêtre, à gauche ;
  • un damné noirci suspendu à une chaîne, en Enfer, à droite :
  • une inscription brodée sur le pourtour de la robe verte d'un saint en phylactère, à droite.

Postérité de l'œuvre[modifier | modifier le code]

En 1943, émission d'un timbre de 4 francs bleu représentant Nicolas Rolin et Guigone de Salins ainsi que le porche de l'Hôtel-Dieu, d'après le polyptyque du Polyptyque du Jugement dernier de Rogier van der Weyden. Il a bénéficié d'une vente anticipée le 21 juillet 1943 à Beaune. Il porte le no YT 583[4].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jan Białostocki, L'Art du XVe siècle des Parler à Dürer, traduction de Pierre-Emmanuel Dauzat, Le Livre de poche, « La Pochothèque », 1989.
  • Fabrice Hadjadj, Jugement dernier : Le retable de Beaune, Paris, L'Œuvre, 2010 (ISBN 978-2-35631-075-0)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jan Białostocki, L'Art du XVe siècle des Parler à Dürer, p. 146
  2. « Notice no PM21000220 », base Palissy, ministère français de la Culture
  3. a et b Jan Białostocki, L'Art du XVe siècle des Parler à Dürer, p. 148-150.
  4. Catalogue Yvert et Tellier, tome 1.