Le Brave Soldat Chvéïk

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Chvéïk, sculpture d'Adam Przybysz
(Sanok, Pologne)

Le brave soldat Chvéïk (Dobrý voják Švejk) est un roman satirique inachevé de l'écrivain tchèque Jaroslav Hašek (1883-1923), publié en quatre tomes de 1921 à 1923. Les trois premiers tomes sont intégralement de l'auteur, tandis que le quatrième a dû être achevé après sa mort par son ami Karel Vaněk.

L'œuvre relate sur le mode de l'absurde et du grotesque les pérégrinations de Josef Chvéïk, brave Tchèque de Prague vivant à l'époque de la Grande Guerre, sous la domination austro-hongroise.

Histoire du personnage[modifier | modifier le code]

Le personnage de Josef Chvéïk apparaît pour la première fois sous la plume de l'auteur avant la Première Guerre mondiale dans une série de petits récits humoristiques sans prétention : Le Brave Soldat Chvéïk et autres histoires curieuses (Dobry vojak Svejk a jiné podivné historky), en 1912.

Dans cette première ébauche, Chvéïk a un caractère encore assez peu approfondi : il est une simple caricature anti-militariste de « l'idiot du bataillon ». Il ne prendra toute son envergure que dans les trois tomes principaux de la série : Chvéïk s'affirme alors, à lui tout seul, comme le symbole de l'absurdité de la Première Guerre mondiale, et peut-être de toutes les guerres en général.

Autrefois réformé pour idiotie et faiblesse d'esprit, Chvéïk est le type même de l'ingénu voltairien : honnête, naïf et incompétent, il révèle parfois une ruse dont on ne l'aurait pas soupçonné. S'il réussit à ridiculiser le fait militaire, c'est moins en le critiquant qu'en le vénérant d'une façon totalement imbécile. À l'optimisme forcené de Chvéïk s'oppose la résignation désabusée des personnages qu'il rencontre, lesquels ne croient pas une seconde à l'utilité de la guerre ou à la possibilité qu'aurait l'Autriche-Hongrie et les autres empires centraux de la gagner. Cela donne lieu à de nombreuses scènes burlesques, comme par exemple lorsque Chvéïk se fait arrêter et emprisonner parce qu'il a publiquement manifesté son enthousiasme devant une affiche de mobilisation générale, son élan patriotique sincère ayant été pris pour de l'insolence.

Les célèbres illustrations réalisées par le dessinateur tchèque Josef Lada ont immortalisé Chvéïk sous les traits d'un personnage bedonnant, mal rasé et entre deux âges.

Récit[modifier | modifier le code]

Le roman s'ouvre sur une scène de comptoir grotesque, dans le restaurant du Calice à Prague, tenu par Palivec, le . Le jour même, l'archiduc François-Ferdinand est assassiné par Prinzip à Sarajevo, marquant le début de la Grande Guerre.

Chvéïk et Palivec conversent avec un dénommé Bretschneider, un policier politique caricatural de la monarchie austro-hongroise, qui fait tout pour les inciter à tenir des propos défaitistes et attentatoires à l'ordre établi.

Palivec ayant eu le malheur de révéler qu'il avait ôté du mur le portrait de l'empereur François-Joseph parce que « les mouches chiaient dessus », cette déclaration suffit à mettre Bretschneider de joyeuse humeur et à embarquer les deux compères au poste de police.

Au centre de détention du poste de police, Chvéïk, avec une parfaite insouciance, interroge la dizaine de personnes incarcérées avec lui, toutes accusées de haute trahison mais enfermées pour des raisons absurdes.

Une fois introduit dans la salle d'interrogatoire, et après avoir lancé un « Je vous souhaite bonsoir à tous, messieurs ! » aux policiers stupéfaits, Chvéïk vient vite à bout de la résistance de ces derniers en raison de l'idiotie et de la parfaite candeur de ses réponses. Il finit par signer des aveux complets pour leur faire plaisir. À ses compagnons de cellule qu'il retrouve ensuite, il avoue tranquillement :

- Je viens de reconnaître qu'il se peut que j'aie assassiné l'archiduc Ferdinand.

