Le Jour et la Nuit

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Le Jour et la nuit)
Aller à : navigation, rechercher

Le Jour et la Nuit

Réalisation Bernard-Henri Lévy
Scénario Bernard-Henri Lévy et Jean-Paul Enthoven
Acteurs principaux
Sociétés de production Les Films du Lendemain
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre dramatique
Durée 110 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Le Jour et la Nuit est un film français réalisé par Bernard-Henri Lévy, sorti en 1997. Le film a connu un échec commercial et critique retentissant[1].

Synopsis[modifier | modifier le code]

Écrivain vieillissant, Alexandre (Alain Delon) vit en monarque au fond du Mexique. Entouré de sa cour (personnages étranges et mystérieux), il trompe l'ennui par l'alcool, la boxe, les femmes et la montgolfière. Désireux d'acquérir les droits d'adaptation du premier roman de l'artiste, le producteur Filippi (Karl Zéro) et son actrice Laure (Arielle Dombasle) arrivent bientôt dans la vie de l'auteur célébré. Alexandre et Laure vont, peu à peu, se rapprocher et déclencher au sein de la communauté les passions les plus extrêmes…

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • Le film fut tourné au Mexique, à Ixtapa (Guerrero), Cuernavaca et dans l'État de Morelos.
  • Le film est dédié à André Lévy, père de Bernard-Henri.
  • Alain Delon déclara à la sortie du film : « Ma rencontre avec Bernard-Henri Lévy fut un événement heureux, comme le fut, en 1989, celle avec Godard pour Nouvelle Vague[3]. »
  • Alain Delon aurait longtemps refusé que son personnage perde son duel de boxe. Il déclara même à Bernard-Henri Lévy « Alain Delon ne peut pas se faire mettre KO, à la boxe, par un gringalet comme Xavier Beauvois ; on va donc changer le scénario : c’est moi qui le battrai à la loyale ; je lui tournerai le dos pour saluer chevaleresquemenent les quatre femmes assistant à notre joute (Bacall, Dombasle, Du Page, Denicourt) et c’est alors que, lâchement, par derrière, il me frappera ». Ce n'est qu'en menaçant d'arrêter le tournage que BHL aurait eu raison de l'ego de son acteur[4].
  • Dans la dernière scène du film, on voit en évidence sur le bureau d'Alexandre la biographie d'Orson Welles écrite par Simon Callow et qui venait de paraître à l'époque. Le livre, qui apparaît comme un hommage et une référence au réalisateur américain, fait comprendre au spectateur que la blessure de Sonia est au film de Bernard-Henri Lévy ce que le mot « Rosebud » est à Citizen Kane.
  • Le film n'enregistra que 73 147 entrées en France dont 28 000 à Paris. L'œuvre avait pourtant bénéficié de 3,5 millions de francs de la Commission des avances sur recettes, organisme dont BHL était alors le président[5].
  • Échec commercial retentissant lors de sa sortie malgré une large campagne de promotion[6], le film ne permit pas à Bernard-Henri Lévy de poursuivre une carrière de cinéaste. Son seul retour au cinéma fut avec Le Serment de Tobrouk, en 2012, pour lequel BHL fut entre autres producteur et scénariste mais pas réalisateur ; ce fut également un échec, quoique moins médiatisé[7].
  • La production, franco-belgo-canado-espagnole, fut coordonnée par Les films du lendemain, société créée par le propre père de BHL et François Pinault, pour un budget total de 53 millions de francs, budget énorme pour un film français[5]. Le film fut financé, outre la Commission des avances sur recettes, par un grand nombre de sponsors, publics et privés.
  • Distribué par M6 (coproducteur du film) en VHS une première fois, Le Jour et la Nuit sort en DVD zone 2 en 2000. Distribué par l'éditeur Bonzaï dans la collection Sweet Budget, le film est depuis épuisé. En 2006, un éditeur américain a ressorti le film en DVD zone 1 NTSC. En octobre 2010, l'éditeur MAKAM ressort Le Jour et la Nuit dans une édition collector 2 DVD. Le coffret comprend : le film, le documentaire Autopsie d'un massacre de Carole Mathieu et Thierry Humbert (axé sur l'accueil négatif de la presse) ainsi qu'un « droit de réponse » de Bernard-Henri Levy lui-même[8].
  • Le Jour et la Nuit est le dernier film d'Alain Delon en tant que vedette principale. Dans 1 chance sur 2, il partage l'affiche avec Jean-Paul Belmondo et apparait en Jules César (mais dans un rôle secondaire) dans son dernier film de cinéma : Astérix aux Jeux olympiques.
  • Emir Kusturica a déclaré au micro de France 2 avoir repris sa carrière après la projection du film : « J'ai changé d'avis en voyant les dommages que Bernard-Henri Lévy pouvait causer au monde du cinéma. Je me suis dit, tu dois y retourner, tu ne peux pas laisser faire ça »[9].

