Le Jeu de Robin et Marion

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Rondeau du Jeu de Robin et Marion — d'après Edmond de Coussemaker : Œuvres complètes du trouvère Adam de la Halle (1872).

Le Jeu de Robin et Marion est une pièce de théâtre entrecoupée de chansons écrite par le jongleur arrageois Adam de la Halle dans les années 1270 ou 1280. Il s'agit de l'une des onze pièces dramatiques du XIIIe siècle occidental qui nous soient parvenues.

Le Jeu de Robin et Marion aurait été écrit par Adam de la Halle en Sicile, entre 1282 et 1284, donc après Le Jeu de la feuillée (1276 environ), alors que le jongleur était entré au service du comte Robert II d'Artois. Mais certains spécialistes contestent cette postériorité du Jeu de Robin et Marion, en lequel ils voient plutôt une préfiguration du chef d'œuvre d'Adam de la Halle[1].

Écrit selon les canons d'une pastourelle, Le jeu de Robin et Marion étonne par l'idée originale et la réalisation d'une rare habileté: alternant les dialogues avec les chants et les danses, il se termine par tout un divertissement rustique, repas sur l'herbe, jeux, figures de ballet et farandole finale. C'est de fait le premier opéra-comique ou divertissement de cour où Molière, quatre siècle plus tard, devait exceller[2].

Argument[modifier | modifier le code]

Un chevalier, Aubert, rencontre Marion, une jeune bergère, près d'une forêt. Il tente de la séduire. Mais celle-ci, amoureuse de Robin, un paysan de son village, repousse ses avances. Tandis que le chevalier s'éclipse, Robin arrive, et les deux jeunes gens déjeunent sur l'herbe au bord de la forêt.

Robin part ensuite chercher leurs amis au village, en vue de donner une fête champêtre. Le chevalier revient tandis que Marion est restée seule. Il l'enlève, mais devant la détermination de la jeune femme à ne pas se laisser séduire, il la laisse repartir, non sans avoir auparavant rossé Robin, qui est revenu entretemps.

Une fois le chevalier définitivement reparti, les campagnard s'amusent à différents jeux, un moment interrompus par la nouvelle qu'un loup a dérobé une des brebis de Marion. Robin ramène l'animal endolori, et les jeux reprennent.

Éléments d'analyse[modifier | modifier le code]

La trame de la pièce trouve sa source dans deux traditions poétiques médiévales :

  • la pastourelle, qui met en scène une bergère appelée par convention Marion en butte aux assiduités d'un chevalier qui entreprend de la séduire et qui parvient à ses fins ou bien en la séduisant, ou bien en la violant [3].
  • La bergerie, genre lyrique qui chante les fêtes de villages, envisagées comme des imitations comiques des fêtes courtoises [4].

Les chansons qui rythment la pièce ne sont pas, pour la plupart d'entre elles, de la plume d'Adam de la Halle, mais des chansons connues du public de l'époque que l'auteur a sélectionnées pour les faire coller à l'argument de sa pièce [5], reprenant une technique mise à la mode par Jean Renart dans le premier quart du XIIe siècle, dans Le Roman de la Rose.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Adam de la Halle, Le Jeu de Robin et de Marion, texte original établi et traduit, introduction, notes, dossier, bibliographie et chronologie par Jean Dufournet, GF Flammarion, 1989, 252 pages.
  • Estelle Doudet, Valérie Méot-Bourquin, Danièle James-Raoul, Adam le Bossu / Jean Bodel, Atlande, 2008
  • Jean Dufournet, Adam de la Halle à la recherche de lui-même ou le jeu dramatique de la feuillée, Honoré Champion, coll. « Essais sur le Moyen Âge », 2008

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. C'est la cas notamment de Jean Dufournet, dans son article « Du Jeu de Robin et Marion au Jeu de la feuillée », recueilli dans son ouvrage Adam de la Halle à la recherche de lui-même ou le jeu dramatique de la feuillée, Honoré Champion, coll. « Essais sur le Moyen Âge », 2008, ps 437-466.
  2. Jeux et sapiences du Moyen Age, texte établi et annoté par Albert Pauphilet, Bibliothèque de la Pléiade, Éd. Gallimard, 1941, 157-159.
  3. Jean Dufournet, introduction au Jeu de Robin et Marion, GF, Paris, 1989, p. 13.
  4. Estelle Doulet, Valérie Méot-Bourquin, Danièle James-Raoul, Adam le Bossu / Jean Bodel, Atlande, 2008, p.60.
  5. Estelle Doulet, op. cit., p. 61.

Liens externes[modifier | modifier le code]