Déféré devant la cour territoriale du royaume de Bohême, Chvéïk persuade rapidement un juge débonnaire de sa débilité profonde, et au lieu d'une peine de prison, celui-ci lui impose un passage devant les psychiatres pour déterminer s'il est, oui ou non, responsable de ses actes.

Après une suite de questions très complexes dont même une personne saine d'esprit ignorerait les réponses, Chvéïk est unanimement décrété fou par le collège de médecins, et envoyé à l'asile d'aliénés. Le séjour à l'asile est vécu par Chvéïk comme un moment de pur bonheur : il est ému jusqu'aux larmes par les soins des infirmiers qui le traitent pourtant sans ménagement.

Ceci fait, les infirmiers le prirent dans leurs bras et le portèrent aux cabinets, en le priant de faire ses petits et ses gros besoins. Cela aussi fut pour Chvéïk un moment historique, et il en parlait avec attendrissement. (...) Je ne citerai que la phrase dont Chvéïk accompagne toujours le souvenir de cette scène, désormais inoubliable pour lui :
- Et pendant ce temps-là, l'un des infirmiers me tenait dans ses bras !

Il fait un véritable scandale quand un médecin l'accuse de simuler la folie pour échapper à la guerre et le renvoie de l'établissement. Une fois dehors, ce n'est ensuite pas sans mal (son exclamation « Gloire à l'empereur François-Joseph ! » devant une affiche de mobilisation lui fait à nouveau frôler l'arrestation) qu'il arrive à retourner chez lui.

Obsédé par la guerre, son activité de voleur et de trafiquant de chiens ne lui suffit plus. Malgré une crise de rhumatisme, Chvéïk insiste pour se faire conduire, en fauteuil roulant, jusqu'aux bureaux de recrutement, le tout en hurlant des invectives patriotiques anti-serbes (« A Belgrade ! A Belgrade ! »), ce qui donne lieu à une nouvelle scène burlesque au bout de laquelle il est appréhendé, examiné et à nouveau considéré comme un simulateur mimant la folie pour échapper à la guerre.

Transféré encore une fois à la prison de Prague, il se lie d'amitié avec le curé militaire (Feldkurat) Otto Katz, prêtre officiant de la place forte, réputé pour son caractère libidineux et son incommensurable ivrognerie. Otto Katz s'arrange pour faire libérer Chvéïk et en faire son assistant permanent. Débute alors une coopération harmonieuse entre les deux personnages, ponctuée par la célébration de messes approximatives, les beuveries et l'expulsion à coups de pied des créanciers du curé, jusqu'à ce que ce dernier perde Chvéïk au cours d'une partie de cartes avec le lieutenant Lucas, qui en fait son ordonnance.

Le lieutenant Lucas, grand amateur du beau sexe, trouvera une ordonnance efficace en la personne de Chvéïk, bien que ce dernier, entre autres, provoque accidentellement la mort de son canari, puis de son chat, avant de lui fournir un chien secrètement volé à un colonel, ce qui met le lieutenant dans une situation impossible le jour où, promenant le chien, il croise ce supérieur hiérarchique. Furieux, le colonel envoie immédiatement Lucas et Chvéïk sur le front.

Leur compagnie, après une équipée ubuesque à travers la Bohême, l'Autriche et la Hongrie, rejoint le front de Galicie. Chvéïk se retrouve alors devant la cour martiale, non pour avoir voulu déserter mais pour avoir, par pure curiosité, endossé un uniforme russe trouvé par hasard sur le champ de bataille.

Postérité[modifier | modifier le code]

Le brave soldat Chvéïk est acclamé comme l'un des meilleurs récits satiriques de la littérature mondiale. Aujourd'hui souvent comparé à Don Quichotte, les milieux littéraires ont pourtant rejeté cette œuvre dans un premier temps, rebutés par le personnage de Chvéïk, jugé terne et simpliste.

C'est en réalité le peuple tchèque lui-même, séduit par tant d'humour et de dérision, qui a assuré la célébrité de Chvéïk pour l'ériger en une véritable figure nationale.

D'autre part, l'icône de la survie civile en temps de guerre qu'est Chvéïk est reprise en 1943 par Bertolt Brecht dans sa pièce « Chvéïk dans la Seconde Guerre mondiale ».

Filmographie[modifier | modifier le code]

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