Accueil critique[modifier | modifier le code]

  • Le Jour et la nuit a été présenté hors compétition à la Berlinale 1997[11]. À cette occasion, le critique Didier Péron qualifie le film, dans Libération, de « navet certifié »[12].
  • Gérard Lefort, dans Libération, est l'auteur d'un pamphlet sardonique : « L'actrice, c'est l'Actrice, c'est donc Arielle Dombasle, plus pouliche cambrée que jamais, dont on a d'autant plus le loisir d'admirer son admirable plastique de pin-up que l'essentiel de son jeu se résume à deux expressions pour calendrier de routiers : d'une part, « tu l'as vue ma grosse bouche sensuelle ? » ; d'autre part, « tu veux la revoir ma grosse bouche sensuelle ? » ». Il conclut « BHL pédale dans le guacamole. Tourné au Mexique, le Jour et la nuit aborde quelques thèmes essentiels (l'Art, la Passion, la Politique), avec la légèreté d'un bulldozer. [...] Le film avance d'ailleurs comme un bulldozer dans un champ de navets : je suis allé à la séance de 18 h, deux heures plus tard, j'ai regardé ma montre : il était 18 h 20 »[13].
  • L'Humanité décrit le film en ces mots : « Rien à sauver là-dedans. Débâcle absolue, d'autant plus qu'est patente la prétention ».
  • L'Express décernant la « palme du grotesque » à Karl Zéro, commenta : « Un roman-photo où une actrice innocente comme l'agneau (Arielle Dombasle), flanquée d'un producteur en bermuda (Karl Zéro), débarque au Mexique chez un écrivain démiurge (Delon) et ses marionnettes : femme (Marianne Denicourt), amant de celle-ci (Xavier Beauvois), parrain local, etc. Tous les clichés sont respectés ».
  • Olivier Nicklaus, des Inrockuptibles, parle d'un film « prétentieux et grotesque » et ajoute : « C'est comme si un mauvais génie avait poussé BHL à justifier l'hypothèse de l'imposture. S'il ne cesse de clamer que le cinéma lui offre une nouvelle vie, artistiquement pourtant son film est un suicide. »[14].
« Là, c'est très intéressant comme cas. C'était très mauvais. Je le connais un peu parce que nous étions ensemble à l'avance sur recettes. Il est loin d'être bête. Il est intelligent et même subtil. Mais il a fait le film le plus con de l'année. Le plus grave c'est que tout le monde le lui a dit mais il refuse de le croire. Il pense qu'il est en avance. L'auteur de L'Invasion des tomates géantes pensait peut-être qu'il était un génie mais il ne l'a jamais dit. »
  • Le critique Jean-Baptiste Morain écrira quelques années après la sortie : « Disons-le sans agressivité : tout amateur de cinéma peut continuer à constater l’étendue du désastre du simple point de vue de la fabrication : pas de cadre, pas de direction d’acteurs (Delon-Dombasle), un montage à la truelle, un enfilage de clichés sur la mort, la création, le Mexique et les montgolfières. Aucun intérêt[15] ».
  • Le site Nanarland considère le film comme un nanar de premier choix, et lui consacre deux longues analyses, le décrivant ainsi : « Baudruche gonflée comme la montgolfière d'Alain Delon, époustouflant d'arrogance, de laideur et de niaiserie, Le Jour et la Nuit tient aisément et sans pâlir son rang de nanar de compétition[8] ».
  • Le philosophe et satiriste François-Xavier Ajavon a consacré une longue chronique au film, intitulée « Symbolisme et temporalité bergsonnienne dans Le Jour et la Nuit », qui décortique notamment la genèse du film. Il le décrit en ces termes : « L'intrigue du film se passe dans un Mexique de fantaisie, plus proche de l'opérette Sous le soleil de Mexico de Francis Lopez, que du Mexique glauque, moite et touchant de Sam Peckinpah. [...] L'univers visuel de BHL est plus proche d'une série de l'été sur TF1 du genre « Les Cœurs brûlés », ou d'un téléfilm érotique du vendredi soir sur M6… Dans ce cadre d'une immense laideur, plusieurs personnages falots s'ébrouent autour d'Alexandre (joué par Alain Delon), écrivain français déchu, alcoolique, dépressif, qui vit un exil fanfaron dans une hacienda en carton ». Il conclut en ces mots : « Échec esthétique, commercial et critique sans appel. »[5].

