Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète

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Le Fanatisme ou Mahomet
Édition de 1753
Édition de 1753

Auteur Voltaire
Genre Tragédie
Pays d'origine Drapeau de la France France
Lieu de parution Amsterdam
Éditeur Et. Ledet et Cie (ou J. Desbordes)
Date de parution 1743
Nombre de pages 12 ff. non chiff. et 112 pp.
Date de la 1re représentation 25 avril 1741
Lieu de la 1re représentation Lille

Le Fanatisme ou Mahomet est une tragédie de Voltaire écrite en 1736 et jouée pour la première fois à Lille le 25 avril 1741 au théâtre de la rue de la Vieille Comédie, puis à Paris le 9 août 1742. Cette pièce sera ensuite interdite par un Arrêt du Parlement de Paris.

Résumé[modifier | modifier le code]

La pièce se déroule pendant le siège de la Mecque par Mahomet en 630. Voltaire ne prétendit jamais faire oeuvre d'historien; il se savait tragédien. Au coeur de sa pièce, l'affrontement entre Mahomet et le vieux Zopire, shérif de La Mecque, dont les deux enfants furent enlevés, jadis, par son ennemi. Or, Zopire tient captifs deux esclaves du Prophète, Séide et Palmyre, ignorant qu'ils sont, en réalité, ses propres enfants. Cet argument - l'échange des enfants à l'insu d'un père prêt à venger leur absence - est l'un des ressorts les plus classiques de la tragédie, depuis Eschyle jusqu'à Verdi. Il est ici prétexte à un face-à-face philosophique entre Mahomet  et Zopire. Mahomet, qui assiège La Mecque, donne le choix à Zopire: revoir les siens ou défendre sa patrie. Zopire, vieillard inexorable, ne fléchit point et, tel le Créon de Sophocle, préfère sa cité à sa descendance. Mahomet, rongé par la haine, convainc alors le jeune Séide d'assassiner Zopire, son propre père: «L'amour, le fanatisme, aveuglent sa jeunesse; il sera furieux par excès de faiblesse.»

Derrière l'histoire, la satire. Voltaire désigne, avant tout autre, la vertu comme principal ressort du fanatisme. Sous sa plume, Mahomet apparaît comme un nouveau César, un stratège qui sait que l'Empire romain n'est plus, que la Perse est vaincue, que l'Inde est réduite en esclavage et l'Égypte abaissée, que Byzance ne luit plus. L'heure de l'Arabie est enfin arrivée: «Il faut un nouveau culte, il faut de nouveaux fers; il faut un nouveau dieu pour l'aveugle univers.» Sa religion, Mahomet la voit donc comme une politique. Il ne croit pas aux dogmes qu'il impose au peuple, mais sait que ce dernier les épousera avec la fureur des fanatiques. Le Mahomet de Voltaire revendique le droit de berner le peuple pour peu que ce soit avec grandeur. Il sert un dieu qui s'appelle Intérêt et auquel Voltaire oppose l'Equité. Une charge contre l'islam. Mais aussi contre toute forme d'impérialisme[1] et le fanatisme de toutes les religions monothéistes. 

Analyse[modifier | modifier le code]

Avec Mahomet, charge frontale contre la religion musulmane dans laquelle l’auteur dénonce, à travers le personnage de Mahomet, le fanatisme et l’intégrisme religieux de l’islam, du moins en apparence. La pièce théâtrale connait un succès mitigé à la représentation à Lille en avril 1741[2] et sera interdite à la Comédie-Française de Paris après trois représentations.

Comme souvent chez Voltaire, c'était pourtant « l'intolérance de l'Église catholique et les crimes commis au nom du Christ » qui étaient les premiers visés par le philosophe des Lumières[3]. C'est bien ce qu'avoue Voltaire lui-même dans une lettre de 1742 : « Ma pièce représente, sous le nom de Mahomet, le prieur des Jacobins mettant le poignard à la main de Jacques Clément[4] ». Voltaire s'est d'ailleurs immédiatement retrouvé dans la ligne de mire des dévots, qui ne s'y sont pas trompés. Il a aussi été attaqué en justice pour impiété et scélératesse, et a dû retirer sa pièce.

Voltaire précisa sa pensée en 1748 dans un article sur le Coran paru à la suite de sa tragédie de Mahomet : « Si son livre est mauvais pour notre temps et pour nous, il était fort bon pour ses contemporains, et sa religion encore meilleure. Il faut avouer qu’il retira presque toute l’Asie de l’idolâtrie »[5].

Selon Raymond Trousson, Voltaire était tout à fait « conscient de l'entorse donnée à la vérité historique » et il parlera par la suite tout autrement de Mahomet dans son Essai sur les mœurs et l'esprit des Nations[6].

On ne saurait toutefois attribuer à Voltaire lui-même, comme s'il exprimait là sa propre pensée, l'apologie de Mahomet qu'il prête à un Turc dans Il faut prendre un parti (1772) [7].

Réactions à la pièce[modifier | modifier le code]

Au XVIIIe siècle, personne, aucun comédien, n'a le droit, dans Paris et les faubourgs, de parler français, sur les planches. C'est le monopole exclusif, absolu, des acteurs de la Comédie-Française. Depuis la création, en 1680 de celle-ci, l'Etat, le pouvoir royal, la subventionne. En échange il contrôle tout. C'est dans ce cadre qu'il interdit, en 1741, la pièce de Voltaire[8] après trois représentations.

Napoléon Bonaparte en exil condamnait cette pièce[9],[10].

