Le Jour où la Terre s'arrêta (film, 1951)

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne le film de 1951 réalisé par Robert Wise. Pour son remake de 2008 réalisé par Scott Derrickson, voir Le Jour où la Terre s'arrêta.
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Le Jour où la Terre s'arrêta

Description de cette image, également commentée ci-après

Klaatu (Michael Rennie) et le robot humanoïde Gort

Titre original The Day the Earth Stood Still
Réalisation Robert Wise
Scénario Edmund H. North
Harry Bates (histoire)
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Sortie 1951
Durée 92 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Le Jour où la Terre s'arrêta (The Day the Earth Stood Still) est un film américain réalisé par Robert Wise, sorti en 1951. Il est souvent considéré comme la première œuvre d'envergure de science-fiction dans le cinéma américain[1].

Résumé[modifier | modifier le code]

Klaatu.

Un engin extraterrestre de forme discoïde fait sensation en atterrissant en plein centre de Washington. Il est immédiatement entouré d'un cordon militaire et d'une foule de badauds. Le pilote, Klaatu, sort et annonce qu'il vient en paix. Mais un soldat perd son sang froid, tire et le blesse au bras. Apparaît alors le robot humanoïde Gort, qui émet un rayon désintégrateur annihilant les armes déployées tout autour.

Klaatu, blessé, est emmené dans un hôpital où il est en pratique prisonnier. Sa guérison ultra-rapide stupéfie les médecins. Pendant ce temps, les militaires tentent en vain de démonter ou neutraliser la soucoupe volante de Klaatu et le robot Gort, qui s'avèrent indestructibles, rebelles à tous les outils existants. Klaatu demande à rencontrer les chefs d'État terriens afin d'assurer la paix dans l'univers. Mais constatant l'impossibilité politique d'organiser une réunion de tous les chefs d'État, il s'évade, habillé d'un costume civil qu'il a dérobé au passage et qui porte une étiquette de nettoyage au nom de Carpenter : il décide d'endosser cette identité.

Le soi-disant M. Carpenter se rend en ville, loue une chambre dans une pension de famille où il ne tarde pas à sympathiser avec une autre locataire, Helen, jeune veuve de guerre, et avec son fils Bobby. Il voit aussi que radios et télévisions entretiennent l'hystérie contre le terrifiant « monstre de l'espace » qu'il est censé être. À défaut de pouvoir convaincre les responsables politiques, il décide les jours suivants de s'adresser aux plus grands scientifiques terriens afin de leur exprimer l'inquiétude qu'éprouvent les civilisations avancées des planètes habitées lointaines devant l'évolution de la Terre, en proie à des pulsions agressives et destructrices. Il prend ainsi contact avec le professeur Barnhardt, qui réside justement à Washington, lui dévoile sa vraie identité, l'avertit que l'accumulation des armes atomiques sur Terre pourrait inciter les extraterrestres à prendre les devants pour éliminer une source potentielle de danger. Barnhardt est d'accord pour relayer le message auprès de ses collègues, mais suggère à Klaatu/Carpenter de donner une preuve tangible de ses capacités techniques pour se faire écouter.

Entre-temps, Helen, son fiancé Tom et le petit Bobby, d'abord incrédules, voient s'additionner les indices qui montrent que leur ami « Carpenter » est en fait l'extraterrestre contre lequel la chasse à l'homme fait rage. Klaatu rend visite à Helen à son travail, la prend à part dans un ascenseur qui stoppe brusquement : il lui déclare qu'il a fait en sorte que tous les appareils électriques de la planète cessent de fonctionner durant une demi-heure (sauf là où il y aurait danger vital, comme dans les hôpitaux ou les avions). Le monde entier s'est arrêté !

Tom dénonce Klaatu aux autorités. Helen, outrée de cette trahison et les mobiles égoïstes de Tom, rompt avec lui. Avec Klaatu, elle prend une voiture pour retrouver le professeur Barnhardt. Durant le trajet à travers Washington en état de siège, Klaatu dit à Helen que s'il lui arrive malheur, elle devra aller voir le robot Gort pour lui dire la formule « Klaatu barada nikto ».

Une patrouille abat Klaatu. Helen fonce voir Gort, toujours immobile devant la soucoupe volante, prononce le mot de passe. Le robot la met à l'abri à l'intérieur du vaisseau puis va récupérer le corps de Klaatu, auquel il rend la vie — mais provisoirement seulement, explique-t-il à Helen.

Klaatu adresse aux scientifiques rassemblés devant sa soucoupe volante une dernière mise en garde, puis décolle.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Bande-annonce.

Distribution[modifier | modifier le code]

Thématiques[modifier | modifier le code]

Sortant en pleine guerre froide (la guerre de Corée venait d'éclater), Le Jour où la Terre s'arrêta a laissé une impression marquante par sa façon d'associer entre elles les deux hantises majeures de son époque, la course aux armements nucléaires et les OVNI.

Le film a parfois été perçu comme une allégorie chrétienne[2] :

  • comme Jésus, Klaatu est envoyé sur Terre avec un message de paix ;
  • il se fait appeler Carpenter (« charpentier »), ce qui fait référence à la profession de Jésus dans sa vie terrestre ;
  • il est incompris, se fait assassiner, ressuscite et retourne dans les cieux.

Mais Aeon J. Skoble conteste cette interprétation, dans la mesure où d'une part il ne prêche pas que nous devons nous aimer les uns les autres : les humains peuvent s'entretuer, tant qu'ils ne menacent pas la sécurité des autres planètes et, d'autre part que le Jésus de l'évangile ne menace pas d'éradiquer toute vie sur Terre si ses commandements ne sont pas suivis[2].

Gort.