Réactions de BHL[modifier | modifier le code]

  • Bernard-Henri Lévy est revenu dans son livre Comédie, écrit peu après la sortie du film, sur cette expérience cinématographique, qu'il qualifie lui-même de « bide-bang[17] ».
  • Devant les réactions « spectaculaires » au sujet de l'interprétation de Karl Zéro, Bernard-Henri Lévy lança : « Karl est un formidable acteur. Il a formidablement servi mon film. Et tous ceux qui nous huent sont des analphabètes ou des salauds ! »[18].
  • Sur le plateau de Bouillon de culture, BHL déclara « Pour Le Jour et la Nuit, si je regrette une chose, c'est d'avoir été un peu… mégalo. J'ai fait trop grand, trop fort, trop beau, trop tout… L'erreur était probablement là. »[19].
  • En 2010, lors de la promotion du double-DVD sur le plateau de Thierry Ardisson, BHL déclara : « Je le trouve absolument réussi. J'ai revu le film, et je ne vois pas où est le problème. Je le tournerais aujourd'hui, je ne changerais rien »[20].

Autopsie d'un Massacre[modifier | modifier le code]

Film conspué et sujet à polémiques, Le Jour et la Nuit fit l'objet d'un documentaire réalisé en 2010 par Carole Mathieu et Thierry Humbert, qui présente le film comme la victime innocente d'un « complot » contre Bernard-Henri Lévy : ce documentaire fut diffusé en tant que « bonus » sur la réédition du film en DVD[21].

D'une durée de 70 minutes, le documentaire revient sur le « scandale » qui entoura la sortie du film, sa promotion et surtout sa réception critique. Outre les interventions des protagonistes principaux (Alain Delon, Xavier Beauvois, Karl Zéro, Jean-Paul Enthoven et Bernard-Henri Lévy), le documentaire donne aussi la parole à plusieurs détracteurs du film (critiques et historiens du cinéma).

Autopsie d'un massacre propose de revoir des images de la conférence de presse lors de la présentation du film au Festival de Berlin en 1997.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bernard-Henri Lévy reçu par nouvelobs.com, nouvelobs.com, 7 mai 2004
  2. Willy Kurant fut le chef-opérateur d'Orson Welles, ce qui peut être vu comme un clin d'œil de plus au grand réalisateur.
  3. Le Point, 1er février 1997, propos recueillis par Michel Pascal
  4. Source : site officiel de BHL.
  5. a, b et c Symbolisme et temporalité bergsonnienne dans « Le Jour et la Nuit » de Bernard-Henri Levy, François-Xavier Ajavon lien.
  6. Selon le site Ciné-Ressources (Catalogue collectif des bibliothèques et archives de cinéma), le film a réuni à Paris 33 091 entrées après 8 semaines d'exploitation.
  7. BHL : si la Libye m’était contée ou la chancelante statue du commandeur
  8. a et b Critique sur le site Nanarland.
  9. voir la vidéo.
  10. Les Cahiers du cinéma nº 511, mars 1997
  11. Berlinale 1997
  12. FESTIVAL DE BERLIN., Libération, 17 février 1997
  13. Libération, « BHL Pédale dans le guacamole » par Gérard Lefort, 14 février 1997.
  14. Critique publiée dans le nº 93 des Inrockuptibles le 30/11/1996
  15. "Autopsie d'un massacre": BHL, victime de la critique française? par Jean-Baptiste Morain, sur lesinrocks.com du 16.11.2010
  16. Interviewé par Pascal Mérigeau, master class au Forum des Images, 4 février 2009, http://www.dailymotion.com/video/x8e33j_master-class-claude-chabrol_shortfilms (visible à 1:21:40)
  17. L’après-bide-bang, Le Nouvel observateur, 23 octobre 1997
  18. Festival de Berlin, février 1997, Conférence de presse pour la présentation du Jour et la Nuit. Source : site officiel de BHL.
  19. [vidéo] VS Kusturica fr sur Dailymotion.
  20. (fr) [vidéo] BHL chez Ardisson : le retour du Jour et la Nuit sur Dailymotion.
  21. Source : article sur le site officiel de BHL.

Lien externe[modifier | modifier le code]