Le Joueur d'échecs

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Le Joueur d'échecs (homonymie).
Le Joueur d'échecs
Image illustrative de l'article Le Joueur d'échecs
Elke Rehder: Le Joueur d’échecs (gravure sur bois)
Publication
Auteur Stefan Zweig
Titre d'origine Schachnovelle
Langue Allemand
Parution 1943

Le Joueur d’échecs (en allemand Schachnovelle) est une nouvelle de Stefan Zweig publiée à titre posthume en 1943. L'auteur l'écrivit durant les quatre derniers mois de sa vie, de septembre 1941 à son suicide, le 22 février 1942[1]. La traduction française parut en Suisse en 1944 et fut révisée en 1981 sans nom d'auteur[2].

Sur un paquebot s’opposent deux champions d’échecs que tout sépare : le champion du monde en titre, d’une origine modeste mais tacticien redoutable, et un aristocrate qui n’a pu pratiquer que mentalement, isolé dans une geôle privée pendant l'occupation de l'Autriche par les nazis.

Résumé[modifier | modifier le code]

Cette nouvelle est écrite sur le principe du récit en abyme : dans le récit principal viennent s'intercaler deux longs récits, d'une importance essentielle pour la compréhension de l'histoire.

Le narrateur[modifier | modifier le code]

Le narrateur, un Autrichien en partance pour l’Argentine, est informé de la présence à bord du champion mondial des échecs, Mirko Czentovic. Comme il est un homme intelligent et passionné par la psychologie, il se met en tête de comprendre ce curieux personnage qu'est Czentovic.

Czentovic[modifier | modifier le code]

L’enfance de Czentovic nous est détaillée : orphelin élevé par le curé du village, le jeune garçon est taciturne, apathique et ne parvient pas à apprendre ce qu’on lui enseigne. Certes lent et mou, il exécute cependant les tâches qui lui incombent. Un soir, le curé et un ami, maréchal des logis, disputent une de leurs parties d’échecs quotidiennes lorsque le prêtre est demandé d’urgence pour une mourante. Le maréchal des logis, qui se retrouve sans partenaire de jeu, demande -non sans malice- à Mirko, qui fixe l’échiquier, s’il veut achever la partie. Celui-ci accepte et, surprise, bat son adversaire en quelques coups deux fois de suite. De retour, le curé s’extasie du prodige et constate que ni lui ni son ami ne sont en mesure de battre Mirko. Ils décident alors de le présenter à d’autres joueurs, plus forts. Le prodige finit par battre la plupart d'entre eux hormis deux ou trois adeptes. Ceci conduit les joueurs enthousiasmés et un vieil amateur d’échecs à lui procurer les moyens de continuer son apprentissage à Vienne. À vingt-et-un ans, il est champion du monde.

Intrigue[modifier | modifier le code]

À bord, le narrateur, qui, par curiosité, disputerait bien une partie contre l’illustre maître, attire peu à peu de nombreux amateurs autour d’un échiquier. Ils finissent par attirer quelques secondes l’attention de Czentovic qui, jaugeant d’un coup d’œil la qualité de jeu, ne fait que passer, de loin. Mais un des joueurs le prie d’accepter de disputer une partie contre eux. Il accepte, moyennant rétribution, et bat bien sûr ses modestes adversaires. Mais au cours d’une revanche, un mystérieux inconnu se porte au secours de ceux qui aimeraient briser la froide arrogance du champion et, doué de remarquables capacités, il obtient le match nul. Là, maladroit et contrit de s’être immiscé au sein de la partie, il indique aussi qu’il n’a pas touché un échiquier depuis plus de vingt ans puis se retire, laissant un public incrédule mais dont la curiosité est attisée. On découvre qu’il est autrichien, comme le narrateur ; c’est donc ce dernier qui est chargé de le « cuisiner », en jouant auprès de lui le rôle de psychanalyste.

L’inconnu[modifier | modifier le code]

L’histoire de l’inconnu, « M. B. », s’avère très troublante. Avocat en Autriche, il dissimula longtemps de fortes sommes aux nazis qui, brûlant de se les approprier, faisaient malgré tout long feu. Ils finirent donc par emprisonner le notaire, mais d’une manière particulière : en effet, il est logé dans une chambre d'un hôtel de luxe (l'hôtel Métropole (en) de Vienne) mais il n’a aucun contact avec le monde extérieur (la fenêtre est condamnée, il n’a d’autres compagnons qu’un gardien muet, …). Il reste ainsi plusieurs jours, il subit ensuite les premiers interrogatoires de la Gestapo. Au fur et à mesure qu’il passe du temps isolé dans sa chambre, ses réponses se font moins prudentes, il perd le contrôle de lui-même car son esprit « tourne à vide » sans rien de palpable.

