Le Jeune Homme et la Mort

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Mimodrame dont Jean Cocteau a écrit le livret, il raconte le suicide d’un jeune et pauvre peintre suite à la rupture avec son amante. Elle est représentée pour la première fois le 25 juin 1946 au Théâtre des Champs-Élysées à Paris, et rencontre un succès immédiat. Les interprètes étaient Jean Babilée et Nathalie Philippart. Olga de Soto en a fait le sujet de sa pièce Histoire(s), interviewant des spectateurs qui ont assisté aux représentations de 1946.

Scénographie[modifier | modifier le code]

Cocteau imagine un décor reflétant l’allure du monde de Charles Baudelaire :

  • la beauté, avec les peintures accrochées au mur.
  • le sordide, évoqué par la misère de l’atelier de peinture : le lit et le pilier sont en fer et le crépis est sale.
  • le noble rappelé par la constellation de dates de rendez-vous amoureux inscris sur le mur, montrant l’amour que porte le jeune homme à sa bien-aimée.
  • l’ignoble représenté par certains indice du suicide prochain du peintre, comme la couverture rouge sur le lit, signe de danger, et la corde à nœud coulant attachée à la poutre.

Il choisit comme musique la Passacaille de Jean Sébastien Bach et la fait arranger par Ottorino Respighi, suivant le « synchronisme accidentel » (voir ci-dessous). Comme costume, le jeune peintre porte une salopette bleue tachée de peintures multicolores évoquant le costume traditionnel d’Arlequin, et donc un amour fidèle à l’amante mais aussi malheureux.

Histoire[modifier | modifier le code]

Elle se déroule en quatre phases :
Au début, le jeune homme attend son amoureuse. Il est en proie à l’angoisse, l’énervement, et l’abattement de ne pas la voir arriver : cela se remarque par certains indices, comme la montre qu’il ne cesse de regarder ; ses déplacements incessants sur la scène ; quelques haltes sous la corde qu’il a nouée pour se préparer au suicide ; l’écoute alternée du tic-tac de sa montre, signe de la patience, et du silence de l’escalier, désespérant le jeune peintre.
La concernée entre enfin. Elle est de mauvaise humeur, et tourmente son amant en l’insultant, le violant et le frappant, et montre par-là les diverses phases de sa haine. Celui-ci la menace de se suicider, mais, au lieu de l’en dissuader, elle l’incite à le faire. Il finit par céder à la colère et lui court après, en vain puisqu’elle s’enfuit et lui claque la porte au nez.
Dans sa colère, le peintre casse tous ses meubles. Puis, seul et sans appui, il s’abandonne au désespoir et se pend.
Dans la dernière phase, les décors ont changé, l’intrigue se déroule maintenant sur les toits de Paris, se voulant comme un endroit inatteignable. La Mort, prenant l’apparence de la bien-aimée avec un masque de squelette, s’approche du pendu, qui se dénoue le coup et retombe sur ses pieds, et lui appose son masque sur son visage. Ils s’en vont tous deux vers le lointain.

Cocteau écrit cette histoire afin de montrer l’angoisse d'un destin tragique que peuvent avoir certains jeunes, qu’il eut lui-même suite à la mort en 1912 de son ami et collaborateur à la revue Schéhérazade Henri Bouvelet. Il veut également combattre sa crainte de la vieillesse par l’écriture, permettant de garder son esprit limpide, mais aussi de l’affirmer et l’embellir par le spectacle : « Je me suis senti beau par les danseurs, par le décor, par la musique » dit-il dans Arguments Chorégraphiques, écrit qui présente et explique l’œuvre.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Cocteau conçoit cette pièce comme un mimodrame où la pantomime exagère son style jusqu’à aller à celui de la danse. « C’est une pièce muette où je m’efforce de communiquer aux gestes le relief des mots et des cris. C’est la parole traduite dans le langage corporel. Ce sont des monologues et des dialogues qui usent des mêmes vocables que la peinture, la sculpture et la musique » dit-il dans Arguments chorégraphiques.
C’est aussi la première œuvre non-cinématographique dans laquelle il est question de « synchronisme accidentel » : la musique ajoute à l’image une valeur expressive ou émotionnelle, en soutenant les actions ou émotions qui y sont présentées, mais aussi en les contredisant. C’est le chorégraphe Roland Petit qui mettra cette notion en pratique en faisant d’abord travailler les danseurs sur un rythme jazz, puis une fois cet exercice intégré sur une musique classique (ici la Passacaille).

Références[modifier | modifier le code]

Jean Cocteau, Arguments chorégraphiques
Claude Arnaud, Jean Cocteau
André Fraigneau, Cocteau

Voir aussi[modifier | modifier le code]

La Jeune Fille et la Mort Page d'aide sur l'homonymie