Le système établi par l'organisation de planètes de Klaatu est en effet le suivant : chaque planète doit être en sécurité absolue et ne doit pouvoir en aucun cas être menacée par une autre planète. Pour atteindre cet objectif, l'organisation a mis au point des robots aux pouvoirs absolus et illimités, à l'image de Gort, qui patrouillent de planète en planète pour faire régner la sécurité. Leur pouvoir ne peut être révoqué et est supérieur à tout pouvoir de toute planète. Au premier signe de violence, ils agissent automatiquement contre l'agresseur, jusqu'à éventuellement détruire entièrement la planète belliqueuse. Mais les robots n'interviennent pas dans les affaires internes de chaque planète, aussi violentes soient-elles, et Klaatu ne porte aucun jugement moral sur les Terriens, si ce n'est dans la mesure où ils peuvent menacer la sécurité d'autres planètes[2].

L'éthique d'un tel système peut faire l'objet de débats. Aeon J. Skoble note que ce système peut faire penser à l'argument du philosophe anglais du XVIIe siècle Thomas Hobbes selon lequel un souverain doit avoir une autorité absolue sur ses sujets. L'argument de Hobbes est que notre condition naturelle nous mène à la compétition plutôt qu'à la coopération. Même si nous percevons qu'il serait plus bénéfique de coopérer que de combattre, notre méfiance naturelle les uns des autres nous mène à l'affrontement. Par conséquent, Hobbes conclut qu'il faut investir un souverain d'une autorité absolue, de sorte que la frayeur de rompre le contrat social soit supérieure à la peur du prochain. Mais le système de l'organisation ne va pas jusque là : un souverain règne sur tous les aspects de la vie de ses sujets, alors que la juridiction des robots ne s'étend qu'aux agressions interplanétaires, chaque planète étant totalement libre de vivre comme elle l'entend[2].

En fait, le film interroge sur les limites de la liberté : est-ce une « liberté » que d'assassiner notre prochain ? Les robots vont-ils restreindre la « liberté » de la Terre et des Terriens ? Selon Skoble, le film reprend plutôt l'argument de John Stuart Mill selon lequel « la seule circonstance pour laquelle la puissance et la force peut être exercée de bon droit sur tout membre d'une société civilisée, contre son gré, est de l'empêcher de porter préjudice à autrui »[3]. Les fondations morales de l'ultimatum de Klaatu et de la force destructrice des robots résident dans le fait que nous avons le droit de nous porter préjudice dans les conflits terriens, mais que nous n'avons pas le droit de porter préjudice aux autres planètes, car elles ont le droit à la paix et à la sécurité[2].

Une interprétation fréquente du film consiste à penser que la puissance de Gort et l'ultimatum de Klaatu est comparable à l'équilibre de la terreur engendré par l'arsenal nucléaire des grandes puissances. Une objection à ce parallèle est que les arsenaux nucléaires sont contrôlés par des êtres humains, faillibles, intéressés et sujets aux passions. Dans le système de Klaatu, la puissance destructrice est confiée aux robots, infaillibles, désintéressés du pouvoir et inaccessibles aux passions, ce qui change les perspectives éthiques de l'ultimatum[2].

Klaatu barada nikto[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Klaatu barada nikto.

Cette phrase, devenue culte, n'a pas d'interprétation ou de traduction officielle. Selon Skoble, elle serait le seul moyen, uniquement possible lors d'une mission diplomatique comme celle de Klaatu, de désactiver la mise en œuvre automatique de la répression des robots en cas de violence envers une race d'une autre planète. Mais, hormis le contexte de ce genre de mission, il n'y a pas de barada nikto possible envers les robots : leur pouvoir est irrévocable, inévitable et automatique, ce qui est le fondement même de l'efficacité du système[2].

Autour du film[modifier | modifier le code]

Ringo Starr utilisera les décors du film pour la couverture de son album Goodnight Vienna.

On trouve des références à la phrase « Gort, klaatu barada nikto » dans Tron, Evil Dead 3, Shopping, ainsi que dans Star Wars, mais également dans le Volume 20 de la série de romans Animorphs et dans les jeux vidéo League of Legends (version française), Spiderman 2, Rayman 3 ou encore Minecraft. De même un easter egg de Mozilla Firefox utilisant cette phrase comme titre de page si on tape about:robots dans la barre d'adresse. Un sketch des Nuls (Raider devient Twix) fait également référence à Klaatu. Un des protagonistes de la série télévisée Nerdz citera également cette phrase à la fin de l'épisode 5 de la saison 4. Et aussi, de façon récurrente dans la série animée Teen Titans (prononcée par Raven) Enfin, dans la bande dessinée Picsou écrite et dessinée par Don Rosa, Les abominables monstres de l'espace attaquent, Donald face à une extraterrestre fait un salut Vulcain et tente de communiquer en utilisant la formule « Klaatu barada nikto ».

Ce film fait partie des nombreuses références de la chanson d'introduction du Rocky Horror Picture Show : Double feature.

Le remake de ce film culte est sorti en France le 10 décembre 2008, avec Keanu Reeves dans le rôle de Klaatu et Scott Derrickson (L'Exorcisme d'Emily Rose) derrière la caméra. Il a toutefois reçu un accueil mitigé tant de la part de la critique que des spectateurs.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) M. Keith Booker, Alternate Americas : Science Fiction Film and American Culture, Westport, Praeger Publishers,‎ 2006, p. 27
  2. a, b, c, d, e, f et g (en) Aeon J. Skoble, « Technology and Ethics in The Day the Earth Stood Still », dans The Philosophy of Science Fiction Film, The University Press of Kentucky,‎ 2008, p. 92-100
  3. (en) J. S. Mill, On Liberty, p. 68