Mais un jour, alors qu’il attend son interrogatoire dans une antichambre, il aperçoit, dans une veste pendue à une patère, un livre. Merveille des merveilles à ses yeux, il doit s’en emparer pour vaincre la solitude et la folie qui le guette. « Vole-le ! », s’ordonne-t-il. À l’aide d’un stratagème risqué, il y parvint et, de retour dans sa cellule, il s’aperçoit dépité qu’il s’agit d’un livre d’échecs. Lui qui rêvait de la prose de Goethe ou d'une épopée d'Homère, il enrage devant des formules incompréhensibles, suites de « a1, c4, h2… » dont il ne saisit pas le sens. Mais il finit par comprendre ces codes : ils correspondent à la position des pièces sur un échiquier, et le livre est un recueil des plus grandes parties disputées par des maîtres internationaux. Après avoir essayé de se fabriquer un échiquier physique avec des boulettes de mie de pain comme pièces de jeu et son drap légèrement quadrillé, plié, en guise de plateau, il renonce presque mais s’obstine, apprenant par cœur quelques parties. Il parvient en quelques jours à se priver d'abord des pièces, puis finalement de ce support improvisé, jouant mentalement les parties. Il se familiarise ainsi avec les finesses du jeu, la tactique, etc. Les interrogatoires se passent mieux et il croit étonner ses geôliers dont il devine et pare les pièges.

Cependant, après quelques mois, l’attrait des 150 parties du livre disparaît puisqu’il les connaît toutes et qu’elles deviennent un automatisme sans intérêt quelconque. Il doit donc essayer autre chose : jouer des parties contre lui-même, avec comme principale difficulté de parvenir à faire abstraction des tactiques envisagées de part et d'autre de son échiquier virtuel, et plonger subséquemment dans une sorte de schizophrénie. Il y parvient en effet, mais au bout de peu de temps, son esprit dédoublé « perd pied ». Le gardien, qui l’a entendu crier, accourt, pensant qu’il se querelle avec une autre personne. Mais en fait, c’est contre lui-même que M. B… peste : « Joue ! Mais joue, poltron… Lâche ! … » Les blancs et les noirs s’invectivent en lui et, ayant perdu connaissance, il se réveille dans un hôpital. Le docteur, compatissant, parvient à le faire libérer, le faisant passer pour fou ou irresponsable et donc sans intérêt pour les nazis. Il lui recommande malgré tout de ne plus rejouer aux échecs, sans quoi il pourrait rechuter dans sa schizophrénie.

La fin du livre[modifier | modifier le code]

Le récit se termine d’une manière logique quoiqu’inattendue. M. B. est sollicité à bord du paquebot pour affronter l’arrogant Czentovic. Une première partie et ce dernier capitule afin de ne pas se montrer complètement vaincu. Malgré l’avertissement du médecin, « l’inconnu » ne peut résister à la tentation d’une deuxième partie et là, il « perd pied » à nouveau : Czentovic, qui a compris que sa lenteur exaspère son rival, joue sur cette idée. Au bout de quelque temps, M. B… semble perdre le fil du jeu : sans doute a-t-il trop eu le temps d’anticiper pendant les interminables coups de Czentovic ; il a en tête une partie différente de celle qu’il joue. Pressé par le narrateur, il se retire, encore une fois contrit et penaud.

« Dommage, dit Czentovic, magnanime. L’offensive n’allait pas si mal. Pour un dilettante, ce monsieur est en fait remarquablement doué. »

Éditions et adaptations[modifier | modifier le code]

Éditions[modifier | modifier le code]

Livre numérique :

  • Le Joueur d'échecs, nouvelle traduction de l'allemand par Anaïs Ngo, Les Éditions de l'Ebook malin, collection : La Caverne des introuvables, 16 juillet 2013, ISBN 9782367880501

Les principales éditions actuelles en poche :

  • Le Joueur d'échecs, trad. de l'allemand (Autriche) par Jacqueline Des Gouttes (1944), rév. par Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent (1991), éd. Librairie générale française, coll. « Le Livre de poche », 1991, 96 p., ISBN 2-253-05784-3 [ISBN 978-2-253-05784-0]
  • Le Joueur d'échecs (suivi de 24 heures de la vie d'une femme, Lettre d'une inconnue, Amok), trad. de l'allemand (Autriche) par Diane Meur (2013), éd. Flammarion, coll. « GF », 2013, 143 p., ISBN 978-2-08-122656-2

Théâtre[modifier | modifier le code]

Sissia Buggy a mis en scène une adaptation théâtrale de Claude Mann du joueur d'échecs, déjà jouée 850 fois.

André Salzet en a réalisé une autre adaptation (mise en scène par Yves Kerboul en 1996) encore fréquemment représentée.

Film[modifier | modifier le code]

  • Le Joueur d'échecs est une adaptation cinématographique allemande parue en 1960 sous la direction de Gerd Oswald. Les deux principaux protagonistes sont interprétés par Curd Jürgens et Mario Adorf.

Livres audio[modifier | modifier le code]

  • Le Joueur d'échecs (lu par Jacques Weber ; traducteurs non nommés), éditions Thélème, Paris, 2004, 2 disques compact (durée : 1 h 54 min), (EAN 9782878622935), (notice BnF no FRBNF39296636x).
  • Le Joueur d'échecs (lu par Édouard Baer ; traduction de l'allemand par Jacqueline Des Gouttes, révisée par Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent), éditions Audiolib, album 25 0286 2, Paris, 2010, 2 disques compact (durée : 1 h 53 min), (EAN 9782356412508), (notice BnF no FRBNF42285829w).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Zweig écrit à son ex-femme le 29 septembre 1941: « J'ai commencé une petite nouvelle sur les échecs, inspirée par un manuel que j'ai acheté pour meubler ma solitude, et je rejoue quotidiennement les parties des grands maîtres. » Extrait de la présentation dans la collection « Le livre de poche ».
  2. Extrait de la présentation dans la collection « Le livre de poche ».