Pour Ernest Renan  : « Toute l'énergie qui s'était déployée dans la fondation de la religion nouvelle appartient à Omar, le glaive qui tranche et décide. On ne peut douter que le caractère réservé de Mahomet n'eût compromis le succès de son œuvre s'il n'eût rencontré cet impétueux disciple, toujours prêt à tirer le sabre contre ceux qui n'admettaient pas sans examen la religion dont il avait été le plus ardent persécuteur. La conversion d'Omar fut le moment décisif dans le progrès de l'islamisme. (...) L'audace d'Omar, son ostentation à s'avouer musulman, la terreur qu'il inspirait, leur donnèrent la confiance de paraître au grand jour. (...) Mahomet nous apparaît comme un homme doux, sensible, fidèle, exempt de haine. Ses affections étaient sincères ; son caractère, en général, porté à la bienveillance… Rien de moins ressemblant à cet ambitieux machiavélique et sans cœur qui explique en inflexibles alexandrins ses projets à Zopyre[11] ».

En décembre 2005, dans le contexte de l'affaire des caricatures de Mahomet (septembre 2005 – avril 2006), une tentative d'empêcher la pièce d'être présentée par Hervé Loichemol a eu lieu à Saint-Genis-Pouilly (Ain, France)[12].

Hervé Loichemol avait déjà essuyé à Genève un refus de faire jouer la pièce. Celui-ci avait accusé Tariq Ramadan d’avoir incité à censurer la pièce. Le Maire de Genève, M. Alain Vaissade expliqua plus tard sur les ondes de la Radio Suisse Romande (Forum, octobre 1993) que le refus de subvention a été pris par les autorités sans avoir consulté les musulmans et qu’il n’avait jamais rencontré M.Ramadan avant et après cette affaire. Caroline Fourest, dans la revue politique Prochoix, affirme le contraire. Pour elle, Ramadan avait joué sa part dans la décision de ne pas subventionner la pièce d'Hervé Loichemol[13]. Ramadan a quant à lui rédigé une lettre ouverte publiée dans la Tribune de Genève où il invite Loichemol à renoncer à la pièce qui serait trop provocante pour les musulmans d'Europe[interprétation personnelle] : « Aux abords des espaces intimes et sacrés, ne vaut-il pas mieux parfois s’imposer le silence ? Il se peut que la pièce ne provoque aucune manifestation, ni aucun dérapage visible, mais soyez assuré que ses conséquences affectives seront bien réelles : ce sera une pierre de plus à cet édifice de haine et de rejet dans lequel les musulmans sentent qu’on les enferme[14]. »

Notes[modifier | modifier le code]

  1. François Busnel, « Une pièce méconnue où Voltaire dénonce l'islam et les monothéismes. », Lire,‎ juillet 2004
  2. A. Meziani, « Le monde profane de Voltaire l'agnostique », El Watan,‎ 10 juin 2008
  3. Pierre Milza, Voltaire p.638, Librairie Académique Perrin, 2007
  4. Voltaire, Lettres inédites de Voltaire, Didier, 1856, t.1, Lettre à M. César De Missy, 1er septembre 1742, p.450
  5. Morceau écrit et publié en 1748 dans le tome IV des Œuvres de Voltaire, à la suite de sa tragédie de Mahomet
  6. Raymond Trousson, Voltaire, Tallandier, 2008, p. 236
  7. « Il faut prendre un parti » (1772), dans Œuvres complètes de Voltaire, Voltaire, éd. Moland, 1875, t. 28, chap. 23-Discours d’un Turc, p. 547
  8. COURNOT MICHEL, « Scènes de lumière », Le Monde des livres,‎ 28 décembre 2001
  9. Las Cases, Le Mémorial de Sainte-Hélène, Dépôt du Mémorial, 1824, t.3, avril 1816, p. 134-135 « Mahomet a été l'objet de sa plus vive critique, dans le caractère et dans les moyens. Voltaire, disait l'Empereur, avait ici manqué à l'histoire et au cœur humain. Il prostituait le grand caractère de Mahomet par les intrigues les plus basses. Il faisait agir un grand homme qui avait changé la face du monde, comme le plus vil scélérat, digne au plus du gibet. Il ne travestissait pas moins inconvenablement le grand caractère d'Omar, dont il ne faisait qu'un coupe-jarret de mélodrame. »
  10. Gourgaud, Journal de Gourgaud, Flammarion, 1947, t.2, 20 juin 1817, p.153« Mais, nous autres musulmans, voudrions qu'il y eût plus de vérité historique, que cela sentit plus l'arabe. Quand il parle du combat sacré, j'aime beaucoup Mahomet. Voltaire le suppose amoureux, c'est ridicule. On lui prête des crimes affreux : on croit toujours que les grands hommes commettent des crimes, des empoisonnements : on a bien tort, ils ne réussissent pas par de tels moyens »
  11. Ernest Renan, Études d'histoire religieuse, éd. Michel Lévy frères, 1858, p. 248 et 250
  12. Voir Rachad Armanios, « Voltaire échappe à la censure », Le Courrier, 9 décembre 2005 et Jack Dion, « Voltaire, réveille-toi, ils sont devenus fous ! », Marianne2, 17 décembre 2005.
  13. http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/02/11/1171-tariq-ramadan-ment-sur-la-piece-de-voltaire
  14. « Lettre ouverte à M. Hervé Loichemol », Tariq Ramadan, Tribune de Genève du 7 octobre 1993

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Principaux textes de Voltaire sur Mahomet et l'islam
Voltaire et l'islam
  • Faruk Bilici, L’Islam en France sous l’Ancien régime et la Révolution : le jeu d’attraction et de répulsion, section Voltaire et l'islam, Rives nord-méditerranéennes, no 14, 2003, p. 17-37.
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