Le Jeune Bacchus malade

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Le Jeune Bacchus malade
Image illustrative de l'article Le Jeune Bacchus malade
Artiste Caravage
Date ca. 1593
Technique Huile sur toile
Dimensions (H × L) 67 × 53 cm
Localisation Galerie Borghèse, Rome

Le Jeune Bacchus malade (Bacchino malato en italien) est un tableau exécuté par Caravage, daté entre 1593[1] et 1594[2], conservé à Rome dans la galerie Borghèse. Il s'agit d'une des toutes premières œuvres répertoriées du peintre lombard.

Historique[modifier | modifier le code]

Le tableau est réalisé au début de la période romaine de Caravage, qui débute vers 1591[3] ou 1592[4]. C'est une époque difficile pour lui, qui ne s'est pas encore fait un nom dans le milieu artistique et s'efforce de vendre des tableaux « pour vendre », c'est-à-dire de petit format, contrairement à la grande tendance romaine de l'époque pour les vastes fresques d'histoire (religieuse ou profane)[5]. Son contemporain Mancini dit de ces premiers tableaux qu'ils sont « sans sujet », proches de la peinture de genre et du portrait informel[6].

Plusieurs hypothèses sont soulevées quant au moment et à l'endroit précis de la composition de ce tableau, mais il est probable que l’œuvre est réalisée dans l'atelier du cavalier d'Arpin : en effet, Le Jeune Bacchus malade fait partie des biens saisis au cavalier en 1607 pour passer dans les mains du cardinal Scipion Borghese, tout comme le Jeune garçon à la corbeille de fruits[7]et une nature morte de fruits[8].

Composition[modifier | modifier le code]

Sibylle persique, S.Peterzano. Dessin sur papier, ca.1580. Musée du château des Sforza, Milan.

Il existe traditionnellement deux manières de représenter le dieu Bacchus en peinture : soit ivre et âgé, soit jeune et en train de séduire Ariane. Dans cette œuvre cependant, Le Caravage ne choisit aucune des deux options. Bacchus, personnage individualisé, est ici accoudé sur une tablette en pierre où repose une nature morte composée de pêches et de raisins noirs. Il tient à la main une grappe de raisins blancs qu'il semble vouloir porter à la bouche[9] ; mais son buste à-demi tourné donne l'impression qu'il a été interrompu dans sa dégustation des raisins pour faire face au spectateur. Son visage est représenté de trois-quarts et il porte une couronne de lierre[9], ainsi qu'un costume drapé blanc all'antica avec une épaule dénudée[9].

Le choix de la position du personnage, l'enroulé du bras font fortement penser que Caravage a été influencé par le dessin de la Sibylle persique de Simone Peterzano[4], chez qui il avait démarré son apprentissage à 13 ans, dès 1584 et pour au moins 4 voire 6 ans[10].

Bacchus « malade » ?[modifier | modifier le code]

Il y a consensus sur le fait que ce Bacchus est un autoportrait du peintre[11],[12], qui s'est peint en buste en se regardant dans un miroir[7]. Par ailleurs, quelques spécialistes avancent que Bacchino malato aurait été peint dans une période où le Caravage était frappé par la malaria[12] et recueilli par Mgr Fantin Petrignani[réf. nécessaire] ; d'autres parlent simplement d'une sortie de convalescence[11]. L'érudit Maurizio Marini soutient cependant que le tableau ne représente pas le peintre malade : la tonalité verdâtre de l'image serait plutôt due à une procédure inadéquate d'une restauration ancienne[réf. nécessaire]. Quoi qu'il en soit, l'impression de maladie est effectivement transmise par le teint cireux de Bacchus, sa chair gonflée, ainsi que par ses yeux cernés[13], et il est attesté que Caravage a effectivement subi à l'époque un long passage à l'hôpital de la Consolation[7],[13]. Il arbore toutefois un demi-sourire, et on le voit doté d'une musculature athlétique qui pourrait aussi renvoyer à la santé de sa jeunesse (il a tout au plus 23 ans à ce moment).

Place dans l’œuvre[modifier | modifier le code]

Le Bacchus malade est facilement assimilable à un ensemble de premières œuvres produites vers 1593-1594 et qui représentent de jeunes garçons bruns, frisés, associés à des éléments de nature morte (fruits, feuilles), dans un traitement profane ou mythologique. Leurs dimensions sont similaires : ce sont toutes des peintures de chevalet. Certains éléments vont traverser une grande partie de l’œuvre ultérieure de Caravage, en particulier le traitement de l'ombre et de la lumière, qui provient de la gauche et laisse des fonds sombres, indistincts, voire complètement noirs.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ebert-Schifferer 2009, p. 285.
  2. Puglisi 2007, p. 395.
  3. Frèches 1995, p. 22.
  4. a et b Cappelletti 2008, p. 19.
  5. Frèches 1995, p. 24.
  6. Cappelletti 2008, p. 21.
  7. a, b et c Cappelletti 2008, p. 25.
  8. Lambert 2004, p. 41-42.
  9. a, b et c Il s'agit d'attributs dionysiaques habituels.
  10. Cappelletti 2008, p. 16.
  11. a et b Lambert 2004, p. 93.
  12. a et b Frèches 1995, p. 29.
  13. a et b Lambert 2004, p. 39.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Francesca Cappelletti (trad. Centre International d'Études Linguistiques), Le Caravage et les caravagesques, Le Figaro, coll. « Les Grands Maîtres de l'Art »,‎ 2008, 335 p. (ISBN 978-2-8105-0023-9)
  • Sybille Ebert-Schifferer, Caravage, Paris, Hazan,‎ 2009 (ISBN 978-2-7541-0399-2)
  • José Frèches, Le Caravage : Peintre et assassin, Gallimard,‎ 1995, 159 p. (ISBN 978-2-07-043913-3)
  • Gilles Lambert, Caravage, Taschen,‎ 2004, 96 p. (ISBN 978-3-8365-2380-6)
  • Catherine Puglisi, Caravage, Paris, Phaidon,‎ 2007, 448 p. (ISBN 978-0-7148-9995-4)

Articles connexes[modifier | modifier le code]